MEDIATION LITTERALEMENT ET DANS TOUS LES SENS (LA)
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MEDIATION LITTERALEMENT ET DANS TOUS LES SENS (LA)

  1. 134 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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MEDIATION LITTERALEMENT ET DANS TOUS LES SENS (LA)

À propos de ce livre

Ces actes font le point sur une profession en devenir, qui se cherche, se construit, et dont les rouages et le statut manquent encore de clartĂ© pour nombre d'acteurs professionnels. En mettant en lumiĂšre les spĂ©cificitĂ©s du mĂ©diateur et en les confrontant Ă  ses ambigĂŒitĂ©s, les articles de ce livre tentent d'Ă©laborer une dĂ©finition originale de la mĂ©diation, d'en enrichir le concept, d'en interroger le sens et d'en saisir les zones d'ombre. Chacun d'eux, Ă  sa maniĂšre et en Ă©cho aux autres, cherche Ă  rĂ©pondre Ă  la question, simple mais essentielle: qu'est-ce que la mĂ©diation aujourd'hui?

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Informations

Éditeur
EME Editions
Année
2017
ISBN de l'eBook
9782806660923

THÈME 1.

LA MÉDIATION : STATUT
ET FORMATION

RAPPORT D’ATELIER

Kim Vervaeren est juriste, professeur de droit, mĂ©diateur scolaire et Ă©galement coordinateur de la section mĂ©diation Ă  l’IRG.
Ce qui est difficile par rapport Ă  la formation, c’est qu’elle est plurielle sur le marchĂ© de la formation en mĂ©diation : il y en a diffĂ©rents types et propositions. Nous pouvons citer au moins trois types de formation : la spĂ©cialisation de mĂ©diateur qui se fait en promotion sociale, les certificats interuniversitaires qui sont donnĂ©s par les universitĂ©s et les formations dites privĂ©es au sein des asbl. Ces formations varient en fonction des diffĂ©rents champs dans lesquels les mĂ©diateurs vont entrer.
Cette formation est Ă  la fois prĂ©alable et continuĂ©e. En matiĂšre de formation prĂ©alable, il y a les cadres fondamentaux, les notions de base. Cependant, une autre chose Ă©voquĂ©e est l’importance du travail personnel qui permet au mĂ©diateur de mieux se connaĂźtre et d’affronter des situations parfois compliquĂ©es ou dĂ©licates. Un travail personnel doit normalement faire partie d’une formation prĂ©alable. En matiĂšre de formation continuĂ©e, qui n’est pas Ă  nĂ©gliger, on peut retrouver tout ce qui concerne la formation thĂ©orique, les intervisions et les supervisions. Nous avons particuliĂšrement insistĂ© sur l’importance de la supervision lors de l’atelier.
Des difficultĂ©s ont Ă©tĂ© abordĂ©es aussi. Par exemple, rien n’empĂȘche, pour un employeur, d’engager en tant que mĂ©diateur quelqu’un sans aucune formation en mĂ©diation. Cette situation peut s’avĂ©rer dĂ©licate pour le mĂ©diateur et peut l’amener Ă  suivre une formation a posteriori, avec ce que cela implique de complications pratiques lorsqu’il occupe dĂ©jĂ  le poste en question. À l’inverse, il y a une difficultĂ© liĂ©e au fait d’ĂȘtre refusĂ© Ă  un poste de mĂ©diateur alors mĂȘme qu’on est titulaire d’un diplĂŽme en mĂ©diation. C’est un paradoxe qui constitue une rĂ©elle difficultĂ©. Dans le cas Ă©voquĂ© en atelier, un diplĂŽme de criminologue ou de juriste est souvent exigĂ©, faisant ainsi de la formation en mĂ©diation un atout, certes, mais un atout qui n’est pas indispensable.
En ce qui concerne le statut, on constate un flou conceptuel autour de ce qu’on dĂ©signe par « mĂ©diateur » ou par « mĂ©diation ». Ce sont lĂ  des mots aujourd’hui employĂ©s Ă  toutes les sauces et dans tous les champs professionnels, sans qu’il soit jugĂ© nĂ©cessairement opportun de les dĂ©finir clairement pour les fonctions ou dans certains services qui en font usage. On retrouve donc une grande diversitĂ© au niveau des appellations qui sont utilisĂ©es dans diffĂ©rents champs : mĂ©diateur pĂ©nal, scolaire, communal, de dettes, hospitalier, etc. Cela peut crĂ©er pour le public une certaine confusion, mais cette confusion et ces divergences de pratiques, vous les trouvez aussi Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme des champs de pratique de la mĂ©diation. Cette confusion est due aux cadres multiples, chaque type de mĂ©diation ayant son propre cadre, c’est-Ă -dire ses propres rĂšgles, rĂ©fĂ©rences, sources de subvention (le subventionnement Ă©tant dĂ©veloppĂ© aussi comme une problĂ©matique), etc. Mais heureusement, il y existe une nouvelle tendance europĂ©enne qui vise Ă  mettre en place un cadre plus ou moins commun, une mĂ©diation Ă  l’échelle europĂ©enne.
Nous avons insistĂ© sur l’importance de reprĂ©senter la fonction de mĂ©diateur Ă  la fois Ă  titre de secteur par champs et Ă  titre commun, voire Ă  titre national. Il vaudrait mieux ne pas avoir de reprĂ©sentation par secteur, autrement les divergences vont rĂ©apparaĂźtre. Peut-ĂȘtre qu’il vaudrait mieux que toutes les reprĂ©sentations par secteur se rassemblent, qu’elles soient rĂ©unies quelque part.
Ensuite, nous avons Ă©voquĂ© la nĂ©cessitĂ© d’une protection de la fonction. Comme d’autres fonctions rĂ©glementĂ©es et protĂ©gĂ©es, il faut exiger un diplĂŽme de mĂ©diateur pour toute fonction de mĂ©diateur et que ce titre offre une protection au moment de l’entrĂ©e en fonction. Ainsi qu’une protection du titre afin qu’il ne soit pas utilisĂ© Ă  tort et Ă  travers, que l’on sache Ă  qui l’on s’adresse lorsqu’on parle de mĂ©diateur et qu’on puisse avoir une certitude quant Ă  la formation qu’il aurait reçue.
Enfin, il nous a semblĂ© nĂ©cessaire de s’orienter vers une dĂ©finition commune qui soit partagĂ©e par tous les champs et qui comprenne l’essence de la mĂ©diation. Si j’évoque ce problĂšme de la dĂ©finition de la mĂ©diation, c’est parce qu’aujourd’hui il existe plusieurs dĂ©finitions et non une seule, commune pour tous. J’évoque aussi une dĂ©finition commune du conflit car aujourd’hui les diffĂ©rentes dĂ©finitions du conflit peuvent crĂ©er la confusion quant aux sources de mĂ©diation, celle-ci n’étant alors pas toujours utilisĂ©e Ă  bon escient.

