Politique mondiale
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Politique mondiale

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À propos de ce livre

Le rĂ©chauffement climatique a des rĂ©percussions considĂ©rables sur l'environnement arctique, dont l'une est de rendre cette rĂ©gion beaucoup plus accessible au commun des mortels. Les nouvelles dynamiques gĂ©opolitiques laissent-elles entrevoir une ruĂ©e vers les ressources conflictuelle? Au contraire, l'Arctique deviendra-t-il un territoire gouvernĂ© par l'intĂ©rĂȘt commun et le droit international?Les auteurs, spĂ©cialistes reconnus des affaires arctiques, abordent ces questions fondamentales et la façon dont le Canada pourrait Ă©laborer une stratĂ©gie pour le Nord Ă  la fois efficace et responsable. Ce faisant, ils proposent un examen approfondi de la rĂ©alitĂ© politique et stratĂ©gique nationale et internationale qui se joue dans le continent glacĂ©.

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Informations

Chapitre 1

Un monde circumpolaire en pleine mutation

Rob Huebert
La question de la souverainetĂ© et de la sĂ©curitĂ© du Canada dans l’Arctique, une rĂ©gion du monde qui connaĂźt des changements fondamentaux, est au cƓur de ce chapitre. Il examine tout d’abord les concepts de souverainetĂ© et de sĂ©curitĂ©, puis analyse les facteurs qui transforment le tissu du milieu arctique, notamment les changements climatiques, le dĂ©veloppement des ressources et les forces gĂ©opolitiques en prĂ©sence.
La rapiditĂ© avec laquelle se transforme l’Arctique a surpris les Canadiens et le monde entier. Impossible d’ouvrir un journal ou d’allumer la tĂ©lĂ©vision sans entendre parler d’un nouveau projet dont les rĂ©percussions s’étendent dans le Nord canadien. Toute discussion sur le sujet commence inĂ©vitablement par la question de la «protection» de la souverainetĂ© du Canada dans l’Arctique. La souverainetĂ© est un enjeu qui suscite toujours l’intĂ©rĂȘt des mĂ©dias, des dĂ©cideurs et de la population canadienne en gĂ©nĂ©ral. Il suffit d’évoquer la «perte» de la souverainetĂ© du Canada dans l’Arctique pour dĂ©clencher des dĂ©bats passionnĂ©s. L’Arctique et les Canadiens traversent une pĂ©riode de leur histoire particuliĂšrement intĂ©ressante.
La politique du Canada pour l’Arctique fait face Ă  quelques-uns des enjeux les plus passionnants et les plus complexes de l’histoire du pays. Jamais auparavant la nature mĂȘme de la rĂ©gion n’a subi l’influence d’un aussi grand nombre de facteurs. Le plus grand dĂ©fi du pays aujourd’hui rĂ©side sans doute dans le fait que le monde entier prend conscience que la fonte de l’Arctique rend la rĂ©gion plus accessible que jamais auparavant. Le Canada doit donc se prĂ©parer Ă  la pĂ©nĂ©tration du monde extĂ©rieur dans la rĂ©gion. Devant l’émergence des problĂšmes internationaux que pose le contrĂŽle canadien de la rĂ©gion, le Canada ne peut ignorer plus longtemps la partie arctique de son territoire.

