Préface de Philippe Bilger
Le Mot du Jour de Philippe David est devenu une institution dans les Vraies Voix et pour les auditeurs de Sud Radio, cette radio qui peut se flatter d’atteindre parfois la vérité parce qu’elle est toujours libre.
Cet exercice quotidien a tellement marqué cette émission où j’ai eu le plaisir d’être longtemps face à Philippe David qu’on n’était pas loin de le qualifier plutôt comme étant le Jour du Mot, tant cette brève et brillante irruption verbale dans un océan mêlant sujets sérieux et drôleries frappait les esprits et parfois même les sensibilités.
D’abord parce que la personnalité de Philippe David est exceptionnelle et qu’elle rejaillit sur sa manière de traiter les thèmes qui chaque jour feront l’objet de son Mot. Cet ami, infiniment cultivé, hypermnésique, d’une extrême gentillesse, incroyablement bienveillant dans les rapports quotidiens, à la fois conscient de ses dons mais si modeste qu’il éprouve le besoin de les entendre confirmer par les autres, a trouvé avec le Mot du Jour une opportunité formidable pour mettre en lumière ses aptitudes et son impressionnante puissance de travail.
Le Mot du Jour est en effet d’abord de la recherche, du savoir et de l’étymologie. Ensuite, il impose – et Philippe David est un maître dans ce domaine – un art des rapprochements pertinents ou incongrus, mais jamais absurdes, du talent pour se frayer un chemin entre le rire et l’émotion, l’ironie ou la gravité, les ombres ou les lumières du verbe et du concept choisis.
Enfin son obligatoire brièveté le fait surgir tel un éclair doux, singulier, profond ou sarcastique dans un ciel qui l’accueille avec bonheur et reconnaissance.
Je ne me suis jamais lassé d’observer le visage de cet ami rare juste avant qu’il se lance dans sa prestation. Il est impatient, content de nous surprendre, sûr d’être écouté mais sans la moindre présomption, avec juste l’infime trac auquel seuls échappent les imbéciles.
Quelle bonne idée de publier ces Mots, une histoire, la globalité jamais monotone d’une quotidienneté faisant l’impasse sur ce qui ennuie, ne réveille pas, ne stimule pas. Le Mot du Jour survient et, j’ose le dire, c’est du bonheur garanti, quel que soit l’heureux élu qui bénéficiera de l’alacrité intellectuelle de Philippe David.
Débarrassés de quelques touches d’entre-soi et de « private jokes », leur lecture amusera, plaira, réjouira, étonnera.
Ce couple sera gagnant : Philippe David et ses Mots de toujours.
27 août 2018 : Rabot
Le mot fait le buzz depuis hier puisqu’il est la trame de l’interview du Premier Ministre Édouard Philippe dans le JDD, tout le monde étant d’accord sur ce point : le gouvernement va avoir recours au rabot pour contenir tant bien que mal le déficit.
Mais tout d’abord pour mieux comprendre la métaphore du rabot il faut savoir ce qu’est un rabot.
Un rabot est un outil pour le travail du bois composé d'une lame de métal - le « fer » - ajustée dans un corps en bois ou en métal - le « fût » - qui laisse dépasser le tranchant. Les Français en ayant plein le fût de subir les réformes du gouvernement plein fer, ceci explique pourquoi l’opposition fait feu de tout bois pour dénoncer les coups de rabot que vont subir les Français, en particulier les retraités.
Un rabot peut avoir de multiples usages : il peut servir à dégrossir, on pense en particulier à la dépense publique que le rabot pourrait servir à dégrossir, même si, quand on regarde les 4500 suppressions de postes dans la fonction publique il s’agit plus d’un tout petit ébavurage, pour rester dans les considérations industrielles, que d’un rabotage.
Un rabot est vraiment un outil aux qualités multiples puisqu’il peut tout autant servir à aplanir qu’à dresser. Le moins qu’on puisse dire est que les coups de rabot annoncés ont plus eu pour effet de dresser les Français contre le gouvernement qu’à aplanir les relations entre l’exécutif et les Français.
Un rabot peut aussi servir à aplanir une dépression, on peut cependant douter que taper à nouveau les Français au portefeuille permettra de mettre fin à la dépression que subit la croissance française ou la dépression des chômeurs dont les chiffres réels ne font qu’augmenter et qui attendent désespérément que le ruissellement promis mette un coup de rabot à leurs malheurs.
Enfin le rabot ne date pas d’aujourd’hui : les premiers modèles retrouvés remontent à l’âge de fer avec une évolution notable au XVIème siècle, évolution qu’on peut constater sur le tableau « Mélancolie » d’Albrecht Dürer, cette évolution étant l’apparition d’une corne au bout du rabot.
Avec les coups de rabot promis par Edouard Philippe, ce n’est plus une corne mais deux que vont avoir les Français qui espéraient avec le nouveau monde une baisse de leurs impôts.
Alors Christophe, les coups de rabot, vous en avez plein le fût ?
28 août 2018 : Démission
Démission est naturellement le mot du jour vu la démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire.
Une démission qui diffère de la célèbre maxime de Chevènement qui disait : un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne puisque Nicolas Hulot a fini par démissionner alors qu’il avait passé son temps à fermer sa gueule depuis un an et demi bref tout le contraire d’un Chirac ou d’un Chevènement plaquant tout après avoir marmonné pendant un certain temps pour ne pas dire un temps certain.
Enfin, Hulot n’a pas fermé sa gueule pendant un an et demi, il l’a même eu en permanence grande ouverte mais sans pouvoir rien dire puisqu’il était en permanence en train d’avaler non pas des couleuvres mais des anacondas. Il faut dire qu’avaler en un an et trois mois quatre r...