
eBook - ePub
L'Inde et ses avatars
Pluralité d'une puissance
- 493 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
À propos de ce livre
Terre paradoxale, multiple, à l'opposé de notre univers familier, l'Inde est largement perçue à travers les stéréotypes. On trouvera dans ce livre - le premier du genre en français - les repères essentiels pour comprendre un pays à la mesure d'un continent, dont les défis seront inévitablement les nôtres. Les auteurs exposent tour à tour les dimensions socioéconomiques, politiques et culturelles d'une Inde « globalisante » qui a marqué et marquera l'histoire tant par sa philosophie que par son économie vouée à la croissance. Globalisante aussi, car l'Inde ne se limite pas à ses frontières: sa diaspora et ses relations extérieures forgeront un monde bien différent dans les années à venir.
Foire aux questions
Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramètres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas être téléchargés sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour être utilisés en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez télécharger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre téléphone portable ou votre tablette. Découvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
- Essentiel est idéal pour les étudiants et les professionnels qui aiment explorer un large éventail de sujets. Accédez à la bibliothèque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de référence et best-sellers dans les domaines du commerce, du développement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimité et la voix standard de la fonction Écouter.
- Complet est parfait pour les étudiants avancés et les chercheurs qui ont besoin d'un accès complet et illimité. Accédez à plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres académiques et spécialisés. L'abonnement Complet comprend également des fonctionnalités avancées telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Nous sommes un service d'abonnement à des ouvrages universitaires en ligne, où vous pouvez accéder à toute une bibliothèque pour un prix inférieur à celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'écouter. L'outil Écouter lit le texte à haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accélérer ou le ralentir. Découvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire à tout moment, n'importe où, même hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous êtes en déplacement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à L'Inde et ses avatars par Karine Bates,Mathieu Boisvert,Serge Granger en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans History et Indian & South Asian History. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.
Informations
Sujet
History
C H A P I T R E 1
Les grandes tendances sociales
Christophe Jaffrelot
D’après un cliché tenace, l’Inde serait une « terre-de-contrastes ». Ce stéréotype doit beaucoup à la méconnaissance du pays, mais il recèle une bonne part de vérité que l’on retrouve d’ailleurs dans la devise officielle de l’Inde : L’unité dans la diversité.
L’Inde est plurielle. Sa masse continentale (3,9 millions de km²) et sa démographie (1,2 milliard d’habitants) y contribuent, bien sûr, mais son voisin chinois, qui soutient la comparaison en ce qui concerne la superficie et la population, est bien plus homogène. L’Inde est d’une diversité atypique.
Ce pays est d’abord la terre de toutes les religions. Certes, l’hindouisme représente 80 % de la population totale, mais, outre que le milieu hindou est divisé en de nombreux courants sectaires, il laisse plus de 250 millions d’âmes à d’autres cultes. L’islam, d’abord, est une grande religion de l’Inde, non seulement parce que les musulmans, avec près de 170 millions de croyants, font quasiment de l’Union indienne le deuxième pays musulman du monde, derrière l’Indonésie, à égalité avec le Pakistan et le Bangladesh, mais en outre parce que le sédiment islamique a marqué l’histoire indienne, comme en témoignent les monuments hérités de l’Empire moghol et les miniatures persanes – sans parler du syncrétisme observable en matière de musique et de cuisine.
Les chrétiens, s’ils ne forment que 2 % de la population, constituent une minorité très appréciable aussi. D’une part, ils se disent « fils du sol » du seul fait que saint Thomas a évangélisé le pays avant d’y mourir et d’y être enterré en 52. D’autre part, même s’ils ne sont que 25 millions, ils jouent un rôle important dans le domaine de l’éducation et des soins (comme en témoigne l’œuvre de Mère Teresa), et en matière théologique (tant en Inde qu’à l’étranger, comme le montrent les répercussions de ses théoriciens de l’inculturation, notamment en milieu jésuite). Les sikhs représentent 2 % de la population indienne, mais leur poids social, politique, économique et culturel est également sans commune mesure avec ce faible pourcentage : ils sont toujours surreprésentés au sein de l’armée du fait, notamment, du statut de martiale race que les Britanniques leur avaient reconnu et aussi à cause de leur ardeur au travail à l’origine du formidable essor économique (agricole et industriel) du Punjab, le seul État où les sikhs sont majoritaires. Viennent ensuite des communautés qui ne représentent pas plus d’un point de pourcentage, mais qu’on aurait tort de prendre pour quantité négligeable. Le bouddhisme est né en Inde et s’il a été évincé du pays dès l’époque médiévale, il appartient au patrimoine national au point d’apparaître sur le drapeau indien dans la roue du Dharma qui en orne le centre (les bandes ocre, blanche et verte renvoyant, elles, chacune à l’une des religions évoquées plus haut).
