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À propos de ce livre

Qui connaĂźt vraiment les intellectuel.les hors du cercle restreint des historiens et des littĂ©raires? Quelle mĂ©moire avons-nous de celles et ceux qui, au QuĂ©bec, eurent recours Ă  la parole comme « mode d'action »? Qui, comme Hubert Aquin, entreprirent et entreprennent encore de « comprendre dangereusement » la culture et la sociĂ©tĂ© de leur Ă©poque, remuant idĂ©es et images, bousculant pouvoirs et doxa?Ce dictionnaire est conçu pour combler les lacunes d'une mĂ©moire collective quelque peu dĂ©faillante, mais aussi pour donner envie de lire ou de relire les textes de ces femmes et hommes passionnĂ©s par les idĂ©es, qui ont contribuĂ© - et qui contribuent toujours - Ă  bĂątir la sociĂ©tĂ© quĂ©bĂ©coise. On y trouvera les noms de celles et ceux qui, depuis trois siĂšcles, interviennent sur la place publique et soulĂšvent des questions d'intĂ©rĂȘt civique et politique Ă  propos d'enjeux collectifs importants; de celles et ceux qui promeuvent ou incarnent la libertĂ© de parole et la dĂ©fendent contre diffĂ©rents pouvoirs et structures organisationnelles. Ce dictionnaire comprend 137 entrĂ©es exhaustives sur des femmes, des hommes, des publications et des institutions du XVIIIe au XXIe siĂšcle, Ă©crites par plus de 80 spĂ©cialistes, ainsi qu'un index.

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Informations

ISBN de l'eBook
9782760637061
Année
2017

Dictionnaire

ACTION FRANÇAISE (1917-1928) /
ACTION NATIONALE (1933- )

