Le rĂ©chauffement climatique a des rĂ©percussions considĂ©rables sur l'environnement arctique, dont l'une est de rendre cette rĂ©gion beaucoup plus accessible au commun des mortels. Les nouvelles dynamiques gĂ©opolitiques laissent-elles entrevoir une ruĂ©e vers les ressources conflictuelle? Au contraire, l'Arctique deviendra-t-il un territoire gouvernĂ© par l'intĂ©rĂȘt commun et le droit international?Les auteurs, spĂ©cialistes reconnus des affaires arctiques, abordent ces questions fondamentales et la façon dont le Canada pourrait Ă©laborer une stratĂ©gie pour le Nord Ă la fois efficace et responsable. Ce faisant, ils proposent un examen approfondi de la rĂ©alitĂ© politique et stratĂ©gique nationale et internationale qui se joue dans le continent glacĂ©.

- 426 pages
- French
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Politique mondiale
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Informations
Chapitre 1
Un monde circumpolaire en pleine mutation
Rob Huebert
La question de la souverainetĂ© et de la sĂ©curitĂ© du Canada dans lâArctique, une rĂ©gion du monde qui connaĂźt des changements fondamentaux, est au cĆur de ce chapitre. Il examine tout dâabord les concepts de souverainetĂ© et de sĂ©curitĂ©, puis analyse les facteurs qui transforment le tissu du milieu arctique, notamment les changements climatiques, le dĂ©veloppement des ressources et les forces gĂ©opolitiques en prĂ©sence.
La rapiditĂ© avec laquelle se transforme lâArctique a surpris les Canadiens et le monde entier. Impossible dâouvrir un journal ou dâallumer la tĂ©lĂ©vision sans entendre parler dâun nouveau projet dont les rĂ©percussions sâĂ©tendent dans le Nord canadien. Toute discussion sur le sujet commence inĂ©vitablement par la question de la «protection» de la souverainetĂ© du Canada dans lâArctique. La souverainetĂ© est un enjeu qui suscite toujours lâintĂ©rĂȘt des mĂ©dias, des dĂ©cideurs et de la population canadienne en gĂ©nĂ©ral. Il suffit dâĂ©voquer la «perte» de la souverainetĂ© du Canada dans lâArctique pour dĂ©clencher des dĂ©bats passionnĂ©s. LâArctique et les Canadiens traversent une pĂ©riode de leur histoire particuliĂšrement intĂ©ressante.
La politique du Canada pour lâArctique fait face Ă quelques-uns des enjeux les plus passionnants et les plus complexes de lâhistoire du pays. Jamais auparavant la nature mĂȘme de la rĂ©gion nâa subi lâinfluence dâun aussi grand nombre de facteurs. Le plus grand dĂ©fi du pays aujourdâhui rĂ©side sans doute dans le fait que le monde entier prend conscience que la fonte de lâArctique rend la rĂ©gion plus accessible que jamais auparavant. Le Canada doit donc se prĂ©parer Ă la pĂ©nĂ©tration du monde extĂ©rieur dans la rĂ©gion. Devant lâĂ©mergence des problĂšmes internationaux que pose le contrĂŽle canadien de la rĂ©gion, le Canada ne peut ignorer plus longtemps la partie arctique de son territoire.
La souveraineté
La dĂ©finition de la souverainetĂ© tire son origine dâun terme juridique utilisĂ© pour caractĂ©riser les moyens par lesquels les souverains, tels que les rois ou les reines, exerçaient leur pouvoir sur leurs sujets. Le terme est apparu pour dĂ©finir les droits et les responsabilitĂ©s des dirigeants Ă lâĂ©gard de leurs terres. Avec lâĂ©volution du fĂ©odalisme vers lâĂtat moderne, le concept sâest transformĂ© et la souverainetĂ© est devenue la pierre angulaire thĂ©orique du systĂšme judiciaire international1.