LA MÉDIATION AU CARREFOUR
DE DIFFÉRENTS CHAMPS

Ginette Debuyck est directrice et coordinatrice pĂ©dagogique de l’asbl MÉDIATIONS depuis 1996, mĂ©diatrice dans le secteur familial agréée, membre de la Commission fĂ©dĂ©rale de MĂ©diation et formatrice plurielle.

ABSTRACT

L’histoire du dĂ©veloppement de la mĂ©diation a amenĂ© des changements importants dans le champ des mĂ©tiers qui touchent au conflit (juges, experts, psychologues, huissiers, assistants sociaux, greffiers, notaires, avocats, police, enseignants, etc.) Ce « nouveau mĂ©tier de mĂ©diateur » est omniprĂ©sent Ă  travers divers champs, dans les contextes particuliers des secteurs social, scolaire, pĂ©nal, familial, hospitalier, etc. Des mĂ©diateurs ont Ă©tĂ© engagĂ©s par des institutions, d’autres ont dĂ©veloppĂ© une pratique de mĂ©diateur Ă  titre libĂ©ral.
De ce fait, le besoin de formation, quoiqu’existant dĂ©jĂ  chez nos collĂšgues nord-amĂ©ricains, s’est fait sentir de façon accrue et ceci en adĂ©quation avec la rĂ©alitĂ© belge. C’est dans ce contexte que l’asbl MÉDIATIONS s’est constituĂ©e en 1996 en mettant sur pied la formation de mĂ©diateur gĂ©nĂ©raliste.
Les mĂ©diateurs essaient de clarifier leurs actions et leur identitĂ© professionnelle et se regroupent au sein d’une union professionnelle. MalgrĂ© la pratique sur le terrain, la mĂ©diation doit encore ĂȘtre reconnue officiellement comme une profession.
Qu’entend-on par « profession » ?
Pour qu’une profession soit considĂ©rĂ©e comme telle, on exige des connaissances spĂ©cialisĂ©es et une formation parfois longue et intensive. Le mĂ©diateur doit rĂ©unir au moins six Ă©lĂ©ments que nous Ă©voquerons.
La loi du 21 fĂ©vrier 2005 publiĂ©e au Moniteur du 22 mars 2002 a reconnu cette pratique comme « professionnelle ». DĂšs lors que le lĂ©gislateur l’a introduite dans le code judiciaire dans la septiĂšme partie qui lui est consacrĂ©e, la commission fĂ©dĂ©rale de mĂ©diation (CFM) a Ă©tĂ© créée pour assurer l’agrĂ©ment des mĂ©diateurs et la dĂ©termination des critĂšres d’agrĂ©ment des mĂ©diateurs et des organismes de formation.
Ce sont des enjeux majeurs pour la mĂ©diation car l’Union europĂ©enne s’intĂ©resse Ă  son tour Ă  ce mĂ©tier existant dans d’autres pays d’Europe.

