Profession historienne de l'art
eBook - ePub

Profession historienne de l'art

  1. 72 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub

Profession historienne de l'art

À propos de ce livre

ÉmancipĂ©e des rĂ©cits de vie d'artiste et d'un statut de « fille de l'archĂ©ologie » qui, de la Renaissance au xixe siĂšcle, en ont orientĂ© les pratiques, l'histoire de l'art traverse depuis une trentaine d'annĂ©es un moment important dans sa constante redĂ©finition disciplinaire. L'auteure aborde cette question en voyant comment la notion d'histoire et la notion d'art connaissent d'importantes remises en question qui, au sein de la discipline de l'histoire de l'art, Ă©branlent aussi bien la construction des rĂ©cits que la dĂ©finition de ce qui constitue dĂ©sormais son objet Ă©largi. C'est en mĂȘme temps l'occasion de rĂ©flĂ©chir sur la façon dont s'articulent, dans l'histoire et dans le temps prĂ©sent, les deux grandes institutions porteuses de cette discipline: le musĂ©e et l'universitĂ©.Johanne Lamoureux est professeure titulaire au DĂ©partement d'histoire de l'art de l'UniversitĂ© de MontrĂ©al. Ses domaines de recherche sont: l'art contemporain et l'art actuel; l'histoire, la critique et la thĂ©orie; la peinture française des XVIIIe siĂšcle et dĂ©but du XIXe siĂšcle; l'histoire de l'art et l'interdisciplinaritĂ©. Elle est aussi directrice du dĂ©partement.

Approuvé par les 375,005 étudiants

AccÚs à plus de 1,5 million de titres pour un prix mensuel raisonnable.

Étudiez plus efficacement en utilisant nos outils d'Ă©tude.