LancĂ©e une dizaine d’annĂ©es aprĂšs l’affaire Dreyfus, L’Action française (AF) de MontrĂ©al existe toujours sous le titre L’Action nationale (AN). C’est dire la place de la revue pour l’histoire des intellectuels, d’autant plus qu’au-delĂ  de La Revue canadienne (1864-1922) et des journaux nationalistes du dĂ©but du siĂšcle – Le Nationaliste (1903) d’Olivar Asselin*, L’Action (1911-1916) de Jules Fournier*, Le Devoir (1910) d’Henri Bourassa* –, elle a Ă©tĂ© la matrice de ces revues – Vivre, La RelĂšve, Les IdĂ©es – qui, au fil de crises, ont créé un forum pour ceux qui dĂ©cident d’intervenir dans l’espace public.
Les trois prĂȘtres (Joseph-Papin Archambault, Lionel Groulx*, Philippe Perrier), les deux avocats (Antonio Perrault et Anatole Vanier), le Dr Joseph Gauvreau et le journaliste du Devoir Omer HĂ©roux qui lancent l’AF en 1917 connaissent certes son pendant parisien, mais ils ont de multiples raisons d’alerter leurs concitoyens en faveur d’une «action française»: partout au Canada, les Ă©coles catholiques et françaises ont Ă©tĂ© fragilisĂ©es, sinon abolies; l’industrialisation, l’urbanisation, l’impĂ©rialisme britannique et l’amĂ©ricanisation de la culture et du loisir menacent la langue du Canada français et plus globalement sa culture. Le dĂ©fi des rĂ©dacteurs consiste Ă  formuler «une doctrine» forte et Ă  l’appliquer dans «une action» soutenue et diversifiĂ©e. La stratĂ©gie globale de l’AF indique clairement la nouveautĂ© du projet qui est Ă©ditorial de part en part: par la revue elle-mĂȘme, la maison d’édition, la librairie et l’organisation d’assemblĂ©es et de confĂ©rences. Cette prise de parole a les moyens de sa politique; la pensĂ©e est mĂ©diatisĂ©e.
À compter de 1920, le nouveau directeur, l’abbĂ© Lionel Groulx, imprime sa marque sur l’orientation et le contenu de la revue et du mouvement, lui qui a cherchĂ© Ă  Ă©tablir des liens entre «les intellectuels du pays» et les «intellectuels du no 14 de la rue de Rome» (adresse de L’Action française Ă  Paris). Au dĂ©but de la dĂ©cennie, les milieux catholiques commencent Ă  adopter pour eux-mĂȘmes le nom d’«intellectuels» jusqu’alors nĂ©gativement connotĂ©. La meilleure façon d’éviter l’intellectualisme est prĂ©cisĂ©ment de lier de façon nĂ©cessaire doctrine et action; mais le prosĂ©lytisme en faveur de la doctrine exclut toute action politique. Le mouvement reprend l’idĂ©e que depuis 1867 la politique a annexĂ© les forces vives et que la partisanerie s’est servie du nationalisme en l’instrumentalisant en vue de gains Ă©lectoraux. Les intellectuels de l’AF se font fort de prescrire un nationalisme «au-dessus des partis» qui complique Ă©videmment leur rapport Ă  la politique et au politique. C’est lĂ  l’origine d’une position soutenue dans les annĂ©es 1930 et qu’on a qualifiĂ©e «d’apolitisme», trame que nourrit, Ă  vrai dire, une pensĂ©e dĂ©terminĂ©e par la religion, une doctrine oĂč n’est pas rĂ©glĂ© le problĂšme des rapports entre l’État et l’Église, celle-ci cherchant Ă  perpĂ©tuer son pouvoir temporel.
L’intellectuel d’AF, soucieux de concilier foi et langue française, religion et nationalisme, veille nĂ©anmoins sur la politique comme l’indique l’enquĂȘte que mĂšne la revue tout au long de 1921 sur «Notre avenir politique». PrĂȘtres et thĂ©ologiens y dĂ©douanent un projet de sĂ©paration politique du Canada français au cas oĂč la ConfĂ©dĂ©ration faillirait, maints signes le donnant Ă  penser.
La condamnation par Rome en 1926 de l’AF de Paris ne peut qu’embĂȘter la direction de la revue de MontrĂ©al dans la mesure oĂč ce sont prĂ©cisĂ©ment les rapports entre la religion et le nationalisme qui sont en cause. L’évĂ©nement introduit un nouveau penseur dans le milieu des intellectuels catholiques canadiens-français, Jacques Maritain, qui esquisse en 1927 dans son ouvrage PrimautĂ© du spirituel une nouvelle dialectique entre le spirituel et le temporel, donnant toute son extension au dernier, mais toujours Ă  l’enseigne de la primautĂ© du premier.
