Frontières et représentations sociales.
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Frontières et représentations sociales.

Questions et perspectives méthodologiques

  1. 392 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Frontières et représentations sociales.

Questions et perspectives méthodologiques

À propos de ce livre

Cet ouvrage porte sur les représentations sociales des frontières. Il s'intéresse aux approches et méthodologies mises en œuvre pour analyser ces représentations: quelles données peuvent être collectées et comment, pour quels objectifs et avec quels traitements parvenir à des résultats susceptibles de dépasser l'anecdotique, ou la simple singularité? L'ouvrage contribue ainsi à enrichir la connaissance des frontières, des espaces frontaliers et des représentations qui leur sont associées.

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Informations

Éditeur
Academia
Année
2017
ISBN de l'eBook
9782806121790

Première partie
Les pratiques au quotidien
ou comment les habitants font avec la frontière

Comment interroger la frontière
par les représentations sociales

par SYLVIE CONSIDÈRE & FABIENNE LELOUP

Introduction

Malgré 24 ans de programmes de coopération transfrontalière et une Europe de la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes de plusieurs décennies, l’année 2015 a freiné, à l’échelle de l’Union européenne, la banalisation de l’ouverture, voire de l’effacement des frontières interétatiques. Des barrages et des contrôles ont été rendus visibles, y compris aux frontières internes de l’espace Schengen, et notamment à la frontière franco-belge.
Cependant, même avant ces interventions – les enquêtes menées et utilisées dans ce travail datent de 2014 et 2015 – les pratiques et les représentations des frontières par les populations frontalières restaient fortement marquées par la présence d’une frontière « classique » au sens westphalien du terme, à savoir une discontinuité qui délimite linéairement le territoire de l’État et de sa souveraineté, distingue l’ici de l’ailleurs, l’autochtone de l’étranger.
Certes, les frontières – comme les territoires – peuvent être considérées comme des objets politico-géographiques, historiques, appréhendables de manière externe et positiviste. Mais territoires et frontières peuvent aussi être abordés en tant que constructions dont se dotent les groupes sociétaux pour assurer leur existence (Rouvière, 2013 ; Kolossov, 2005). Leur étude nécessite alors d’examiner la manière dont ces groupes et leurs membres se les représentent, mais aussi la manière dont ils appréhendent leurs rapports notamment à l’Autre, au Voisin. Nous adoptons cette seconde perspective et nous plaçons ainsi dans un paradigme socio-constructiviste, paradigme selon lequel les relations qu’entretiennent les individus avec les objets présents dans leur environnement influent sur la manière dont ils en construisent le sens.
Dans le cadre des travaux de l’Institut franco-belge des frontières et discontinuités (IFD), nous avons mené deux recherches, portant sur une dyade de la frontière franco-belge. L’objectif de ce chapitre est de montrer comment interroger des représentations sociales de la frontière à partir d’une expérimentation élaborée à la frontière franco-belge. Cette analyse est basée sur les résultats de ces recherches. Nous exposons comment la question de la représentation se pose dans la discussion de la frontière (1) puis nous présentons brièvement les enjeux méthodologiques qui se sont posés (2). Ensuite, nous abordons le cœur de notre communication et présenterons les résultats des deux enquêtes quant à la frontière en général et à la frontière franco-belge en particulier (3). L’objectif est de croiser les résultats afin d’en déduire un ensemble d’apports quant à la représentation de la frontière et dès lors quant à la façon de l’étudier et de l’enseigner (4).