Informations

Année
2012
ISBN de l'eBook
9782760625754
Une institution bicéphale
Si l’histoire de l’art est redĂ©ïŹnie sous l’impact de la concurrence entre l’art et la culture visuelle, elle est aussi aux prises avec des tensions internes, liĂ©es non seulement aux divergences mĂ©thodologiques et idĂ©ologiques qui dynamisent la plupart des disciplines en sciences humaines, mais aussi au fait qu’elle est portĂ©e par deux institutions dont les visĂ©es et les mĂ©thodes sont historiquement divergentes et dont les rapports n’ont pas Ă©tĂ© toujours harmonieux : le musĂ©e et l’universitĂ©. Or, dans la formation de cette incarnation bicĂ©phale, l’histoire de l’art universitaire s’avĂšre un joueur tardif.
Qui plus est, l’histoire de l’art a connu ses premiers balbutiements en dehors de l’institution, qu’elle soit musĂ©ale ou universitaire. En effet la protohistoire de la discipline, qu’on pense aux vies des meilleurs artistes de la Renaissance par Vasari (1550) ou Ă  l’histoire « systĂ©matique » de l’art de l’AntiquitĂ© par Winckelmann, n’est pas le fait de professionnels de la discipline au sens oĂč nous l’entendons aujourd’hui. Les biographies de Vasari sont Ă©tayĂ©es sur un discours Ă  la fois thĂ©orique (il conçoit le dĂ©veloppement de l’art de son temps comme une progression de l’imitation), critique (il juge le talent des artistes, Ă  la fois par rapport Ă  leur temps et par rapport Ă  l’ensemble des artistes de la « maniĂšre moderne ») et historique (il prĂ©sente et organise une sĂ©rie de faits). Mais sa conception organique du dĂ©veloppement de l’art mĂ©lange des considĂ©rations factuelles vĂ©rifiables (le lieu de naissance des artistes, la date de leur dĂ©cĂšs, la succession de leurs pĂ©rĂ©grinations, une liste de leurs Ɠuvres et parfois de leurs commanditaires) avec des fragments souvent erronĂ©s de la tradition orale et une ornementation rhĂ©torique qui recourt Ă  des topoĂŻ, motifs rĂ©currents d’une vie Ă  l’autre, que Vasari emprunte Ă  des rĂ©cits similaires de la tradition antique, notamment l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien.
Vasari tire une bonne part de son autoritĂ© de commentateur de l’art de sa pratique picturale et du fait d’ĂȘtre artiste. À l’époque de Winckelmann, le nombre de publications rĂ©digĂ©es par des Ă©rudits, des connaisseurs ou des amateurs est plus grand qu’au XVIe siĂšcle. Les auteurs de ces recueils sur l’art sont loin d’ĂȘtre tous indĂ©pendants de fortune et ils gagnent leur vie en assumant des charges clĂ©ricales : ils sont secrĂ©taires particuliers ou, comme Winckelmann, bibliothĂ©caire de collections privĂ©es. La plupart d’entre eux n’ont ni renommĂ©e ni talent artistique prĂ©alables. D’ailleurs, la toute premiĂšre rĂ©ception française de l’ouvrage de Winckelmann, particuliĂšrement telle que formulĂ©e par le milieu des EncyclopĂ©distes dont on connaĂźt la dĂ©fense des mĂ©tiers, dĂ©noncera l’auteur allemand comme quelqu’un qui ne sait pas de quoi il parle parce qu’il n’est pas artiste et qu’il ne maĂźtrise pas le savoir technique des Ɠuvres dont il prĂ©tend faire l’histoire.
L’institutionnalisation de l’histoire de l’art au sein de l’universitĂ© est un phĂ©nomĂšne relativement rĂ©cent, du moins dans les traditions française et anglo-saxonne, ce phĂ©nomĂšne ayant dĂ©butĂ© au sein de l’universitĂ© allemande. En France, l’histoire de l’art s’enseigne d’abord au sein de l’École des beaux-arts dĂšs 1863. Le CollĂšge de France inaugure une premiĂšre chaire d’esthĂ©tique et histoire de l’art en 1878 et l’École du Louvre ouvre ses portes en 1882. La Sorbonne enseigne l’archĂ©ologie Ă  partir de 1876 et les enseignements relatifs Ă  l’art resteront longtemps, comme souvent en Europe, tributaires d’une conception oĂč l’histoire de l’art est ïŹlle de cette discipline. Un historien de l’art anglais comme Sir Anthony Blunt, pionnier du prestigieux Institut Courtauld et responsable de la collection royale qui fut dĂ©noncĂ© pour son implication dans un rĂ©seau soviĂ©tique d’espionnage, reçut sa formation Ă  Cambridge Ă  la fin des annĂ©es 1920 au sein d’un dĂ©partement de lettres oĂč il lui fallut imposer son choix de travailler sur les beaux-arts. C’est durant la dĂ©cennie suivante que, Ă  la suite de l’exil politique de plusieurs historiens de l’art juifs allemands et autrichiens en direction de l’Angleterre et des États-Unis, la discipline prit son essor universitaire dans le monde anglo-saxon. À l’UniversitĂ© de MontrĂ©al, plusieurs des collĂšgues auprĂšs desquels j’enseigne ont connu, des dĂ©cennies plus tard, une situation similaire Ă  celle d’Anthony Blunt et reçu leur formation dans un contexte oĂč l’enseignement de la discipline se faisait dans divers dĂ©partements (histoire puis Ă©tudes françaises), le secteur n’étant devenu dĂ©partement autonome que durant les annĂ©es 1970.
Mais avant mĂȘme ce dĂ©veloppement universitaire que connaissaient parallĂšlement plusieurs des sciences humaines, l’histoire de l’art s’est d’abord institutionnalisĂ©e, durant la seconde moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle, en un lieu exemplaire des prĂ©misses de la modernitĂ© : le musĂ©e d’art. C’est au musĂ©e que les Ɠuvres, dĂ©contextualisĂ©es et dĂ©gagĂ©es de leur valeur cultuelle initiale, se dĂ©ploient dans une premiĂšre mise en espace de leur histoire propre. Cette mise en espace du temps de l’art trouve son emblĂšme dans le dispositif architectural de la galerie qui favorise un parcours linĂ©aire. L’histoire de l’art occidental emprunte ainsi, pour l’exposition des Ɠuvres occidentales que le SiĂšcle des lumiĂšres considĂšre comme l’art universel, une mise en scĂšne gĂ©nĂ©alogique que, dĂšs la ïŹn de la Renaissance, les galeries de portraits de certains chĂąteaux avaient privilĂ©giĂ©e dans la prĂ©sentation des portraits d’ancĂȘtres de la famille. Mais, cette fois, la succession dynastique dont la galerie fait l’inventaire et la secrĂšte apologie n’est plus fondĂ©e sur le contenu de la reprĂ©sentation (l’ancĂȘtre, la lignĂ©e), mais sur l’historicitĂ© de la forme artistique.