La souverainetĂ© sâarticule autour de trois composantes: un territoire donnĂ©, un systĂšme de gouvernance et une population vivant sur ledit territoire. Pour ĂȘtre souverain, un Ătat doit se prĂ©valoir de ces trois composantes2. Il doit ĂȘtre dotĂ© dâun gouvernement pleinement fonctionnel capable de prendre des dĂ©cisions sans appel qui sont appliquĂ©es aux citoyens dans les limites de son territoire gĂ©ographique. Individuellement, chacune de ces conditions peut sembler facile Ă remplir, mais dans les faits, toutes trois sont difficiles Ă rĂ©unir dans lâArctique. Lâexistence ou non de la souverainetĂ© dâun Ătat est donc souvent liĂ©e Ă la mesure dans laquelle ces conditions sont remplies.
Le problĂšme que lâon rencontre le plus frĂ©quemment pour dĂ©terminer le fait de la souverainetĂ© est liĂ© Ă lâexistence dâun systĂšme de gouvernance reconnu. La souverainetĂ© dâun Ătat serait menacĂ©e lorsque plusieurs parties rivalisent pour gouverner. Le cas Ă©chĂ©ant, jusquâĂ ce quâune des parties soit dĂ©faite, politiquement ou militairement, ou que les parties nĂ©gocient un accord selon lequel elles acceptent de partager le pouvoir en tant que seule entitĂ©, aucun organe nâest souverain. La dĂ©termination de la souverainetĂ© est compliquĂ©e par le fait que, mĂȘme si les rivalitĂ©s sont rĂ©glĂ©es Ă lâinterne, la nouvelle entitĂ© souveraine doit ĂȘtre reconnue par la communautĂ© internationale.
Dans lâArctique canadien, lâexistence dâun systĂšme de gouvernance acceptĂ© nâest pas remise en question. Ce systĂšme peut Ă©voluer en cas de dĂ©volution du pouvoir du fĂ©dĂ©ral aux territoires, mais dans la mesure oĂč cette derniĂšre sâeffectue pacifiquement, tout Ătat souverain a le droit, Ă lâintĂ©rieur de ses frontiĂšres, de rĂ©partir le pouvoir Ă des sous-unitĂ©s politiques. Ă lâintĂ©rieur des frontiĂšres de lâArctique canadien, la population du Nord canadien reconnaĂźt entiĂšrement le droit du gouvernement fĂ©dĂ©ral de gouverner. Ainsi, ce dernier nâamoindrit en rien la souverainetĂ© de lâĂtat canadien en transfĂ©rant des pouvoirs aux trois territoires du Nord: les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et le Yukon.
Ce transfert de pouvoirs suscite des questions en ce qui a trait Ă la seconde composante de la souverainetĂ©, selon laquelle le territoire gĂ©ographiquement dĂ©fini de lâĂtat doit abriter une population. Il ne peut exister de souverainetĂ© sans population locale, comme câest le cas en Antarctique par exemple. Il nây a toutefois pas de nombre minimal dâhabitants requis. LâArctique canadien ne compte quâun petit nombre dâhabitants, mais suffisamment pour confĂ©rer au Canada un pouvoir souverain sur tout son territoire terrestre. La seule partie de territoire terrestre du Canada oĂč la souverainetĂ© canadienne fait lâobjet dâun diffĂ©rend est une petite Ăźle inhabitĂ©e, lâĂźle de Hans.
La troisiĂšme composante, soit des limites territoriales dĂ©finies, est celle qui prĂ©sente la plus grande importance dans le cadre du dĂ©bat sur la souverainetĂ© du Canada dans lâArctique. Pour ĂȘtre reconnues, les limites territoriales dâun Ătat doivent ĂȘtre acceptĂ©es par la communautĂ© internationale. Le nombre dâĂtats requis pour que la reconnaissance soit effective reste cependant flou.
