Pauvreté au travail, transformations des marchés de l'emploi et trajectoires de résistance
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Pauvreté au travail, transformations des marchés de l'emploi et trajectoires de résistance

Un dialogue Nord-Sud

  1. 248 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Pauvreté au travail, transformations des marchés de l'emploi et trajectoires de résistance

Un dialogue Nord-Sud

À propos de ce livre

Dans les 25 dernières années, la croissance de la précarité d'emploi s'est accentuée du Nord au Sud à un tel point que le travail n'est plus un rempart contre la pauvreté, mais constitue bien souvent le chemin qui y conduit. Si les marchés du travail et de l'emploi se sont profondément transformés, l'action publique a aussi joué un rôle ambivalent?: d'un côté elle a facilité la précarisation de l'emploi en y adaptant les modes de régulation du travail, et de l'autre elle a structuré des régimes de protection sociale qui, lorsqu'ils existent, peinent à compenser les insuffisances de l'emploi précaire.

À la suite de ces changements découlant de l'adoption de politiques néolibérales, les stratégies de résistance des travailleurs pauvres se sont adaptées. Alors que le syndicalisme est en déclin, leur identité collective se recompose autour de nouveaux types d'organisations et des formes novatrices d'action collective apparaissent en réponse aux transformations observées.

Ce collectif, qui s'adresse tant aux universitaires qu'aux citoyens engagés dans des luttes sociales, présente un tour d'horizon empiriquement riche de la réalité contemporaine des travailleurs précaires qui, au Nord comme au Sud, sont confrontés au travail qui rend pauvre, mais qui, aussi, inventent de nouvelles manières d'y résister.

