A) Les atteintes volontaires Ă la vie
Le droit Ă la vie est mentionnĂ© dans lâarticle 3 de la DĂ©claration universelle des droits de lâhomme. Lâarticle 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dispose que « [le] droit Ă la vie est inhĂ©rent Ă la personne humaine. Ce droit doit ĂȘtre protĂ©gĂ© par la loi. Nul ne peut ĂȘtre arbitrairement privĂ© de la vie ». Quant Ă lâarticle 2 de la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme, il stipule que « [l]e droit Ă la vie est protĂ©gĂ© par la loi. Ce droit est lâun des droits les plus importants de la Convention. Sans le droit Ă la vie, il nâest pas possible de jouir des autres droits de lâhomme ».
DâaprĂšs lâOMS, en 2012, ce sont au moins 475 000 personnes qui ont Ă©tĂ© victimes dâun homicide volontaire dans le monde, faisant de lâhomicide la quatriĂšme cause de mortalitĂ© chez les individus de 15 Ă 44 ans. Sur ce nombre, et selon un rapport de 2014 de lâOffice des nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), sur les 437 000 personnes qui ont Ă©tĂ© victimes dâun assassinat dans le monde en 2012 95 % des auteurs de ces crimes Ă©taient des hommes tout comme 80 % des victimes. Quand les homicides Ă©taient commis dans le cadre de violences familiales, soit 15 % de lâensemble, 70 % des victimes Ă©taient des femmes. La France dispose quant Ă elle de statistiques sur le nombre dâhomicides perpĂ©trĂ©s sur son territoire depuis le premier Empire. La tendance longue est Ă la baisse. Ainsi, en 1936, le taux dâhomicide Ă©tait de 1,1 pour 100 000 habitants. Si en 1968, ce mĂȘme taux Ă©tait descendu Ă 0,8 ; en 2000, avec un taux de 1,7 pour 100 000, la France prĂ©sentait nĂ©anmoins un des plus faibles niveaux dâhomicide au monde. Cette Ă©volution peut rĂ©sulter de nombreux facteurs, au nombre desquels une augmentation des faits, mais peut-ĂȘtre aussi un meilleur recensement. En France, selon les chiffres des dĂ©cĂšs dâorigine criminelle entre conjoints ou ex-conjoints recueillis par lâONDRP, 197 homicides de femmes dĂ©cĂ©dĂ©es sous la violence de leur conjoint ou ancien concubin avaient Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©s en 2006, 166 en 2007 et 146 en 2011. Ces 146 dĂ©cĂšs se dĂ©composaient ainsi : 139 homicides volontaires dont 80 meurtres et 59 assassinats, ainsi que 7 faits de violence ayant entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner1. Ces morts violentes dans le couple reprĂ©senteraient 17,40 % des homicides et violences volontaires, ayant entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner constatĂ©s sur le plan national en 2011.
Selon les statistiques des services de police judiciaire (gendarmerie et police nationale), en 2016, en France 138 personnes Ă©taient dĂ©cĂ©dĂ©es du fait de leur conjoint ou concubin, ancien conjoint ou concubin. Parmi ces victimes, on dĂ©nombrait 109 femmes et 29 hommes. Un fait avait Ă©tĂ© commis au sein dâun couple homosexuel. Sur les 28 femmes auteurs dâhomicide commis sur des hommes, 17 dâentre elles Ă©taient victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 60,71 %. Les morts violentes dans le couple reprĂ©sentaient 15,49 % des homicides non crapuleux et violences volontaires ayant entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner constatĂ©s au plan national en 2016. Ă ces donnĂ©es sâajoutaient 183 tentatives de meurtres ou dâassassinats dans un contexte conjugal2. Les dĂ©cĂšs constatĂ©s Ă©taient survenus au sein de 70 couples mariĂ©s (50,72 %), 1 couple pacsĂ© (0,73 %), 46 couples en concubinage (33,33 %), et 21 couples divorcĂ©s ou sĂ©parĂ©s (3 faits concernaient dâanciens conjoints et 18 faits dâanciens concubins). Dans 77,54 % les auteurs de ces homicides avaient fait usage dâune arme. Les auteurs fĂ©minins avaient recouru Ă une arme dans 92,86 % des cas, les auteurs masculins dans 73,64 % des cas.
Selon lâenquĂȘte menĂ©e par le DĂ©lĂ©gation aux victimes (DAV), le nombre dâhomicides au sein du couple au cours de lâannĂ©e 2017 avait Ă©tĂ© de 151. 130 femmes avaient Ă©tĂ© victimes de leur conjoint ou ex-conjoint. En moyenne, une femme dĂ©cĂ©dait tous les 3 jours, victime de son conjoint ou ex-conjoint. En 2017, 25 enfants avaient Ă©galement Ă©tĂ© tuĂ©s dans le cadre de violences conjugales3. En 2018 ces homicides conjugaux Ă©taient au nombre 149. Ils avaient fait 121 victimes femmes et 28 victimes hommes. En 2019, 146 femmes avaient Ă©tĂ© tuĂ©es par leur conjoint ou concubin ou leur ancien partenaire selon les chiffres de lâenquĂȘte de la DAV, tandis que sur la mĂȘme pĂ©riode 27 hommes avaient Ă©galement Ă©tĂ© tuĂ©s au sein du couple. Sur la mĂȘme pĂ©riode, 31,8 % des fĂ©minicides avaient Ă©tĂ© commis avec une arme Ă feu et 31,3 % avec une arme blanche ; dans 7 % des cas il nây avait pas eu recours Ă une arme par nature ou par destination4. Le reste des faits avait donc Ă©tĂ© commis sans la moindre arme (par exemple : strangulation, coups mortelsâŠ).
