
- 80 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
À propos de ce livre
Avoir l'esprit philosophique, c'est être capable de s'étonner des événements habituels et des choses de tous les jours. Einstein écrivait: "Celui qui a perdu la faculté de s'émerveiller et qui juge, c'est comme s'il était mort, son regard s'est éteint." Au bord du vide et de l'abîme ouvert par le sublime, entre l'effroi et la fascination, il y a bien des questions, des attentes, des nuits sans réponse, des silences sonores et des ténèbres lumineuses, avant d'accueillir l'inespéré et l'inattendu: la naissance du divin dans l'humain à travers l'art, la science ou l'amour humain. "Maintenant, mes yeux ont vu ta lumière. Cantique de Siméon Luc 2, 29"
Foire aux questions
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Informations
Le berceau du regard
La naissance de la parole
« Tu voyages beaucoup, écrivait Silésius, tu es à l’affût de tout; si tu n’as pas croisé le regard de Dieu, tu n’as rien vu. » Où croiser ce divin regard, me direz-vous, sinon à la croisée du visible et de l’invisible, dans l’entre-deux de son surgissement ? Et si ce divin était caché derrière ce voile du ”rien”, à la limite, dans les marges du ”presque rien35”. Si l’enjeu de ce jeu était l’avènement de ce Tout-Autre. Être sans distance et sans jeu, c’est être sans ouverture ni relation aux autres. Si la béance des choses, des mots, des notes, des couleurs ouvrait l’espace au chant, au tableau ou au poème, c’est-à-dire à la parole vivante... Tout est question de regard, d’écoute, d’attention. Comme le dit Blanchot : « L’extraordinaire commence à l’instant où je m’arrête. » L’extraordinaire gît dans l’ordinaire : il suffit d’être patient, ” d’observer, de contempler, pour que s’ouvre un processus d’extraction d’un je-ne-sais-quoi de singulier, d’étonnant, voire de merveilleux, à partir de quelque chose tout à fait banal.36”
L’art est alors de l’ordre du secret. Secret de la vie, qui est un mystère à la fois étonnant et surprenant, splendide et angoissant. Il ne peut que se vivre et se célébrer. Baudelaire témoigne : « Tout enfant, j’ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires: l’horreur de la vie et l’extase de la vie.»37 Face à l’effroi devant le surgissement de la vie, entre l’angoisse et l’émerveillement, il n’est que le chant pour célébrer la vie ou la mort. Face au sacré de la vie, ”l’Ouvert” nous donne de rencontrer celui qui est, à la fois si proche et si lointain, si présent et pourtant inaccessible. L’œuvre surgit toujours comme un dévoilement, une surprise, comme un cri de délivrance „ Voici l’œuvre! Ecce Arte et homo! „Tout est accompli” : L’œuvre et l’artiste unis et crucifiés sur la croix des représentations. Art nu, œuvre ouverte sur l’humain et le divin, par delà toutes les figurations et défigurations, elle rayonne cette douce lumière de la transfiguration. « Ici les éléments retrouvent leurs voix. Pierres, rochers, sable, vent, feu du soleil et neige d’étoiles glacées dans la nuit, tout parle. Et la clarté de leur évocation est telle qu’aucune excitation ne vient brouiller les paroles.” Communication totale de l’humain et du divin dans l’entre-deux ouvert par la déchirure du Rien. « La vie est présence totale, parce qu’elle est une force simple et infinie qui se diffuse en une continuité dynamique. Plotin saisit la Vie, du dedans, comme un mouvement pur, qui est partout, sans s’arrêter nulle part, qui est „déjà là”, ayant toutes les formes particulières qu’il engendre sans s’arrêter en elles.. » Mystère où le divin advient lorsque l’art s’absente» ou inversement‚ « l’art advient là, où Dieu s’absente», comme l’écrivait Jean Luc Nancy. Art du retrait mutuel, où le regard vers l’autre devient présence intérieure. Le regard est source de vie et fontaine de lumière Vierge, il virginise tout ce qu’il touche, tout ce qu’il contemple et enfante le divin dans l’humain.
L’art est une annonciation qui s’accomplit dans l’assomption de la matière vers l’esprit et la parole. «La parole serait née mille fois à Bethléem, écrivait encore Angélus Silésius, si elle ne naît pas en toi aujourd’hui, cela ne te sert de rien». Mais comment trouver ce lieu où une parole vraie peut encore naître aujourd’hui? Nulle part, sinon en suivant l’étoile du Rien, du presque rien. Ce chemin est celui des pauvres d’esprit, des doux, des hommes de désir des cœurs purs et de ceux qui ont faim et soif de justesse de cœur et de justice. Ces bonnes attitudes sont-elles toujours données aux regards innocents et simples des enfants, des poètes et des artistes? Il semble qu’elles soient cachées aux sages et aux savants, comme nous les présente Jésus dans le sermon sur la montagne d’après les évangiles de Luc(6,20-26) et Matthieu (5,3-12). Leur savoir les rend aveugles. Leur pouvoir et leurs avoirs les empêchent d’être libres et assez pauvres pour accueillir ce non-savoir, ce non-voir, cette désappropriation et cette disponibilité essentielle à l’accueil de la transcendance. Ils savent tout, alors ils ne peuvent plus rien découvrir. Ils ont tout ou ils en ont l’illusion, alors ils n’ont plus besoin de rien, plus de désir, plus faim et soif de justice... et c’est là la vraie question, ils n’ont plus le désir de ce presque rien, de cette transcendance au quotidien qui change tout. Nos visions et nos représentations du monde peuvent-elles simplement descendre du ciel de nos abstractions, pour prendre chair aujourd’hui, sinon en descendant des arbres et des rochers, comme nous le rappellent si justement Saint Bernard.