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Informations

PARTIE
III
Du Nord au Sud, les précaires s’organisent
CHAPITRE
7
Les centres de travailleurs
Réguler l’informalité, du bas vers le haut
Nik Theodore1
University of Illinois
Les marchés du travail journalier aux États-Unis sont des lieux d’hyperexploitation et de précarité racisée dans lesquels les travailleurs, malgré le fait qu’ils y soient atomisés et aliénés, peuvent paradoxalement s’organiser et s’engager dans l’action collective. Depuis le début des années 1990, les travailleurs journaliers immigrés se sont organisés pour contrecarrer les faibles protections institutionnelles de l’économie informelle en établissant des mécanismes de gestion des salaires et de rétention de la main-d’œuvre auprès des employeurs abusifs. Même si ces mesures ponctuelles dépendent d’ententes entre travailleurs difficiles à faire appliquer – car elles reposent essentiellement sur de la persuasion morale et une solidarité circonstancielle –, elles représentent néanmoins un important effort, issu des travailleurs eux-mêmes, pour réguler l’informalité « par le bas ». Les travailleurs journaliers ont conscience qu’en l’absence de règles pour encadrer leur rémunération dans des marchés du travail hautement incertains, le plancher salarial sera fixé par le désespoir des plus mal lotis, faisant ainsi pencher le rapport de force en faveur des employeurs. Au cours des dernières décennies, cet effort pour l’établissement de normes du travail a évolué depuis l’organisation des travailleurs sur leurs lieux d’embauche informels vers la création de centres de travailleurs (workers centres) fonctionnant comme des institutions élaborant des règles destinées à réguler l’économie informelle. Ces organisations autonomes opèrent au-dehors et au-delà des syndicats, dans des lieux et des secteurs d’activité où la présence syndicale est minimale, voire inexistante. Ces centres de travailleurs luttent contre la prolifération des violations aux droits du travail à travers la mise en place d’une variété de mesures régulatrices allant du recouvrement de salaires impayés à l’organisation de campagnes contre les employeurs abusifs, en passant par le lobbying en faveur de politiques publiques favorables aux travailleurs et l’organisation d’ateliers de formation sur la sécurité au travail (Cordero-Guzmán, 2015 ; Fine, 2015). Sur les marchés du travail journalier, plusieurs de ces centres ont formalisé leur intervention en créant des bureaux d’embauche à travers lesquels la demande en travail journalier est médiée. L’extension à l’économie informelle d’un modèle de bureau d’embauche opérant à l’extérieur de la portée des syndicats de la construction laisse ainsi entrevoir une amélioration significative des conditions de travail des travailleurs temporaires.
Les centres de travailleurs ne se résument toutefois pas à de simples interventions techniques destinées à réguler des marchés du travail dégradés. En plus de leurs fonctions régulatrices, les centres de travailleurs sont (souvent) des lieux où les processus de prises de décision démocratiques et de mise en place d’action collective permettent aux travailleurs de venir à bout de l’anomie propre au travail journalier et de faire émerger des leaders ouvriers. L’objectif est de renforcer le pouvoir des travailleurs grâce à l’élaboration consensuelle de règles et au moyen de l’action solidaire – ouvrant ainsi un espace dans lequel la voix des travailleurs et leur désir d’autodétermination peuvent s’exercer. Même si, compte tenu de la difficile réalité de la précarité et de l’exploitation, les marchés du travail journalier peuvent difficilement être confondus avec une utopie ouvrière, les centres de travailleurs n’en constituent pas moins une « utopie de tous les jours » au sens défini par Cooper (2014, p. 2), c’est-à-dire « des espaces dans lesquels la vie quotidienne est performée […] d’une manière radicalement différente […] en créant les changements désirés, en forgeant de nouvelles manières d’expérimenter la vie sociale et politique ». En régulant l’informalité à travers un processus d’élaboration de normes, en renforçant l’idée que, par l’action collective, même les travailleurs les plus marginalisés peuvent devenir des sujets historiques, les centres de travailleurs peuvent être les lieux d’une politique préfigurative incarnant l’auto-organisation et la démocratie directe tout en façonnant des échanges économiques plus justes et transparents.
Ce chapitre examine les difficultés d’emploi auxquelles font face les travailleurs journaliers ainsi que le rôle joué par les centres de travailleurs dans la régulation de l’informalité. La première partie se penche sur les processus de fixation des salaires dans les marchés du travail journalier et montre comment les trois caractéristiques principales du travail journalier – la décentralisation des lieux de travail, la désorganisation de l’emploi et la dégradation du travail – façonnent les salaires et les gains. La deuxième partie évalue l’action collective visant la régulation des marchés du travail journaliers, en montrant les effets que le Casa Latina Day Worker’s Center de Seattle a eu sur l’emploi, les salaires et les normes du travail. Le chapitre se conclut par un ensemble de réflexions sur la construction du pouvoir ouvrier chez les travailleurs informels.
1. La fixation des salaires dans les marchés du travail journalier
Les lieux informels de recrutement sont une source importante de travailleurs journaliers pour l’industrie de la construction résidentielle aux États-Unis. Ces journaliers sont employés pour une variété de travaux manuels, pour du travail général ou comme assistants, peintres, couvreurs, plâtriers, poseurs de plancher et, en de rares occasions, pour réaliser du travail de métier. Les embauches sont faites « sous la table » et la durée de l’emploi varie de quelques heures à plusieurs semaines ou plus. Les gains sont généralement bas, les conditions de travail sont fréquemment dangereuses et les vols de salaire foisonnent.
Plusieurs aspects de ces relations de travail doivent être combattus par l’organisation des travailleurs afin que s’institutionnalisent des mesures de protection sur les lieux de travail. Les efforts d’organisation doivent en particulier s’attaquer à trois caractéristiques :
  1. La décentralisation. Les journaliers sont employés sur des lieux de travail qui sont dispersés dans des régions métropolitaines. La nature temporaire de leur emploi se traduit par des mandats à court terme, des changements constants d’équipe de travail et une répartition fluctuante des lieux de travail. La petite taille de la plupart des projets de construction résidentielle fait en sorte que peu de travailleurs sont employés simultanément sur un même chantier, alors que la faiblesse des obstacles à l’entrée sur le marché de la construction résidentielle implique que le nombre d’entrepreneurs est élevé.
