Petit cours d'autodéfense en économie
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Petit cours d'autodéfense en économie

L'abc du capitalisme

  1. 666 pages
  2. French
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Petit cours d'autodéfense en économie

L'abc du capitalisme

À propos de ce livre

Qu'est-ce que la dette publique? D'où vient l'inflation? Le profit est-il source de progrès? Le chômage est-il un mal nécessaire?? L'État nuit-il à l'investissement? Mystérieuse et confuse, l'économie est trop souvent mise hors de la portée du citoyen ordinaire, qui n'en fait pas moins les frais de ses crises. Seuls les experts semblent autorisés à répondre à des questions dont dépend pourtant l'avenir de tous. Cette nouvelle édition du "Petit cours d'autodéfense en économie" arrive à point nommé pour rompre ce déséquilibre. Entièrement mis à jour, bonifié d'une solide réflexion sur les inégalités, l'ouvrage offre des synthèses claires et simples, appuyées sur l'analyse de situations concrètes. Stanford montre ici que dès qu'on a démystifié les rouages du capitalisme, tous peuvent le comprendre.

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Informations

Éditeur
Lux Éditeur
Année
2016
ISBN de l'eBook
9782895967033
Quatrième partie

Le capitalisme dans toute sa complexité

Chapitre 17

La monnaie et le système bancaire

Un monde de monnaie
DEPUIS LE DÉBUT DE CET OUVRAGE, nous avons abordé l’économie dans ses aspects très concrets: la production, création de biens et services utiles; le travail, effort humain nécessaire à la production; la consommation, usage d’une partie de ces biens et services dans le but d’assurer sa subsistance et de profiter de la vie; l’investissement, utilisation d’une partie des biens produits en tant qu’«outils» permettant d’augmenter encore plus la production. Tous ces éléments sont concrets: ils sont constitués de biens et de services tangibles. Aucun d’entre eux n’a besoin d’être mesuré à l’aide d’unités monétaires.
Pourtant, en observant l’économie telle qu’elle est, on ne peut que constater l’omniprésence de la monnaie: prix affichés dans les magasins, solde des comptes en banque, valeurs en Bourse, statistiques sur le PIB… Bref, des valeurs monétaires à profusion.
Un visiteur arrivant de la planète Mars en viendrait vite à la conclusion que la monnaie constitue l’unique raison d’être de l’économie. En grattant un peu, il découvrirait pourtant un univers beaucoup plus concret, car l’économie a pour rôle fondamental de produire des biens et des services tangibles afin de répondre à des besoins réels.
Les questions relatives à la nature de la monnaie et aux rapports entre les aspects concrets de l’économie et les valeurs monétaires qui les symbolisent (prix, revenu, richesse, etc.) tourmentent les économistes depuis des siècles. Qu’est-ce que la monnaie? Comment les prix sont-ils déterminés? Pourquoi changent-ils au fil du temps? Quelle est l’influence (bénéfique et néfaste) de la monnaie (et du système monétaire) sur l’activité économique concrète? Nous tenterons de donner une ébauche de réponse à ces questions dans les trois prochains chapitres.
C’est ça que je veux
Ton amour m’excite tellement
Mais ton amour ne paie pas mes factures
Alors donne-moi l’argent, c’est ça que je veux
Berry GORDY et Janie BRADFORD,
musiciens britanniques, 1960
Qu’est-ce que la monnaie? À quoi sert-elle?
Dans un sens très large, la monnaie consiste en toute chose permettant à celui qui la détient d’acheter d’autres biens ou services. Bref, elle confère un pouvoir d’achat. Les premières formes de monnaie étaient constituées d’objets concrets auxquels on accordait une valeur intrinsèque (comme des coquillages ou des pièces de métal précieux). De nos jours, par contre, elle est généralement immatérielle (en fait, l’essentiel de la monnaie d’aujourd’hui prend la forme d’inscriptions numériques dans des comptes en banque), et sa valeur repose entièrement sur les conventions sociales et les déclarations des gouvernements. Qui plus est, dans l’économie contemporaine, la monnaie est en constante évolution, en raison surtout des efforts des firmes du secteur financier (telles les banques) en vue de trouver des manières toujours plus rentables de conclure des transactions et d’accumuler des actifs financiers. En fait, ces entreprises privées ont maintenant la mainmise sur la création de la monnaie.