La complexitĂ© croissante de la dĂ©limitation des frontiĂšres ocĂ©aniques occupe une place importante dans le dĂ©bat sur la souverainetĂ© du Canada. Une modification du droit international en vigueur a conduit Ă la crĂ©ation de nouvelles zones maritimes de contrĂŽle. La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui a Ă©tĂ© finalisĂ©e en 1982 et est entrĂ©e en vigueur en 1994, a codifiĂ© le droit international coutumier et Ă©tabli plusieurs nouvelles zones maritimes3. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, plus une zone maritime est Ă©loignĂ©e du territoire terrestre de lâĂtat, moins celui-ci a de contrĂŽle sur les activitĂ©s de cette zone. Ainsi, un Ătat cĂŽtier exerce une juridiction presque complĂšte sur les activitĂ©s qui se dĂ©roulent dans la zone la plus proche de ses cĂŽtes, soit les eaux territoriales, Ă une importante exception prĂšs: il ne peut intervenir lors du passage inoffensif de navires Ă©trangers dans ces eaux. Un peu plus loin, la Zone Ă©conomique exclusive (ZEE) sâĂ©tend sur 200 milles marins de la ligne de cĂŽte de lâĂtat. Dans cette zone, lâĂtat cĂŽtier exerce des droits de souverainetĂ© sur toutes les ressources vivantes et non vivantes. Seul celui-ci peut donc pĂȘcher, faire de lâexploration pĂ©troliĂšre ou gaziĂšre ou accorder Ă une organisation ou un Ătat Ă©tranger la permission de faire des forages. Toutefois, dans la ZEE, lâĂtat cĂŽtier nâa quâun pouvoir limitĂ© sur les transports maritimes non liĂ©s Ă lâexploitation des ressources.

La CNUDM dĂ©finit Ă©galement une troisiĂšme zone. Un Ătat peut Ă©tendre sa juridiction sur le fond marin et le sous-sol au-delĂ de la ZEE sâil peut montrer quâil possĂšde un plateau continental Ă©tendu. Sâil peut prouver quâil rĂ©pond aux critĂšres dĂ©finissant le plateau continental, et si ce plateau sâĂ©tend au-delĂ de 200 milles marins, lâĂtat peut revendiquer la souverainetĂ© sur le fond marin et ses ressources sur une distance de 150 milles marins additionnels et, dans certains cas, au-delĂ . Dans cette zone, lâĂtat possĂšde lâentiĂšre juridiction sur toutes les activitĂ©s sâeffectuant sur le plancher ocĂ©anique ou au-dessous, câest-Ă -dire sur des activitĂ©s telles que lâexploitation pĂ©troliĂšre et gaziĂšre. Il nâa cependant pas autoritĂ© sur les activitĂ©s se dĂ©roulant dans la colonne dâeau. Il ne peut donc exercer aucun pouvoir sur le transport des marchandises, la pĂȘche ou mĂȘme la recherche scientifique.
Il existe deux autres zones maritimes, qui dĂ©pendent de la gĂ©ographie et de lâhistoire. Si lâĂtat possĂšde une zone maritime qui relie directement deux autres zones maritimes internationales et qui a Ă©tĂ© utilisĂ©e par le passĂ© pour le transport maritime international, cette zone est ouverte Ă la navigation internationale. LâĂtat cĂŽtier a le droit de contrĂŽler toutes les activitĂ©s se dĂ©roulant dans cette zone, qui est un dĂ©troit international, Ă lâexception du transport de marchandises international, car tous les navires Ă©trangers y jouissent de la libertĂ© de navigation. Tous les navires sont autorisĂ©s Ă naviguer aux fins de leurs activitĂ©s de transport habituelles. Ainsi, les sous-marins qui traversent un dĂ©troit international restent immergĂ©s.