  2. La désorganisation. En tant que forme d’emploi sur appel et temporaire, le travail journalier multiplie les situations de négociations individuelles entre les employeurs et les employés au sujet des tâches, des salaires et des statuts d’emploi. Les travailleurs journaliers sont fortement atomisés, et la recherche d’emploi sur les lieux de recrutement informels s’apparente à un jeu à somme nulle. Qui plus est, contrairement à la majorité des marchés du travail où les processus d’embauche sont partiellement obscurcis et où l’offre de main-d’œuvre est pratiquement invisible, la compétition entre les travailleurs journaliers est routinière et a lieu en personne, en face à face. Quand un ou deux travailleurs décrochent un emploi avec un employeur particulier, des douzaines d’autres travailleurs manquent leur chance et doivent attendre qu’une autre occasion se présente. Le sous-emploi endémique dans ce genre de marché du travail génère tout naturellement de l’anxiété chez les travailleurs. Même si des liens de confiance peuvent se construire entre des travailleurs « amicalement rivaux », comme dans tout contexte social, des tensions autour de la race, de la nationalité, du genre ou de tout autre marqueur social peuvent ébranler – et ébranlent effectivement – le sentiment de partager un destin collectif ainsi que la solidarité ouvrière.
  3. La dégradation. Les emplois journaliers se caractérisent par un taux élevé d’infractions aux normes du travail et par une exposition accrue à des conditions dangereuses, et ce, même si l’on tient compte des risques généralement associés aux travaux de construction. Le vol de salaire et les accidents de travail non compensés réduisent directement le salaire des travailleurs, contribuant ainsi à l’insécurité économique des travailleurs journaliers et exacerbant les tensions au sein de ce marché du travail sous haute pression.
Ce sont là des caractéristiques déterminantes du travail journalier qui, ensemble, produisent une relation d’emploi précaire et surexposée aux pressions et à la volatilité du marché. Il en résulte des revenus faibles et instables, des pressions croissantes sur les travailleurs pour qu’ils tolèrent des conditions inférieures aux normes, et une acceptation généralisée, parmi les travailleurs journaliers, des accidents de travail et des violations des lois sur les salaires et les horaires, lesquels sont perçus comme étant un « coût de fonctionnement » inhérent à leurs activités.
Le travail journalier et le travail informel existent en dehors des structures institutionnalisées d’action collective et de réglementation du travail et, par conséquent, de nombreux observateurs affirment que les travailleurs ne peuvent pas faire grand-chose pour améliorer les normes du travail. Cette prétendue incapacité à mener une action collective efficace est ancrée dans un ensemble de facteurs liés au marché du travail et à des éléments qui leur sont extérieurs. Au sens le plus large, en raison de l’insécurité et de l’impermanence de leurs conditions d’emploi, les travailleurs journaliers sont considérés comme de perpétuels étrangers au système de relations industrielles et au « réseau de règles » (Dunlop, 1958) qui régissent les pratiques d’emploi dans l’industrie de la construction.
Ce statut d’outsider comporte au moins trois dimensions. Premièrement, en ce qui concerne les procédures de gestion de l’embauche, des flux de travail et de la rémunération, l’irrégularité du travail journalier rend instables les conventions existantes relatives aux tâches et à la rémunération. En somme, malgré l’embauche répétée de travailleurs journaliers par les employeurs, on estime que les modalités d’emploi sont tout simplement trop fluctuantes pour que les règles soient largement acceptées ou même pour que les pratiques soient normalisées par des négociations tacites entre les parties, sauf peut-être de la manière la plus éphémère. Deuxièmement, et en ce qui concerne l’exercice des droits en matière d’emploi, la nature officieuse et difficilement justiciable des contrats de travail obscurcit la responsabilité des employeurs et constitue un obstacle à l’imputabilité de ceux-ci en cas de violation des normes du travail. Dans la pratique, l’absence de contrats écrits, combinée aux changements de lieux de travail et à l’évolution des tâches effectuées sur les lieux de travail, compromet la capacité des travailleurs journaliers à exercer des recours juridiques en cas de non-respect par l’employeur des lois du travail. Troisièmement, et en ce qui concerne l’environnement réglementaire plus large des États-Unis dans lequel s’inscrit le travail journalier, le statut d’immigration irrégulier de la plupart des travailleurs journaliers (Theodore, 2008) et le non-respect généralisé des normes d’emploi dans le secteur de la construction (Bernhardt, Spiller et Theodore, 2013) encouragent les employeurs sans scrupules à violer les lois tout en exposant les travailleurs journaliers au risque de représailles fondées sur l’immigration s’ils intentent des recours légaux en cas de violation des normes du travail.
Ces trois dimensions se renforcent mutuellement et, pour cette raison, les tentatives d’augmenter les salaires par des mécanismes de fixation collectifs sont souvent perçues comme pouvant être facilement contrecarrées par les asymétries de pouvoir au sein des marchés du travail informels. Si les travailleurs journaliers s’efforcent d’améliorer leurs conditions d’emploi, les employeurs sont en mesure d’imposer une discipline salariale aux travailleurs occasionnels grâce à leur position avantageuse sur le marché, et ce, en raison des risques accrus de sous-emploi auxquels les travailleurs journaliers sont constamment exposés et des risques permanents de représailles fondées sur l’immigration. En conséquence, les planchers salariaux sur les marchés du travail journalier sont considérés comme étant principalement fixés par le désespoir économique de la main-d’œuvre et sont, au bout du compte, sans effets.
Il existe un continuum de pratiques d’emploi dans l’industrie de la construction avec, d’un côté, des emplois offrant des salaires décents, des avantages sociaux, des investissements significatifs pour promouvoir la sécurité des travailleurs, des possibilités de progression de carrière et la sécurité d’emploi et, de l’autre, un ensemble d’emplois inférieurs aux normes où les violations des normes sont courantes, où l’insécurité est endémique et où les travailleurs sont exposés à des risques accrus de blessures. Parce qu’ils se situent en dehors du « réseau de règles » régissant l’emploi dans l’industrie de la construction, la plupart des emplois journaliers se trouvent à proximité de ce dernier pôle. Et bien que les caractéristiques du travail journalier – décentralisation, dé...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Page de titre
  3. Copyright
  4. Liste des figures et tableaux
  5. Liste des sigles et acronymes
  6. Introduction: Dix ans de recherche au Groupe de recherche interuniversitaire et interdisciplinaire sur l’emploi, la pauvreté et la protection sociale : évolutions et perspectives
  7. Partie I: Travail, précarité et pauvreté
  8. Partie II: Transformations du marché du travail et des régulations
  9. Partie III: Du nord au sud, les précaires s’organisent
  10. Épilogue: Faire de la recherche sur les travailleurs pauvres à l’ère de la covid-19
  11. Notices biographiques