Bonaparte et l'Orient
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Bonaparte et l'Orient

L'expĂ©dition d'Égypte - 1798-1799

  1. 172 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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Bonaparte et l'Orient

L'expĂ©dition d'Égypte - 1798-1799

À propos de ce livre

Deux cent vingt ans aprĂšs son lancement, l'expĂ©dition d'Égypte continue Ă  fasciner. Vraie dĂ©couverte scientifique, elle a aussi Ă©tĂ© une conquĂȘte coloniale, pensĂ©e comme telle, qui s'est du reste prolongĂ©e aprĂšs le dĂ©part de Bonaparte. Ce volume propose des regards neufs sur l'expĂ©dition, depuis le rĂȘve oriental de Bonaparte et son approche de l'islam jusqu'aux codes utilisĂ©s par l'armĂ©e sur place, en passant par le rĂŽle de la flottille organisĂ©e sur le Nil pour conquĂ©rir la haute Égypte, l'action de Berthier et de Marmont, le spleen de l'armĂ©e, l'administration du pays, pour finir par une rĂ©flexion sur la question d'Orient et la mĂ©moire de l'expĂ©dition telle que NapolĂ©on a voulu la construire en dictant sa vision des Ă©vĂ©nements passĂ©s.

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Informations

Éditeur
SPM
Année
2019
ISBN de l'eBook
9782336884233

AUX ORIGINES DE LA QUESTION D’ORIENT : L’EXPEDITION D’ÉGYPTE DANS L’OPINION PUBLIQUE FRANÇAISE

par Jean-François Figeac
La question d’Orient trouve ses prolĂ©gomĂšnes avant le XIXe siĂšcle. Les historiens et gĂ©opoliticiens ont ainsi depuis longtemps montrĂ© qu’elle prend ses origines probablement lors de la guerre turco-russe de 1768-17741. Cette borne chronologique, outre son caractĂšre arbitraire, doit ĂȘtre nuancĂ©e au regard de l’opinion publique. De plus, elle pose problĂšme du point de vue de l’histoire des idĂ©es. En effet, elle ne rend pas compte du processus de conceptualisation de l’expression, qui ne pourrait se rĂ©sumer Ă  une date.
Certes, le souci de publicitĂ© dans la diplomatie française fut trĂšs prĂ©gnant Ă  partir du ministĂšre de Vergennes, il n’en demeure pas moins que l’ExpĂ©dition d’Égypte marqua un moment tout Ă  fait nouveau et inĂ©dit dans la place qu’avait la question d’Orient dans l’opinion publique. Lors de la campagne de Bonaparte, toute une sĂ©rie d’auteurs et de publicistes qui n’avaient pas de liens matĂ©riels avec la Sublime Porte se mirent Ă  Ă©mettre des jugements et des rĂ©flexions destinĂ©s Ă  soutenir ou Ă  critiquer la pertinence d’intervenir en Orient. Cet intĂ©rĂȘt ne se crĂ©a pas ex nihilo et les annĂ©es de la fin du Directoire et du dĂ©but du Consulat, qui marquĂšrent une premiĂšre forme de dĂ©mocratisation de la question d’Orient, avaient Ă©tĂ© l’expression d’une fascination croissante pour cette rĂ©gion du monde au cours du XVIIIe siĂšcle, Ă  travers l’orientalisme savant chez les Ă©lites2, l’attirance pour l’antiquitĂ© grĂ©co-romaine3 et Ă©gyptienne4 dans les milieux lettrĂ©s, l’esprit de croisade dans l’entourage du pouvoir, mais Ă©galement dans les milieux populaires5 ou l’exotisme littĂ©raire Ă  travers le succĂšs que connaissaient Les Mille et une Nuits traduites par Antoine Galland et publiĂ©es Ă  partir de 17046. L’ExpĂ©dition d’Égypte marqua donc l’aboutissement d’un processus en gestation depuis plusieurs dĂ©cennies, voire plusieurs siĂšcles, en mĂȘme temps qu’elle en inaugura un autre. En effet, pour la premiĂšre fois, on ne rĂ©flĂ©chit plus seulement sur un Orient spĂ©culatif, objet d’un savoir thĂ©orique ou de l’imagination, mais sur un Orient rĂ©el et concret, objet de rapports de force internationaux. Ainsi, l’ExpĂ©dition d’Égypte allait marquer la transition d’une pensĂ©e sur l’Orient Ă  une pensĂ©e sur la question d’Orient.
L’ExpĂ©dition d’Égypte, en bouleversant des siĂšcles de tradition diplomatique et en superposant les Ă©quilibres orientaux aux rapports de force europĂ©ens, crĂ©a ainsi de maniĂšre dĂ©finitive la question d’Orient qui commençait Ă  ĂȘtre pensĂ©e comme telle.
JUSTIFIER UNE NOUVELLE POLITIQUE ORIENTALE
