
- 197 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
LACAN OU LE PAS DE FREUD
Ă propos de ce livre
En commentant de façon Ă©clairĂ©e le dire de Lacan, les diffĂ©rents articles de ce livre frayent un chemin dans la suite de la dĂ©marche freudienne. Non sans la dĂ©placer Ă condition de se dĂ©placer soi-mĂȘme et d'expĂ©rimenter soi-mĂȘme les changements de cap et les rebroussements qui font la vie de l'inconscient et de sa logique.
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Informations
Sujet
Psychology1.
IDENTITĂ ET IDENTIFICATION
MĂSAVENTURES DU BILINGUISME
Ătant bilingue, il mâarrive de recevoir, en tant quâanalyste, des patients dâorigine maghrĂ©bine et moyen-orientale qui sâexpriment dans deux langues : le français et lâarabe (le plus souvent lâarabe dialectal). On comprend bien quâils veuillent sâadresser Ă un analyste parlant ces deux langues, mais ce nâest toutefois quâavec lâambiguĂŻtĂ© dâune demande dont on ne voit pas, au premier abord, quelle peut en ĂȘtre lâadresse, bien que lâon y entende gĂ©nĂ©ralement lâeffet dâune revendication identitaire ou lâexpression dâun effet de lâexil et de la sĂ©grĂ©gation.
Câest dâemblĂ©e de cela que Rachid (jâemploie ici un pseudonyme) mâa parlĂ© quand je lâai reçu la premiĂšre fois. ĂgĂ© de trente ans, il sort dâune grande Ă©cole et se trouve nommĂ© depuis quelques annĂ©es Ă un poste de cadre quâil convoitait, mais il souffre de ce quâil appelle « une crise dâidentitĂ© ». Il se sent accusĂ© de vivre comme une trahison son histoire. Il nâarrive pas, dit-il, Ă ĂȘtre lui-mĂȘme ni Ă ĂȘtre entiĂšrement reconnu malgrĂ© ses efforts pour sauver les apparences : parler un français sans accent, aller au travail en costume cravate. Il pousse son souci dâallĂ©geance et dâintĂ©gration jusquâĂ accepter de participer aux pots quâorganisent assez souvent ses collĂšgues et son patron⊠Il a beau essayer de montrer patte blanche en attĂ©nuant les marques dâorigine, tenter de devenir un « semblable » exemplaire, rien nây fait, dâautant quâil porte un prĂ©nom arabo-musulman quâil ne souhaite ni changer, ni franciser.
Ce genre de discours, on lâentend chez de nombreux MaghrĂ©bins et ce dâautant plus quand ils sont appelĂ©s Ă occuper une place enviable dans le monde socio-professionnel, mais ils considĂšrent cependant que leur dĂ©sir de reconnaissance est pour ainsi dire viciĂ© par un trait dâappartenance Ă©tranger. Dans cette problĂ©matique de lâappartenance, Rachid se sent pris entre le regard suspicieux du pays dâaccueil et les attentes soucieuses du pays dâorigine. Doit-on dĂšs lors rĂ©duire lâhistoire de Rachid Ă des dĂ©terminations dâordre culturel et ethnique ?
Rachid est arrivĂ© en France Ă lâĂąge dâun an. Sa famille, aisĂ©e, est attachĂ©e Ă certaines mĆurs et coutumes du pays dâorigine. Comment apprĂ©cier les considĂ©rations dâordre culturel ? Elles seraient tout simplement anecdotiques si elles nâĂ©taient pas prises en compte comme des faits du discours. Il en est de mĂȘme pour les considĂ©rations dâordre ethnique, voire magico-religieuses. Il sâagit alors, pour lâanalyste, de ne pas confondre ce quâil en est de la division subjective du patient, avec la dichotomie imaginaire que soulĂšve lâappartenance Ă lâune ou lâautre culture, Ă lâune ou lâautre langue. La question qui se pose alors est de savoir ce qui se joue quand un sujet use dans la cure de lâune et lâautre langue et dans quelle mesure sa rĂ©fĂ©rence aux deux langues est fonction de la maniĂšre transfĂ©rentielle, dont il conçoit la position de lâanalyste par rapport Ă ces langues.
