Qu'est-ce qu'un savoir? Comment conduire tous les élÚves à comprendre et à utiliser les savoirs scolaires? Comment interpréter les erreurs des élÚves? Que faut-il faire pour que les élÚves apprennent? Faut-il mettre les élÚves en activité dans la classe? Pour que l'enseignant du secondaire sache répondre efficacement aux difficultés de certains élÚves, il doit envisager les différentes dimensions de son métier avec des catégories plus affinées que celles qu'offre la pensée courante.

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Enseignement et apprentissage dans le secondaire
Un état des connaissances et des problÚmes
- 192 pages
- French
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Enseignement et apprentissage dans le secondaire
Un état des connaissances et des problÚmes
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ĂducationCHAPITRE 1
Les conceptions de lâapprentissage
Les conceptions de lâapprentissage que nous allons Ă©voquer ci-dessous sont multiples et nettement diffĂ©rentes les unes des autres. Mais elles ont en commun de remettre en cause ce quâon pourrait appeler la conception ordinaire du processus dâapprentissage, celle quâon se fait communĂ©ment et spontanĂ©ment en dehors dâune approche savante.
Cette conception, mĂȘme si elle est rarement formulĂ©e dâune maniĂšre explicite, consiste Ă penser quâune personne « apprend » lorsquâelle reçoit des informations, câest-Ă -dire lorsquâelle accueille dans son esprit des indications qui ne sây trouvaient pas auparavant. Ainsi, en lisant le journal, on peut « apprendre » quâun tremblement de terre a eu lieu dans tel pays ; en consultant le mode dâemploi dâun objet technique, on peut « apprendre » la fonction de telle touche de lâappareil, etc. Sur ce modĂšle, beaucoup de gens estiment quâon peut « apprendre » un savoir (et notamment un savoir scolaire) en accueillant dans son esprit, par la lecture ou par lâĂ©coute, un exposĂ© de ce savoir.
Ce qui est sous-jacent Ă cette reprĂ©sentation courante Ă laquelle sâopposent les conceptions que nous allons prĂ©senter, câest la mĂ©taphore du transport ou du remplissage. Lâesprit de lâĂ©lĂšve est assimilĂ© Ă un rĂ©cipient ou un lieu de stockage, les connaissances sont vues comme des objets qui, au cours de lâapprentissage, passeraient de lâextĂ©rieur Ă lâintĂ©rieur de lâesprit. Quant Ă lâenseignant, sa fonction serait dâapporter ces objets que sont les connaissances et de les dĂ©poser dans lâesprit des Ă©lĂšves. Une certaine terminologie scolaire vient conforter cette conception : ainsi, pour dĂ©signer les disciplines scolaires, on parle parfois de « matiĂšres ». De mĂȘme, tout un vocabulaire incite Ă saisir les connaissances comme une substance quantifiable : on dit dâun Ă©lĂšve quâil « manque » de connaissances et on mesure les acquis des Ă©lĂšves sur une Ă©chelle numĂ©rique de 0 Ă 20, etc. Une telle conception a des implications pĂ©dagogiques : si apprendre câest recevoir, lâĂ©lĂšve doit Ă©couter et regarder, le maĂźtre doit parler ou montrer.
Il est difficile dâĂ©chapper Ă cette conception courante de lâapprentissage, ce qui fait que tout enseignant a tendance Ă y adhĂ©rer souvent Ă son propre insu ; car elle correspond, dâune part, Ă lâimage classique du mĂ©tier, selon laquelle un professeur est quelquâun qui parle Ă des Ă©lĂšves si possible attentifs et, dâautre part, Ă la reprĂ©sentation du savoir par une quantitĂ© de matiĂšres qui se mesure au nombre de lignes dans le programme officiel ou au nombre de pages dans le manuel. Nous allons voir en quoi le constructivisme, le socioconstructivisme et les remarques quâon peut tirer du cognitivisme remettent en cause cette reprĂ©sentation spontanĂ©e.
1 | La conception constructiviste
Le « constructivisme » auquel adhĂšrent beaucoup de didacticiens aujourdâhui et que nous allons examiner maintenant, considĂšre lâapprentissage, non plus comme lâapport dâinformations primitivement extĂ©rieures Ă lâesprit du sujet apprenant, mais plutĂŽt comme une rĂ©organisation mentale. De ce fait, il consisterait non pas en une rĂ©ception passive, mais en un processus en lequel le sujet apprenant interviendrait activement.