La souveraineté

La dĂ©finition de la souverainetĂ© tire son origine d’un terme juridique utilisĂ© pour caractĂ©riser les moyens par lesquels les souverains, tels que les rois ou les reines, exerçaient leur pouvoir sur leurs sujets. Le terme est apparu pour dĂ©finir les droits et les responsabilitĂ©s des dirigeants Ă  l’égard de leurs terres. Avec l’évolution du fĂ©odalisme vers l’État moderne, le concept s’est transformĂ© et la souverainetĂ© est devenue la pierre angulaire thĂ©orique du systĂšme judiciaire international1.
La souverainetĂ© s’articule autour de trois composantes: un territoire donnĂ©, un systĂšme de gouvernance et une population vivant sur ledit territoire. Pour ĂȘtre souverain, un État doit se prĂ©valoir de ces trois composantes2. Il doit ĂȘtre dotĂ© d’un gouvernement pleinement fonctionnel capable de prendre des dĂ©cisions sans appel qui sont appliquĂ©es aux citoyens dans les limites de son territoire gĂ©ographique. Individuellement, chacune de ces conditions peut sembler facile Ă  remplir, mais dans les faits, toutes trois sont difficiles Ă  rĂ©unir dans l’Arctique. L’existence ou non de la souverainetĂ© d’un État est donc souvent liĂ©e Ă  la mesure dans laquelle ces conditions sont remplies.
Le problĂšme que l’on rencontre le plus frĂ©quemment pour dĂ©terminer le fait de la souverainetĂ© est liĂ© Ă  l’existence d’un systĂšme de gouvernance reconnu. La souverainetĂ© d’un État serait menacĂ©e lorsque plusieurs parties rivalisent pour gouverner. Le cas Ă©chĂ©ant, jusqu’à ce qu’une des parties soit dĂ©faite, politiquement ou militairement, ou que les parties nĂ©gocient un accord selon lequel elles acceptent de partager le pouvoir en tant que seule entitĂ©, aucun organe n’est souverain. La dĂ©termination de la souverainetĂ© est compliquĂ©e par le fait que, mĂȘme si les rivalitĂ©s sont rĂ©glĂ©es Ă  l’interne, la nouvelle entitĂ© souveraine doit ĂȘtre reconnue par la communautĂ© internationale.
Dans l’Arctique canadien, l’existence d’un systĂšme de gouvernance acceptĂ© n’est pas remise en question. Ce systĂšme peut Ă©voluer en cas de dĂ©volution du pouvoir du fĂ©dĂ©ral aux territoires, mais dans la mesure oĂč cette derniĂšre s’effectue pacifiquement, tout État souverain a le droit, Ă  l’intĂ©rieur de ses frontiĂšres, de rĂ©partir le pouvoir Ă  des sous-unitĂ©s politiques. À l’intĂ©rieur des frontiĂšres de l’Arctique canadien, la population du Nord canadien reconnaĂźt entiĂšrement le droit du gouvernement fĂ©dĂ©ral de gouverner. Ainsi, ce dernier n’amoindrit en rien la souverainetĂ© de l’État canadien en transfĂ©rant des pouvoirs aux trois territoires du Nord: les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et le Yukon.
