
- 310 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Corps et affects dans la rencontre interculturelle
À propos de ce livre
Après examen de sa rencontre anthropologique entre 1972 et 2003 avec les Yakaphones du sud-ouest du Congo et de Kinshasa, l'auteur esquisse leurs façons de résoudre les crises profondes: aliénation coloniale, discorde, deuil. Puis il analyse en quoi sa fascination pour l'autre culturel et leur commune humanité l'engage à discerner une altérité ou traumatisme au plus intime de soi jusque-là indicible.
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Informations
Sujet
Social SciencesSujet
AnthropologyDEUXIEME PARTIE
Choc sensoriel et affects bivalents
CHAPITRE 3
Les masques dansants :
un univers de vie se régénère
Le rite de passage des garçons au statut d’homme est amorcé par la cérémonie de la circoncision et se conclut par celle des masques dansants. Le masque est habité d’un principe actif qui guide le danseur : le masque est donc l’auteur de la danse et de l’émoi qu’il suscite. Le rite de passage a lieu dans la plupart des sociétés de l’Afrique noire. Aujourd’hui, il se trouve raccourci. Dans ce chapitre, nous décrirons la façon dont cette initiation a lieu chez les Yakaphones, il y a quatre décennies. Une première section du chapitre est consacrée à la réclusion des garçons fraîchement circoncis dans l’abri totémique, désigné du terme secret de ndzofu ou abri-éléphant. Trois spécialistes – le prêtre de la fertilité virile, le circonciseur et le sculpteur de masques – ouvrent les initiés au monde des ancêtres de la société locale et à l’esprit n-khanda. La deuxième section se focalise sur le rôle du sculpteur de masques et sur la fabrication d’un ensemble complet de masques. Les masques font fonction de miroir et de mise-enmouvement, comme aussi de sauf-conduit pour le circoncis, dont tout particulièrement le danseur. Leurs formes et leur beauté contribuent à figurer la régénération de l’univers local du vivant, comme des idéaux, des aspirations et des rapports aux générations précédentes. La troisième section souligne le rôle central de la danse festive des masques. À l’occasion de celle-ci, les nouveaux circoncis célèbrent leur incorporation des idéaux virils de fertilité reproductrice, d’ingéniosité, de bravoure et de maîtrise de l’art de vivre. La danse des masques est également une célébration du rythme basal de l’univers du vivant fait de balancement, de flux et de reflux, ainsi que d’alternance et de pulsation. Ce rythme soutient et active le ressourcement de la vie partagée en puisant inlassablement dans la matrice de régénération incessante de l’univers local (ngoongu). Lors de la randonnée des masques dansants dans la région avoisinante, les initiés célèbrent leur rupture d’avec l’enfance et leur accès au statut d’homme. La quatrième section porte sur le retour des jeunes circoncis chez eux et sur l’accueil qu’ils reçoivent en tant que promesse de reproduction de la vie du groupe et comme des initiés à la résonance avec le cours – physique, social, cosmologique – de l’univers du vivant.
1. Le rite de passage au statut d’homme, n-khanda
Suivant le contexte, le terme n-khanda peut désigner : 1) la totalité du rite de passage des circoncis à leur statut d’homme, y compris la circoncision ; 2) la période pendant laquelle a lieu la réclusion ; 3) le lieu du culte et l’ensemble des garçons circoncis reclus dans ce lieu ; 4) la danse des masques au terme de l’initiation. La danse est d’abord exécutée dans la communauté natale des circoncis, puis dans les communautés des environs.
Les rites de passage sont organisés à l’initiative de quelques hommes entreprenants de la communauté où plus d’une dizaine de garçons approchent l’âge de circoncision. Ces hommes se chargent d’accompagner la transition ou transformation (babalukidi) des jeunes garçons pubères de dix à treize ans. Notons que la société yakaphone, de même que les sociétés voisines n’ont pas de notions de puberté ni d’adolescence. Les rites visent à parfaire le corps (mutomasa luutu) des circoncis et à leur assurer la force virile nécessaire pour engendrer des enfants (ngolu mubuta baana). En accord avec les notables locaux, ces hommes choisissent le maître-entraîneur ou entraîneur-chef (kahyuudi) des futurs initiés appelés bakandaandi ou tundaandi. Les jeunes garçons à initier et leurs entraîneurs non encore mariés (tulumbusi ou bakalumbusi) forment pour l’occasion une microsociété très respectée parce que signant l’avenir du groupe local. Citons-en les personnages importants. Kahyuudi est l’entraîneur-chef ou maître-entraîneur. Il est secondé de deux assistants, n-lobu et bumbaangi. L’intermédiaire, n-langala, des principales transformations que subissent les initiés, doit superviser la distribution de la nourriture aux initiés. Lupatu et son aide bizawa font fonction de veilleurs de nuit au camp d’initiation. Enfin, l’archi-mère Yifiika est la seule femme, mariée et mère, admise sur le lieu initiatique pour s’occuper de la cuisine. Si besoin, elle peut être assistée par une autre femme, ngyamu ou yikuumbi. Chaque garçon circoncis a une jeune fille amie (swaana) qui, occasionnellement, prépare de la nourriture chez elle pour son ami. En échange, le garçon lui enverra une part du butin de sa chasse.