INTERVENTION

Suite Ă  l’apparition de la mĂ©diation Ă  la fin des annĂ©es 1980 en Belgique, je me suis intĂ©ressĂ©e dĂšs 1996 Ă  cette question de la formation, c’était lĂ  ma motivation premiĂšre pour crĂ©er l’asbl MÉDIATIONS sur conseil de mon mentor Jacqueline Morineau1. Pour vous donner un bref aperçu historique, la mĂ©diation est nĂ©e aux États-Unis Ă  la fin des annĂ©es soixante-dix, dans un contexte particulier d’extra-judiciarisation des conflits. La premiĂšre Ă©tape a Ă©tĂ© le dĂ©veloppement de la mĂ©diation bĂ©nĂ©vole dans les quartiers Ă  grande diversitĂ© ethnique de San Francisco, sous la forme de community boards (groupes communautaires). Le modĂšle s’est ensuite dĂ©veloppĂ© dans les Ă©coles oĂč est nĂ©e la mĂ©diation par les pairs, peer mediation, qui visait Ă  ce que les Ă©lĂšves soient mĂ©diateurs dans leurs Ă©coles sur base volontaire. Au QuĂ©bec francophone et anglophone s’est dĂ©veloppĂ©e la mĂ©diation familiale Ă  travers les tribunaux et les services de jeunesse. On le voit, la mĂ©diation s’est inscrite dans un contexte historique, sociologique et philosophique propice au dĂ©veloppement d’un nouveau paradigme de rĂ©solution des conflits en instaurant un modĂšle novateur qui a redonnĂ© aux parties la responsabilitĂ© de leurs diffĂ©rends. Elle s’est dĂ©veloppĂ©e dans diffĂ©rents champs, ce qui a provoquĂ© des tensions entre ces champs.
Je me rappelle m’ĂȘtre dit en attendant dans un tribunal que beaucoup de mĂ©tiers gravitent autour du conflit : la police, les juges, les avocats, les experts, les psychologues, les greffiers, les huissiers, les notaires, les gardiens de prison, etc. Il faut en effet se rendre compte que la mĂ©diation, par l’intervention du mĂ©diateur, bouscule de nombreux fonctionnements systĂ©miques habituels autour du conflit. Il est inĂ©vitable de parler de mĂ©diation sans parler de conflit(s) et inĂ©vitable aujourd’hui de parler de conflit(s) sans mentionner la mĂ©diation. La mĂ©diation prend le conflit pour point de dĂ©part et procĂšde au « comment » le traverser, le vivre, le rĂ©soudre ou non. La mĂ©diation s’est progressivement immiscĂ©e, en un peu plus de vingt ans, dans toutes les sphĂšres de la sociĂ©tĂ©.
Lors d’un des ateliers prĂ©paratifs du colloque sur « le statut et la formation du mĂ©diateur, » les membres de ce groupe abordaient la dĂ©finition de la mĂ©diation. À mon sens, sa spĂ©cificitĂ© par rapport Ă  d’autres mĂ©thodes de rĂ©solution de conflit (MARC), c’est que le mĂ©diateur invite les personnes concernĂ©es par le conflit Ă  ĂȘtre en prĂ©sence, actif et acteur afin de vivre « leur » processus, d’éprouver ce qu’est « ĂȘtre en mĂ©diation ensemble ». Certains parlent de mĂ©diation « indirecte » alors qu’il me semble que la spĂ©cificitĂ© de la mĂ©diation, c’est que les mĂ©dians puissent s’entendre dans leurs diffĂ©rences et construire, pas Ă  pas, une issue parce qu’ils sont lĂ , pleinement responsables, dans un espace-temps qu’ils utilisent pour eux. Les mĂ©dians sont libres de construire une issue ou non, sans pour autant soutenir la vision d’une mĂ©diation pacifiĂ©e et vidĂ©e, toujours et dans tous les cas, de toute forme de tensions. Ils arrivent gĂ©nĂ©ralement de maniĂšre volontaire, mĂȘme si la prescription de la mĂ©diation peut sembler « obligatoire » dans certains cas. Il est intĂ©ressant d’observer que quand il y a une mĂ©diation judiciaire, nous lisons que le juge « ordonne » une mĂ©diation, alors qu’au final les mĂ©diateurs et les mĂ©dians sont libres d’accepter ou non la mĂ©diation. Le poids des mots, le choix des mots pĂšsent sur l’acceptation ou non d’une mĂ©diation.
