La maison ne fait pas crédit
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La maison ne fait pas crédit

  1. 238 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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La maison ne fait pas crédit

À propos de ce livre

Ce livre raconte l'histoire d'un jeune homme d'origine Portugaise qui, par le plus grand des hasards, a embrassé la carrière de banquier.Il pose un regard acéré sur le monde de la finance et nous fait pénétrer les arcanes d'un métier souvent méconnu, qui s'est profondément transformé, avec ses dérives, au cours de ce dernier quart de siècle. Avec humour et causticité, ce récit romancé vous fera voyager des steppes de l'Asie aux pays de l'ex-Europe de l'est, puis en Croatie et en Algérie, où l'auteur a dirigé deux banques.

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Informations

Année
2018
ISBN de l'eBook
9791030212358

Chapitre 1

La retraite, c’est une sorte d’enterrement, un geste rarement consenti par mes compagnons de travail. Plus attachés que moi aux flatteries de la comédie du pouvoir, ils la considéraient comme une maladie honteuse, inavouable et synonyme d’une inexorable déchéance.
J’allais donc rejoindre cette cohorte de désœuvrés, châteaux en péril dont on ne reconnaissait plus les joyaux, égrenant mes souvenirs à des oreilles encore compatissantes. Conscient de ces dangers, j’avais décidé de précéder l’appel et de quitter la banque qui m’employait.
J’étais revenu de cette quête permanente du veau d’or destinée à créer ce que les analystes nomment, de crainte d’employer le mot « argent », pudiquement de la « valeur ». Le cours de Bourse était désormais notre seul juge de paix.
J’étais las de cette bureaucratie pesante, où subitement tout client devenait suspect, suite aux nouvelles règles de prudence imposées par les autorités au lendemain de la crise des subprimes, croyant ainsi laver les péchés d’une profession parfois aventureuse.
Je commençais aussi à m’ennuyer, lors de ces interminables comités censés définir la stratégie de demain, comme pour mieux conjurer un présent incertain. J’avais l’impression dans les salles aux hautes parois de verre, où nous nous réunissions, de nager dans un aquarium géant peuplé de squales costumés aux regards enjôleurs. Ils n’hésitaient pas à infirmer, avec une mauvaise foi déconcertante, les thèses qu’ils avaient défendues la veille pour éviter de froisser les susceptibilités d’une direction générale qui ne supportait plus la contradiction. Enfin, et surtout, je voulais recouvrer ma liberté.
Pourtant, je n’avais pas été franchement malheureux dans cette vie, y ayant exercé plusieurs métiers avec conviction et intérêt. J’avais même parcouru la planète, à la rencontre d’oligarques pour racheter leurs banques. J’observais leurs excès, admirais leur intelligence faussement simpliste, et leur rouerie pendant les négociations. J’avais côtoyé de nombreux chefs d’entreprises, soutenu avec énergie les projets que je jugeais prometteurs, auprès de mes supérieurs, dont je déplorais la frilosité. J’eus droit à mon lot de nuits blanches, à attendre des rentrées d’argent hypothétiques promises par des clients, à qui j’avais eu tort de faire confiance. J’avais certes subi des échecs, sonnant comme de violents avertissements, me rappelant qu’on ne pouvait avoir durablement raison contre tout le monde.
J’allais donc me priver de la compagnie prétendument chaleureuse de ces hommes, au regard lisse et au tempérament carnassier, guettant en permanence le faux pas de leur prochain pour grimper dans la hiérarchie.
Lorsque j’ai annoncé ma décision de prendre ma retraite, beaucoup n’ont pas voulu me croire. Les plus perfides ont même été persuadés d’un stratagème, craignant que je ne m’adonne à une sorte de chantage en prétextant un départ précipité pour obtenir un poste plus valorisant.
J’eus droit à une moisson de formules de circonstance, toutes plus hypocrites les unes que les autres : « Comment un homme aussi actif, peut-il imaginer nous quitter ? Dans les périodes difficiles que nous traversons, nous avons besoin de la présence des plus expérimentés, comme toi. Ta décision ne cacherait-elle pas quelque chose de plus grave ? Tu n’es pas malade au moins ? »
Aux larmes de crocodile, se sont rapidement succédés les quolibets. Un de mes voisins de bureau était devenu expert en la matière, peut-être pour se venger amicalement de toutes les affres que je lui avais fait subir. Ne reculant devant aucun sacrifice, il m’avait abonné à un club de rencontres du troisième âge et préinscrit à des croisières réservées aux jeunes retraités. Il n’avait pas hésité à m’offrir une boîte de petits chevaux pour créer au sein de ma commune un club de jeux de société, dont je deviendrais immanquablement l’animateur.
Refusant la sonnerie aux morts, j’avais décidé de partir sans tambour ni trompette. Mais dans une Maison, où le consensus est de mise, la quitter, sur la pointe des pieds, aurait constitué un crime de lèse-majesté. Sous la pression, je me suis finalement plié à la traditionnelle cérémonie d’adieux. Je serais donc reçu dans les salons perchés au sommet de nos tours. Combat ultime mais encore vain de ma part, je ne souhaitais convier, à mon éloge funèbre, qu’une poignée d’intimes. On me fit comprendre qu’il était difficile de donner un caractère trop confidentiel à ce genre d’évènement.