La tribune Ă©ditoriale des intellectuels catholiques disparaĂźt pour de multiples raisons, pratiques et intellectuelles, en 1928, Ă  la veille de la Crise. Mais avant mĂȘme que ne prolifĂšrent, paradoxalement, les revues des annĂ©es 1930, on veille Ă  relayer l’AF en crĂ©ant une nouvelle ligue, d’Action nationale et non plus française, qui lance L’Action nationale en 1933. C’est un ancien de l’AF, l’économiste Esdras Minville, qui assure la relance de l’AN, puis un autre, Arthur Laurendeau, qui en assume la direction de 1934 Ă  1937. Si les collaborateurs du premier numĂ©ro sont pour moitiĂ© d’anciens de l’AF, le nouveau directeur (1937-1944, 1948-1954), AndrĂ© Laurendeau*, fils d’Arthur, en fait une revue de combat, ouverte sur le social, «qui ne nie pas le national» et qui cherche «l’humain partout», ce que fera, Ă  sa façon, le plus rĂ©cent directeur (1999- ), Robert Laplante. Laurendeau s’entoure de GĂ©rard Filion, Roger Duhamel, François Hertel*, Guy FrĂ©gault et ne cesse de chercher la diagonale pertinente entre nationalisme et religion, tout en prenant position dĂšs 1938 contre toute Ă©ventuelle conscription, en menant des enquĂȘtes et en appuyant la crĂ©ation de la Ligue pour la dĂ©fense du Canada qui deviendra le Bloc populaire canadien dont Laurendeau sera le dĂ©putĂ© et chef provincial de 1944 Ă  1948.
Perspicace et fort d’une solide conscience historique, Laurendeau pose aprĂšs 1950 la double question: y a-t-il un cas CitĂ© libre*? Y a-t-il une crise du nationalisme? Sa rĂ©ponse est affirmative: «l’unitĂ© factice» du Canada français est dĂ©chirĂ©e par l’industrialisation, l’urbanisation et la modernitĂ©, c’est-Ă -dire la conscience aiguĂ« du fait qu’il peut y avoir «un mauvais passé». La charge antinationaliste de CitĂ© libre, l’épuisement du nationalisme de Maurice Duplessis et de son «autonomie provinciale», la montĂ©e d’un nouveau sĂ©paratisme de droite, la polarisation gauche-droite dans les milieux catholiques aprĂšs la dĂ©mission de Mgr Charbonneau en 1950 alimentent sous le directorat (1954-1959) de Pierre Laporte et la rĂ©flexion de Jean-Marc LĂ©ger* une profonde remise en question de la revue Ă  compter de 1956. Lionel Groulx*, qui ne se reconnaĂźt plus dans les orientations de la revue, la quitte en 1958. Le sĂ©paratisme prend alors des couleurs de gauche avec le Rassemblement pour l’indĂ©pendance nationale (RIN), le nationalisme devient politique avec le «MaĂźtres chez nous» de Jean Lesage et le Parti quĂ©bĂ©cois (1968) de RenĂ© LĂ©vesque. Laurendeau a alors quittĂ© la revue depuis trois ans.
C’est un autre vieux routier de l’AN, l’économiste et disciple de Minville François-Albert Angers*, qui prend la direction (1959-1967) de la revue Ă  un moment oĂč elle cherche sa doctrine et sa vocation, dĂ©passĂ©e dans son nationalisme par le mouvement souverainiste et dans son conservatisme par une mouvance laĂŻque relativement importante.
Si davantage de figures intellectuelles que d’intellectuels ont animĂ© les deux revues sur presque cent ans, l’AF et l’AN n’en ont pas moins dessinĂ© la trame de l’intellectuel catholique et nationaliste qui a eu Ă  s’autonomiser par rapport Ă  une «doctrine» contraignante et Ă  se dĂ©gager d’une dialectique serrĂ©e entre religion et nationalisme.
Yvan Lamonde
** Jean-Claude Dupuis, «Nationalisme et catholicisme. L’Action française de MontrĂ©al, 1917-1928», mĂ©moire de maĂźtrise (Histoire), UniversitĂ© de MontrĂ©al, 1992; Catherine Pomeyrols, Les intellectuels quĂ©bĂ©cois. Formation et engagements, 1919-1939, Paris, L’Harmattan, 1996; Pierre TrĂ©panier, «Le maurrassisme au Canada français», Les Cahiers des Dix, 53 (1999): 167-234; Yvan Lamonde, Histoire sociale des idĂ©es au QuĂ©bec, t. II: 1896-1929, MontrĂ©al, Fides, 2004, chapitres VIII, X-XII; Pascale Ryan, Penser la nation. La Ligue d’action nationale, 1917-1960, MontrĂ©al, LemĂ©ac, 2006; Olivier Dard, «De la rue de Rome au Canada français: influences ou transferts?», Mens: revue d’histoire intellectuelle de l’AmĂ©rique française, 8, 1 (automne 2007): 7-66; Patrick Dionne, «Éclaircissements sur les prĂ©tendues mauvaises frĂ©quentations littĂ©raires de Lionel Groulx: le cas de Charles Maurras et de l’Action française de Paris», Études d’histoire religieuse, 74 (2008): 7-27.