Parlons de la formation : comment former un mĂ©diateur ? Qui est le mĂ©diateur ? De quoi a-t-il besoin pour construire une identitĂ© professionnelle de mĂ©diateur ? Qu’est-ce que « ĂȘtre mĂ©diateur » ? Qu’est-ce que « faire de la mĂ©diation » ?
Qui est le « mĂ©dian » ? Le terme « mĂ©dian » vient du participe prĂ©sent du verbe « mĂ©dier », c’est-Ă -dire qu’il est « en train de faire la mĂ©diation », il se trouve dans le processus actif de mĂ©diation. Le « mĂ©diĂ© », en revanche, est un participe passĂ©, un produit fini, fixĂ© ou achevĂ©. C’est pourquoi nous prĂ©fĂ©rons le terme « mĂ©dian ». Qui sont les mĂ©dians ? Que font-ils ? Il s’agit de toute personne qui, sur cette base volontaire, accepte de participer au processus d’une mĂ©diation. Les mĂ©dians mĂ©dient avec l’aide d’un mĂ©diateur professionnel et avancent eux-mĂȘmes des propositions, des solutions, des issues Ă  leurs problĂšmes.
Dans la posture de médiateur professionnel, de quoi a-t-il besoin au quotidien, dans sa pratique ? Ce sont toutes les questions abordées dans la formation qui permettront de construire une pratique commune avec des diversités de modÚles et, néanmoins, de maintenir un cadre commun.
Nous avons Ă©galement Ă©voquĂ© la formation continue du mĂ©diateur. Dans la formation de base, chacun apprend effectivement des contenus, des savoirs savants, des savoir-faire, des savoir-ĂȘtre ; mais aussi, et peut-ĂȘtre surtout, chacun doit dĂ©velopper des « savoir-faire-faire », parce qu’en mĂ©diation, il y a un aspect formatif pour les mĂ©dians avec lesquels le mĂ©diateur travaille. Ceux-ci apprennent Ă  faire autrement que ce qu’ils ont pour habitude de faire (crier, frapper, partir, fuir, etc.). Aussi la question essentielle devient-elle : comment le mĂ©diateur va-t-il les y amener sans leur imposer univoquement la bonne conduite Ă  adopter, sans se placer en position de surplomb ? C’est son art. Et son outil principal, c’est lui-mĂȘme. Le mĂ©diateur a, de plus, besoin d’ĂȘtre supervisĂ©, accompagnĂ©, soit en supervision collective, soit en intervision (10 heures), soit encore en supervision individuelle (10 heures). Dans notre programme pĂ©dagogique, la supervision impose de pratiquer in vivo des mĂ©diations et d’ĂȘtre soutenu, guidĂ©, accompagnĂ© dans le processus d’apprentissage en obligeant Ă  se filmer et Ă  s’auto-observer. Former des mĂ©diateurs exige une pluralitĂ© de regards (juridique, psychologie, Ă©thique, dĂ©ontologique, sociologique, systĂ©mique, etc.) sur le mĂ©tier. Nous, en tant qu’équipe, continuons, chaque annĂ©e, Ă  amĂ©liorer nos formations en fonction des retours et des Ă©valuations, tant au niveau des contenus que sur le plan de la pĂ©dagogie d’apprentissage.