Pendant plusieurs semaines, les garçons se préparent à la réclusion. Deux ou trois candidats accompagnent l’entraîneur-chef s’apprêtant à inviter un yisidika, prêtre de la virilité. Ils invitent également un maître-circonciseur. Les futurs initiés aident leurs entraîneurs à préparer le lieu de réclusion et y construisent deux ou trois abris faits d’argile de l’herbe séchée. À deux ou trois endroits, le sentier reliant la communauté à ce lieu en retrait est barré par des branches et un rideau de fibres de raphia.
Peu après l’installation du camp de réclusion, les candidats et la société locale relient le coucher du soleil avec l’aurore en chantant et dansant près du feu, en face de la demeure de l’archi-mère yifiika. La réclusion commence effectivement lorsque, en présence des notables du village et par l’entremise de l’archi-mère, les parents confient nominativement les enfants (-laambula baana) au prêtre yisidika et à l’entraîneur-chef. Le lendemain matin a lieu la circoncision. Pendant les deux ou trois jours nécessaires pour que la plaie guérisse, les circoncis restent dehors près d’un petit feu avant d’aller se baigner et d’enlever leur menu pansement. Ce n’est qu’ensuite qu’ils entrent dans l’abri de réclusion. La formation se fait principalement par l’observation des prescriptions et l’apprentissage des activités masculines valorisées : piégeage, chasse, construction, défrichage, palabre. Tout ce qui concerne l’éducation sexuelle, le rapport à l’autre genre et le domaine de la chasse abonde de langage initiatique secret. Le temps de la réclusion, les circoncis sont entraînés à l’audace (ngaandzi) et à la force virile (ngolu), de même qu’à une conduite empreinte de respect (luzitu) et de loyauté (-leembvuka) par rapport aux aînés, ainsi qu’à l’habilité ingénieuse (kyan-kwuila) dans les pratiques du quotidien.
En entrant en réclusion, la veille de la circoncision, chaque garçon reçoit un nom initiatique, dont quelques-uns indiquent le rang. Il y a kapita, le leader qui précède toujours les autres lors des activités, et mbaala – aussi appelé makeengu – qui est considéré comme l’aîné ou mbuta des initiés. C’est pourquoi il se présente en dernier aux activités et clôt ainsi le groupe.
La phase initiatique introduit au patronage par les ancêtres (bambuta babatsaatsa) et à l’implication de l’esprit cultuel n-khanda. Il y a aussi un recours aux boucliers de défense, mateenda, que la littérature nomme couramment « fétiche » – un terme ethnocentrique préjudiciel. De plus, le prêtre yisidika donne aux initiés des ingrédients réconfortants, fortifiants (makolasa) et des tonifiants (tseengwa) dont quelques-uns sont des aphrodisiaques. Le tout implique des prohibitions (bizila) alimentaires, verbales et visuelles. Trois prêtres du culte n-khanda interviennent. Il y a le yisidika ou le prêtre cultuel de la fertilité virile, puis le circonciseur tsyaabula ou yitapa, et, enfin, le sculpteur de masques, n-kalaweeni. Ils jouissent tous les trois des mêmes prérogatives. Ces trois spécialistes ont été initiés dans leur fonction par leur maître respectif. Leur initiation se fait au contact avec les ancêtres du groupe local, et avec l’esprit yikubu de la fertilité masculine, ainsi qu’avec l’esprit n-khanda. Le rapport à l’esprit yikubu est représenté par une grande trousse, également appelée yikubu, contenant des ingrédients de protection, des tonifiants virils et la boule de kaolin, pheemba, que le prêtre yisidika a reçue de son maître. Il peut y puiser des tonifiants – certains aux vertus aphrodisiaques – pour les mâcher et les cracher (-seengula) sur les parties du corps des initiés que l’imaginaire social investit d’une grande énergie virile : le milieu du front, les tempes, la poitrine, les épaules, le nombril et le bas des reins. Les tonifiants comprennent des ndzibu, notamment des fruits pour stimuler l’acuité perceptive, auxquels s’ajoutent des éclats de bois de grands arbres de la forêt comme le n-honu (salacia pallescens), n-kukubuundu (pachystela sp.), mbaamba (eremospatha haulle-villeana) et yikuumbi (staudtia stipitata). Le prêtre yisidika peut s’enduire le front de cette mixture en vue de ressourcer ses forces.
