Vieillir aujourd'hui
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Vieillir aujourd'hui

Des mo(n)des recomposés?

  1. 226 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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Vieillir aujourd'hui

Des mo(n)des recomposés?

À propos de ce livre

Constitué à partir de recherches francophones dans différentes disciplines des sciences humaines et sociales, cet ouvrage questionne l'évolution et la diversité des formes du vieillir. Il propose d'examiner la maniÚre dont la période actuelle, les lieux et les espaces, les milieux sociaux et les conditions de vie, le genre et les normes morales configurent des vieillesses différenciées et des mondes en recomposition permanente.

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Informations

Éditeur
Academia
Année
2018
ISBN de l'eBook
9782806122100

I

Le vieillissement au prisme
des effets de milieu et de contexte

Vieillir ailleurs et autrement :
styles de vie et « effets de milieux »
dans les espaces ruraux

Catherine Gucher

Introduction

Les espaces ruraux se trouvent aujourd’hui trĂšs fortement – mais inĂ©galement – concernĂ©s par les phĂ©nomĂšnes de gĂ©rontocroissance et de vieillissement (Dumont, 2005). En France, la population de l’espace rural est globalement plus ĂągĂ©e qu’ailleurs : la part des plus de 55 ans dans ces territoires atteint 30,6 % Ă  33,1 % selon les zones, contre 25,4 % Ă  l’échelle nationale (Sabau, Blasquiet-Revol, Lenain, 2010). Cependant, les effets de repeuplement, qualifiĂ©s par certains auteurs de « renaissance du rural » attĂ©nuent ces processus, notamment pour ce qui concerne les communes situĂ©es dans l’aire d’influence des zones urbaines (Pietri-Biessy, Hilal, Schmitt, 2001). Ce regain dĂ©mographique s’appuie sur les politiques d’amĂ©nagement des territoires qui tendent Ă  « dĂ©senclaver » les espaces ruraux et Ă  soutenir de nouvelles initiatives Ă©conomiques dont un volet concerne le dĂ©veloppement de services aux populations. Ainsi, attractivitĂ© et pĂ©riurbanisation caractĂ©risent aujourd’hui l’espace rural dans son ensemble. Est-il possible alors d’encore penser ces territoires ruraux comme un ailleurs, c’est-Ă -dire un lieu essentiellement caractĂ©risĂ© par son « Ă©cart » gĂ©ographique, social et culturel ?
Au-delĂ  des images stables et parfois archaĂŻques qui la caractĂ©risent encore parfois, la ruralitĂ© s’est progressivement Ă©loignĂ©e de la culture paysanne et recouvre aujourd’hui des rĂ©alitĂ©s trĂšs diverses. La loi relative au dĂ©veloppement des territoires ruraux (LDTR) du 23 fĂ©vrier 2005 fait mention de situations trĂšs contrastĂ©es en France. Trois types de campagnes sont ainsi identifiĂ©s : « les campagnes fragiles » (comprenant « le rural agricole vieilli et peu dense » et le « rural ouvrier ») ; les « campagnes des villes » (comprenant le « rural en voie de pĂ©riurbanisation » et le « pĂ©riurbain de proximitĂ© ») et les « nouvelles campagnes » (comprenant le « rural Ă  Ă©conomie touristique », « le rural Ă  attractivitĂ© touristique rĂ©sidentielle et entrepreneuriale », « le rural en transition »).1
Du fait de ces Ă©volutions et des nouvelles dynamiques de peuplement, des groupes de populations diffĂ©rentes coexistent dĂ©sormais dans les espaces ruraux. Ils sont d’ñges, de gĂ©nĂ©rations, de cultures et d’origines sociales et gĂ©ographiques diffĂ©rents. Pour ce qui concerne les retraitĂ©s, trois groupes ont pu ĂȘtre identifiĂ©s : « natifs », « revenus au pays », et « installĂ©s sur le tard » qui partagent ces espaces ruraux en mutation.
Les campagnes françaises traversĂ©es par des mutations profondes supportent-elles encore des maniĂšres originales de vivre et de vieillir au regard des modĂšles et des pratiques dominants, inscrits dans l’urbanitĂ© ? C’est Ă  ces deux questions interrogeant l’ailleurs et l’autrement que nous nous proposons d’apporter une rĂ©ponse en nous fondant sur des matĂ©riaux empiriques issus de trois recherches dĂ©veloppĂ©es entre 2007 et 2011 : sur un canton de Savoie (73)2, un canton d’ArdĂšche (07) et une communautĂ© de communes de Creuse (23)3.
Présentation des territoires
Résumé statistique
Canton Montpezat-sous-Bauzon (0712)
Canton La Rochette (7322)
EPCI de la CC Marche Avenir
(242 313 609)
Population en 2009
1 844
7 900
1 680
DensitĂ© de la population (nombre d’habitants au kmÂČ) en 2009
9,3
75,1
17,6
Superficie (en kmÂČ)
198,9
105,2
95,2
Variation de la population : taux annuel moyen entre 1999 et 2009, en %
0,4
1,9
-0,1
‱ dont variation due au solde naturel : taux annuel moyen entre 1999 et 2009, en %
-0,9
0,2
-1,1
‱ dont variation due au solde apparent des entrĂ©es et sorties : taux annuel moyen entre 1999 et 2009, en %
1,3
1,7
1,0
Nombre de ménages en 2009
852
3 221
794
Naissances domiciliées en 2011
19
90
12
DécÚs domiciliés en 2011
28
66
3
Sources : Insee, état civil et estimations de population au 31 janvier 2013. Insee, RP 2009 et RP 1999 exploitations principales.
Le corpus ainsi rĂ©uni se compose de notes et journal d’observation, et de 36 entretiens menĂ©s auprĂšs de personnes dont l’ñge s’échelonne entre 68 et 93 ans. La constitution du panel a Ă©tĂ© faite Ă  partir des indications d’employĂ©s municipaux (secrĂ©taires de mairie principalement), d’élus, de responsables associatifs et Ă  partir de repĂ©rages dans les espaces publics.