ANGERS, François-Albert (1909-2003)

Le nom de François-Albert Angers est indissolublement liĂ© Ă  l’École des hautes Ă©tudes commerciales (HEC) de MontrĂ©al, oĂč il est formĂ© par ses mentors Édouard Montpetit et surtout Esdras Minville, avant d’y enseigner de 1937 Ă  1974, et Ă  la Ligue d’action nationale, dont il est membre de 1940 Ă  sa mort et dont il dirige la revue de 1959 Ă  1968. Ces institutions marquent les deux axes de sa carriĂšre – la science Ă©conomique et le combat national –, axes qu’il a voulus distincts, nonobstant les passerelles frĂ©quentes entre les deux.
Angers entre aux HEC avec l’intention de devenir comptable. Il s’aperçoit que la science Ă©conomique est sa vĂ©ritable vocation. TrĂšs tĂŽt prend forme chez lui une triple conception de l’économie. Elle doit ĂȘtre rivĂ©e au rĂ©el, ne pas s’égarer dans des chemins thĂ©oriques globalisants, mal assortis au vĂ©cu des sociĂ©tĂ©s et des Ă©poques. Il refuse autant la main invisible d’Adam Smith que le vent de l’histoire des socialistes. L’économie doit aussi ĂȘtre humaniste, se concevoir comme un moyen d’orienter les rapports matĂ©riels vers l’amĂ©lioration de la condition humaine. Elle doit enfin ĂȘtre infusĂ©e de valeurs Ă©thiques, mĂȘme spirituelles. Angers demeurera toute sa vie un disciple de la doctrine sociale de l’Église, systĂ©matisĂ©e par LĂ©on XIII en 1891 et actualisĂ©e par Pie XI en 1931. Cette doctrine postule que les leviers de contrĂŽle doivent ĂȘtre aussi proches que possible des personnes. Angers ne fut ni libĂ©ral – il a toujours rĂ©cusĂ© ce terme –, ni keynĂ©sien, sauf comme pis-aller. «Quand l’État est maĂźtre partout, le peuple n’est maĂźtre nulle part», croit-il. Il se voue Ă  la recherche d’une troisiĂšme voie se traduisant, par exemple, par l’appui aux coopĂ©ratives, qu’elles soient de crĂ©dit, d’alimentation ou d’énergie, et au corporatisme qui se muera, avec les annĂ©es, en «concertation». À sa maniĂšre, l’approche d’Angers n’est pas sans parallĂšles avec l’économie Ă  taille humaine, l’investissement Ă©thique, les vertus de transparence et le commerce Ă©quitable prĂŽnĂ©s aujourd’hui par les altermondialistes.
Angers expose ses vues dans L’ActualitĂ© Ă©conomique, qu’il dirige de 1938 Ă  1948, et dans des ouvrages comme Initiation Ă  l’économie politique (1948, plusieurs rééditions) ou dans de volumineuses annexes du Rapport de la Commission royale d’enquĂȘte sur les problĂšmes constitutionnels (commission Tremblay, 1956).
Il s’engage dans le combat national dĂšs son premier texte dans L’Action nationale*, en 1938, qui dĂ©nonce le CrĂ©dit social comme une fausse panacĂ©e. Pendant six dĂ©cennies, il Ă©grĂšne des centaines d’articles de revue, mode d’expression oĂč il excelle, n’étant pas enclin aux essais de longue haleine ni, avec sa prose grammaticalement impeccable mais toujours un peu professorale, aux Ă©pigrammes et petits textes percutants.
Dans les pages de L’Action nationale, Angers devient un intellectuel public qui embrasse tous les aspects de la vie nationale canadienne-française. Son premier combat majeur: la Seconde Guerre et ses modalitĂ©s. Il s’oppose non seulement Ă  la conscription, mais Ă  la participation, prĂ©fĂ©rant, selon un pacifisme raisonnĂ© qui ne le quittera pas, suivre l’exemple de la Suisse ou de la SuĂšde plutĂŽt que prendre parti dans un combat de titans dont rien de bon ne saurait sortir.
SitĂŽt la guerre terminĂ©e, il reprend le bĂąton de pĂšlerin en fustigeant la centralisation fĂ©dĂ©rale, qu’il voit Ă  l’Ɠuvre depuis le retour au pouvoir de Mackenzie King en 1935, les conclusions de la commission Rowell-Sirois et l’essor d’une classe de mandarins ottaviens Ă©pris de modernisation gouvernementale et d’affirmation Canadian. Il s’y oppose Ă  la fois par rĂ©pugnance de principe pour le «Grand État» (selon le mot de Charles De Koninck*) qu’en raison de la condition particuliĂšre des francophones dominĂ©s par un autre peuple. La centralisation est, pour Angers, un pĂ©ril protĂ©iforme se dĂ©ployant dans l’administration publique, la fiscalitĂ©, le pouvoir judiciaire (abolition des recours au Conseil privĂ© de Londres), l’éducation et la culture (pensons aux recommandations de la commission Massey-LĂ©vesque). L’autonomisme trouve en Angers son dĂ©fenseur le plus constant, plus combatif que son alliĂ© le pĂšre Richard ArĂšs, moins sentimental que le chanoine Groulx*, exempt de la partisanerie d’un Robert Rumilly*.
Le mitan des annĂ©es 1960 verra une mue chez Angers, qui Ă©pouse la thĂšse de l’indĂ©pendance. Il entraĂźne dans son sillage la mouvance des SociĂ©tĂ©s Saint-Jean-Baptiste et des ex-membres de l’Ordre de Jacques-Cartier − l’aile droite de la coalition indĂ©pendantiste nĂ©e vers la fin de la RĂ©volution tranquille. Il franchit ce Rubicon aprĂšs avoir, dans sa jeunesse, adhĂ©rĂ© au bourassisme, rĂȘvant d’une sĂ©paration d’avec la Grande-Bretagne et du maintien des droits scolaires et linguistiques des Canadiens français, puis s’ĂȘtre ralliĂ© Ă  l’«État français» non constitutionnellement limpide des groulxistes.
Angers n’épouse pas pour autant tout le crĂ©do nĂ©onationaliste. Certes, il appuie sans rĂ©serve l’idĂ©e d’indĂ©pendance; les dĂ©faites rĂ©fĂ©rendaires de 1980 et 1995 ne l’ébranlent pas. Il se range aussi parmi les unilinguistes sans compromission. À la tĂȘte du Mouvement QuĂ©bec français, il fĂ©dĂšre les partisans de l’adoption du français comme seule langue officielle. Angers louera la promulgation de la loi 101 comme «le plus grand moment de notre histoire depuis [
] la fondation de QuĂ©bec, en 1608». Il rĂ©siste cependant aux changements moraux et paradigmatiques. Durant les annĂ©es 1960, il dĂ©fend l’école confessionnelle et s’érige contre le bon-ententisme modernisateur d’un clergĂ© imbu des idĂ©es de Vatican II. Il y perçoit un danger de glissement vers la dĂ©christianisation, perte morale autant qu’abandon d’un Ă©lĂ©ment vital de l’identitĂ© nationale. Enfin, il dĂ©plore le virage «civique» qu’il juge assĂ©chant, naĂŻf et amnĂ©sique. Si on ne saurait le taxer d’ethniciste – la nation comprend pour lui les «Canadiens français de nationalitĂ© avec tout ce que cela comporte d’intĂ©gration d’Anglais, d’immigrants, d’AmĂ©rindiens» –, la question du QuĂ©bec demeure, pour Angers, une lutte pour renverser la conquĂȘte de 1760 et libĂ©rer un peuple de son assujettissement.
xavier gélinas
** Xavier GĂ©linas, La droite intellectuelle quĂ©bĂ©coise et la RĂ©volution tranquille, QuĂ©bec, Les Presses de l’UniversitĂ© Laval, 2007; John Grube, BĂątisseur de pays. Étude sur le nationalisme au QuĂ©bec, MontrĂ©al, Éditions de l’Action nationale, 1981; Jean-Marc LĂ©ger (dir.), «François-Albert Angers, l’économiste et le combattant», Les Cahiers d’histoire du QuĂ©bec au XXe siĂšcle, 5 (printemps 1996): 45-113.