Il mâa semblĂ© pouvoir dĂ©celer, dans cette rĂ©fĂ©rence, deux sortes dâenjeux.
| âș | Un premier enjeu liĂ© aux mots et expressions arabes, que le sujet peut ĂȘtre amenĂ© Ă profĂ©rer dans le transfert. Il faut bien dire que ces expressions dĂ©notent assez souvent des attitudes de sĂ©duction, des fantasmes de connivence et dâune affirmation des liens dâappartenance Ă la mĂȘme langue maternelle. Ces traits ne sont certes pas propres Ă notre patient bilingue, mais cette pratique de passer dâune langue Ă lâautre pourrait faire naĂźtre, dans la cure, lâoptimisme bĂ©at quâavec lâAutre, les choses pourraient sâarranger. Câest lĂ que lâanalyste se doit dâĂȘtre davantage attentif Ă ce que ces traits de connivence nâen viennent Ă instaurer dans la cure un lien de symĂ©trie et de rĂ©ciprocitĂ© qui rĂ©duirait lâanalyste Ă la position imaginaire dâun semblable. |
| âș | Le deuxiĂšme enjeu est que par-delĂ cette dimension imaginaire, le passage dâune langue Ă lâautre peut avoir aussi des effets dâordre symbolique. Il arrive en effet, quâau dĂ©tour dâune association libre, on assiste Ă lâirruption de mots de lâautre langue. Aussi nâest-il pas indiffĂ©rent que ces mots arabes Ă©mergent spontanĂ©ment au sein de lâexpression française de sorte que lâon peut se demander Ă quelle instance ils renvoient et quel sens peut avoir ce mĂ©lange de langues, ce parler mixte⊠Sâagit-il, dans ce parler, de la profĂ©ration dâun bilinguisme oĂč une expression de la deuxiĂšme langue apparaĂźtrait comme la traduction dâun fragment de la premiĂšre langue ? Ne sâagit-il pas plutĂŽt dâun parler oĂč le jeu des diffĂ©rences interlinguistiques peut nous Ă©clairer sur les conflits psychiques aussi bien que sur les liens de fascination et de haine qui se rapportent Ă lâAutre langue ? Nous le percevons dans le clivage entre les deux langues que Rachid parle parfaitement. Que dire en effet de ce parler en sĂ©ance, truffĂ© de mots arabes oĂč viennent se nicher les affects et les angoisses, voire les sonoritĂ©s colorĂ©es et mĂ©lodieuses, mais aussi les expressions de malaise et de dĂ©tresse ? Que dire de ce parler mixte oĂč se mĂȘlent les langues française et arabe ? Serait-ce un discours pour ainsi dire bi-langue ? |
Bien quâil fĂ»t Ă©levĂ© trĂšs tĂŽt en France, pour Rachid, la langue arabe est celle qui est requise par le champ familial et communautaire, alors que le français est requis pour le travail et les activitĂ©s publiques. Le français apparaĂźt comme un simple moyen de communication, mais on ne peut pas dire pour autant que cette langue soit pour Rachid une langue Ă©trangĂšre. Bien plus, nous constatons que les deux langues peuvent venir spontanĂ©ment sâĂ©noncer dans sa bouche, comme sâil Ă©tait parlĂ© par elles. Faut-il considĂ©rer alors que ces langues autorisent notre patient Ă parler indiffĂ©remment depuis la mĂȘme place, comme sâil sâagissait simplement pour lui de transmettre un contenu (ou un sens) en passant sans discrimination de lâune Ă lâautre langue, ignorant lâaltĂ©ritĂ© de lâInconscient ?
Il est Ă©vident que dans ce parler mixte, toute traduction de lâune Ă lâautre langue sâavĂšre, dans lâanalyse inepte, hors de mise. Une traduction suppose que le sujet, dans sa volontĂ© de communiquer un sens, sache ce quâil veut dire, et possĂšde par consĂ©quent dans les deux langues des mots strictement Ă©quivalents pour dĂ©signer un mĂȘme objet, un mĂȘme Ă©vĂ©nement, etc. Cette supposition relĂšve dâun leurre, car non seulement nous faisons lâexpĂ©rience quâil nây a pas le mĂȘme sans lâAutre, mais aussi il nâest pas du tout indiffĂ©rent pour un sujet de prononcer un mot ou une phrase dans une langue plutĂŽt que dans une autre. Par exemple, le mot arabe ŰŽÙ