La monnaie prend aujourd’hui diverses formes:
Le numéraire. Le numéraire n’est plus fait de métaux précieux. Il se présente plutôt sous forme de billets de banque et de pièces de métal non précieux, qui sont officiellement émis et dont la valeur est décrétée par l’État. La plupart des gens confondent encore «monnaie» et «numéraire». Dans les faits, le numéraire ne représente qu’une part infime (de 2 % à 3 % environ) de l’ensemble de la monnaie en circulation dans l’économie contemporaine.
Les dépôts. La plupart des gens gardent peu d’argent comptant sur eux. Afin de ne pas l’égarer et de recevoir un peu d’intérêt, ils déposent l’essentiel de leurs avoirs monétaires à la banque. Néanmoins, une fois déposée, la monnaie reste de la monnaie. L’informatisation des services bancaires fait en sorte que les dépôts peuvent changer de main très rapidement. Les dépôts prennent diverses formes: comptes d’épargne et comptes chèques ordinaires, dépôts à terme, dépôts en devises étrangères. Même certains placements courants et faciles à négocier (comme les obligations d’État à court terme) sont considérés comme de la «monnaie» dans les statistiques officielles.
Le crédit. De nos jours, les consommateurs peuvent effectuer de nombreux achats sans débourser quoi que ce soit, en promettant tout simplement de payer ultérieurement. Pensons au magasin de meubles offrant un canapé «à prix imbattable», pour lequel «vous n’avez rien à payer avant l’an prochain». Grâce au crédit, personnes et entreprises obtiennent un pouvoir d’achat même si elles ne disposent pas des fonds requis pour s’offrir le bien ou le service convoité. Il n’est donc plus nécessaire d’économiser avant d’effectuer des achats importants (comme un canapé, une maison ou une voiture). Qui plus est, une entreprise n’a même plus besoin de mettre de côté une partie de ses profits avant de faire un investissement majeur, car une banque ou une autre institution financière peut lui accorder le pouvoir d’achat nécessaire, que ce soit sous forme d’un prêt ou d’une marge de crédit, d’un dépôt dans son compte chèques, d’une obligation, ou par l’émission d’une carte de crédit. En contrepartie, l’emprunteur s’engage à rembourser la somme selon un certain échéancier et, bien entendu, à payer un intérêt.
Dans l’économie d’aujourd’hui, la plus grande partie de la monnaie créée est attribuable au crédit. Au moment de l’octroi d’un prêt, la banque dépose les fonds demandés dans le compte de l’emprunteur, puis voilà! De la nouvelle monnaie vient de voir le jour. Mais la monnaie issue du crédit n’est pas éternelle: une fois l’emprunt remboursé (sans qu’un autre prêt équivalent soit accordé), elle est détruite. Comme nous le verrons plus loin, les banques (et les autres institutions financières, dont les maisons de courtage de valeurs, les courtiers en prêts hypothécaires et les marchés monétaires) ont le pouvoir exclusif de créer de la nouvelle monnaie à partir de rien, chaque fois qu’elles consentent un nouveau prêt. Le crédit (et donc la création de monnaie) est essentiel au bon fonctionnement de l’économie: sans lui, le pouvoir d’achat nécessaire à l’acquisition de tous les biens et services produits serait insuffisant, et l’économie sombrerait dans la dépression. Dans un système bancaire privé, toutefois, le crédit est contrôlé par les banques privées, qui, bien entendu, cherchent avant tout à maximiser leurs profits. C’est pourquoi le système monétaire a un fonctionnement assez particulier – pour ne pas dire étrange –, qui s’avère parfois néfaste. La monnaie peut contribuer à la constitution d’une économie efficace et prospère, mais peut aussi nuire à l’économie réelle.
