Chapitre 1
La géographie scolaire
Le B.A.-BA pour la connaissance de l’espace national congolais ?
[…] Entre la “géographie” comme état et pratique du monde (…), et la géographie comme pratique scientifique plus ou moins appliquée, s’ajoute une troisième catégorie : la “géographie scolaire” (celle dispensée à travers les écoles comme discipline scolaire). Celle-ci s’est profondément transformée au cours des trente dernières années. Ses objectifs n’ont pas fondamentalement changé : il s’agit de faire comprendre le ‘monde’ […].
Philippe Sierra (2017, op. cit.).
A. La formalisation des connaissances géographiques et la faiblesse des encadrements
B. L’évolution des programmes scolaires dans la formation géographique
C. Les bases actuelles de la formation en géographie, vers la globalisation des connaissances ?
Le but du premier chapitre de cet ouvrage est de déceler le faisceau de connaissances mis en branle pour permettre une meilleure connaissance de l’espace national. Plus qu’une analyse des programmes scolaires et de leurs contenus, on auscultera l’orientation donnée à l’enseignement de la discipline géographique, et on découvrira l’évolution vers la globalisation des connaissances. Les éléments d’analyse seront organisés ici autour de trois pistes principales : la formalisation des connaissances géographiques sur l’espace congolais (A) ; l’évolution des programmes scolaires dans la formation géographique (B) ; les bases actuelles de la formation scolaire en géographie, pour quel objectif final de formation ? (C). En conclusion on évaluera la stratégie globale de la formation scolaire en RD Congo, tout en ayant à l’esprit les autres niveaux des études, pour lesquels les développements suivront plus loin.
A. La formalisation des connaissances géographiques et la faiblesse des encadrements
À la lumière de l’histoire coloniale, quelques dates marquent la formation de l’espace congolais, depuis la Conférence géographique de Bruxelles (1876), en passant par le Congrès de Berlin (1884-1885). L’historicité du territoire congolais est marquée par ces dernières dates (Ndaywel, 1997, 1998). L’ère du Congo belge (1908-1960) est marquée par la phase active de la colonisation. Un livre présenté de façon romancé évoque ces péripéties historiques avec forces détails (Van Reybrouck, 2012). On peut lire ci-dessous les commentaires utiles accompagnant chacune de ces grandes dates (Encadré 3). L’évolution des limites territoriales permet de noter que l’espace congolais ne s’est pas constitué en un clin d’œil (Figure 1). Le rôle de la géographie est, entre autres, de mettre en rapport la formation du territoire et sa mise en valeur progressive (Bruneau, 2009). Mais là ne sont pas les préoccupations du présent ouvrage, même si la dynamique territoriale est intéressante à analyser (Mashini, 2013).
La carte originale est à retrouver dans P. Jentgen (1953), “Notice et Carte des frontières du Congo belge”, Atlas Général du Congo Belge, 15.
Figure 1. Les principales étapes de la formation de l’espace congolais (de l’État Indépendant au Congo belge, 1885-1960)
Au sujet des frontières internationales, on peut aussi signaler d’autres références utiles (voir note en bas de page 61). Il existe d’autres cartes de type commercial, éditées en couleurs, et qui peuvent être commandées en ligne sur le site de Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77591003 et http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53121524z consultés le 15/08/2017.
Sur la plupart de ces cartes, on y trouvera les subdivisions en districts, de l’État Indépendant du Congo ou du Congo belge, jusqu’à l’indépendance du pays.
Encadré 3
« Exploration et géographie coloniale : le Congo belge »
Quelques dates-clés :
– 1876 : Conférence géographique à Bruxelles, initiée par Léopold II, deuxième Roi des Belges dont l’incessante recherche d’une colonie (qu’il estime nécessaire au pays) se fixe sur l’Afrique centrale. Un petit noyau de proches du Roi est à la manœuvre et coopte quelques savants belges. Les étrangers sont des diplomates, des représentants des Sociétés de géographie européennes, etc. La Conférence met en place une Association Internationale du Congo, qui est en fait une couverture de Léopold II pour pénétrer dans le bassin du Congo sans évoquer une colonisation nationale.