Les représentations sociales

Le point de départ des deux études menées repose sur l’idée que chaque individu construit les pratiques de l’espace dans lequel il vit en fonction de l’interprétation qu’il fait de ce qu’il en perçoit. Pour concevoir notre monde comme une entité intelligible, nous sommes contraints de trier, de ranger, d’organiser nos perceptions. Ces perceptions renvoient à des captations par les sens ; les représentations sont des constructions complexes. Nous concevons notre monde en fonction du système cognitif dont nous disposons et construisons ce que les psychologues et les sociologues (Moscovici in Jodelet, 2014 ; Abric, 1994) nomment « des systèmes explicatifs naïfs » : ce sont nos représentations. Cet acte de pensée qui Comment interroger la frontière par les représentations sociales 29 conduit à construire ces systèmes explicatifs se nourrit de ce que nous voyons, entendons, sentons directement, mais aussi de ce qui nous a été appris, des savoirs d’expérience, des valeurs qui nous ont été transmises, des influences familiales et sociales qui circulent dans les groupes auxquels nous appartenons. Ces constructions fabriquent nos opinions et guident nos manières d’envisager ce qui nous entoure. Les représentations sont donc individuelles parce qu’elles sont construites par les individus, mais aussi sociales parce qu’elles se construisent sous l’influence d’autres individus. Elles sont autant le matériau qui nourrit la manière de penser des groupes, que le guide qui oriente la manière de construire l’interprétation que chacun se fait du monde et qui conditionne sa manière de se comporter au sein de ces groupes et dans les espaces de vie qu’il investit. Si les représentations sont construites, dans un acte de pensée, cet acte n’est pas, dans son ensemble, conscientisé par l’individu. Nous savons, en général exprimer nos opinions, décrire nos croyances, affirmer nos valeurs, justifier nos pratiques spatiales, mais nous ne savons pas, spontanément, en expliquer les fondements. Abric (1994) ou Flament (2014) ont montré que les représentations se structurent en deux entités emboîtées, un noyau central et une zone périphérique. Le noyau central abrite des éléments solides, auxquels tient l’individu : idéologie, valeurs, croyances, normes. Ce sont les ressources de son implication personnelle. Le noyau central doit être suffisamment solide, rigide pour assurer l’identité et la cohésion du groupe. Dès lors, il est difficile à modifier, toute modification contenant le risque de déstabiliser la structure. La périphérie est plus flexible. C’est elle qui absorbe les désaccords que peut occasionner le contact avec la réalité (Flament, 2014). Pour l’individu, les éléments périphériques, dits schèmes, jouent le rôle de grilles d’interprétations rapides d’une situation rencontrée dans la réalité. En effet, ces schèmes indiquent ce qui est normal et agissent sans recourir au principe organisateur du noyau central. Ce sont eux, sous l’influence du noyau central, qui nous permettent de choisir – sans y réfléchir – les conduites adaptées à notre milieu sociospatial. Les pratiques spatiales et les diverses expériences interprétées du monde forgent des représentations des espaces, non seulement géographiques, mais aussi sociales et psychologiques dont chaque individu n’a donc que très peu conscience : nous habitons notre monde sans nous demander ce qui guide nos actions, nos choix. Notre recherche entend précisément interroger les représentations qui renseignent sur ces moteurs discrets qui motivent à investir nos espaces de vie d’une manière plutôt que d’une autre.