Contrairement aux musĂ©es d’art d’aujourd’hui pour lesquels les expositions temporaires semblent dĂ©sormais le principal enjeu, les premiers musĂ©es publics sont pensĂ©s Ă  partir de leurs collections. Ces collections permanentes ne furent pas, Ă  l’origine, constituĂ©es piĂšce par piĂšce, mais gĂ©nĂ©ralement acquises massivement par transferts, appropriations, puis plus tard par donations et par legs. Ainsi, au moment de la RĂ©volution française, la collection royale devient le point de dĂ©part du MusĂ©um national ; s’y ajouteront des prises rĂ©volutionnaires, des trĂ©sors provenant de fouilles archĂ©ologiques et les trophĂ©es des campagnes napolĂ©oniennes.
Yveline Cantarel-Besson a publiĂ©, il y a une vingtaine d’annĂ©es, les minutes des rĂ©unions des premiers conservateurs du Louvre, presque tous des artistes. (Un rapport adressĂ© Ă  ce conservatoire par l’artiste rĂ©volutionnaire Jacques Louis David, membre du ComitĂ© du salut public, souligne d’ailleurs que les conservateurs du MusĂ©um doivent leur nomination Ă  leur statut d’artiste et il les remercie du sacriïŹce qu’ils consentent Ă  faire pour la Nation, en nĂ©gligeant leur production au nom de leur mandat public.) Par la publication de ce document tout Ă  fait rĂ©vĂ©lateur, on connaĂźt mieux les responsabilitĂ©s des premiers conservateurs, les ambitions de la musĂ©ographie naissante et le quotidien musĂ©al dans le contexte de pĂ©nurie gĂ©nĂ©ralisĂ©e des guerres rĂ©volutionnaires de la derniĂšre dĂ©cennie du XVIIIe siĂšcle. Toutes sortes d’opĂ©rations et d’enjeux sont dĂ©jĂ  dans la mire des conservateurs : l’amĂ©nagement des salles du Louvre et particuliĂšrement de la Grande galerie de peinture (faut-il percer son toit et l’éclairer, selon une nouvelle tendance, par un jour « zĂ©nithal » ?) ; l’entretien des locaux (les conservateurs peuvent-ils apporter des chiffons de leur domicile aïŹn de faciliter le nettoyage des lieux ?) ; la circulation des visiteurs (est-il bon que ceux-ci aient accĂšs aux salles pendant que de jeunes artistes se forment au grand art par la copie des chefs-d’Ɠuvre ?) ; la disposition des Ɠuvres en Ă©coles (comment rendre visible par la seule succession des Ɠuvres dans l’espace la « suite ininterrompue des progrĂšs de l’esprit humain » ?) ; la sĂ©paration des techniques (doit-on mettre des sculptures dans la Grande galerie de peinture ?) ; le dĂ©veloppement des collections (doit-on acquĂ©rir davantage d’Ɠuvres des Ă©coles « nordiques », ïŹ‚amande ou hollandaise ?). Il faut ajouter Ă  ces enjeux d’importance variable le problĂšme difïŹcile des attributions, la comprĂ©hension de sujets devenus opaques et la nĂ©cessitĂ© de distinguer les copies des originaux, sans parler de l’urgence d’un inventaire des collections et d’un resserrement de la sĂ©curitĂ© durant la nuit. EnïŹn, on y trouve Ă©noncĂ© le projet d’un musĂ©e idĂ©al oĂč chaque Ɠuvre exposĂ©e serait dotĂ©e d’une Ă©tiquette identiïŹant l’auteur et le sujet (jugĂ© souvent difficile Ă  reconnaĂźtre mĂȘme Ă  cette Ă©poque).
À la lumiĂšre de ce qui prĂ©cĂšde, il est plus facile de comprendre sur quoi s’étaieront les tensions entre l’histoire de l’art musĂ©ale et l’histoire de l’art universitaire, tensions qu’on peut apprĂ©hender sous trois rapports : le rapport Ă  l’objet, le rapport Ă  la recherche et le rapport au destinataire.
L’objet
Le mandat des conservateurs leur impose des responsabilitĂ©s patrimoniales. Leurs prĂ©occupations et leurs tĂąches sont en consĂ©quence centrĂ©es sur la mise en valeur de l’objet et de la collection. Les objets entrent dans une collection Ă  cause de leur singularitĂ© ou de leur exemplaritĂ©. Le rĂŽle central de l’Ɠuvre d’art dans les activitĂ©s du conservateur s’impose en tant que ce dernier est chargĂ© de garantir l’authenticitĂ©, d’assurer la documentation et de voir Ă  la prĂ©servation matĂ©rielle de chaque artefact du segment de la collection placĂ© sous sa responsabilitĂ©. C’est le conservateur qui traditionnellement, et en accord avec le restaurateur du musĂ©e, dĂ©cide qu’une Ɠuvre est ou non en condition d’ĂȘtre exposĂ©e ou mise en circulation dans une exposition hors les murs de l’institution qui la possĂšde. Le conservateur connaĂźt la collection, ses atouts et surtout ses faiblesses, et il s’informe auprĂšs des artistes ou de leurs hĂ©ritiers, des marchands et des collectionneurs dans la perspective de pouvoir combler certaines de ces lacunes, malgrĂ© la maigreur des budgets dont il dispose.
Les conservateurs assument aussi des responsabilitĂ©s liĂ©es Ă  l’exposition des Ɠuvres de la collection. Ils gĂšrent les demandes de prĂȘt en fonction de problĂ©matiques qui sont Ă  la fois matĂ©rielles, socioĂ©conomiques, voire politiques et « morales ». Avant qu’ils n’accordent le prĂȘt d’une Ɠuvre de la collection, d’autres facteurs que l’évaluation des conditions matĂ©rielle...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Page titre
  3. La collection
  4. Copyright
  5. Épigraphe
  6. L’histoire de l’art, hic et nunc
  7. Une institution bicéphale
  8. Changement de perspective
  9. Positions
  10. Lectures complémentaires
  11. Crédits iconographiques