Ce transfert de pouvoirs suscite des questions en ce qui a trait Ă  la seconde composante de la souverainetĂ©, selon laquelle le territoire gĂ©ographiquement dĂ©fini de l’État doit abriter une population. Il ne peut exister de souverainetĂ© sans population locale, comme c’est le cas en Antarctique par exemple. Il n’y a toutefois pas de nombre minimal d’habitants requis. L’Arctique canadien ne compte qu’un petit nombre d’habitants, mais suffisamment pour confĂ©rer au Canada un pouvoir souverain sur tout son territoire terrestre. La seule partie de territoire terrestre du Canada oĂč la souverainetĂ© canadienne fait l’objet d’un diffĂ©rend est une petite Ăźle inhabitĂ©e, l’üle de Hans.
La troisiĂšme composante, soit des limites territoriales dĂ©finies, est celle qui prĂ©sente la plus grande importance dans le cadre du dĂ©bat sur la souverainetĂ© du Canada dans l’Arctique. Pour ĂȘtre reconnues, les limites territoriales d’un État doivent ĂȘtre acceptĂ©es par la communautĂ© internationale. Le nombre d’États requis pour que la reconnaissance soit effective reste cependant flou.
La complexitĂ© croissante de la dĂ©limitation des frontiĂšres ocĂ©aniques occupe une place importante dans le dĂ©bat sur la souverainetĂ© du Canada. Une modification du droit international en vigueur a conduit Ă  la crĂ©ation de nouvelles zones maritimes de contrĂŽle. La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui a Ă©tĂ© finalisĂ©e en 1982 et est entrĂ©e en vigueur en 1994, a codifiĂ© le droit international coutumier et Ă©tabli plusieurs nouvelles zones maritimes3. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, plus une zone maritime est Ă©loignĂ©e du territoire terrestre de l’État, moins celui-ci a de contrĂŽle sur les activitĂ©s de cette zone. Ainsi, un État cĂŽtier exerce une juridiction presque complĂšte sur les activitĂ©s qui se dĂ©roulent dans la zone la plus proche de ses cĂŽtes, soit les eaux territoriales, Ă  une importante exception prĂšs: il ne peut intervenir lors du passage inoffensif de navires Ă©trangers dans ces eaux. Un peu plus loin, la Zone Ă©conomique exclusive (ZEE) s’étend sur 200 milles marins de la ligne de cĂŽte de l’État. Dans cette zone, l’État cĂŽtier exerce des droits de souverainetĂ© sur toutes les ressources vivantes et non vivantes. Seul celui-ci peut donc pĂȘcher, faire de l’exploration pĂ©troliĂšre ou gaziĂšre ou accorder Ă  une organisation ou un État Ă©tranger la permission de faire des forages. Toutefois, dans la ZEE, l’État cĂŽtier n’a qu’un pouvoir limitĂ© sur les transports maritimes non liĂ©s Ă  l’exploitation des ressources.
La CNUDM dĂ©finit Ă©galement une troisiĂšme zone. Un État peut Ă©tendre sa juridiction sur le fond marin et le sous-sol au-delĂ  de la ZEE s’il peut montrer qu’il possĂšde un plateau continental Ă©tendu. S’il peut prouver qu’il rĂ©pond aux critĂšres dĂ©finissant le plateau continental, et si ce plateau s’étend au-delĂ  de 200 milles marins, l’État peut revendiquer la souverainetĂ© sur le fond marin et ses ressources sur une distance de 150 milles marins additionnels et, dans certains cas, au-delĂ . Dans cette zone, l’État possĂšde l’entiĂšre juridiction sur toutes les activitĂ©s s’effectuant sur le plancher ocĂ©anique ou au-dessous, c’est-Ă -dire sur des activitĂ©s telles que l’exploitation pĂ©troliĂšre et gaziĂšre. Il n’a cependant pas autoritĂ© sur les activitĂ©s se dĂ©roulant dans la colonne d’eau. Il ne peut donc exercer aucun pouvoir sur le transport des marchandises, la pĂȘche ou mĂȘme la recherche scientifique.
