À ce jour, il n'existe aucune étude approfondie et exhaustive de ceux-ci qui examinerait tant le contexte historique dans lequel ils ont été conclus que leur portée géopolitique et la manière dont le Mégalopolitain les a analysés.

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Rome et Carthage avant les guerres puniques
Les trois premiers traités romano-carthaginois décrits par Polybe
- 230 pages
- French
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Rome et Carthage avant les guerres puniques
Les trois premiers traités romano-carthaginois décrits par Polybe
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World HistorySECONDE SECTION : ÉTUDES DES TROIS TRAITÉS ROMANO-PUNIQUES ANTE BELLUM DÉCRITS PAR POLYBE
I. Le premier traité
romano-punique
Il est temps d’examiner en détail les trois premiers traités romano-puniques décrits par Polybe. Il nous faudra fournir une analyse critique de ces documents, en prenant en compte leur contenu, le contexte historique dans lequel ils furent conclus, la date à laquelle ils le furent, ainsi que leur nature et leur style.
Nous aurons avant tout comme projet d’examiner chaque traité à partir des positions carthaginoise et romaine, tout en évaluant les implications géopolitiques de chaque camp en termes de conséquence. Outre les deux puissances qui ont conclu les traités, nous évaluerons les rôles joués par les σύμμαχοι (« alliés ») des Romains et des Carthaginois, les ὑπήκοοι (« les sujets ») et μὴ ὑπήκοοι (« les non-sujets »), dont l’identification pose question, des Romains dans le Latium.
Lorsque nous examinerons la forme et le style des textes des premiers traités romano-puniques, nous verrons que le premier d’entre eux, divisé en deux parties, fut rédigé à la négative, et comprenait des clauses relatives à l’exclusion de la négociation dans des zones spécifiées pour les Romains et les Carthaginois. Le deuxième traité, contrairement au premier, est rédigé article par article, et mentionne chaque partie. Il existe un consensus général sur le fait que ces traités ont été établis selon le format carthaginois ; ils ne peuvent en effet pas être romains, car leur structure diffère substantiellement du traité de paix conclu à la fin de la première guerre punique, qui ressemble d’ailleurs aux foedera que l’Vrbs a conclus avec d’autres États vaincus, et dont la forme fut alors bien évidemment romaine. Au contraire, comme nous le verrons, les trois traités romano-puniques, tels que décrits par Polybe, présentent un certain nombre de similitudes avec les textes des pactes établis entre Carthage et les Étrusques pour lesquels l’accent fut mis sur la protection des marchands et sur l’interdiction de commercer dans certaines zones spécifiquement délimitées213.
Enfin, nous lèverons un coin du voile sur la datation des traités. À partir des remarques de Polybe qui leur sont relatives, et en particulier celles à propos du premier, il est possible, comme nous allons le voir, d’avancer des arguments substantiels pour les fixer chronologiquement.
a) Les clauses du premier traité romano-punique
1) Le texte original
Polybe préface son compte rendu de ce traité en en donnant d’abord la date, puis en faisant quelques remarques très précieuses pour l’historien moderne en ce qu’elles contribuent grandement à soutenir l’authenticité de ce foedus en tant que véritable document du VIe siècle :
« Le premier traité entre Romains et Carthaginois fut conclu à l’époque de Lucius Iunius Brutus et Marcus Horatius, qui furent les premiers consuls instaurés après l’expulsion des rois et par qui, d’ailleurs, fut consacré le temple de Jupiter Capitolin. Ces événements sont antérieurs de vingt-huit ans au passage de Xerxès en Grèce. Nous l’avons reproduit en le traduisant le plus exactement possible, car la différence est si importante chez les Romains aussi entre la langue de maintenant et celle d’autrefois que les plus avisés en comprennent avec peine et à force d’attention certains passages. »214
Polybe énonce ensuite les clauses du premier traité :
