Dans l'oeil de la pandémie
eBook - ePub

Dans l'oeil de la pandémie

Face-à-face anthropologique

  1. 212 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Dans l'oeil de la pandémie

Face-à-face anthropologique

À propos de ce livre

Chaque période de crise est porteuse de mutations, de changements. Tenter de les repérer, c'est se donner les moyens de ressentir les lignes de force du monde en devenir. Qu'il s'agisse de la politique par les chiffres, de la montée de la défiance et du conspirationnisme, des effets culturels de la distanciation sociale..., à partir de l'ancrage de l'anthropologie politique, les débats abordés dans l'ouvrage aident à garder la tête hors de l'eau et prémunissent des explications simplistes.

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DIALOGUE 1

Cafouillage – défiance

CHAPITRE 1

Des chiffres et des masques

Pierre-Joseph Laurent

Introduction

En l’absence de vaccins et de médicaments, les vagues épidémiques (cf. chap. 5) signent les périodes d’ajustement de la vie des sociétés avec le virus, notamment par l’intériorisation de nouvelles normes culturelles en accord avec son mode de propagation. En effet, ce qui rend le Sars-Cov-2 redoutable est moins la virulence (le taux de létalité) que la contagion, renforcée par certains variants (notamment des mutations apparues fin 2020 en Angleterre, en Afrique du Sud et au Brésil), possible avant l’apparition des signes cliniques.
Les États sont confrontés à un dilemme. La riposte s’évalue à la lumière de deux stratégies possibles : celle de la limitation drastique du Sars-Cov-2 en sacrifiant temporairement l’économie, ou celle de limiter la riposte à la pandémie en faveur de la sauvegarde de l’économie au détriment de la vie de la population. Ces positions sont-elles incompatibles ? Aux dires de chercheurs américains, la position vertueuse serait celle qui s’efforce de limiter fortement le Sars-Cov-2 et donc de sauver le maximum de citoyens pour sauver l’économie1. Mais est-ce aussi simple ? Sur quels chiffres se baser ? Quelles sont les variables mobilisées ? Que peut-on comparer ? Quel modèle politique s’avère le plus efficace face à la pandémie, avec quelles finalités, devrait-on préciser ? Ces questions sont audacieuses. Ce débat sera initié dans ce texte et discuté sur le fond dans le chapitre 5 : « Dé-chiffrer l’incomparable ». Au-delà de la simplification outrancière posée par la manière de ces trois chercheurs américains de traiter leur hypothèse, la question demeure épineuse, car en dehors des pays autoritaires la liberté est souvent portée au pinacle pour justifier la politique adoptée et esquiver l’embarrassante tension entre l’économie et la santé de la population. Alors, à défaut, je montrerai que tout ce qui compte de communicants a été mobilisé pour sauvegarder le consensus social, le statu quo, les évidences, les intérêts, afin de renouer, au plus vite, avec le monde d’avant. Toutefois, alors que les lobbies enfument, camouflent, maquillent, le Sars-Cos-2 dévoile, révèle, expose. Ce texte analyse l’oscillation entre la communication et le dévoilement, dans deux domaines hautement inflammables par temps de pandémie, les masques et les chiffres2.