Il existe deux autres zones maritimes, qui dĂ©pendent de la gĂ©ographie et de l’histoire. Si l’État possĂšde une zone maritime qui relie directement deux autres zones maritimes internationales et qui a Ă©tĂ© utilisĂ©e par le passĂ© pour le transport maritime international, cette zone est ouverte Ă  la navigation internationale. L’État cĂŽtier a le droit de contrĂŽler toutes les activitĂ©s se dĂ©roulant dans cette zone, qui est un dĂ©troit international, Ă  l’exception du transport de marchandises international, car tous les navires Ă©trangers y jouissent de la libertĂ© de navigation. Tous les navires sont autorisĂ©s Ă  naviguer aux fins de leurs activitĂ©s de transport habituelles. Ainsi, les sous-marins qui traversent un dĂ©troit international restent immergĂ©s.
La derniĂšre zone qui revĂȘt une grande importance dans l’Arctique est constituĂ©e par les eaux intĂ©rieures. Celles-ci englobent les Ă©tendues d’eau, comme les lacs et les riviĂšres, entiĂšrement situĂ©es dans le territoire terrestre d’un État. L’État concernĂ© exerce une souverainetĂ© absolue sur ces eaux, incluant le droit d’autoriser ou d’interdire la navigation des navires Ă©trangers. Dans certains cas rares, un État peut dĂ©clarer qu’un plan d’eau donnĂ© situĂ© en dehors de ses frontiĂšres terrestres fait partie de ses eaux intĂ©rieures. Cette situation exceptionnelle se produit gĂ©nĂ©ralement lorsque ces plans d’eau ont Ă©tĂ© traditionnellement considĂ©rĂ©s comme un lac ou une riviĂšre. Elle est codifiĂ©e par la CNUDM sous l’appellation de «baies historiques». Certains pays cependant, comme le Canada, ont tentĂ© d’élargir cette dĂ©signation, principalement en traçant des lignes de base droites autour d’un chapelet d’üles le long de la cĂŽte. Les eaux situĂ©es dans l’espace fermĂ© sont alors considĂ©rĂ©es comme des eaux intĂ©rieures sur lesquelles l’État exerce une souverainetĂ© absolue. Cette situation soulĂšve un dernier point important. Alors que l’État avait une autoritĂ© absolue sur ses eaux intĂ©rieures, il exerce un droit souverain sur toutes les ressources de la ZEE, mais seulement sur les ressources du fond marin et du sous-sol du plateau continental Ă©tendu.
Une contestation de la souverainetĂ© du Canada dans l’Arctique doit nĂ©cessairement porter sur un diffĂ©rend relatif Ă  l’une des trois composantes examinĂ©es prĂ©cĂ©demment. Le systĂšme de gouvernance canadien n’est pas remis en question et la population vivant sur le territoire canadien accepte pleinement l’autoritĂ© du gouvernement. Le seul Ă©lĂ©ment contestĂ© est donc la reconnaissance des frontiĂšres du Canada, plus particuliĂšrement des frontiĂšres maritimes de l’Arctique. En dernier ressort, la question qui se pose au Canada est la dĂ©termination et le contrĂŽle de ses frontiĂšres dans l’Arctique.