En intervenant en Égypte, la France du Directoire tenta de redessiner les Ă©quilibres diplomatiques par la rupture avec la tradition politique de la monarchie qui se fondait sur trois piliers : l’alliance de revers avec l’Empire Ottoman, notamment face aux Habsbourg, des relations commerciales privilĂ©giĂ©es en direction des Échelles du Levant grĂące aux capitulations (bien que la France soit concurrencĂ©e en la matiĂšre dĂšs le XVIIe siĂšcle) et enfin le protectorat des chrĂ©tiens d’Orient.
La Sublime Porte, d’alliĂ©e, devint une rivale de la France en Orient, ce qui nĂ©cessita tout un travail de justification destinĂ© Ă  donner du sens Ă  la campagne d’Égypte, une fois que la nouvelle de la vĂ©ritable destination de la flotte partie de Toulon fut connue de la presse. Une partie de l’opinion publique estimait que l’intĂ©rĂȘt stratĂ©gique d’une intervention en Orient Ă©tait particuliĂšrement douteux, que ce soit la droite cryptomonarchiste ou la gauche nĂ©o-jacobine7, tandis que certains partisans du gĂ©nĂ©ral Bonaparte commençaient Ă  colporter le bruit d’une volontĂ© de Talleyrand et des directeurs d’éloigner le vainqueur d’Arcole dont le prestige ne cessait de croĂźtre au sein de l’armĂ©e comme du peuple8. L’inquiĂ©tude et l’incertitude dont tĂ©moignait la presse dĂšs le dĂ©but octobre 1798, aprĂšs l’annonce de la dĂ©faite d’Aboukir, montraient que le projet interventionniste, bien qu’ancien dans la diplomatie et trĂšs prĂ©gnant dans l’opinion avant l’expĂ©dition grĂące Ă  Volney9, avait nĂ©anmoins connu un recul liĂ© aux pĂ©ripĂ©ties rĂ©volutionnaires10, ce qui doit garder tout historien de conclusions tĂ©lĂ©ologiques selon lesquelles l’ExpĂ©dition d’Égypte serait la consĂ©quence logique et inĂ©vitable d’une progression de la curiositĂ© orientaliste et du paradigme interventionniste en France au XVIIIe siĂšcle. Il devint dĂšs lors nĂ©cessaire pour les partisans de l’aventure de Bonaparte de recrĂ©er une gĂ©opolitique française en Orient. « L’inexplicable expĂ©dition d’Égypte », pour reprendre les mots qu’un publiciste prĂȘte Ă  Tronchet, dans une brochure publiĂ©e Ă  l’automne 179811, devait avoir un sens, tandis que le mĂȘme souci de justifier la dĂ©fense du sultan ottoman s’écrivait parallĂšlement outre-Manche.
L’entreprise de justification du bien-fondĂ© de l’ExpĂ©dition d’Égypte dans l’opinion publique française suit plusieurs types d’arguments, qui peuvent se recouper, mais aussi rentrer en contradiction entre eux. Ainsi il n’exista pas durant l’ExpĂ©dition d’Égypte un courant interventionniste, mais une multiplicitĂ© de points de vue qui se firent Ă©cho et qui Ă©taient aussi bien issus des mutations de la pensĂ©e politique sur l’Orient au cours des LumiĂšres que de la conjoncture rĂ©volutionnaire. Dans ce foisonnement des idĂ©es, trois axes structurants sont destinĂ©s Ă  rationaliser « cette folie »12.
Le premier, directement hĂ©ritĂ© de la philosophie des LumiĂšres, consiste Ă  mettre en avant l’idĂ©e du despotisme consubstantiel au sultanat ottoman. ThĂ©orisĂ©e par un consul anglais Ă  Smyrne du nom de Paul Rycaut dans The History of the Present State of the Ottoman Empire (1668), l’idĂ©e de despotisme turc connut une grande postĂ©ritĂ© au siĂšcle des LumiĂšres via Montesquieu13. Le concept, naguĂšre philosophique, Ă©tait dĂ©sormais abandonnĂ© aux poĂštes et aux panĂ©gyristes de l’expĂ©dition, qui cherchĂšrent Ă  mettre en avant ce qu’ils considĂ©raient comme une lutte de la civilisation contre la barbarie14. NĂ©anmoins, certains publicistes n’hĂ©sitĂšrent pas Ă  mettre en valeur l’impĂ©ritie du gouvernement turc, dont l’incapacitĂ© Ă  se rĂ©former aurait Ă©tait la cause de l’anarchie de l’Empire ottoman. Cette critique fut prĂ©sente y compris chez des gens qui Ă©taient initialement favorables Ă  un respect et Ă  une protection du sultan. Ce fut notamment le cas de Charles-Louis HouĂ«l. D’abord prĂȘtre, puis directeur de l’imprimerie française de Constantinople et publiciste, il Ă©tait chef de division au ministĂšre de la