La monnaie remplit plusieurs fonctions dans l’économie:
Mode de paiement. La monnaie permet l’achat de produits et de services, mais aussi d’autres types de paiements (impôts, remboursement de prêts, etc.).
Unité de compte. La monnaie est un moyen normalisé par lequel les entreprises, les ménages et les gouvernements mesurent le revenu et la richesse, évaluent divers produits ou actifs et déterminent si une firme est rentable.
Réserve de valeur. La monnaie offre aux individus et aux entreprises un moyen pratique et souple de stocker leurs avoirs. Rares sont les personnes pour qui l’argent a une valeur en soi. Certes, les gens très riches doivent parfois se sentir tout excités devant le nombre de zéros du solde de leur compte en banque (à la manière des rois et empereurs d’autrefois qui prenaient plaisir à remuer de leurs mains des tas de pièces d’or), mais, en général, la monnaie n’a d’utilité que comme pouvoir d’achat. S’ils ne savent pas qu’en faire ou craignent de voir leurs autres actifs subir des pertes, ces individus ou entreprises peuvent simplement mettre leur monnaie en réserve (en conservant du numéraire, en la déposant à la banque ou en procédant à des dépôts à terme). Cette pratique, qui porte le nom de «thésaurisation», peut avoir de lourdes conséquences sur l’économie.
Moyen de faciliter les échanges. Grâce à ses fonctions de mode de paiement et de réserve de valeur, la monnaie facilite les échanges entre les divers acheteurs et vendeurs. Sans elle, le commerce serait fondé sur le troc, où un produit ou service est échangé directement contre un autre. Voilà qui serait totalement inefficace: aucun marché ne pourrait être conclu avant qu’un vendeur n’ait trouvé un acheteur souhaitant aussi vendre un bien ou service dont il a besoin. Imaginez-vous essayer de vendre votre automobile de cette façon: il vous faudrait bien sûr trouver un acheteur, mais pas n’importe lequel, car celui-ci devrait aussi vouloir se débarrasser de quelque chose que vous souhaitez obtenir, qu’il s’agisse d’un séjour d’un mois dans un lieu de villégiature, d’un téléviseur à écran géant ou de tout autre bien ou service de valeur équivalente. Bref, ce serait la croix et la bannière! La monnaie est donc essentielle à tout échange commercial efficace.
En raison de ces avantages économiques manifestes, la monnaie est utilisée sous une forme ou l’autre depuis des milliers d’années. Pour fonctionner, elle doit être reconnue comme mode de paiement par l’ensemble des parties prenantes d’une économie. À cet égard, elle constitue donc une institution sociale dont l’utilité repose sur la confiance, voire la foi, de ceux qui s’en servent. Quiconque accepte de l’argent en échange de quelque chose doit avoir l’assurance de pouvoir obtenir autre chose en le dépensant.
Plus fondamentalement, la monnaie est aussi une institution politique. Son existence et sa valeur reposent sur l’autorité du corps politique ou juridique qui la sanctionne (généralement un État-nation). Aucune monnaie standardisée, transférable et largement acceptée n’a vu le jour avant que n’émergent des États puissants et centralisés (à commencer par les premiers empires esclavagistes d’il y a quelque 5 000 ans), qui ont approuvé puis imposé un système monétaire. La monnaie qui repose sur une norme arbitraire dont l’État veille à l’application est appelée «monnaie fiduciaire». Qu’elle prenne la forme de billets de banque ou de comptes bancaires électroniques, la monnaie fiduciaire n’a aucune valeur intrinsèque; sa survie et sa stabilité dépendent nécessairement de la sanction et de la protection de l’État. D’ailleurs, le fait que l’État exige que les taxes et impôts lui soient payés en monnaie constitue la garantie absolue de la valeur de celle-ci; cette obligation contraint tous les contribuables (particuliers comme entreprises) à accumuler et à utiliser la monnaie fiduciaire (ce qui assure sa reconnaissance et sa valeur). Nulle monnaie véritable, capable de remplir les quatre fonctions énumérées ci-dessus, n’a jamais vu le jour spontanément sur la base d’un commun accord entre des acteurs économiques. Depuis quelques années, des geeks de l’informatique (souvent inspirés par une philosophie libertarienne de droite) tentent de créer des monnaies virtuelles sur internet (voir l’encadré), mais il est peu probable que celles-ci deviennent des composantes durables du système monétaire sans le soutien actif de l’État.