ANTI-INTELLECTUALISME

L’anti-intellectualisme est protĂ©iforme. Il peut ĂȘtre conservateur ou anarchiste, anti-Ă©litiste, populiste, sexiste. Il peut refuser toute critique, toute remise en question, pour dĂ©fendre «les choses telles qu’elles sont», les autoritĂ©s en place. Il peut s’attaquer au pouvoir des intellectuels, jugĂ© trop grand (on verra ainsi, Ă  QuĂ©bec, un maire chercher Ă  mobiliser la population contre les «intellectuels de ce monde»), bourgeois ou mĂȘme montrĂ©alocentriste (pensons par exemple Ă  la dĂ©nonciation, par des stations de radio de la ville de QuĂ©bec, de la «clique du Plateau»). Celui qui adopte cette posture peut ĂȘtre un intellectuel anti-intellectuel (Tardivel*, Groulx* ou, en France, Pierre Drieu la Rochelle, Maurice BarrĂšs et LĂ©on Bloy), un ex-intellectuel devenu anti-intellectuel (Pierre Elliott Trudeau*, par exemple), ou mĂȘme un intellectuel s’opposant aux intellectuelles, Ă  qui il dĂ©niera certains droits et prises de position.
Certes, l’anti-intellectualisme n’est pas l’apanage du QuĂ©bec. Remontera-t-on, pour s’en convaincre, Ă  la soi-disant sagesse de la petite servante thrace, dans le ThéétĂšte de Platon, qui, Ă  la vue de ThalĂšs tombĂ© dans un puits, «fit cette plaisanterie, parfaitement dans la note et bien tournĂ©e: que dans son ardeur Ă  savoir ce qu’il y a dans le ciel, il ignorait ce qu’il y avait devant lui, mĂȘme Ă  ses pieds» (174a, traduction Narcy)? Cette perspective, ancienne, ne doit pas permettre de faire l’impasse sur l...

Table des matiĂšres

  1. Introduction
  2. Dictionnaire
  3. Études sur l’intellectuel.le quĂ©bĂ©cois.e
  4. Tableau chronologique
  5. Collaboratrices et collaborateurs
  6. DANS LA MÊME COLLECTION