– 1884-1885 : Congrès de Berlin. L’État indépendant du Congo est reconnu par 14 pays européens (dont la Belgique) et les États-Unis qui procèdent au partage de l’Afrique intertropicale. Le Congo, État « personnel », dispose de sa propre administration, étroitement contrôlée personnellement depuis Bruxelles par son souverain Léopold II qui n’y est jamais allé.
– 1890-1895 : la question coloniale se pose en Belgique. Léopold II demande de plus en plus d’argent, les atrocités commises au Congo commencent à être connues. À partir de 1900, la rupture s’opère peu à peu entre « Congolâtres » inconditionnels du Roi et des « Congophobes », parmi lesquels des représentants de sociétés d’exploitation du Congo qui entendent jouer au mieux de leurs intérêts. Une presse pro-coloniale apparaît soutenue par différents lobbies d’affaires ou religieux. Edmund Morel et Roger Casement sont les chevilles ouvrières de la première campagne humanitaire internationale de la Congo Reform Association visant la protection des indigènes congolais contre les méthodes brutales d’exploitation du caoutchouc. L’impact est énorme en Europe et aux USA.
– 1908 : le Congo belge est « annexé » comme colonie belge. Durant la première Guerre mondiale, les troupes de la métropole s’avancent en Afrique de l’Est jusqu’en Tanzanie et obtiennent seulement la tutelle du Rwanda et du Burundi. De fait, la colonisation proprement belge commence pratiquement sur le terrain vers 1920.
– 1960 : indépendance du Congo. La colonisation aura duré 40 seulement, à peine deux générations pendant lesquelles se forment les Sciences coloniales belges.
(PONCELET, M. (2011),
« Explorer le monde : le rôle des Sociétés de géographie (1880-1960) »,
Café géographique à Toulouse, le 27.11.2011.
Les propos ici ne consistent nullement à suivre les péripéties des encadrements territoriaux au Congo belge. On connaît bien la vigueur du système colonial, fondé sur la trilogie (certains auteurs, tels C. Young : 1968, parlent de « trinité ») : État colonial – Entreprises (sociétés capitalistes) – Église. Cette dernière étant ici représentée par les missions religieuses, qui ont toujours accompagné l’aventure coloniale dans le cadre de la trilogie évoquée ci-dessus. Les encadrements apportés par la colonisation ont souvent été remis en question : « En effet, malgré tous les éléments matériels que la colonisation a pu objectivement apporter, notamment sur les plans de la santé et de l’éducation, elle a plutôt constitué un élément d’oppression pour la société congolaise » (Compte-rendu de Diop, D., 2011, sur l’ouvrage de Braeckman, Gerard-Libois, Kestergat, Vanderlinden, Verhaegen et Willame, 2010), in Études internationales, pp. 135-136. Au rang de ces encadrements et face à la mise en valeur du territoire colonial, on peut citer les écoles, au départ gérées par les missions religieuses, les centres médicaux et hospitaliers organisés par l’État, les établissements commerciaux gérés par les sociétés privées. Sur le plan géographique, la conquête spatiale de ces différentes implantations se traduisait par l’émergence des agglomérations d’importance différenciée : les « postes » d’État (premières ébauches d’organismes administratifs) ; les missions religieuses (catholiques, protestantes) ; les centres industriels et/ ou commerciaux, qui étaient de véritables noyaux de concentration des indigènes (Nicolaï, 1963). À l’intérieur comme à l’extérieur du territoire colonial, les frontières nationales et internationales prirent de plus en plus forme. Il fallait donc une autre étape à franchir, celle de la mise en valeur de la colonie. L’entreprise capitaliste jouait à plein, avec des partenaires privés qui venaient accompagner l’action d’encadrement de l’État. L’Église n’était pas en reste, avec sa « mission civilisatrice ». C’est dans ce contexte que les programmes d’enseignement virent le jour, avec l’aide « salutaire » des missions religieuses. Voyons à présent quels sont les fondements de la géographie scolaire, dans ses débuts au Congo belge. Ces indications serviront à jeter les bases des premiers débuts de cette géographe scolaire.
B. L’évolution des programmes scolaires dans la formation géographique
On peut relever la part de la formation géographique dans le projet d’organisation de l’enseignement libre par type d’écoles...