La sécurité

Depuis la fin de la guerre froide, le concept de sĂ©curitĂ© a Ă©voluĂ© tant sur le plan thĂ©orique que pratique. Traditionnellement, la sĂ©curitĂ© se dĂ©finissait dans le contexte de la capacitĂ© militaire d’un État Ă  se dĂ©fendre contre les actions militaires d’autres États ou Ă  imposer sa volontĂ© Ă  un autre État. Si un État Ă©tait assez puissant, il agissait seul. Sinon, il scellait des alliances avec d’autres États. L’aspect essentiel de la sĂ©curitĂ© Ă©tait la capacitĂ© des États Ă  utiliser leurs capacitĂ©s Ă©conomiques pour crĂ©er une armĂ©e qui les protĂšge et fasse respecter leur volontĂ©4. L’ultime moyen d’assurer la sĂ©curitĂ© de l’État Ă©tait le recours Ă  la force.
La mise au point d’armes nuclĂ©aires a modifiĂ© la nature de la sĂ©curitĂ©. Pendant la guerre froide, la dissuasion nuclĂ©aire, plutĂŽt qu’une vĂ©ritable guerre, est devenue l’objectif primordial en matiĂšre de sĂ©curitĂ© des États, ce qui est toutefois paradoxal puisque pour Ă©viter la guerre, il est devenu nĂ©cessaire de s’y prĂ©parer. La sĂ©curitĂ© passait alors par la capacitĂ© Ă  se doter d’une force nuclĂ©aire suffisante pour dissuader la partie adverse d’attaquer. La sĂ©curitĂ© nationale Ă©tait encore considĂ©rĂ©e comme la responsabilitĂ© principale de l’État qui ne pouvait ĂȘtre assurĂ©e qu’en dĂ©veloppant une force militaire (potentielle ou rĂ©elle).
La fin de la guerre froide a entraĂźnĂ© la remise en question du consensus sur la nature mĂȘme de la sĂ©curitĂ©. Elle a mis un terme au bras de fer nuclĂ©aire qui menaçait d’anĂ©antir l’ensemble de la planĂšte. L’effondrement de l’Union soviĂ©tique a mis fin Ă  la rivalitĂ© avec les États-Unis et la nĂ©cessitĂ© de recourir Ă  la force militaire a diminuĂ© de façon significative. Toutefois, parallĂšlement, s’amorçait un dĂ©bat parmi les analystes sur la signification mĂȘme de la sĂ©curitĂ©. Nombre d’entre eux remettaient en question la dĂ©finition traditionnelle de la sĂ©curitĂ©, fondĂ©e sur celle de l’État et la force militaire. L’argument le plus souvent invoquĂ© plaidait en faveur d’un Ă©largissement du concept de sĂ©curitĂ© et c’est dans ce contexte qu’est apparue la notion de sĂ©curitĂ© humaine5.
La sĂ©curitĂ© humaine tend Ă  s’éloigner de la dĂ©finition classique de sĂ©curitĂ© essentiellement axĂ©e sur l’État. Cette nouvelle approche dĂ©coule de la prise de conscience que, dans de nombreux cas, l’État est lui-mĂȘme la cause de l’insĂ©curitĂ© d’une partie ou de l’ensemble de ses citoyens. Des États soumis Ă  des rĂ©gimes rĂ©pressifs tels que la dictature militaire de Pinochet au Chili ou des Khmers rouges au Cambodge, par exemple, constituaient une menace pour la sĂ©curitĂ© de leurs citoyens.
Ce nouveau concept de sĂ©curitĂ© humaine s’accompagne du passage d’une approche militaire dĂ©fensive Ă  l’élaboration de normes et d’institutions internationales comme les traitĂ©s et les ententes, qui créé un environnement dans lequel les parties concernĂ©es peuvent jouir de la sĂ©curitĂ©. Des instruments internationaux ont Ă©tĂ© mis en place pour rendre justice Ă  ceux qui avaient subi de mauvais traitements de la part de l’État. Des moyens ont Ă©tĂ© pris pour interdire la fabrication et l’utilisation de systĂšmes d’armes, tels que les mines terrestres antipersonnel, et Ă©liminer ceux qui Ă©taient dĂ©jĂ  dĂ©ployĂ©s.
Le concept traditionnel de sĂ©curitĂ© est remis en question une deuxiĂšme fois dans les annĂ©es 1990. Au cours de cette dĂ©cennie, certains universitaires et dĂ©cideurs commencent Ă  considĂ©rer les dangers que reprĂ©sente la dĂ©gradation de l’environnement comme le meilleur indicateur de la nĂ©cessitĂ© d’élargir le concept de sĂ©curitĂ©6. La sĂ©curitĂ© physique d’un habitant du Bangladesh ou des Ăźles Seychelles qui a perdu sa maison Ă  cause de la montĂ©e du niveau de la mer provoquĂ©e par la fonte des calottes glaciaires en raison des changements climatiques est tout aussi prĂ©caire que celle d’une personne se trouvant dans une zone de guerre. L’argument plaidant en faveur de l’élargissement du concept traditionnel de sĂ©curitĂ© gagne