Un aventurier de l'écriture
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Un aventurier de l'écriture

Entretiens avec Jean Ricardou

  1. 154 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Un aventurier de l'écriture

Entretiens avec Jean Ricardou

À propos de ce livre

Ce livre est le fruit des entretiens que l'éminent écrivain et théoricien du texte, Jean Ricardou, a accordés à Amir Biglari. Il propose une analyse poussée du Nouveau Roman, met en lumière plusieurs aspects de l'histoire de la littérature et de la critique littéraire, et revient sur l'écriture de fiction de Ricardou. Il se penche également sur quelques enjeux théoriques cruciaux relevant du champ littéraire, et aborde un certain nombre de questions liées à la «textique».

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Informations

PREMIÈRE PARTIE

Du Nouveau Roman à la textique

1

La constitution et l’esprit
du Nouveau Roman

Comment le Nouveau Roman s’est-il constitué ?
Dans sa phase ascendante, le Nouveau Roman semble s’être constitué en quelque sorte deux fois : une fois de l’extérieur, une fois de l’intérieur.
Il s’est d’abord constitué de l’extérieur dans les années 1950 et 1960, par les offices d’une critique surtout journalistique, et, cela, non seulement pour des raisons de conjoncture, car, d’une façon spéciale, l’époque semblait attendre une certaine nouveauté (ainsi toute une presse parlait, comme indépendamment, d’une certaine « Nouvelle Gauche »), mais encore pour des raisons de structure, car, d’une façon générale, les journaux aiment bien, dans la mesure où il paraît lors y avoir événement, ce qu’elle présente comme des tendances inédites (ainsi, plus tard, avec ce qui fut appelé, dans un domaine proche, la « Nouvelle Fable », et, dans de tout autres, les « Nouveaux Philosophes », voire… la « Nouvelle Cuisine »).
Permettez-moi donc de ne pas trop m’étendre sur cette période, car si, un jour, tel journaliste, probablement celui qui était le feuilletoniste du journal Le Monde, Émile Henriot, a dû songer au terme de « Nouveau Roman », cela pourrait bien ne ressortir, en somme, qu’à une anecdote extrinsèque.
Ce qui compte, plutôt, c’est qu’il s’agit d’une formule suffisamment opportune, en son caractère évasif, pour avoir été retenue, ensuite, notamment par certains qui se sont sentis impliqués, dont Alain Robbe-Grillet avec son livre Pour un Nouveau Roman (éditions de Minuit, 1963), puis… moi-même avec le volume Problèmes du Nouveau Roman (éditions du Seuil, 1967).
Il s’est ensuite constitué de l’intérieur avec le colloque Nouveau Roman : hier, aujourd’hui, de 1971, à Cerisy.
En effet, ce que cette réunion de dix jours a permis, c’est qu’un certain nombre de romanciers (Michel Butor, Claude Ollier, Robert Pinget, Jean Ricardou, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Claude Simon), et, cela, ou bien selon une implication minimale, avec l’envoi seulement d’un écrit (Butor), ou bien selon une implication limitée, avec une venue pour seulement quelques jours (Pinget, Sarraute), ou bien selon une implication maximale, avec une présence constante pendant ces journées (Ollier, Ricardou, Robbe-Grillet, Simon), acceptent de se réunir à l’enseigne du Nouveau Roman.
Or, comme aucun d’entre eux n’a exigé la venue de quelque autre, ni regretté telle présence effective, il semble permis d’admettre que, avec ce colloque, la constitution du Nouveau Roman comme ensemble a été, selon une manière de cooptation implicite, arrachée à la critique (qui procédait jusque-là un peu trop à sa guise) par certains romanciers eux-mêmes, lesquels, débattant entre eux parfois avec vivacité, ont néanmoins repris à leur compte la formule de Nouveau Roman.
À cela, il faut ajouter que, en tant qu’organisateur et directeur de cette rencontre, pour ainsi dire « historique » dans le domaine dit « littéraire », et qui, du reste, a fait l’objet, d’abord, d’une publication en livre de poche (éditions 10/18, 1972), puis, naguère, d’une réédition chez un éditeur renommé (éditions Hermann, 2011), j’avais, stratégiquement, d’autres idées en tête.