Part des individus victimes dâhomicides pour 1 000 habitants de mĂȘme sexe et Ăąge en 20185
Part des individus victimes dâhomicides pour 100 000 habitants de mĂȘme sexe et Ăąge en 20196
Une distinction est faite par la loi entre lâacte volontaire caractĂ©risĂ© par lâintention de tuer (meurtre, assassinat, empoisonnement), lâacte volontaire de violences mais qui a entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner7 et, enfin, lâacte qui a involontairement entraĂźnĂ© la mort. Ainsi, la Cour de cassation rappelle rĂ©guliĂšrement que lâintention homicide de lâauteur peut sâinduire, dâune part, de lâutilisation dâune arme meurtriĂšre et, dâautre part, de la rĂ©gion du corps oĂč la victime aura Ă©tĂ© frappĂ©e.
Lâhomicide involontaire
En droit pĂ©nal français, « le fait de causer, dans les conditions et selon les distinctions prĂ©vues Ă lâarticle 121-3 [du Code pĂ©nal], par maladresse, imprudence, inattention, nĂ©gligence ou manquement Ă une obligation de prudence ou de sĂ©curitĂ© imposĂ©e par la loi ou le rĂšglement, la mort dâautrui constitue un homicide involontaire ». En effet, aux termes de lâarticle 121-3 du Code pĂ©nal, « [i]l nây a point de crime ou de dĂ©lit sans intention de le commettre. Toutefois, lorsque la loi le prĂ©voit, il y a dĂ©lit en cas de mise en danger dĂ©libĂ©rĂ©e de la personne dâautrui. Il y a Ă©galement dĂ©lit, lorsque la loi le prĂ©voit, en cas de faute dâimprudence, de nĂ©gligence ou de manquement Ă une obligation de prudence ou de sĂ©curitĂ© prĂ©vue par la loi ou le rĂšglement, sâil est Ă©tabli que lâauteur des faits nâa pas accompli les diligences normales compte tenu, le cas Ă©chĂ©ant, de la nature de ses missions ou de ses fonctions, de ses compĂ©tences ainsi que du pouvoir et des moyens dont il disposait8. »
La majoritĂ© des homicides conjugaux sont frĂ©quemment prĂ©cĂ©dĂ©s de violence conjugale. Lâhomicide conjugal est ainsi souvent le point culminant dâune trajectoire de violence conjugale qui a augmentĂ© en sĂ©vĂ©ritĂ© et en intensitĂ© au fil du temps. Cet homicide, le plus souvent imputable Ă un homme, Ă lâendroit de la conjointe se commet le plus souvent dans la pĂ©riode entourant une rupture initiĂ©e par la conjointe ou lors dâune escalade de la violence au moment de mettre fin Ă la relation. Les femmes plus jeunes risquent davantage dâĂȘtre victimes dâun homicide conjugal que celles plus ĂągĂ©es.
Certains signes ou circonstances sont associĂ©s aux homicides conjugaux commis envers la conjointe. Leur prĂ©sence peut suggĂ©rer un danger imminent. Certains signes annonciateurs ou circonstances Ă risque sont associĂ©s de façon rĂ©currente aux homicides conjugaux commis sur la personne de la conjointe et suggĂšrent un danger imminent : il en est ainsi lorsque la conjointe a rompu au cours des mois prĂ©cĂ©dent, et revient au domicile pour rĂ©cupĂ©rer ses effets personnels suite Ă la rupture ; lorsque les deux conjoints se confrontent lors de lâexercice dâun droit de visite ou dâhĂ©bergement ; ou encore quand lâintensitĂ© et la frĂ©quence des incidents de violence ont augmentĂ© au cours de la derniĂšre annĂ©e. Dâautres facteurs de risques sâajoutent Ă ceux-ci, tels que la dĂ©tention dâune arme Ă feu, des menaces de meurtre ou de suicide profĂ©rĂ©es par lâhomme, la consommation de drogues ou lâabus dâalcoolâŠ
Féminicide ?
En 1992, dans un livre fondateur, Femicide : the Politics of Woman Killing, la notion de « fĂ©minicide » fut proposĂ©e par deux sociologues qui en dirigĂšrent la publication â lâAmĂ©ricaine Diana E. H. Russel, qui avait dĂ©jĂ lancĂ© lâexpression dans des confĂ©rences, et la Britannique Jill Radford â pour dĂ©signer le meurtre dâune femme en raison de son sexe.
« Le terme fĂ©minicide est dĂ©fini par lâONU et lâOMS. Mais ces dĂ©finitions retiennent des concepts qui ne sont pas complĂštement en accord avec les principes de droit français. Le 12 avril 2011, le Conseil de lâEurope a adoptĂ© la Convention sur la prĂ©vention et la lutte contre la violence Ă lâĂ©gard des femmes et la violence domestique qui prĂ©cise que la violence Ă lâĂ©gard des femmes âdoit ĂȘtre comprise comme une violation des droits de lâhomme et une forme de discrimination Ă lâĂ©gard des femmes, et dĂ©signe tous les actes de violence fondĂ©s sur le genre qui entraĂźnent, ou sont susceptibles dâentraĂźner pour les femmes, des dommages ou souffrances de nature physique, sexuelle, psychologique ou Ă©conomiqueâ. [âŠ] Si la loi ne recourt pas au terme de fĂ©minicide, pas plus quâĂ ceux de parricide, matricide ou infanticide, câest jusquâĂ prĂ©sent une volontĂ© du lĂ©gislateur ...