1.1. Les sources thĂ©oriques de la conception constructiviste de lâapprentissage
Les origines de cette conception constructiviste de lâapprentissage sont nombreuses et trĂšs diverses. Lâune dâelles, non des moindres, est Ă chercher dans le courant de « lâĂ©ducation nouvelle », auquel se rattache un grand nombre de pĂ©dagogues de la fin du 19e siĂšcle et du dĂ©but du 20e siĂšcle. Nous en parlerons ci-dessous dans le chapitre 3. TrĂšs influencĂ©s par la philosophie pragmatiste qui considĂšre la connaissance comme issue de lâaction, ces pĂ©dagogues ont estimĂ© que, pour apprendre, un Ă©lĂšve devait ĂȘtre en activitĂ©. Ils ont prĂŽnĂ© les « mĂ©thodes actives ».
Mais nous insisterons ici sur deux autres sources du constructivisme, les idées empruntées au philosophe Gaston Bachelard et celles tirées des travaux du psychologue Jean Piaget, parce que ce sont elles qui permettent de saisir la spécificité de cette conception.
A. Des idées empruntées à Bachelard
LâĆuvre de Bachelard se partage entre une rĂ©flexion sur lâimaginaire et un travail de philosophie des sciences. Câest dans le cadre de ce deuxiĂšme volet quâil a Ă©laborĂ© une idĂ©e qui a eu, plusieurs dĂ©cennies plus tard, un retentissement important sur les didactiques contemporaines. Câest cette idĂ©e que nous allons prĂ©senter ici, en lâisolant du reste de sa philosophie quâil nâest pas dans le projet de ce livre dâexposer.
Cette idĂ©e est issue de son interrogation sur le dĂ©veloppement progressif de la pensĂ©e scientifique dans lâhistoire humaine. Or son premier constat concerne la lenteur et la difficultĂ© avec lesquelles se construit la connaissance scientifique de la nature. Songeons par exemple au cheminement tortueux qui, dâAristote Ă GalilĂ©e puis Ă Newton, conduit Ă dĂ©gager la loi de chute des corps ; ou bien Ă la difficultĂ© du passage du gĂ©ocentrisme Ă lâhĂ©liocentrisme, autrement dit du passage de lâidĂ©e selon laquelle la terre est immobile au centre du monde Ă la connaissance de son double mouvement sur elle-mĂȘme et autour du soleil ; ou bien encore aux rĂ©sistances Ă lâidĂ©e dâĂ©volution des espĂšces, etc. On pourrait penser que ces difficultĂ©s et ces lenteurs sont dues Ă la complexitĂ© des phĂ©nomĂšnes naturels, Ă leur caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre ou encore Ă lâimperfection des organes sensoriels humains. Mais Bachelard estime quâelles tiennent plutĂŽt Ă des obstacles internes Ă lâesprit humain : « Câest en termes dâobstacles quâil faut poser le problĂšme de la connaissance scientifique » (Bachelard, 1972, pp. 13-14).
Mais dâoĂč viennent ces obstacles Ă la connaissance, que Bachelard appelle « obstacles Ă©pistĂ©mologiques », et quelle est leur nature ? La rĂ©ponse est que lorsque lâesprit humain sâapplique Ă comprendre scientifiquement la rĂ©alitĂ© qui lâentoure, il nâest pas vierge, il est au contraire habitĂ© dâune multitude dâidĂ©es prĂ©conçues et de prĂ©jugĂ©s : « Quand il se prĂ©sente Ă la culture scientifique, lâesprit nâest jamais jeune. Il est mĂȘme trĂšs vieux, car il a lâĂąge de ses prĂ©jugĂ©s » (Ibid.). Ces idĂ©es prĂ©conçues ont des origines multiples. Elles peuvent tenir Ă des croyances collectives, aux explications traditionnelles prĂ©cocement inculquĂ©es aux enfants. Certaines tiennent au poids de lâimaginaire, lui-mĂȘme sous-tendu par des causes psycho-affectives : câest ainsi quâon a pu saisir, Ă une certaine Ă©poque, les phĂ©nomĂšnes magnĂ©tiques qui font que des corps sâattirent comme du mĂȘme type que le dĂ©sir amoureux.