Arrêtons-nous un instant sur ce colloque en effet historique. Comme vous l’avez écrit dans votre livre Le Nouveau Roman10, Samuel Beckett et Marguerite Duras ont décliné l’invitation. Pour quelle raison ?
Je crois me souvenir que, à cette époque, Samuel Beckett était déjà assez âgé, et, de plus, qu’il se trouvait diminué quant à sa vue, circonstances qui lui fournissaient d’excellents motifs pour, sans blesser personne, éviter de concourir à un colloque risquant d’amoindrir la particularité qu’il estimait probablement être la sienne, et que Marguerite Duras, quant à elle, ne faisait pas mystère d’une singularité qui la poussait, et pour le dire ainsi, à ne pas trop se… commettre.
Pourquoi n’avez-vous pas invité d’autres écrivains déjà connus qui produisaient des textes novateurs à l’époque ? Je pense par exemple à Maurice Blanchot, à Raymond Queneau, à Georges Perec, à Philippe Sollers, à Jean-Marie Gustave Le Clézio ; ou bien à Jean Lagrolet, à Kateb Yacine et à Jean Cayrol, qui étaient présents sur la première liste des Nouveaux Romanciers établie par la revue Esprit en 1958 ; le nom de Jean Cayrol réapparaît également sur la liste proposée par Françoise Baqué dans son ouvrage intitulé Le Nouveau Roman, publié en 1972…
Ainsi que je l’ai rappelé dans la préface au cinquième tirage de mon livre Le Nouveau Roman, il s’agissait, à mon avis, d’« établir en rigueur si possible, loin de tout quelconque avis personnel, insignifiant en l’occurrence, un ensemble, opératoirement clos, d’écrivains épinglables sous l’enseigne “Nouveau Roman” »11.
Mais, pour le coup, je me trouvais aux prises avec deux problèmes.
L’un était celui de la définition circulaire.
En effet, sitôt que le Nouveau Roman ne s’était fait connaître, ni, un peu comme le Surréalisme avec André Breton, par la présence d’un chef avéré, ni par quelque collectif assuré d’une manière ou quelque autre, ni par une revue spéciale qui l’aurait impliqué, ni par certain manifeste explicite, il était alléchant, selon un aimable cercle, et comme je l’ai non moins observé, « d’en établir la composition à partir des idées sur… le Nouveau Roman ».
L’autre problème était celui de l’extension indéfinie.
En effet, sitôt qu’était entrevue une liste de romanciers ayant apporté, avec leurs écrits, une certaine part de nouveau, il devenait impossible, la nouveauté se trouvant lors multiple, de ne pas songer à divers autres encore, de telle sorte que, de proche en proche, ce qui en serait venu à se proposer, c’est, comme en témoigne l’incomplète immense liste que j’ai fournie12, un accroissement sans limite.
Il n’en reste pas moins que, si le principe d’un groupe réduit par une manière de cooptation implicite permettait de contourner ces deux problèmes, une difficulté néanmoins persiste : celle de la liste déjà réduite à partir de laquelle était advenue cette implicite cooptation.
Il n’est donc pas sans pertinence d’accorder une attention, au moins indirectement ainsi que vous le faites, à cet inventaire des neuf écrivains (Samuel Beckett, Michel Butor, Marguerite Duras, Claude Ollier, Robert Pinget, Jean Ricardou, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Claude Simon) à partir duquel s’est faite l’implicite cooptation de Cerisy.
Sous cet angle, il semble possible de noter que tous ces romanciers, y compris Samuel Beckett (notamment avec Molloy, 1960) et Marguerite Duras (quant à elle avec Moderato Cantabile, 1958), avaient publié au moins un livre aux éditions de Minuit.
Alors, l’un des facteurs qui a contribué à la constitution de la liste de Cerisy, c’étaient les éditions de Minuit. Pourriez-vous commenter quelle a été précisément l’importance de cette maison d’édition ?
En effet il faut admettre que les éditions de Minuit n’ont pas joué un rôle négligeable dans cette affaire, et je crois me souvenir que, dans la période initiale, un critique n’avait pas hésité à mentionner, même si abusivement, une certaine « École de Minuit ».
Peut-être est-il donc opportun, à cet égard, d’apporter deux indications.