La derniĂšre zone qui revĂȘt une grande importance dans lâArctique est constituĂ©e par les eaux intĂ©rieures. Celles-ci englobent les Ă©tendues dâeau, comme les lacs et les riviĂšres, entiĂšrement situĂ©es dans le territoire terrestre dâun Ătat. LâĂtat concernĂ© exerce une souverainetĂ© absolue sur ces eaux, incluant le droit dâautoriser ou dâinterdire la navigation des navires Ă©trangers. Dans certains cas rares, un Ătat peut dĂ©clarer quâun plan dâeau donnĂ© situĂ© en dehors de ses frontiĂšres terrestres fait partie de ses eaux intĂ©rieures. Cette situation exceptionnelle se produit gĂ©nĂ©ralement lorsque ces plans dâeau ont Ă©tĂ© traditionnellement considĂ©rĂ©s comme un lac ou une riviĂšre. Elle est codifiĂ©e par la CNUDM sous lâappellation de «baies historiques». Certains pays cependant, comme le Canada, ont tentĂ© dâĂ©largir cette dĂ©signation, principalement en traçant des lignes de base droites autour dâun chapelet dâĂźles le long de la cĂŽte. Les eaux situĂ©es dans lâespace fermĂ© sont alors considĂ©rĂ©es comme des eaux intĂ©rieures sur lesquelles lâĂtat exerce une souverainetĂ© absolue. Cette situation soulĂšve un dernier point important. Alors que lâĂtat avait une autoritĂ© absolue sur ses eaux intĂ©rieures, il exerce un droit souverain sur toutes les ressources de la ZEE, mais seulement sur les ressources du fond marin et du sous-sol du plateau continental Ă©tendu.
Une contestation de la souverainetĂ© du Canada dans lâArctique doit nĂ©cessairement porter sur un diffĂ©rend relatif Ă lâune des trois composantes examinĂ©es prĂ©cĂ©demment. Le systĂšme de gouvernance canadien nâest pas remis en question et la population vivant sur le territoire canadien accepte pleinement lâautoritĂ© du gouvernement. Le seul Ă©lĂ©ment contestĂ© est donc la reconnaissance des frontiĂšres du Canada, plus particuliĂšrement des frontiĂšres maritimes de lâArctique. En dernier ressort, la question qui se pose au Canada est la dĂ©termination et le contrĂŽle de ses frontiĂšres dans lâArctique.
La sécurité
Depuis la fin de la guerre froide, le concept de sĂ©curitĂ© a Ă©voluĂ© tant sur le plan thĂ©orique que pratique. Traditionnellement, la sĂ©curitĂ© se dĂ©finissait dans le contexte de la capacitĂ© militaire dâun Ătat Ă se dĂ©fendre contre les actions militaires dâautres Ătats ou Ă imposer sa volontĂ© Ă un autre Ătat. Si un Ătat Ă©tait assez puissant, il agissait seul. Sinon, il scellait des alliances avec dâautres Ătats. Lâaspect essentiel de la sĂ©curitĂ© Ă©tait la capacitĂ© des Ătats Ă utiliser leurs capacitĂ©s Ă©conomiques pour crĂ©er une armĂ©e qui les protĂšge et fasse respecter leur volontĂ©4. Lâultime moyen dâassurer la sĂ©curitĂ© de lâĂtat Ă©tait le recours Ă la force.
La mise au point dâarmes nuclĂ©aires a modifiĂ© la nature de la sĂ©curitĂ©. Pendant la guerre froide, la dissuasion nuclĂ©aire, plutĂŽt quâune vĂ©ritable guerre, est devenue lâobjectif primordial en matiĂšre de sĂ©curitĂ© des Ătats, ce qui est toutefois paradoxal puisque pour Ă©viter la guerre, il est devenu nĂ©cessaire de sây prĂ©parer. La sĂ©curitĂ© passait alors par la capacitĂ© Ă se doter dâune force nuclĂ©aire suffisante pour dissuader la partie adverse dâattaquer. La sĂ©curitĂ© nationale Ă©tait encore considĂ©rĂ©e comme la responsabilitĂ© principale de lâĂtat qui ne pouvait ĂȘtre assurĂ©e quâen dĂ©veloppant une force militaire (potentielle ou rĂ©elle).