Certaines sont le produit de gĂ©nĂ©ralisation abusive : Bachelard (Ibid., p. 62 sqq.) Ă©voque cette pĂ©riode oĂč, ayant dĂ©couvert le phĂ©nomĂšne de la fermentation, certains ont voulu expliquer par ce processus lâensemble des phĂ©nomĂšnes naturels quâils soient chimiques ou biologiques. Certains obstacles viennent des donnĂ©es perceptives immĂ©diates : la vision du soleil qui se lĂšve Ă lâest, parcourt le ciel et se couche Ă lâouest accrĂ©dite le gĂ©ocentrisme ; de mĂȘme nous nâavons aucune sensation du mouvement de la Terre sous nos pieds. Dâautres viennent de la pratique quotidienne : chacun a Ă©prouvĂ© que, mĂȘme sur une surface plate et lisse, un vĂ©hicule doit ĂȘtre soumis Ă une force pour pouvoir avancer ; ce savoir pratique ne favorise pas la comprĂ©hension du principe dâinertie.
Bachelard Ă©voque encore « lâintuition familiĂšre » ; ainsi lorsquâon tente dâenfoncer un morceau de bois dans lâeau, on a lâimpression quâil rĂ©siste, ce qui empĂȘche dâattribuer la rĂ©sistance Ă lâeau. Bachelard conclut : « Il est dĂšs lors assez difficile de faire comprendre le principe dâArchimĂšde dans son Ă©tonnante simplicitĂ© mathĂ©matique si lâon nâa pas dâabord critiquĂ© et dĂ©sorganisĂ© le complexe impur des intuitions premiĂšres. En particulier sans cette psychanalyse des erreurs initiales, on ne fera jamais comprendre que le corps qui Ă©merge et le corps complĂštement immergĂ© obĂ©issent Ă la mĂȘme loi. » (Ibid., p. 19).
Par suite lâaccĂšs Ă la connaissance scientifique du monde qui nous entoure exige dâabord une Ă©limination de ces idĂ©es prĂ©conçues. La connaissance commence par une rupture : « AccĂ©der Ă la science, câest, spirituellement rajeunir, câest accepter une mutation brusque qui doit contredire un passĂ©. » (Ibid., p. 14). Cette exigence de rompre avec la pensĂ©e immĂ©diate et commune, que Bachelard appelle la « rupture Ă©pistĂ©mologique », est prĂ©sentĂ©e dans le cadre de la pratique scientifique, celle des chercheurs. Cependant dans un passage bref, mais suggestif, de lâouvrage La formation de lâesprit scientifique, il Ă©voque un prolongement pĂ©dagogique de sa pensĂ©e avec cette remarque trĂšs corrosive Ă lâĂ©gard de la pratique courante de lâenseignement : « Jâai souvent Ă©tĂ© frappĂ© du fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si câest possible, ne comprennent pas quâon ne comprenne pas. » (Ibid., p. 19). Et il poursuit : « Ils nâont pas rĂ©flĂ©chi au fait que lâadolescent arrive dans la classe de Physique avec des connaissances empiriques dĂ©jĂ constituĂ©es : Il sâagit alors, non pas dâacquĂ©rir une culture expĂ©rimentale, mais bien de changer de culture expĂ©rimentale, de renverser les obstacles dĂ©jĂ amoncelĂ©s par la vie quotidienne ».
Cette idĂ©e quâavant de construire les connaissances dans lâesprit des Ă©lĂšves, il importe prĂ©alablement de dĂ©construire leurs prĂ©conceptions, a Ă©tĂ© non seulement adoptĂ©e par les didacticiens des sciences dans les annĂ©es 1980 et 1990, mais aussi progressivement Ă©tendue aux didactiques des autres disciplines scolaires. Mais elle est loin dâĂȘtre encore rĂ©pandue auprĂšs des professeurs du secondaire. Beaucoup dâentre eux ne soupçonnent pas lâimpact ni mĂȘme lâexistence des idĂ©es prĂ©conçues de toute sorte qui habitent lâesprit des Ă©lĂšves Ă propos des rĂ©alitĂ©s dont ils parlent dans leurs cours. Ils croient que lâexposĂ© du savoir, pourvu quâil soit clair et bien organisĂ©, va sâimposer dâemblĂ©e et dâune maniĂšre pĂ©renne aux Ă©lĂšves. DĂšs lors, Ă leurs yeux, si un Ă©lĂšve ne comprend pas, câest quâil nâa pas Ă©tĂ© suffisamment attentif au discours professoral. Or Bachelard nous prĂ©vient : « Toute vĂ©ritĂ© est une erreur rectifiĂ©e ». Car dĂšs lors quâon prend en compte les prĂ©conceptions, lâerreur apparaĂźt comme une Ă©tape normale et premiĂšre dans le processus dâapprentissage. Cette idĂ©e est au dĂ©part dâune attitude nouvelle, prĂŽnĂ©e par les didactiques actuelles, vis-Ă -vis des erreurs, comme on le verra plus loin. Elle implique Ă©galement que le dĂ©passement de lâerreur passe par un processus concertĂ© de rupture avec les fausses connaissances antĂ©rieures.