Entrer en formation permet de donner une forme nouvelle Ă  sa propre formation initiale. Si la plupart des formĂ©s arrivent avec une formation prĂ©alable, qui peut ĂȘtre une formation diplĂŽmante (bachelier ou maĂźtrise) ou simplement la formation « de la vie », la formation de mĂ©diation constitue nĂ©anmoins un apport nouveau.
Il convient cependant de prĂ©ciser que le terme de diplĂŽme signifie « certificat donnĂ© par l’état ». Pour toute formation Ă  la mĂ©diation, les organismes dĂ©livrent un certificat, qui n’est pas tout Ă  fait la mĂȘme chose qu’un diplĂŽme, mĂȘme s’il est attribuĂ© par les universitĂ©s. Dans le cas des Ă©coles de promotion sociale, il est nĂ©cessaire d’ĂȘtre en possession d’un bachelier, a minima, pour accĂ©der Ă  la « spĂ©cialisation en mĂ©diation ».
Lorsque la formation de mĂ©diateur dĂ©bouchera sur l’acquisition d’un diplĂŽme reconnu, peut-ĂȘtre les jeunes dĂ©cideront-ils de s’orienter vers la profession de mĂ©diateur Ă  l’issue de ses Ă©tudes du secondaire. En tout cas, Ă  l’heure actuelle, parmi les personnes qui se forment Ă  la mĂ©diation, on retrouve des personnes d’horizons trĂšs diffĂ©rents : certains sont avocats, psychologues, comptables ; nous avons aussi formĂ© des hĂŽtesses de l’air qui avaient perdu leur travail Ă  la Sabena ; ou encore, il y a quelques annĂ©es, des personnes qui souhaitent changer d’orientation professionnelle. Nous accueillons une pluralitĂ© de personnes, de tous les Ăąges et de toutes les cultures, dont l’intĂ©rĂȘt pour la mĂ©diation soit s’inscrit dans la continuitĂ© de leur formation initiale soit se fait l’écho d’un vĂ©cu personnel, d’une situation de conflit. Cette hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© au sein des groupes produit un effet positif et favorise l’esprit de tolĂ©rance et d’ouverture dont doit faire preuve le futur mĂ©diateur, de mĂȘme qu’elle permet d’éviter de se retrouver entre professionnels d’un mĂȘme mĂ©tier ; ce qui conduit Ă  accepter de nouvelles formes de travail avec autrui et Ă  modifier ses propres schĂšmes de pensĂ©e et d’action. Il me semble impossible de former sans se remettre soi-mĂȘme en question.
Comme je l’ai dit, la mĂ©diation s’inscrit dans un nouveau paradigme, au sens oĂč, auparavant, la gestion de conflit s’assurait de façon majoritairement verticale. Les personnes concernĂ©es se rendaient chez des membres de sa famille, chez le juge, le prĂȘtre, le notaire ou l’instituteur, lesquels assĂ©naient :
– Voilà ! C’est comme ça et pas autrement.
On tranchait, on punissait, on ordonnait, on menaçait. En mĂ©diation, en revanche, nous partageons avec autrui des façons d’aborder le conflit de maniĂšre horizontale, c’est-Ă -dire que chacun se situe sur un plan le plus Ă©galitaire possible. Ce paradigme requiert de nouvelles compĂ©tences et des qualitĂ©s propres au mĂ©tier. Il me semble utile d’avoir, dans le processus de formation, une pĂ©dagogie interactive dans laquelle les personnes pratiquent activement et interagis...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Copyright
  4. Titre
  5. Table des matiĂšres
  6. INTRODUCTION
  7. THÈME 1. LA MÉDIATION : STATUT ET FORMATION
  8. THÈME 2. LES ENJEUX CULTURELS DE LA MÉDIATION
  9. THÈME 3. LES CONCEPTS DE LA MÉDIATION
  10. THÈME 4. LA POSTURE DU MÉDIATEUR
  11. LECTURE TRANSVERSALE DES DEUX JOURNÉES
  12. PROJECTION VIDÉO