La fin de la guerre froide a entraĂźnĂ© la remise en question du consensus sur la nature mĂȘme de la sĂ©curitĂ©. Elle a mis un terme au bras de fer nuclĂ©aire qui menaçait dâanĂ©antir lâensemble de la planĂšte. Lâeffondrement de lâUnion soviĂ©tique a mis fin Ă la rivalitĂ© avec les Ătats-Unis et la nĂ©cessitĂ© de recourir Ă la force militaire a diminuĂ© de façon significative. Toutefois, parallĂšlement, sâamorçait un dĂ©bat parmi les analystes sur la signification mĂȘme de la sĂ©curitĂ©. Nombre dâentre eux remettaient en question la dĂ©finition traditionnelle de la sĂ©curitĂ©, fondĂ©e sur celle de lâĂtat et la force militaire. Lâargument le plus souvent invoquĂ© plaidait en faveur dâun Ă©largissement du concept de sĂ©curitĂ© et câest dans ce contexte quâest apparue la notion de sĂ©curitĂ© humaine5.
La sĂ©curitĂ© humaine tend Ă sâĂ©loigner de la dĂ©finition classique de sĂ©curitĂ© essentiellement axĂ©e sur lâĂtat. Cette nouvelle approche dĂ©coule de la prise de conscience que, dans de nombreux cas, lâĂtat est lui-mĂȘme la cause de lâinsĂ©curitĂ© dâune partie ou de lâensemble de ses citoyens. Des Ătats soumis Ă des rĂ©gimes rĂ©pressifs tels que la dictature militaire de Pinochet au Chili ou des Khmers rouges au Cambodge, par exemple, constituaient une menace pour la sĂ©curitĂ© de leurs citoyens.
Ce nouveau concept de sĂ©curitĂ© humaine sâaccompagne du passage dâune approche militaire dĂ©fensive Ă lâĂ©laboration de normes et dâinstitutions internationales comme les traitĂ©s et les ententes, qui créé un environnement dans lequel les parties concernĂ©es peuvent jouir de la sĂ©curitĂ©. Des instruments internationaux ont Ă©tĂ© mis en place pour rendre justice Ă ceux qui avaient subi de mauvais traitements de la part de lâĂtat. Des moyens ont Ă©tĂ© pris pour interdire la fabrication et lâutilisation de systĂšmes dâarmes, tels que les mines terrestres antipersonnel, et Ă©liminer ceux qui Ă©taient dĂ©jĂ dĂ©ployĂ©s.
Le concept traditionnel de sĂ©curitĂ© est remis en question une deuxiĂšme fois dans les annĂ©es 1990. Au cours de cette dĂ©cennie, certains universitaires et dĂ©cideurs commencent Ă considĂ©rer les dangers que reprĂ©sente la dĂ©gradation de lâenvironnement comme le meilleur indicateur de la nĂ©cessitĂ© dâĂ©largir le concept de sĂ©curitĂ©6. La sĂ©curitĂ© physique dâun habitant du Bangladesh ou des Ăźles Seychelles qui a perdu sa maison Ă cause de la montĂ©e du niveau de la mer provoquĂ©e par la fonte des calottes glaciaires en raison des changements climatiques est tout aussi prĂ©caire que celle dâune personne se trouvant dans une zone de guerre. Lâargument plaidant en faveur de lâĂ©largissement du concept traditionnel de sĂ©curitĂ© gagne du terrain. Les tenants de cette position font valoir les menaces physiques que la pollution et la dĂ©gradation environnementale font peser sur le bien-ĂȘtre des individus Ă lâintĂ©rieur comme Ă lâextĂ©rieur de lâĂtat. Ici, comme dans le cas de la sĂ©curitĂ© humaine, le renforcement de la sĂ©curitĂ© ne passe pas par lâintervention militaire, mais plutĂŽt par la coopĂ©ration internationale sur les plans individuel et Ă©tatique. LâĂ©largissement du concept de sĂ©curitĂ©, parallĂšlement aux progrĂšs accomplis par les spĂ©cialistes en matiĂšre de sĂ©curitĂ© environnementale, a conduit Ă lâintĂ©gration dans la dĂ©finition du terme des dimensions Ă©conomique, culturelle et autres de la sĂ©curitĂ©. LâĂ©lĂ©ment dĂ©terminant de cette approche consiste Ă Ă©tendre la dĂ©finition de la sĂ©curitĂ© au-delĂ de lâĂtat et de la dĂ©fense nationale.