La méthodologie de l’enquête

Contexte

La recherche dont il est question ici porte sur les dynamiques locales transfrontalières et s’applique à une dyade de la frontière franco-belge, plus précisément la région Hauts-de-France et, en Belgique, la province du Hainaut et la province de Flandre occidentale. Elle est composée de deux études : l’étude sur les représentations citoyennes dans le cadre de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai exécutée dans le cadre de la recherche « Les Représentations politiques et citoyennes dans le cadre de l’Eurométropole » (RPCFE) commanditée par la région Nord-Pas-de-Calais et l’étude « Étudiants et frontière », qui l’a précédée et en a constitué une phase exploratoire. L’étude « Étudiants et frontière » a été menée dans le cadre d’un projet transfrontalier, appuyé par le programme européen Interreg IV initié par un consortium académique : les universités de la communauté d’universités Lille Nord de France (COMUE), la Katholieke Universiteit Leuven Campus Kortrijk en Flandre, et l’Université catholique de Louvain, site de Mons en Belgique francophone (UCL Mons). Il concernait 79 étudiants de la COMUE ou de l’UCL Mons, en premier et second cycle d’études universitaires qui ont été interrogés entre février et octobre 2014 (figure 1).
Groupe
Questionnaires
Février 2014
2eannée licence Géographie, université d’Artois (France)
11
Février 2014
2e année bachelier Sciences politiques, UCL Mons (Belgique)
16
Avril 2014
2e année bachelier Sciences de gestion, UCL Mons (Belgique)
9
Mai 2014
1re année bachelier Sociologie, université Lille (France)
7
Juin 2014
1re année master Enseignement, ÉSPÉ* Lille (France)
21
Octobre 2014
2e année bachelier Sciences politiques, UCL Mons (Belgique)
15
TOTAL
79
40 Belges et 39 Français
Figure 1 : échantillon de l’étude qualitative (*ÉSPÉ : école supérieure du professorat et de l’éducation)
Ce nombre plus restreint d’individus s’est vu proposer un questionnaire qualitatif, ouvert, dont le traitement nous a permis de construire le questionnaire surtout quantitatif proposé au sein de l’Eurométropole. Les étudiants interrogés ne vivent pas tous au sein de l’Eurométropole, mais évoluent dans la région frontalière (Arras est distant de 75 km de la frontière, Lille de 25 km et Mons de 17 km) (figure 2). Ils représentent un groupe homogène dans la mesure où ils poursuivent tous des études supérieures, ont suivi leur cursus en France ou en Belgique ; ils sont différemment familiarisés avec les concepts cibles selon qu’ils sont en géographie, en sciences politiques ou en formation polyvalente. Les étudiants de l’école supérieure du professorat et de l’éducation (ÉSPÉ) n’ont plus étudié de géographie depuis la fin de leurs études secondaires. Par rapport aux autres étudiants, ils représentent un groupe « témoin » qui atteste d’un niveau de connaissance minimal, équivalant à celui de la fin des études secondaires. En plus de cette enquête, divers travaux participatifs ont par exemple amené les étudiants à produire ensemble des affiches liées au thème de la frontière ou à discuter, à partir d’affiches politiques internationales, des enjeux de la frontière. Ces travaux, conduits dans le cadre d’un séminaire de formation sur la frontière, ne sont pas centraux dans l’étude présentée ici, mais ont permis d’éclairer certaines représentations des étudiants.
Image 10
Figure 2 : Localisation des étudiants interrogés dans la zone frontalière franco-belge. Carte © Sylvie Considère, 2016
L’étude RPCFE vise à comprendre quelles sont les représentations liées à la frontière dans un espace transfrontalier de l’Union européenne particulier, car correspondant à un statut juridique institutionnalisé, le groupement européen de coopération territoriale (GETC) de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Cette entité transfrontalière a été créée en 2008 et regroupe 147 communes réparties de part et d’autre de la frontière entre la France et la Belgique. Le versant belge est, de plus, caractérisé par l’existence de la frontière linguistique, séparant les régions de Flandre et de Wallonie, au sein de l’État fédéral belge. Dès lors, certaines communes sont francophones et d’autres néerlandophones. Les élus belges et français à l’origine de cette réalisation cherchaient à favoriser la mise en place de services transfrontaliers afin de faciliter la vie quotidienne du 1,2 million d’habitants de l’espace, dans les domaines des transports, de l’emploi, de la santé, de l’éducation, de la formation, du tourisme. L’étude commanditée par la région Nord-Pas-de-Calais (faisant partie aujourd’hui de la région Hauts-de-France) portait, entre autres, sur le vécu et le perçu des habitants de la zone transfrontalière eurométropolitaine. Elle a concerné un échantillon de 255 personnes, 146 en France, 109 en Belgique (48 en Wallonie et 61 en Flandres). L’échantillon comporte un nombre comparable d’hommes (125) et de femmes (130). Les différentes tranches d’âges ont été interrogées. Les personnes ont été interrogées parce qu’elles étaient présentes sur le territoire transfrontalier visé, raison pour laquelle nous parlons d’usagers / passants.
Rappelons que les enquêtes ont été menées en 2014 et en 2015, soit avant deux phénomènes importants dans les analyses actuelles sur les frontières et les représentations associées : les mouvements massifs de réfugiés et les attentats. D’une part, les mouvements de migrants et de réfugiés notamment issus du Moyen-Orient étaient déjà très importants, mais ils ne représentaient pas encore – sauf près de Calais, dans le nord de la France – un mouvement fortement médiatisé et entraînant une mobilisation soit en faveur de l’accueil de la part par exemple d’associations citoyennes (Guenebaud, 2014) soit pour la contrer de la part notamment des mouvements néo-populistes (en Belgique cette période a surtout été médiatisée mi-2015). En France, un discours nationaliste, xénophobe et protectionniste ponctue depuis quelques années les déclarations des partis extrémistes. C’est ainsi le cas de la part du Front national, parti d’extrême droite français, qui a emporté plusieurs sièges notamment lors des élections municipales de 2014 ou régionales en 2015, dans la zone concernée par nos interviewés. D’autre part, en novembre 2015 et en mars 2016, des attentats terroristes au milieu de foules ont endeuillé la France et la Belgique, entraînant la mise en place de politiques de contrôle et des perceptions d’insécurité – même si d’autres attaques meurtrières, notamment contre le journal Charlie Hebdo (le 7 janvier 2015) ou contre le Musée juif de Belgique (le 24 mai 2014), avaient eu lieu antérieurement.