En contrepartie de cette publicité que je jugeais excessive, j’avais annoncé que je me montrerais économe de mes paroles. Mes adieux se limiteraient donc à quelques formules de politesse. Une fois n’est pas coutume, j’avais mis tout le monde d’accord. Nombreux étaient ceux qui craignaient un discours iconoclaste de ma part. D’un naturel espiègle, j’avais coutume de rappeler certaines vérités que personne ne voulait plus entendre.
J’épargnerais donc à mes congénères les propos, généralement d’une remarquable platitude, prononcés en pareilles circonstances. Maintes fois convié à des cérémonies similaires ou, pire encore, à des remises de décorations, j’avais constaté le ridicule des mots du récipiendaire, détaillant sans retenue les moments les plus intimes de son enfance, ou ses premiers émois avec la jeune fille devenue son épouse et sans l’aide de laquelle il ne serait pas parvenu bien sûr au sommet de sa carrière. J’observais du coin de l’œil la larme versée par la conjointe de l’heureux élu, aux rondeurs parfois éloquentes, témoins d’agapes partagées avec son brillant conjoint lors de voyages de travail.
Je n’avais pas cru devoir céder à la tradition de convier ma famille. J’avais assisté par le passé à des rituels peu flatteurs, où l’ensemble des proches avait été réuni au grand complet, de la mamie en chaise roulante au dernier moutard tétant une jolie blonde, le sein vaguement dissimulé derrière le drapé d’un foulard de soie.
En lieu et place de mes parents, j’avais préféré inviter mon fan club, des collaboratrices désormais sexagénaires, souvent sans grade, rencontrées au fil de mes affectations. Recrutées pour la plupart, comme employées aux écritures, elles avaient subi sans broncher toutes les profondes transformations de la profession, et m’avaient, à leur manière, beaucoup par leur attachement totalement désintéressé. Surprises d’abord par la soudaineté de ma décision, elles s’étaient préparées de longue date à l’événement. Elles portaient pour la circonstance des tenues chamarrées, qui contrastaient avec les couleurs sombres des costumes du reste de l’assistance.
L’une d’entre elles, en guise de clin d’œil, portait une remarquable paire de boucles d’oreilles en forme de tétines, dont je l’avais, paraît-il, félicitée trente ans auparavant. Je n’ai pas résisté un seul instant à présenter cet aréopage au maître de cérémonie, Guillaume Medreville, insistant sur la façon exemplaire et sans faille avec laquelle elles avaient servi la Maison. Décontenancé et légèrement agacé par cette brusque diversité, il salua le petit groupe d’un regard poli mais lointain, comme pour mieux signifier sa supériorité.
Son accueil fut en revanche nettement plus chaleureux à l’encontre des retraités, que j’avais sollicités en nombre. Ils étaient tous là, ou tout du moins ceux qui pouvaient l’être encore. Certains avaient le visage ridé, mais tous avaient conservé leur regard vif et malicieux.
En passant en revue cette galerie de têtes parcheminées, aux cheveux, pour les plus élégants artificiellement colorés, je me remémorai la mauvaise foi de nombre d’entre eux, la façon qu’ils avaient de vous culpabiliser, à la veille d’une négociation difficile, des conséquences d’un éventuel échec. D’autres avaient la colère épique de ceux qui, pour évacuer leur stress, tétanisaient leurs collaborateurs en élevant la voix.
Mais ce cénacle d’un siècle révolu avait bâti une banque solide, même si les plus créatifs n’avaient pas été placés aux avant-postes. Le sergent recruteur qui m’avait embauché m’avait bien prévenu : dans notre métier, ce ne sont pas les plus intelligents qui réussissent mais ceux cumulant le plus grand nombre de qualités moyennes, sans avoir de défauts majeurs.
J’avais aussi convié quelques clients, restés modestes pour la plupart, devenus riches et puissants pour une poignée d’entre eux. Quel que soit leur niveau de réussite, ils partageaient l’indéfectible volonté d’entreprendre et le respect de la parole donnée, qualités devenues rares sans lesquelles la profession ne saurait survivre.
J’avais demandé à Guillaume Medreville, un des énarques de la Maison, de prononcer mon discours de départ. Animal à sang froid, il était doté, comme tous ses congénères, d’une intelligence peu commune, ce qui le rendait parfois cassant face à des interlocuteurs au cerveau plus reptilien. J’avais eu beaucoup de mal à lui faire comprendre que les banquiers que nous étions n’avaient pas sa vélocité intellectuelle. Cette réflexion l’amusait et le confortait à la fois sur son avenir au sein de notre établissement.
Lorsque la situation l’imposait, il savait se montrer chaleureux surtout quand il côtoyait des hommes dont il enviait en secret la fortune et l’incroyable pouvoir qu’elle autorisait. Le secteur de l’International le fascinait. Il jouait volontiers les défricheurs dans les steppes perdues de l’Asie ou de l’Europe centrale, rêvant de planter sur ces terres encore vierges le drapeau de notre banque. Au cours de nos nombreuses pérégrinations, j’avais constaté qu’il aimait la vie sous toutes ses formes. Libéré de son environnement habituel, qui l’épiait en permanence, ce compagnon de route quittait alors son masque de glace pour redevenir un homme comme les autres.