du terrain. Les tenants de cette position font valoir les menaces physiques que la pollution et la dĂ©gradation environnementale font peser sur le bien-ĂȘtre des individus Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur de l’État. Ici, comme dans le cas de la sĂ©curitĂ© humaine, le renforcement de la sĂ©curitĂ© ne passe pas par l’intervention militaire, mais plutĂŽt par la coopĂ©ration internationale sur les plans individuel et Ă©tatique. L’élargissement du concept de sĂ©curitĂ©, parallĂšlement aux progrĂšs accomplis par les spĂ©cialistes en matiĂšre de sĂ©curitĂ© environnementale, a conduit Ă  l’intĂ©gration dans la dĂ©finition du terme des dimensions Ă©conomique, culturelle et autres de la sĂ©curitĂ©. L’élĂ©ment dĂ©terminant de cette approche consiste Ă  Ă©tendre la dĂ©finition de la sĂ©curitĂ© au-delĂ  de l’État et de la dĂ©fense nationale.
Le dĂ©bat sur la dĂ©finition de la sĂ©curitĂ© se poursuit encore aujourd’hui. D’aucuns soutiennent que le modĂšle traditionnel est non seulement critiquable sur le plan thĂ©orique, mais aussi dangereux, car il conduit Ă  prendre des dĂ©cisions politiques erronĂ©es. D’autres affirment que, mĂȘme s’il n’est pas toujours souhaitable, sur le plan politique, d’accorder la prioritĂ© Ă  la sĂ©curitĂ© militaire, la responsabilitĂ© premiĂšre de l’État est d’assurer la sĂ©curitĂ© et le bien-ĂȘtre de ses citoyens.
À la suite de cette brĂšve analyse des concepts de souverainetĂ© et de sĂ©curitĂ©, quelles conclusions pouvons-nous tirer avant d’examiner plus avant la question de la souverainetĂ© et de la sĂ©curitĂ© du Canada dans l’Arctique? Au regard de la souverainetĂ©, les enjeux sont Ă  la fois complexes et simples. Si la sĂ©curitĂ© du Canada dans l’Arctique est menacĂ©e, le gouvernement n’a pas autoritĂ© sur un territoire gĂ©ographique prĂ©cis. Abstraction faite de la rhĂ©torique et des rĂ©actions Ă©motives que suscite cette question, la souverainetĂ© devient une question de contrĂŽle des activitĂ©s des autres parties Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres revendiquĂ©es par le gouvernement canadien. De ce point de vue, le problĂšme du Canada rĂ©side dans la nature maritime des frontiĂšres dĂ©limitant la zone contestĂ©e. Les rĂšgles du droit international relatif Ă  la souverainetĂ© maritime diffĂšrent de celles qui rĂ©gissent la souverainetĂ© sur une masse terrestre. Plus particuliĂšrement, la CNUDM a clairement dĂ©fini les diffĂ©rentes catĂ©gories de contrĂŽle sur les zones maritimes, la rĂšgle gĂ©nĂ©rale Ă©tant que plus une zone maritime est Ă©loignĂ©e du territoire terrestre de l’État, moins ce dernier a de contrĂŽle sur les activitĂ©s de cette zone.
La question la plus importante qui dĂ©coule de ces considĂ©rations est: « Quel est l’intĂ©rĂȘt pour les États d’exercer et de dĂ©fendre leur souverainetĂ© nationale?» Une fois encore, abstraction faite de la rhĂ©torique qui entoure cette question, la rĂ©ponse est la sĂ©curitĂ©. Les États dĂ©fendent leur souverainetĂ© avant tout pour protĂ©ger leurs propres intĂ©rĂȘts et leurs valeurs dans une rĂ©gion donnĂ©e. Traditionnellement, cette protection Ă©tait assurĂ©e par les forces armĂ©es, mais comme nous l’avons prĂ©cisĂ© prĂ©cĂ©demment, il est dĂ©sormais Ă©tabli que la sĂ©curitĂ© d’un État ne peut ĂȘtre assurĂ©e par voie militaire. Dans certains cas, liĂ©s notamment Ă  la sĂ©curitĂ© environnementale, il convient d’aller au-delĂ  des rĂ©ponses traditionnelles. Toutefois, quelle que soit l’approche, l’object...

Table des matiĂšres

  1. Préface
  2. Préface
  3. Acronymes
  4. Introduction
  5. Chapitre 1 Un monde circumpolaire en pleine mutation
  6. Chapitre 2 De la ruée polaire à la saga polaire: pour une approche stratégique intégrée
  7. Chapitre 3 Une stratĂ©gie canadienne pour l’Arctique
  8. Chapitre 4 La souverainetĂ©, la sĂ©curitĂ© et l’intendance
  9. Annexe
  10. Remerciements
  11. Bibliographie
  12. Autres titres parus aux presses de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al

Foire aux questions

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