Guerre fin 1798. Durant son sĂ©jour dans l’Empire ottoman, il soutint et seconda la politique de la France rĂ©volutionnaire pour que SĂ©lim III fasse ses rĂ©formes et se prĂ©sentĂąt comme un disciple des diplomates Aubert-Dubayer et Ruffin qui tentaient de mener Ă  bien cette politique de modernisation. Mais, aprĂšs son retour en France, il sembla faire le constat dĂ©sabusĂ© de l’infructuositĂ© de cette stratĂ©gie et employa dans une brochure l’oxymore de « despotique anarchie turque »15 qui aurait motivĂ© l’intervention française en Égypte. En effet, en raison du despotisme des beys, le commerce français aurait Ă©tĂ© entravĂ©. Pour lui, l’ExpĂ©dition d’Égypte ne s’était pas faite contre la Porte mais pour protĂ©ger la Porte face au dĂ©sordre qui aurait rĂ©gnĂ© dans l’Égypte des mamelouks.
Cette analyse contrastĂ©e, qui fait de l’Empire Ottoman un fautif, mais aussi une victime montrait bien que l’ingĂ©rence française devait se faire dans le cadre d’un maintien de la souverainetĂ© ottomane selon une partie de l’opinion. Ainsi, l’argument de la dĂ©fense de la lĂ©gitimitĂ© ottomane contre des beys jugĂ©s ĂȘtre des usurpateurs fit florĂšs. En effet, l’ExpĂ©dition d’Égypte avait Ă©tĂ© conçue de telle maniĂšre que la France ne s’exposĂąt pas Ă  la critique du non-respect du droit des gens. Les exactions dont Ă©taient victimes les marchands français de la part de Mourad et Ibrahim Bey16, ainsi que l’absence d’une rĂ©elle souverainetĂ© ottomane sur l’Égypte devaient justifier Ă  elles seules une intervention française. C’est ce que les directeurs et l’état-major tentĂšrent de mettre en avant, Bonaparte devant rencontrer et donner une lettre au pacha, reprĂ©sentant de la lĂ©gitimitĂ© ottomane, dĂšs son dĂ©barquement en Égypte17. Cette idĂ©e que le gĂ©nĂ©ral corse n’était finalement que le bras armĂ© du sultan fut abondamment relayĂ©e dans l’opinion. Ce fut notamment le cas chez le polygraphe Jean Chas, selon lequel toute la campagne française en Égypte, mais aussi en Syrie, doit ĂȘtre lue comme une volontĂ© de libĂ©rer le territoire ottoman de la sĂ©cession menĂ©e respectivement par les beys et par Djezzar Pacha : « La cour ottomane cherchait depuis longtemps Ă  humilier les beys d’Égypte qui s’étaient affranchis de sa domination. En punissant ces usurpateurs, Bonaparte servait la France, et vengeait le divan »18. Si la France avait ainsi pu Ă©chouer Ă  convaincre la Porte du bien-fondĂ© de sa mission, la faute en incombait entiĂšrement, selon ces auteurs, Ă  Talleyrand Ă  Paris et Ă  Ruffin Ă  Constantinople19. En tout cas, cette dĂ©convenue de la diplomatie ne devait en rien ternir ce qui Ă©tait vu comme un succĂšs gĂ©opolitique, Ă  savoir une possibilitĂ© d’ancrage territorial de la France en Orient.
En effet, l’importance accordĂ©e Ă  l’influence française en Orient constitua l’argument majeur des hagiographes de l’ExpĂ©dition d’Égypte. PĂ©tris d’une philosophie du progrĂšs hĂ©ritĂ©e des LumiĂšres, ils mettaient ainsi en avant le concept de rĂ©gĂ©nĂ©ration, emblĂ©matique de la pensĂ©e rĂ©volutionnaire20, les savants devant permettre le progrĂšs matĂ©riel et moral du pays. Ce discours fut relayĂ© dans la presse, et particuliĂšrement dans La DĂ©cade philosophique, littĂ©raire et politique aux m...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. DANS LA MÊME COLLECTION
  4. Titre
  5. Copyright
  6. Les auteurs
  7. INTRODUCTION
  8. LE REVE ORIENTAL DE BONAPARTE
  9. LES CODES SECRETS DE LA CAMPAGNE D’ÉGYPTE
  10. LA FLOTTILLE DU NIL DANS LA CAMPAGNE DE HAUTE ÉGYPTE
  11. MARMONT ET BERTHIER LORS DE LA CAMPAGNE D’ÉGYPTE
  12. LES SOLDATS DE L’ARMEE D’ÉGYPTE
  13. BONAPARTE ET L’ISLAM
  14. L’ADMINISTRATION DE BONAPARTE EN ÉGYPTE
  15. LES SAVANTS, INGENIEURS ET ARTISTES DE L’EXPÉDITION D’ÉGYPTE, MÉDIATEURS DE L’ORIENT
  16. AUX ORIGINES DE LA QUESTION D’ORIENT : L’EXPEDITION D’ÉGYPTE DANS L’OPINION PUBLIQUE FRANÇAISE
  17. L’ÉCRITURE DES MEMOIRES DE NAPOLEON SUR LA CAMPAGNE D’ÉGYPTE
  18. Table des matiĂšres