Comment collecter les représentations : un questionnaire qualitatif

La méthodologie utilisée vise à capter à la fois les représentations et les pratiques spatiales. Si ces dernières sont assez facilement accessibles sur déclaration des individus interrogés, les premières sont plus difficiles à atteindre par questionnaire. Chercher à capter des représentations est délicat, car il s’agit de faire déclarer aux individus interrogés ce qui compose l’essence de leurs opinions et il n’est pas certain que tous désirent se dévoiler et en aient la capacité. Dès lors qu’il (nous utilisons le masculin au sens épicène du terme) répond à un questionnaire (ou qu’il échange dans le cadre d’un entretien), le sujet interrogé est mis en alerte par les questions posées et amené à se demander « ce qu’il convient de répondre ». Ceci s’est révélé vrai autant pour l’étude des passants ou usagers que pour l’étude appliquée aux étudiants.
Dans les deux études, une partie des questions vise à ce que l’interviewé révèle comment il voit la frontière en tant qu’elle marque la différence avec l’Autre, ce qui renvoie inévitablement à la manière dont il perçoit son propre espace et à celle dont il pense sa communauté par rapport aux autres. Les questions cherchent à rendre visible la manière dont les individus pensent et vivent le territoire et la frontière en général, et la frontière franco-belge en particulier. Les questions posées dans l’enquête doivent à la fois mobiliser le sujet, mais aussi l’inciter à une expression spontanée. Elles sont formulées simplement, mais sans être simplistes, elles sont variées dans leur forme afin de ne pas lasser ni provoquer un sentiment de défiance. La collecte de représentations entend obtenir un matériau l...

Table des matières

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. COLLECTION « Thélème »
  4. Titre
  5. Copyright
  6. Les auteurs
  7. Introduction générale : La frontière en question, ou comment débusquer les représentations sociales de frontières
  8. Première partie : Les pratiques au quotidien ou comment les habitants font avec la frontière
  9. Deuxième partie : Les discours comme révélateurs des représentations sociales, ou quand les discours d’un groupe déterminé construisent le rapport à l’Autre
  10. Troisième partie : Les marqueurs spatiaux des frontières
  11. Conclusion
  12. Table des illustrations
  13. Bibliographie
  14. Table des matières