Ce visible, sans la présence des mots, devient vite inhabitable. Dès qu’il s’habille de mots, il change, ou plutôt notre regard a changé. Nous ne sommes plus indifférents aux choses. Les choses s’habillent de lumière, elles sont habitées d’une invisible présence et nous deviennent familières. D’étranges et magiques, ces étrangères peuvent devenir des amies. Dans leurs différences, elles s’ouvrent pour enfanter autre chose qu’une idole. Du mirage des représentations, des images et des mots, elles nous conduisent sur d’autres rivages, au miracle de leur naissance invisible. Le visible porte l’invisible en son sein; il l’informe et le contient. „L’homme fabrique des vases avec de l’argile, mais qu’est-ce qui en donne l’usage? Sinon le vide”, nous dit un proverbe chinois. « Je suis le vase vide de Dieu, écrit Silésius, où il se répand. Il est ma mer et ce qui me contient.” Le vide du fini est, en fait un plein d’infini. Ce vide des choses est créateur. Il est porteur d’une attente et fécond de l’infini. Le monde n’est plus alors, ni un piège ni une illusion, mais la sublime allusion d’un autre monde. Partir à la recherche des mots, des sons, des ”notes qui s’aiment”, comme le jeune Mozart, et trouver le langage des choses, le langage des oiseaux, c’est entrer dans le désert du vide et de l’informe d’un monde en genèse, celui de la Parole. Divine folie ou sagesse du Rien? Mais ce rien devient tout au-delà du rien, quand le voile du temple du réel se déchire. Le visible est « un récipient vide où l’on peut cependant puiser, sans qu’il ait besoin d’être d’abord rempli. Il est sans fond, lui qui engendre toute chose en ce monde.»38 Les choses sont là, elles nous attendent en nous faisant signe. C’est nous qui ne sommes pas là, et qui sommes aveugles et sourds à leurs appels à venir de l’autre coté, dans l’invisible de leur présence.
Où la parole peut-elle naître, sinon là où elle prend sa source? En toi, dans le silence et la nuit, sur ce « nuage d’inconnaissance »39 ou sur ces « chemins qui ne mènent nulle part40». L’infini est caché sous chaque grain de sable. « Ouvrir le Rien.41 » Mais ce lieu n’est pas un lieu, c’est le « non-lieu de toute création.42 « Silence, ce lac à la surface lisse et impénétrable dans les profondeurs duquel submergés, les mots attendent.»43 Le silence est la matrice de toute vraie présence, il est la divine origine de toute parole et la source d’où coule le fleuve des mots, des couleurs et des sons.
Ne me demandez pas non plus quand elle va naître? Je ne sais. Docte ignorance du main-tenant! Coïncidence des opposés quand le principe de non-tradiction est dépassé par le réel? Ou simplement accueillir la main tendue du visible et dire oui à l’invisible. Ouïr et jouir dans la nudité de l’instant, du présent de la présence. Répondre ”oui” au sourire de l’être dans l’apparaître des choses. Car la parole n’est pas quelque chose, elle ne s’arrête pas aux mots et aux concepts, aux images ou aux symboles, elle est une indicible présence derrière le voile des choses. Elle est, dans le même temps, action vivante au cœur de la vie. Dans le deuxième livre de la Docte ignorance, Nicolas de Cuse pense la création comme une contraction de l’Être divin. Il fait entrer du vide dans l’être, ce qui permet la diversité des étants. On est ici tout près de la notion grecque de la loi des contraires et d’harmonie d’Héraclite d’Éphèse reprise par les stoïciens, et de la ”Voie de la vie ouverte” dans le Taoïsme44 en Chine, ou du principe d’harmonie à Bali ainsi que de la tradition juive du tsim-tsoum. «Au-dessus de toutes les formes, ce qui voit sans voir, ce qui guide sans savoir, l’ignorance qui est la suprême connaissance.45 »
« Si ton œil est simple, tout ton corps sera dans la lumière 46». « Ton œil est la lam...
Table des matières
- Sommaire
- Préface
- Introduction
- La stupéfaction du « voir »
- La peur du vide ou le « non voir »
- « s’abîmer dans le non voir »
- L’attente: … un appel à venir
- Revoir intérieurement
- Le berceau du regard
- Postface : L’art du rien qui change tout
- Éléments de bibliographie
- Page de copyright