Le dĂ©bat sur la dĂ©finition de la sĂ©curitĂ© se poursuit encore aujourdâhui. Dâaucuns soutiennent que le modĂšle traditionnel est non seulement critiquable sur le plan thĂ©orique, mais aussi dangereux, car il conduit Ă prendre des dĂ©cisions politiques erronĂ©es. Dâautres affirment que, mĂȘme sâil nâest pas toujours souhaitable, sur le plan politique, dâaccorder la prioritĂ© Ă la sĂ©curitĂ© militaire, la responsabilitĂ© premiĂšre de lâĂtat est dâassurer la sĂ©curitĂ© et le bien-ĂȘtre de ses citoyens.
Ă la suite de cette brĂšve analyse des concepts de souverainetĂ© et de sĂ©curitĂ©, quelles conclusions pouvons-nous tirer avant dâexaminer plus avant la question de la souverainetĂ© et de la sĂ©curitĂ© du Canada dans lâArctique? Au regard de la souverainetĂ©, les enjeux sont Ă la fois complexes et simples. Si la sĂ©curitĂ© du Canada dans lâArctique est menacĂ©e, le gouvernement nâa pas autoritĂ© sur un territoire gĂ©ographique prĂ©cis. Abstraction faite de la rhĂ©torique et des rĂ©actions Ă©motives que suscite cette question, la souverainetĂ© devient une question de contrĂŽle des activitĂ©s des autres parties Ă lâintĂ©rieur des frontiĂšres revendiquĂ©es par le gouvernement canadien. De ce point de vue, le problĂšme du Canada rĂ©side dans la nature maritime des frontiĂšres dĂ©limitant la zone contestĂ©e. Les rĂšgles du droit international relatif Ă la souverainetĂ© maritime diffĂšrent de celles qui rĂ©gissent la souverainetĂ© sur une masse terrestre. Plus particuliĂšrement, la CNUDM a clairement dĂ©fini les diffĂ©rentes catĂ©gories de contrĂŽle sur les zones maritimes, la rĂšgle gĂ©nĂ©rale Ă©tant que plus une zone maritime est Ă©loignĂ©e du territoire terrestre de lâĂtat, moins ce dernier a de contrĂŽle sur les activitĂ©s de cette zone.
La question la plus importante qui dĂ©coule de ces considĂ©rations est: « Quel est lâintĂ©rĂȘt pour les Ătats dâexercer et de dĂ©fendre leur souverainetĂ© nationale?» Une fois encore, abstraction faite de la rhĂ©torique qui entoure cette question, la rĂ©ponse est la sĂ©curitĂ©. Les Ătats dĂ©fendent leur souverainetĂ© avant tout pour protĂ©ger leurs propres intĂ©rĂȘts et leurs valeurs dans une rĂ©gion donnĂ©e. Traditionnellement, cette protection Ă©tait assurĂ©e par les forces armĂ©es, mais comme nous lâavons prĂ©cisĂ© prĂ©cĂ©demment, il est dĂ©sormais Ă©tabli que la sĂ©curitĂ© dâun Ătat ne peut ĂȘtre assurĂ©e par voie militaire. Dans certains cas, liĂ©s notamment Ă la sĂ©curitĂ© environnementale, il convient dâaller au-delĂ des rĂ©ponses traditionnelles. Toutefois, quelle que soit lâapproche, lâobject...
Table des matiĂšres
- Préface
- Préface
- Acronymes
- Introduction
- Chapitre 1 Un monde circumpolaire en pleine mutation
- Chapitre 2 De la ruée polaire à la saga polaire: pour une approche stratégique intégrée
- Chapitre 3 Une stratĂ©gie canadienne pour lâArctique
- Chapitre 4 La souverainetĂ©, la sĂ©curitĂ© et lâintendance
- Annexe
- Remerciements
- Bibliographie
- Autres titres parus aux presses de lâUniversitĂ© de MontrĂ©al
Foire aux questions
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