Il arrive frĂ©quemment quâun enseignant retire des Ă©changes quâil a avec sa classe la certitude que les Ă©lĂšves ont bien compris tel dĂ©veloppement ou telle notion ; et pourtant, quelques jours plus tard, Ă lâoccasion dâune Ă©valuation, il a la surprise et la dĂ©ception de constater quâil nâen est rien. Câest que mĂȘme si beaucoup dâĂ©lĂšves entrent passagĂšrement dans la logique de lâexposĂ© au moment oĂč celui-ci est prĂ©sentĂ©, Ă la longue leurs prĂ©conceptions reprennent le dessus ; car ce sont elles qui sont inscrites profondĂ©ment dans la maniĂšre de penser du sujet, consubstantielles Ă ce quâil est et, pour cette raison, beaucoup plus stabilisĂ©es que celles qui ont Ă©tĂ© fugacement entendues lors dâun cours.
Au total, de la pensée bachelardienne, le constructivisme didactique a retenu les principes suivants :
âLâesprit dâun Ă©lĂšve, mĂȘme si celui-ci est trĂšs jeune, nâest jamais vide. Il a toujours sur lâobjet dont on sâoccupe, un certain nombre dâidĂ©es prĂ©conçues dâorigines diverses : reprĂ©sentations vĂ©hiculĂ©es socialement, explications naĂŻves, croyances individuelles ou collectives, prĂ©supposĂ©s, idĂ©es tirĂ©es des savoirs pratiques, gĂ©nĂ©ralisations abusives, effets de rapprochements de mots, etc. Ces thĂšmes se sont popularisĂ©s en didactique sous le nom de « reprĂ©sentations spontanĂ©es » ou de « conceptions prĂ©alables » ou encore de « prĂ©conceptions » des Ă©lĂšves.
âDĂšs lors, lâerreur, en tant quâexpression des prĂ©conceptions, constitue une Ă©tape nĂ©cessaire dans le processus dâapprentissage.
âPour quâun Ă©lĂšve apprenne, il ne suffit pas quâil reçoive lâexposĂ© dâun savoir nouveau. Il faut en fait « changer » de savoir, dĂ©truire ou du moins modifier le « savoir » antĂ©rieur, bref lâamener Ă opĂ©rer la « rupture Ă©pistĂ©mologique ».
B. Des idées empruntées à Piaget
Les travaux de Jean Piaget, psychologue genevois, ont eu une influence directe et massive sur la conception constructiviste des apprentissages scolaires que nous allons prĂ©senter. Elle se perçoit dâemblĂ©e au fait que le mot « constructiviste » a Ă©tĂ© empruntĂ© Ă Piaget qui lâavait choisi pour qualifier sa thĂ©orie. Toutefois, comme nous le verrons, le constructivisme didactique que nous allons prĂ©senter a fait subir des transformations notables au constructivisme piagĂ©tien et cela dâautant plus quâil emprunte aussi, comme nous venons de le voir, Ă Bachelard.
Piaget a bĂąti une Ćuvre monumentale dont lâobjet est le dĂ©veloppement intellectuel de lâenfant depuis la naissance jusquâĂ ce quâil atteigne des modes de pensĂ©e adultes. Elle repose sur des donnĂ©es empiriques prĂ©cises issues de lâobservation dâenfants confrontĂ©s Ă des situations ou des tĂąches construites par le chercheur. Les maniĂšres dont les enfants rĂ©pondent Ă la situation ou sâacquittent de la tĂąche font apparaĂźtre des Ă©tapes successives dans leur dĂ©veloppement intellectuel, Ă©tapes quâil appelle des « stades » qui se retrouvent, dans le mĂȘme ordre chez tous les enfants.