1. La saga des masques

1.1. Les contraintes

Symbole d’une pandémie, l’image du face-à-face masqué restera dans les mémoires. Obligatoire pour sortir à Dakar, fabriqué artisanalement, le « masque barrière » devient tendance, en Afrique, Italie, Birmanie3. Au Sénégal, les couturiers réorientent leur production et les marchands ambulants saisissent l’aubaine. Le masque lavable, réutilisable, la police verbalise les récalcitrants, plus difficiles à contenir en début de ramadan. Nous « devons la boucler », prendre la « masque attitude », proclame un rappeur ivoirien. À Antananarivo, un vendeur des rues masqué, en phase avec le président, Andry Rajoelina, qui vient de proclamer le port obligatoire du masque, explique qu’on ne peut pas confiner l’informalité, qu’il faut laisser travailler le peuple, car le confinement produirait plus de morts de faim que le virus. Dans les grandes villes asiatiques, la culture du masque s’est imposée avec la pollution atmosphérique.
Certains pays européens (Belgique, France, Italie, Espagne, Royaume-Uni) ne semblent pas préparés à un pareil choc. Devenus dépendants de quelques fournisseurs asiatiques, de chaînes d’approvisionnement basées sur la loi des conteneurs, dominée par de grands groupes, ils découvrent, stupéfaits, avoir été trop loin dans la délocalisation de certaines productions stratégiques, médicaments (principes actifs), bases chimiques. Comment passer commande, s’approvisionner en pleine pandémie lorsque le nationalisme réaffirmé, les frontières fermées, chaque pays tente de sortir son épingle du jeu ?
La possession de masques, en quantité suffisante et accessible, en raison d’industries, de producteurs informels, de l’entraide, de la mobilisation des « petites mains » qui compensent les carences de l’État, tout ceci plaide pour un confinement souple, allégé, une caractéristique de sociétés à fort secteur informel, avec une population plus insoumise (peu confinable) ou de sociétés à faible couverture sociale.
Le recours au confinement (selon des modalités variables), facilité par un accès à un Internet de qualité, implique une population qui obéit, consent ou se soumet (un confinement imposé, en Chine, ou accompagné ailleurs par différentes mesures : indemnités de chômage, aide alimentaire, financement de loyers parfois) et une capacité d’intervention de l’État (possibilité d’endettement, aides publiques).
À gros trait, le premier modèle articule économie informelle et confinement relatif avec un investissement dans le système savon (eaux), masques, repérage des symptomatiques (par simple prise de température), isolement, couvre-feu. Le second modèle combine confinement plus strict, mesures barrières lors des sorties autorisées, télétravail, politiques publiques d’accompagnement.