Un ailleurs comme milieu de vie ?

Les espaces ruraux dans lesquels se sont dĂ©roulĂ©es nos enquĂȘtes prĂ©sentent certaines caractĂ©ristiques communes : on y constate un dĂ©clin de la population agricole et un accroissement dĂ©mographique limitĂ©4. Ils ne sont pas Ă  proprement parler enclavĂ©s ; cependant, le temps d’accĂšs Ă  certains services administratifs et de santĂ© – centres hospitaliers notamment – demeure important (de 45 minutes Ă  plus d’une heure)5. Ils sont caractĂ©risĂ©s par leur Ă©tendue – de 95 Ă  198 km2 – et une faible densitĂ© de population – de 9 Ă  75 habitants au km2. Un relief de montagne caractĂ©rise partiellement deux d’entre eux. Le climat hivernal y est rude, et peut rendre difficilement praticables certaines voies de communication.
Oui, l’hiver c’est morne, c’est moche. Oui, lĂ  on le dit, l’hiver on reste des jours et des jours sans voir personne. On est un peu coupĂ© du monde. (Monsieur D., 236)
De surcroßt, les caractéristiques socio-économiques des populations demeurent en dessous des standards urbains (notamment pour ce qui concerne le revenu annuel moyen des ménages et le niveau de qualification des populations).
Ainsi, ces territoires ruraux peuvent ĂȘtre compris comme un « ailleurs », c’est-Ă -dire Ă  distance spatiale et sociale des lieux oĂč sont produits les modĂšles de vie dominants d’une sociĂ©tĂ©. Cet ailleurs est dĂ©limitĂ© par la frontiĂšre invisible qui sĂ©pare ceux qui, liĂ©s entre eux, partagent les secrets et la mĂ©moire longue d’une communautĂ© restreinte dans laquelle rien n’est Ă©tranger Ă  rien (DibiĂ©, 2005), et ceux qui demeurent Ă  l’extĂ©rieur, dans des mondes rĂ©gis par d’autres codes et d’autres savoirs. Ces territoires constituent un systĂšme de « places Ă  l’écart » et rĂ©sultent d’une production sociale inscrite dans une trame d’historicitĂ© (Aldhuy, 2008). Ils se prĂ©sentent comme « milieux », cette notion Ă©tant dĂ©finie comme « unitĂ© de vie collective constituant un cadre de rĂ©fĂ©rence auquel sont associĂ©es des images et des pratiques spĂ©cifiques » (Grafmeyer, 1991, p. 17). Cependant, les contours et les formes de cet ailleurs varient selon les populations qui lui donnent vie. L’autochtonie et l’immobilitĂ© sont les principes fondateurs de cet ailleurs pour les retraitĂ©s natifs qui ont toujours vĂ©cu sur ces territoires. Pour les installĂ©s sur le tard, cet ailleurs reprĂ©sente une ligne d’horizon qui justifie le dĂ©placement.
On nous a dit qu’on Ă©tait complĂštement fous ! [rires] [C’est qui, on ?] La rumeur. Les amis de Reims. Vous ne vous rendez pas compte, Ă  votre Ăąge, partir comme ça, vous ne retrouverez pas d’amis, vous allez ĂȘtre complĂštement isolĂ©s, vous allez
 et en fin de compte, bon, ben, on trouve des
 des gens dans le village, qui sont quand mĂȘme des gens sensĂ©s. J’ai retrouvĂ© des amis, et puis
 Et puis au bout de
 de six mois ou d’un, oh oui, au bout de 6 mois que j’étais au cours de gym, ils ont vu que j’étais dynamique, que j’aimais ça. PremiĂšre rĂ©union : on m’a nommĂ©e prĂ©sidente du cours de gym ! [rires] Donc, d’ĂȘtre prĂ©sidente du cours de gym, ça m’a introduit un petit peu, si vous voulez, dans, dans le village, dans les rĂ©unions oĂč il fallait ĂȘtre prĂ©sent
 (Madame H., 07)
Ailleurs en « autochtonie »
Si ruralitĂ©, agriculture et paysannerie sont souvent associĂ©es, c’est qu’elles ont longtemps dessinĂ© le visage des zones non urbaines.