En transmettant la trousse yikubu à son successeur, le vieux prêtre yisidika – comme aussi le vieux maître-circonciseur et le maître-sculpteur – lui procure en même temps la puissance protectrice katasi. Celle-ci est faite d’un assemblage très varié de boucliers d’attaque et de protection que le maître installe dans la maison du prêtre yisidika – de même que dans celle de l’archimère yifiika. Cette initiation à l’offi de prêtre yisidika, de circonciseur ou de sculpteur est manifestée socialement par la plantation (-siinda, tsiinda) devant la maison de l’initié d’un poteau pointu et noirci à l’extrémité. L’enfant qui naîtra chez l’un de ces spécialistes fraîchement initiés de même que chez yifiika, portera le nom de katasi.
Les circoncis désignent leur abri de réclusion du nom totémique de ndzofu, signifiant l’éléphant ndzyoku. Mais l’appellation ndzofu doit être tenue secrète pour les non-initiés, en particulier les femmes. C’est dans cette petite demeure que les nouveaux circoncis, après guérison de la plaie, passent la nuit. Un rideau de fibres de raphia ferme l’entrée et barre tout regard intrus. En face de l’entrée, sur le sol, se trouvent figurés en argile l’ossature pectorale, le cœur et les reins de l’éléphant. Le poteau à l’entrée de l’abri de réclusion, littéralement yipata ou dikhaka dyan-khanda, est dressé entre deux lianes épaisses, repliées en forme de grands cercles pour représenter les oreilles de l’éléphant. La poutre faîtière – en bois n-kaamba – dans l’abri de réclusion est, parfois, dénommée la « langue de l’éléphant », ludimi lwandzyoku, faisant ainsi référence à la trompe de l’animal. C’est cette dernière qui retient l’attention de l’imaginaire populaire et non pas la force de cet animal ni les dimensions impressionnantes de son corps. Dans ce contexte, la trompe sert de signifiant viril et phallique, évoquant le sexe masculin dans l’imaginaire social et personnel. Elle donne une expression ritualisée et partagée du désir érotique et régénérateur des initiés. Certains récits populaires s’amusent à décrire en détail l’éléphant en train d’enfoncer ses défenses et sa trompe dans des cavités ou dans le sol.
L’éléphant apparaît comme l’animal totémique de la sexualité virile à laquelle les jeunes circoncis sont entraînés, et que le prêtre yisidika et le circonciseur exemplifient. Comme nous allons le voir ci-dessous, la gazelle, tsetse, est l’animal totémique du génie du sculpteur de masques et des qualités masculines de débrouillardise astucieuse en éclosion chez les jeunes initiés.
2. Un ensemble complet de masques
L’ensemble des masques que je vais décrire forme une série dite « complète » (-luunga). Il comprend au moins six masques qui ont comme seule fin d’accompagner le passage initiatique du jeune garçon vers son statut d’homme et de membre à part entière de la société locale. Mes données portent d’abord sur le rite initiatique qui débuta au village de Yitaanda, au Kwaango du nord, en juin 1971, au début de la saison sèche, soit six mois avant le début de mon séjour de recherche. En janvier 1972, lors de mon arrivée, le sculpteur des masques venait à peine de se mettre à l’ouvrage. Cette année-là, j’ai également pu suivre les séquences principales du n-khanda à N-tulumba, un village situé à environ une heure de marche de Yitaanda. À cette époque, en plus des groupes d’initiation à Yitaanda et à N-tulumba, trois autres groupes de danseurs ont présenté la danse des masques à Yitaanda. Le rite de passage organisé dans le groupement Taanda, en 1972-1974, ne différait guère d’autres observés au Kwaango, en 1974, par Arthur Bourgeois (1984, 1985) ; entre 1927 et 1941, à travers le Kwaango, par Hans Himmelheber (1939) ; à Kimbao, en 1927, par Michel Plancquaert (1930) et à Kabila, près de Popokabaka, par Désiré Van Gool (1953 – étude menée en 1939). Dans leur morphologie et leur usage, les masques sculptés à Yitaanda, en 1972, dont j’ai pu suivre la production, ressemblent f...
Table des matières
- Couverture
- 4e de couverture
- Titre
- Copyright
- REMERCIEMENTS
- PHOTOS
- PREFACE
- PREMIERE PARTIE – Le corps et l’affect au cœur de la rencontre interculturelle
- DEUXIEME PARTIE – Choc sensoriel et affects bivalents
- TROISIEME PARTIE – Le ferment durable du vivre humainement
- THESAURUS INTERDISCIPLINAIRE
- BIBLIOGRAPHIE
- TABLE DES MATIÈRES