1.2. Au gré des possibles

La Covid-19 est une évidence sanitaire, provoquée par un virus objectivable. Le contexte est celui d’une épidémie universelle. Mais la gestion de cette pandémie est-elle tout aussi objectivable dès lors que la prise en charge par les États de la quarantaine, du confinement, du déconfinement se déroule en fonction de paramètres relevant de l’arbitrage politique et du possible ?
1.2.1. L’arbitrage
L’arbitrage : les stocks de masques périmés détruits, non renouvelés au motif d’économie budgétaire. En 2019, parvenue à leur date de péremption, la Belgique se débarrasse de six millions de masques (type FFP2) acquis à l’occasion de la grippe H1N1. Par souci d’économie, ils ne sont pas renouvelés4. Toujours en relation à la grippe H1N1, en 2009, la France acquiert un stock de 723 millions de masques FFP2 et un milliard de masques chirurgicaux. En 2013, changement de doctrine : pour baisser les coûts, la responsabilité est transférée aux employeurs de stocker une partie des masques pour les employés. Décision est prise de se défaire des réserves publiques5.
Dans le même mouvement, le cas de l’usine Sperian à Plaintel est emblématique. En 2010, elle employait 300 personnes et produisait annuellement 200 millions de masques. La fabrique est rachetée par le groupe américain Honeywell qui, notamment en raison du non-renouvellement de contrats par l’État français, annonce la fermeture en 2018. Les machines sont envoyées à la casse et la production délocalisée en Tunisie6. La délocalisation de la production de masques et le déstockage reposent ici sur le principe d’économie budgétaire et sur l’hypothèse d’une production mondiale suffisante de masques, des filières d’approvisionnement sûres, diversifiées et réactives.
Au regard de la sécurité sanitaire, la fabrication de masques, la désindustrialisation et les délocalisations pointent l’imprévoyance, les fragilités, les limites d’une gestion à flux tendus où l’arbitrage politique se fait surtout comptable et financier7. La conséquence : la mise en place d’un pont aérien entre la Chine et des pays européens devenus dépendants8 (main-d’œuvre trop chère, marge bénéficiaire insuffisante), avec, en toile de fond, une guerre industrielle et logistique (allongement de la chaîne d’approvisionnement9), animée par la convoitise et l’arbitrage du plus offrant. La République tchèque confisque une cargaison de masques en provenance de Chine et en transit pour l’Italie ; à la faveur d’une meilleure offre, les États-Unis détournent une cargaison de masques initialement destinée à la France ; à son tour, la France saisit des masques appartenant à une entreprise suédoise10. Parallèlement à des commandes publiques, en Europe, des acteurs privés, rompus aux affaires avec la Chine, importent des masques. Plus informées que d’autres, certaines pharmacies s’approvisionnent en masques chirurgicaux, dont le prix de vente est multiplié par sept. Des filières de contrebande s’instituent avec l’espoir d’écouler la marchandise auprès d’industriels11, sans parler de la sollicitation de la sphère domestique pour des masques de tissu, faits main.
Le piège se referme. Les capacités de production de masques de pays européens, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, se sont réduites et même arrêtées. Parallèlement, la capacité mondiale de la production de masques reste insuffisante pour faire face à la demande planétaire. Chaque pays réquisitionne les quelques stocks restants sur son sol et tente de passer commande dans un environnement défavorable. L’arbitrage par la désindustrialisation et la délocalisation conduit aux pénuries de masques et à une certaine augmentation de la mise en danger de la sécurité du personnel soignant (cf. les problèmes de la NHS en Grande-Bretagne) et des citoyens. La communication des États devient ambiguë.
1.2.2. La communication ambiguë
Le possible : au-delà des enjeux sanitaires (de la barrière physique du masque et du fait qu’il ne rend pas invincible au risque d’annihiler les autres consignes : distanciation, lavage des mains, confinement), les politiques du possible du masque (pénurie, pas de masques, masques qui se déclinent pour les populations en chirurgicaux ou en artisanaux, en tissu, désormais appelés grand public au Maroc, en France) indiquent la manière dont les États traitent de la relation avec leurs citoyens et communiquent à ce propos.
En Chine, le masque est obligatoire dans les zones infectées. Depuis plusieurs décennies, confrontés à d’autres épidémies, les Chinois possèdent une expérience du port du masque. Il est devenu un objet du quotidien pour éviter de contaminer les autres et soi-même. Porté dans la rue, les commerces, les transports, il sert aussi de rempart contre la pollution atmosphérique urbaine. Avec la volonté de protéger son intimité et de ne pas l’exposer aux autres, le masque est naturel, au même titre que le respect des aînés, de l’autorité12.
Rapidement, fin mars, dès le début de l’épidémie, le masque chirurgical est requis en Autriche pour faire ses courses dans les supermarchés. D’abord mis à disposition des clients, il est ensuite vendu à un prix modique13. Il sera ensuite exigé dans l’espace public et les transports en commun. Possédant une solide expérience d’achat en Chine, la grande distribution s’est mobilisée pour importer et distribuer les masques. Le pont aérien rapidement instauré permet la constitution de stocks. Les premières mesures de déconfinement apparaissent en Autriche dès le 14 avril, avant les autres pays européens qui suivront en mai, pointant ainsi la relation déconfinement-masques.
Porter un masque, une habitude pour protéger les autres et se protéger de la pollution...

Table des matières

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Copyright
  4. Titre
  5. Introduction Pandémie et confinement au prisme de l’anthropologie
  6. Je suis la femme (poésie) – Jacinthe Mazzocchetti
  7. DIALOGUE 1 – Cafouillage – défiance
  8. DIALOGUE 2 – Fragiles liens – vivre ensemble
  9. DIALOGUE 3 – Projections – leçons – espoir
  10. Conclusion – Apprendre à vivre avec le virus
  11. Bibliographie
  12. Sitographie
  13. Table des matières