Bien que la place du secteur agricole se soit fortement amoindrie dans les territoires que nous Ă©tudions, il constitue encore un cadre de rĂ©fĂ©rence structurant les façons de faire et de penser, notamment pour les populations natives ĂągĂ©es, dont la socialisation a Ă©tĂ© marquĂ©e par le contexte de l’agriculture paysanne. Au-delĂ  du capital d’autochtonie (RetiĂšre, 2003), dĂ©tenu et revendiquĂ© par certaines Ă©lites locales, demeure la qualitĂ© objective d’ĂȘtre natif du lieu comme justification d’entreprises de diffĂ©renciation et de sĂ©grĂ©gation. Le localisme et le familialisme fondent les attitudes des habitants de ces lieux, le plus souvent issus de classes populaires, et fonctionnent comme « rĂ©gulateurs de vie et analyseurs d’expĂ©riences » (Verret, 1986). À dĂ©faut d’autres formes de capitaux sociaux ou culturels, les ressources liĂ©es Ă  l’enracinement local apparaissent comme nĂ©cessaires et suffisantes pour faire face Ă  toutes les Ă©preuves du parcours de vie, et notamment de l’avancĂ©e en Ăąge. C’est ainsi que les distances s’établissent entre le « pays » et l’ailleurs, ici et lĂ -bas. Les frontiĂšres qui s’appuient sur la situation d’écart gĂ©ographique reposent avant tout sur la spĂ©cificitĂ© des systĂšmes d’action, qui s’organisent localement et qui encadrent la vie des vieilles personnes.
L’ailleurs s’établit dans l’opposition entre « eux et nous » (Hoggart, 1970), qui renvoie tout Ă  la fois Ă  une conscience claire d’habiter un espace gĂ©ographique distant et Ă  la conscience floue d’appartenir Ă  un espace social spĂ©cifique dans lequel se dĂ©ploie l’ethos des classes populaires. Cet ailleurs des natifs se rĂ©vĂšle dans les discours et les pratiques. Nos entretiens soulignent les caractĂ©ristiques d’un parler rude et parcimonieux qui s’éloigne parfois des codes de la langue française pour emprunter aux patois rĂ©gionaux et qui vĂ©hicule maintes maximes hĂ©ritĂ©es.
J’ai Ă©tĂ© acceptĂ© d’une drĂŽle de façon. J’étais chez le voisin, on faisait connaissance
 tout le bazar, et puis, ils parlaient patois, mais en parlant patois, ils Ă©taient en train de se foutre de ma gueule. Je leur ai dit : je sais peut-ĂȘtre pas le parler, mais je le comprends, c’était fini, j’étais acceptĂ©, je comprenais leur langue. (Monsieur C., 23)
D’une façon gĂ©nĂ©rale, la parole est Ă©vocatrice d’une mĂ©moire et se concentre sur l’anecdote et les faits concrets (Hoggart, 1970 ; Gucher, 2009). Les corps rĂ©vĂšlent Ă©galement une hexis qui signale Ă  l’observateur l’usage qui en a Ă©tĂ© fait, dans une vie de travail physique, exposĂ©e aux rigueurs du climat. Les blouses des femmes et les bleus ou les velours des hommes illustrent cet ailleurs qui repose sur une « mĂ©moire longue », transgĂ©nĂ©rationnelle (Zonabend, 1999). La tradition orale et le partage de l’histoire locale contribuent Ă  en Ă©tablir les lignes de dĂ©marcation.
Ailleurs en transfuges. La campagne comme horizon au terme de trajectoires résidentielles et sociales
Un autre groupe de retraitĂ©s habite dĂ©sormais les campagnes fragiles et en voie de pĂ©riurbanisation. Le plus souvent issus de zones urbaines et climatiques peu favorisĂ©es, le dĂ©mĂ©nagement apparaĂźt comme un rebond dans un processus de dĂ©prise (Caradec, 2007), et de rĂ©amĂ©nagement de l’existence.
Si j’étais restĂ© Ă  Paris, je serais devenu un ivrogne, il n’y avait rien Ă  foutre, un balcon d’un cĂŽtĂ©, la mosquĂ©e de l’autre, le cimetiĂšre, l’autoroute, un peu plus loin l’hĂŽpital, il y avait le bistrot en bas, alors fallait bien sortir, automatiquement c’était le bistrot, j’ai pas Ă©tĂ© mĂ©content, faites-moi confiance
 (Monsieur B., 23)
Cette perspective d’une rĂ©implantation s’initie dans un vĂ©cu difficile dans le lieu de vie antĂ©rieur et se trouve sous-tendu par un ensemble de reprĂ©sentations positives du lieu d’installa...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Dans la mĂȘme collection
  4. Titre
  5. Copyright
  6. Remerciements
  7. Introduction Penser les vieillesses : regards sur des contextes pluriels et en mutation Sylvie Carbonnelle
  8. I – Le vieillissement au prisme des effets de milieu et de contexte
  9. II – La vieillesse au regard des solidaritĂ©s et de la protection sociale
  10. III – Vieillir Trouble dans le corps Trouble dans le genre ?
  11. Table des matiĂšres