Foire aux questions

Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramÚtres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrir comment résilier votre abonnement
Non, les livres ne peuvent pas ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour ĂȘtre utilisĂ©s en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez tĂ©lĂ©charger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre tĂ©lĂ©phone portable ou votre tablette. Apprendre Ă  tĂ©lĂ©charger des livres hors ligne
Perlego propose deux formules : Essential et Complete
  • Essential est idĂ©al pour les apprenants et les professionnels qui aiment explorer une grande variĂ©tĂ© de sujets. AccĂ©dez Ă  la Essential Library avec plus de 800 000 titres de confiance et best-sellers dans les domaines du business, du dĂ©veloppement personnel et des sciences humaines. Inclut un temps de lecture illimitĂ© et la voix Standard Read Aloud.
  • Complete : Parfait pour les apprenants avancĂ©s et les chercheurs ayant besoin d'un accĂšs total et sans restriction. DĂ©bloquez plus de 1,5 million de livres dans des centaines de sujets, y compris des titres acadĂ©miques et spĂ©cialisĂ©s. Le forfait Complete inclut aussi des fonctionnalitĂ©s avancĂ©es telles que Premium Read Aloud et Research Assistant.
Les deux formules sont disponibles avec des cycles de facturation mensuels, semestriels ou annuels.
Nous sommes un service déabonnement à des manuels scolaires en ligne, qui vous permet d'accéder à une bibliothÚque en ligne entiÚre pour moins que le prix d'un seul livre par mois. Avec plus de 1,5 million de livres sur plus de 990 thÚmes, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrir notre mission
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'Ă©couter. L'outil Écouter lit le texte Ă  haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accĂ©lĂ©rer ou le ralentir. En savoir plus sur la fonctionnalitĂ© Écouter
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS et Android pour lire Ă  tout moment, n'importe oĂč, mĂȘme hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous ĂȘtes en dĂ©placement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Oui, vous pouvez accéder à Profession historienne de l'art de Lamoureux, Johanne aux formats PDF et/ou ePub, ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Art et Histoire de l'art. Nous avons plus de 1,5 million de livres disponibles dans notre catalogue pour vous.