Le zoroastrisme compte moins d’adeptes encore que le bouddhisme – surtout depuis l’installation du Dalaï Lama en Inde en 1959 et la conversion de milliers d’intouchables depuis 1956 – puisque ses disciples, les Parsis, ne sont plus qu’une soixantaine de milliers. Mais cette poignée d’hommes pèse lourd dans l’économie indienne étant donné la présence de firmes familiales très anciennes comme les Godrej, les Wadia et surtout les Tata. Les juifs sont moins nombreux encore depuis le départ en Israël de milliers d’Indiens après la création de l’État hébreu. Mais New Delhi peut se targuer du fait que le pays n’a jamais connu l’antisémitisme – le pays met d’ailleurs volontiers en avant la synagogue de Cochin datant du XIVe siècle pour l’attester.
De fait, l’incroyable efflorescence religieuse que nous venons d’exposer (et qui ne serait complète que si on y ajoutait le jaïnisme, les formes d’animisme que cultivent les aborigènes et les sous-ensembles musulmans formés par les chi’ites, les ismaéliens, etc.) a donné lieu à une coexistence relativement pacifique. Il ne faut, bien sûr, pas sous-estimer les conflits qui ont opposé les hindous et les musulmans (débouchant même sur la Partition en 1947 et un véritable pogrome au Gujarat en 2002). Mais sans oublier les violences récurrentes dont les musulmans sont encore aujourd’hui victimes, il faut reconnaître à l’Inde un succès méritoire dans ses efforts pour transcender le pluralisme religieux au nom d’un principe d’unité qui s’incarne dans l’idée de sécularisme, un « isme » qui n’est pas la laïcité à la française, car il n’est pas ici question de séparation de l’État et d’une ou plusieurs Églises, mais bien plutôt d’une égale bienveillance manifestée par le pouvoir à l’égard des différentes communautés religieuses.
Le raisonnement qu’on applique au fait religieux vaut pour la question linguistique. Là aussi, l’Inde se singularise par une extrême diversité. Certes, les grammairiens ont distingué, depuis le XVIIIe siècle, deux familles de langue seulement, l’indo-européenne au Nord et la dravidienne au Sud. Mais cette simplification est trompeuse. Au sein de la famille dravidienne, on distingue en effet au moins quatre grandes langues régionales : le tamoul au Tamil Nadu, le malayalam au Kerala, le télougou en Andhra Pradesh et le kannada au Karnataka. La famille indo-européenne, elle, compte encore davantage de membres : certes le hindi domine l’ensemble, puisque cette langue du Nord représente jusqu’à 40 % du total, mais certaines autres langues de cette famille comptent autant de locuteurs que certains idiomes parlés en Europe : le gujarati, le marathi, le bengali, le punjabi, etc., sont autant d’exemples pertinents.
Au total, l’Inde compte 23 langues officielles reconnues par la Constitution. Toute la production de la bureaucratie nationale doit emprunter l’ensemble de ces idiomes de façon simultanée. L’article 30 de la Constitution permet d’ailleurs aux écoles des minorités linguistiques de solliciter des subventions publiques. Cette diversité linguistique s’est trouvée réduite par suite de la reconnaissance fort pragmatique d’un idiome commun dans l’anglais qui a été déclaré langue officielle associée après l’indépendance. Il faut là aussi se garder de tout irénisme, car cette décision n’a pas été prise sans mal. Le Nord hindiphone n’en voulait pas, mais le Sud a opposé une telle résistance au hindi que Nehru a pu imposer l’anglais comme langue officielle associée aux côtés du hindi, langue nationale, en guise de compromis. Aujourd’hui, même les nationalistes hindous partisans du « tout hindi » recourent à l’anglais, la langue qui permet à l’élite indienne de communiquer sans problème aux quatre coins du pays. Grosso modo, l’Inde compte aujourd’hui 80 millions d’anglophones, un chiffre qui en fait le deuxième pays anglophone du monde (derrière les États-Unis) et qui correspond à peu près à celui des abonnés à Internet. Au-delà de l’élite, la classe moyenne – même dans ses couches inférieures – se met à la langue de Shakespeare, comme en témoigne le succès des écoles English medium. Mais, dans le même temps, le hindi progresse du fait de la lente expansion de l’enseignement secondaire où il est obligatoire, et de l’essor des médias – et d’abord du cinéma dont le hindi est l’idiome de prédilection. Du coup, il n’est pas rare qu’un Indien instruit maîtrise trois langues : celle de sa région – sa langue maternelle –, le hindi et l’anglais. Ce pluralisme linguistique se retrouve dans le florilège des littératures de l’Inde, puisque, à côté de la littérature indo-anglaise qui conquiert chaque année de nouveaux lecteurs en Occident, il y en existe d’autres, en langues vernaculaires, qui sont tout aussi vivantes.