Par exemple (cf. Piaget, 1964, p. 47-48) on prĂ©sente Ă de jeunes enfants six jetons bleus alignĂ©s et sĂ©parĂ©s par de petits intervalles. On leur demande de puiser dans un tas mis Ă leur disposition autant de jetons rouges quâil y a de bleus dans la rangĂ©e. Certains enfants (gĂ©nĂ©ralement vers quatre ou cinq ans) vont disposer une rangĂ©e de jetons rouges, parallĂšle Ă celle des bleus et de mĂȘme longueur, mais sans se prĂ©occuper du nombre et sans faire correspondre chacun des rouges avec chacun des bleus. Et Piaget commente en ces termes : « Il y a lĂ une forme primitive dâintuition, qui consiste Ă Ă©valuer la quantitĂ© par le seul espace occupĂ©, câest-Ă -dire par les qualitĂ©s perceptives globales de la collection » (Ibid., p. 47). Un peu plus tard (souvent vers cinq ou six ans), les enfants mettent un jeton rouge en face de chaque jeton bleu, rĂ©alisant ainsi une correspondance terme Ă terme. Mais si, sous leur regard, on Ă©carte les jetons rouges qui sont Ă lâextrĂ©mitĂ© de la rangĂ©e, de maniĂšre quâils ne soient plus en face de jetons bleus, les enfants ne reconnaissent plus lâĂ©galitĂ© de deux collections et affirment quâil y « plus de jetons rouges ». Il faut que les enfants soient encore un peu plus grands pour que lâĂ©galitĂ© des collections soit Ă©tablie sur la base du dĂ©nombrement. On pourra consulter sur cet exemple et bien dâautres Piaget et Szeminska, 1991.
Cet exemple fait apparaĂźtre la façon dont Piaget dĂ©gage les stades successifs du dĂ©veloppement intellectuel. Pour lui, cette succession renvoie Ă une logique, ce qui fait que lâordre des stades est le mĂȘme chez tous les enfants, mĂȘme si tous nây parviennent pas tout Ă fait au mĂȘme Ăąge. Il importe de souligner ce dernier point, car rien nâest plus Ă©tranger Ă lâintention de Piaget que de vouloir Ă©tablir une norme dâĂąge par rĂ©fĂ©rence Ă laquelle on pourrait dire que des enfants sont en retard ou en avance. Son intention est de retracer la genĂšse des structures mentales dont dispose lâadulte. Câest en ce sens quâil qualifie son travail de psychologie « gĂ©nĂ©tique » et mĂȘme « dâĂ©pistĂ©mologie gĂ©nĂ©tique ».
Mais quels sont les mĂ©canismes qui provoquent le passage dâun stade Ă un autre ? Telle est la question principale pour Piaget. On conçoit facilement que ce soit Ă©galement une question essentielle pour les enseignants : que pouvons-nous tirer des travaux de Piaget qui nous permette de dĂ©terminer les conditions les plus favorables aux apprentissages scolaires ? ConsidĂ©rons lâexemple suivant :
On prĂ©sente Ă un enfant deux boulettes de pĂąte Ă modeler de mĂȘme taille et de mĂȘme poids. Sous ses yeux on dĂ©forme lâune dâelles pour lui donner la forme dâune galette. Avant sept ans, beaucoup dâenfants estiment soit que la galette ainsi obtenue contient moins de matiĂšre que la boule (« parce que câest plus mince »), soit quâelle en contient plus (« parce que câest plus large »). Cette expĂ©rience fait apparaĂźtre la diffĂ©rence entre les enfants qui nâont pas atteint le stade de « la conservation des quantitĂ©s continues » et ceux qui lâont atteint. Piaget appelle les premiers des « conservants » et les seconds des « non-conservants » (cf. Piaget et Inhelder, 1941).
Ă partir de cette expĂ©rience ou dâautres du mĂȘme genre, les didacticiens ou les pĂ©dagogues ou encore les enseignants pou...
Table des matiĂšres
- Couverture
- 4e de couverture
- Les sciences de l'éduction aujourd'hui
- Titre
- Copyright
- Introduction
- CHAPITRE 1 â Les conceptions de lâapprentissage
- CHAPITRE 2 â Savoirs et disciplines scolaires
- CHAPITRE 3 â Les pratiques dâenseignement
- Pour conclure sur les pratiques dâenseignement
- Note sur la notion de compétence
- Conclusion
- Bibliographie
- Table des matiĂšres
Foire aux questions
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