« Il y a amitié entre les Romains, les alliés des Romains, d’une part, et les Carthaginois, les alliés des Carthaginois, d’autre part, aux conditions suivantes : que ni les Romains ni les alliés des Romains ne naviguent au-delà du Beau-Promontoire, à moins d’y être contraints par une tempête ou des ennemis. Si quelqu’un y est précipité de force, qu’il ne lui soit permis d’acheter ou de prendre que ce qui est nécessaire pour radouber un vaisseau ou faire des sacrifices et qu’il s’éloigne dans les cinq jours. Que ceux qui viennent faire du commerce ne concluent aucune transaction, si ce n’est par devant héraut ou greffier. Que tous les contrats passés en leur présence soient garantis au vendeur par la foi publique, tous les contrats passés en Afrique ou en Sardaigne. Si quelqu’un des Romains aborde la Sicile, là où les Carthaginois ont autorité, que tous les droits des Romains soient égaux aux leurs. Que les Carthaginois ne fassent pas de tort aux peuples d’Ardée, d’Antium, des Laurentes, de Circées et de Terracine, ni d’aucun autre des peuples latins qui sont sujets des Romains. Pour ceux qui ne sont pas leurs sujets, que les Carthaginois se tiennent à distance de leurs villes et, s’ils les prennent, qu’ils les rendent intactes aux Romains. Qu’ils ne bâtissent pas de fortin dans le Latium ; et, s’ils pénètrent en ennemis dans le pays, qu’ils ne fassent pas la nuit dans le pays. »215
L’historien mégalopolitain poursuit son récit par un commentaire sur le traité, qui doit être étudié en même temps que ce dernier, car il constitue une indication précieuse :
« Le Beau-Promontoire est celui qui s’étend devant Carthage même, vers le nord. Les Carthaginois interdisent une fois pour toutes aux Romains de voguer avec des navires de guerre au-delà, vers le midi, parce qu’ils ne veulent leur laisser reconnaître, je crois, ni la région de Byssatis ni celle de la Petite Syrte – qu’ils appellent les Empories – à cause de la fertilité du pays. Si quelqu’un y est précipité de force par une tempête ou des ennemis et a besoin d’un article nécessaire pour faire des sacrifices ou pour radouber un vaisseau, ils l’autorisent à prendre cela et rien d’autre, et ils exigent de ceux qui ont abordé qu’ils s’éloignent obligatoirement dans les cinq jours. Quant à Carthage, à toute la côte d’Afrique en deçà du Beau-Promontoire, à la Sardaigne et à la Sicile, là où ont autorité les Carthaginois, il est permis aux Romains d’y naviguer pour faire commerce, et les Carthaginois promettent de garantir leurs droits par la foi publique. D’après ce traité, il est manifeste que les Carthaginois parlent de la Sardaigne et de l’Afrique comme de leur domaine propre ; à propos de la Sicile, ils stipulent expressément le contraire, puisqu’ils concluent le traité à propos des seules régions de Sicile qui tombent sous la domination des Carthaginois. Les Romains également concluent le traité à propos du seul Latium et ne mentionnent pas le reste de l’Italie, parce qu’il ne tombait pas sous leur puissance. »216
Notons d’emblée que la formule introductive ἐπὶ τοῖσδε φιλίαν εἶναι217 (epi toisde philian einai) se retrouve dans le deuxième traité romano-punique, dans le foedus mettant fin à la première guerre punique218 et dans le traité d’Apamée219. Elle confirme que le traité de circa 508 était un véritable traité220. Il s’agissait d’un pacte d’amitié entre les Romains et les Carthaginois qui prévoyait avant tout une protection du citoyen cocontractant, mais dans un sens restrictif, puisque le commerce était limité (il le sera encore davantage dans le deuxième traité) ou du moins, dans certaines régions, était réglementé ; auparavant, il était vraisemblablement toléré sans restriction.
2) Le contexte historique : Carthage
À la fin du VIe siècle avant J.-C., Carthage s’était fermement établie comme un État puissant dans l’ouest de la Méditerranée. Ceci avait été rendu possible grâce à nombre de facteurs. Contrairement à beaucoup de colonies phéniciennes et de comptoirs commerciaux, elle avait été fondée, selon la tradition, en 814 avant J.-C.221, pour devenir un site permanent sur la côte dans la baie de Tunis autour du site...
Table des matières
- Couverture
- 4e de couverture
- « L’Histoire en mouvement »
- Copyright
- Titre
- Ouvrages du même auteur
- Introduction
- PREMIÈRE SECTION : PROLÉGOMÈNES
- SECONDE SECTION : ÉTUDES DES TROIS TRAITÉS ROMANO-PUNIQUES ANTE BELLUM DÉCRITS PAR POLYBE
- Conclusion
- Bibliographie
- Table des matières
- Parus dans la même collection
- Adresse
Foire aux questions
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