Le contraste Nord/Sud
De toutes les lignes de clivage géographique qui parcourent l’Inde, celle qui oppose le Nord au Sud est sans doute la plus significative, parce qu’elle est liée à plusieurs critères culturels, sociaux et économiques.
Le monde dravidien, un monde à part
Sur le plan culturel, le Sud se définit d’abord comme l’espace linguistique où rayonnent quatre langues de la famille dravidienne, le tamoul, le kannada, le malayalam et le télougou. Idiomes de communication, ces langues ont aussi donné naissance à une riche littérature dont la plus ancienne et la plus sophistiquée est sans aucun doute celles des Tamouls, qui témoigent d’un patriotisme littéraire presque aussi ardent que celui des Bengalis ! Sur le plan architectural et même urbanistique, le Sud contraste naturellement avec le Nord par la magnificence de ses temples – véritables villes dans les villes – car ils ont survécu aux invasions musulmanes. Le Sud apparaît d’ailleurs comme un conservatoire de l’hindouisme, ce qu’illustre aussi la vitalité de ses écoles de danse classique, de chant et de musique.
En même temps, c’est sans doute la partie du pays où la présence de la civilisation hindoue a été contestée le plus tôt. En effet, s’inspirant des découvertes de linguistes européens, des leaders de basse caste du Sud dravidien ont dénoncé la domination des brahmanes, en prétendant que ces derniers étaient les descendants des Indo-Européens qui avaient envahi l’Inde à l’époque antique, alors qu’eux-mêmes étaient les fils du sol. Ce nationalisme pétri de résistance sociale, de fierté culturelle et linguistique a donné lieu à des mouvements politiques qui ont pris le pouvoir dans la province de Madras (Chennai), dès les années 1920. Les partis politiques qui s’en réclament sont, aujourd’hui encore, au pouvoir au Tamil Nadu, l’État où ce culte du dravidianisme est le plus solide. Il s’y est notamment manifesté dans un cinéma plus vivant dans le Sud et qui, du fait de sa popularité, a conduit bien des acteurs à passer à la politique.
L’essor socioéconomique du Sud
Il est aujourd’hui possible de tracer une ligne passant du Punjab à l’Andhra Pradesh pour couper l’Inde en deux : au sud-ouest se trouve « l’Inde qui brille », tandis qu’au nord-est correspond « l’autre Inde ». Le revenu par tête mensuel dépasse 22 000 roupies dans la première, alors qu’il se situe au-dessous dans la seconde – les seuls États échappant à cette règle sont le Rajasthan, qui, bien qu’à l’ouest, appartient à « l’autre Inde » ainsi que deux États du Nord-Est – le Bengale occidental et le Tripura –, qui sont à rattacher à la première Inde, malgré leur position géographique. Une autre façon d’analyser le fossé séparant l’Inde du Nord et de l’Est de l’Inde du Sud et de l’Ouest consiste à mesurer la part de la population vivant sous le seuil de la pauvreté. On retrouve la même géographie à quelques détails près. Les seules exceptions sont l’Assam qui, bien qu’à l’est, jouit d’un niveau supérieur à la moyenne, et le Maharashtra, qui fait partie de « l’autre Inde » tout en se situant à l’ouest. Le Bengale occidental se situe quant à lui à peine au-dessus de la moyenne nationale.
En 2001 – date du dernier recensement dont les chiffres sont disponibles –, 71,65 % des pauvres de l’Inde se concentraient dans seulement six États : l’Uttar Pradesh (qui comptait 17 % des pauvres de l’Inde), le Bihar (10,69 %), le Maharashtra (9,42 %), le Madhya Pradesh (7,91 %), le Bengale occidental (7,81 %) et l’Orissa (3,57 %) – aucun d’entre eux n’appartient au Sud où l’on observe au contraire des indicateurs sociodémographiques supérieurs à la moyenne, par exemple.
L’Inde du Sud a réalisé sa transition démographique, avec des taux de croissance de la population allant de 0,9 à 1,7 % par an selon les États, pour une moyenne nationale de 2,15 % pour la décennie 1991-2001. Les filles y sont moins victimes qu’ailleurs de la préférence masculine, comme en témoigne le sex-ratio d’après le recensement de 2001 : les États du Sud comptent entre 965 et 1 058 filles et femmes pour 1 000 garçons et hommes, alors que la moyenne indienne est de 933 pour 1 000. Si l’on excepte l’Andhra Pradesh – un peu à la traîne –, les taux d’alphabétisation du Sud varient entre 66,6 % et 90,9 %, pour une moyenne nationale atteignant 64,8 % en 2...
Table des matières
- Couverture
- Faux-titre
- Page de titre
- Crédits
- Remerciements
- Introduction
- I - L’Inde actuelle
- II - L’Inde culturelle
- III - L’Inde internationale
- Conclusion
- Bibliographie sélective
- Les auteurs
- Table des matières
- Quatrième de couverture