Un système monétaire dissident
Si les banques peuvent créer de la monnaie à partir de rien (chaque fois qu’elles accordent un nouveau prêt), pourquoi les entrepreneurs «point-com» n’en feraient-ils pas autant? Combinée aux merveilles technologiques de l’ère internet, cette idée a donné lieu à un foisonnement de monnaies virtuelles à l’aide desquelles on entend contester l’hégémonie des monnaies soutenues par l’État sur les affaires économiques.
La plus importante de ces monnaies est le bitcoin, lancé en 2009. Mais il en est apparu des centaines d’autres, dont la plupart n’ont pas duré. Certaines sont encadrées par une autorité centrale (qui organise les échanges et prend la responsabilité de gérer les comptes et de garantir les paiements). Mais bon nombre d’entre elles (dont le bitcoin) sont décentralisées: personne n’est «chargé» de créer la monnaie, de faciliter les transactions ou de garantir la sécurité de celles-ci. C’est pour cette raison que les monnaies virtuelles attirent les libertariens, ces pourfendeurs de l’État qui cherchent à contourner les institutions (telles les banques centrales), qu’ils jugent illégitimes. Elles plaisent aussi aux criminels de tout acabit, trop heureux de pouvoir blanchir leur argent dans l’anonymat, à l’abri des regards indiscrets de la police et des autorités réglementaires.
La création de nouveaux bitcoins est contrôlée par un système singulier, le «minage», en vertu duquel des opérateurs d’ordinateurs sont rémunérés (en bitcoins) pour leur contribution à la création et à la gestion des algorithmes nécessaires à la sécurité et à la confidentialité des comptes. (Il s’agit là de la théorie; dans les faits, des hackers ont mis la main sur de nombreux comptes en bitcoins.) Les bitcoins peuvent être échangés contre des devises ordinaires dans le cadre de transactions ouvertes, mais leur «taux de change» fluctue énormément, essentiellement parce que des spéculateurs se sont emparés du marché (comme ils le font avec tout actif financier dont les prix varient). La rigidité de l’offre de bitcoins vient aggraver la situation.
Peut-on considérer les monnaies virtuelles comme des «monnaies» au sens habituel du terme? Pas vraiment. Leur utilité comme mode de paiement ou comme unité de compte est limitée: rares sont les détaillants qui acceptent d’être payés en bitcoins, et ceux qui le font s’empressent généralement de convertir les sommes en devises standard (en dollars américains dans la plupart des cas), ce qui montre que le bitcoin n’a aucune valeur stable qui lui soit propre. En tant que réserve de valeur, les bitcoins ne sont pas dignes de confiance en raison des fluctuations importantes de leur taux de change, attribuables à la spéculation. En 2013, par exemple, la valeur du bitcoin en dollars américains a quintuplé en 1 mois, puis a chuté de plus de 50 % au cours des 4 mois qui ont suivi. La valeur des bitcoins est nettement plus instable que celle d’autres actifs...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Faux-titre
  3. Crédits
  4. Avant-propos
  5. Notions préliminaires
  6. Travail, outils et profit, piliers du capitalisme
  7. Le capitalisme comme système
  8. Le capitalisme dans toute sa complexité
  9. Remettre en cause le capitalisme
  10. Conclusion
  11. Remerciements
  12. Table
  13. Quatrième de couverture

Foire aux questions

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