La première, c’est que cette maison d’édition, dont le directeur était, à l’époque, le nommé Jérôme Lindon, présentait, comment dire, un certain « dynamisme subversif », et, cela, aussi bien sous l’angle politique que sous l’angle ordinairement qualifié de « littéraire ».
Sous l’angle politique, dans la mesure où, suivant une manière de tradition (cette officine était advenue, je crois, ce que du reste son nom symbolise, dans la clandestinité sous l’Occupation), cette maison éditoriale poursuivait un combat contre ce que plusieurs, à cette époque, nommaient la « guerre d’Algérie » (jusqu’à publier, révélant certaines tortures qu’avaient commises des militaires français, et immédiatement objet de censure, le livre d’Henri Alleg La Question).
Sous l’angle « littéraire », dans la mesure où, à l’initiative d’Alain Robbe-Grillet, romancier qui y était devenu conseiller « littéraire », cette maison éditoriale avait publié des romans qui, pour le dire au trop bref, « sortaient du courant », et, entre autres, de Claude Simon (avec Le Vent, puis La Route des Flandres) et de… moi-même (avec L’Observatoire de Cannes, puis La Prise de Constantinople).
La deuxième indication, c’est que, dans la mesure où, comme à l’instant, une rigueur semble de mise, cette période ne saurait être évoquée sans que justice soit rendue au nommé Georges Lambrichs, précédent conseiller « littéraire » aux éditions de Minuit, et qui allait diriger ensuite, du reste, la collection « Le chemin » aux éditions Gallimard (laquelle devait accueillir, ultérieurement, ce qui pourrait bien être significatif, mon recueil d’écrits brefs intitulé Révolutions minuscules).
En effet, à ce que je crois savoir, c’est lui qui, notamment, soutint la publication de Les Gommes, le premier roman d’Alain Robbe-Grillet.
De telle sorte que, s’agissant de la venue du Nouveau Roman, le rôle des éditions de Minuit et surtout de son directeur a été, me semble-t-il, tout à la fois indiscutable et moindre que certains paraissent en être venus à le croire.
Plusieurs points méritent encore d’être précisés. Vous avez dit qu’en tant qu’organisateur et directeur de la rencontre de Cerisy, vous aviez, « stratégiquement, d’autres idées en tête ». Lesquelles ?
Il y en avait au moins deux.
La première, c’était d’arracher le Nouveau Roman à la critique traditionnelle, souvent journalistique comme je l’ai rappelé, non seulement quant à sa composition (qu’elle déterminait de façon variable, et, donc, très abusivement, à sa complète guise), mais encore quant à sa « hiérarchie » (qu’elle façonnait souvent jusqu’à mettre en cause la vigueur du collectif).
En effet, semblant tirer parti de ce que certains des écrivains plus ou moins en cause avaient seulement fourni, soit des études à tendance académique (Michel Butor avec ce qui, en plusieurs volumes, allait devenir Répertoire aux éditions de Minuit), soit des études assez restreintes (Nathalie Sarraute avec, dans L’Ère du soupçon aux éditions Gallimard, une mise en cause de l’ordinaire conception du personnage), soit des remarques plutôt éparses (celles de Claude Simon, se plaisant, quant à lui, en général au fil d’entretiens, à beaucoup citer de précédents « penseurs »), et de ce que l’un d’entre eux, en revanche (Alain Robbe-Grillet, avec Pour un Nouveau Roman, éditions de Minuit), avait adopté, du reste de façon légèrement nébuleuse (comme l’atteste l’usage de l’article indéfini « un »), la formule « Nouveau Roman », il n’était pas rare que cette critique, réduisant le phénomène collectif aux opinions légèrement dogmatiques d’un seul, bombarde ce dernier « pape du Nouveau Roman ».
Sous cet angle, la venue, dans ce colloque, de mes offices à visée moins personnelle que théorique devait donc permettre, non seulement, ce qui évinçait ...

Table des matières

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Titre
  4. Copyright
  5. Avant-propos
  6. PREMIÈRE PARTIE – Du Nouveau Roman à la textique
  7. DEUXIÈME PARTIE – Complément théorique
  8. Table des matières