Chapitre 2

Alors que j’avais connu avec Guillaume Medreville mille aventures et partagé les mêmes émotions, mon discours d’adieu avait obéi aux usages. Académique, il commença par faire le récit de mon enfance. Cette dernière semblait avoir le mérite d’être originale, pour ne pas dire cocasse. D’un air narquois et condescendant, certains de mes petits camarades écoutaient avec une curiosité amusée l’histoire de mon passé à la Zola.
Peintre en bâtiment et femme de ménage, mes parents avaient débarqué, de leur Portugal natal, dans une gare de la région parisienne par un froid matin de janvier 1960, avec pour seul viatique un oignon et un bout de pain. Travailleurs infatigables et considérant leurs employeurs comme des sauveurs, ils représentaient l’archétype de l’immigration réussie.
D’un caractère plutôt indépendant, mon père avait fini par se mettre à son compte, en dépit des vociférations de ma mère...

Table des matières

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Copyright
  4. Titre
  5. Exergue
  6. Chapitre 1
  7. Chapitre 2
  8. Chapitre 3
  9. Chapitre 4
  10. Chapitre 5
  11. Chapitre 6
  12. Chapitre 7
  13. Chapitre 8
  14. Chapitre 9
  15. Chapitre 10
  16. Chapitre 11
  17. Chapitre 12
  18. Chapitre 13
  19. Chapitre 14
  20. Lexique
  21. Remerciements