Űł schams, « soleil », Ă©voque pour Rachid des affects et des reprĂ©sentations que ne saurait produire le mot soleil en français. Le signifiant schams Ă©voque des reprĂ©sentations sonores, visuelles, etc. qui sont investies dans lâinconscient dâune Ă©nergie libidinale, et ce dâautant plus que ce signifiant se trouve dĂ©tournĂ© de lâemprise du signifiĂ© et est ainsi rendu accessible au dĂ©sir. Ceci nous paraĂźt significatif de la portĂ©e signifiante du langage et de lâinscription de la lettre dans le corps. Comment en saisir le ressort ? Quelle est en effet la portĂ©e de cette inscription ? On pourrait ĂȘtre tentĂ© â comme on nâa pas manquĂ© de le faire â dâexpliquer lâeffet quâinduit, par exemple, le signifiant schams par le fait que la lettre ïșČ en arabe dessine mieux les courbures du corps que la lettre « s » en français (au grand dam de Leiris). On pourrait, dans le mĂȘme registre, considĂ©rer que la lettre ï» Â« aĂŻn », pour prendre un autre exemple, signifie Ă la fois lâĆil et la source, etc. Ce genre de considĂ©rations peut certes avoir son intĂ©rĂȘt, mais il y a tout de mĂȘme une diffĂ©rence entre le statut du symbolique ainsi conçu Ă partir de la calligraphie des lettres arabes et le statut de la lettre en psychanalyse, du moins telle quâon lâentend dans la thĂ©orie lacanienne. Certes, il sâagit, comme on dit, de prendre les formations de lâInconscient Ă la lettre et de montrer comment un sujet ne saurait y ĂȘtre introduit que corrĂ©lativement Ă lâinscription de cette lettre dans le corps. Mais cette inscription ne nous semble pas relever dâune quelconque affinitĂ© figurative entre les mouvements du corps et la forme graphique de la lettre. Cette affinitĂ© relĂšve davantage dâune conception mystique que dâune conception psychanalytique. Est-il besoin de rappeler que ce qui fait la spĂ©cificitĂ© et lâefficace du signifiant nâest ni une figure particuliĂšre, ni un sens quelconque ? La spĂ©cificitĂ© du signifiant est dâĂȘtre diffĂ©rent de tous les autres signifiants. Câest prĂ©cisĂ©ment parce que le signifiant est une pure diffĂ©rence que la crise dâidentitĂ© dont se plaignait Rachid peut se comprendre comme une dĂ©fense contre lâangoisse. On comprend alors aussi pourquoi, quand il sâagit de parler de sexe, voire de nommer le sexe, Rachid use plus facilement de lâexpression française, comme si les mots arabes Ă©taient frappĂ©s de tabou, comme sâils Ă©taient chargĂ©s de connotations honteuses, de sorte que le recours Ă la langue française arrive Ă bon escient⊠Quâest-ce qui autorise au juste un tel recours ?
Nous pouvons aborder la question Ă partir du fait que la langue maternelle est celle-lĂ mĂȘme oĂč sâest instaurĂ© lâinterdit de lâinceste et que, par consĂ©quent, la prise du Sujet dans le sexuel ne saurait se faire sans lâimplication de la dimension de lâAutre. Mais oĂč situer cette dimension dans le discours de Rachid ? Serait-ce dans la langue Ă©trangĂšre ? Et comment, alors, une langue Ă©trangĂšre pourrait-elle effectivement caractĂ©riser cette altĂ©ritĂ© ? Quâun sujet puisse apprendre cette langue et la maĂźtriser dans lâespoir de combler la distance entre ce qui est familier et ce qui est Ă©tranger nâimplique pas quâil puisse sây reconnaĂźtre, pas plus dâailleurs quâil ne peut Ă©chapper, dans sa langue maternelle, au malentendu et parfois Ă lâirruption dâune certaine inquiĂ©tante Ă©trangetĂ©. Cela dit, on ne saisit pas pourquoi lâaltĂ©ritĂ© devrait requĂ©rir une langue Ă©trangĂšre, ni en quoi celle-ci serait nĂ©cessaire Ă lâĂ©nonciation du dĂ©sir ou mĂȘme Ă sa censure. Dire que lâInconscient est structurĂ© comme un langage, cela suppose-t-il que lâInconscient parle une langue Ă©trangĂšre ? Freud semble le penser, bien que lâĂ©trangetĂ© quâil Ă©voque ne soit pas celle de la langue dâune autre culture ou dâun autre peuple. La psychanalyse nous montre bien que lâĂ©trangetĂ© est dans la langue, tout comme dâailleurs lâest la rĂ©sistance. Câest du moins le sens que donne Lacan Ă la barre sĂ©paratrice dans son algorithme « S/s = Signifiant/signifiĂ© » oĂč il montre que cette barre, qui est rĂ©sistante Ă la signification, est aussi nĂ©cessaire au surgissement de la signification. La rĂ©sistance est Ă ce point inhĂ©rente Ă la langue quâelle peut avoir le sens dâun interdit : interdire au dĂ©sir de passer la barre, dâadvenir directement. Dans sa difficultĂ© Ă dĂ©passer la barre, le dĂ©sir est amenĂ© alors Ă biaiser, Ă dĂ©jouer la rĂ©sistance, en ne commettant dans la parole que des incursions fugitives⊠Le bilinguisme ne lui offre-t-il pas un meilleur accĂšs, une plus libre circulation ? Nous avons tout lieu de croire quâil fait plutĂŽt miroiter au sujet la possibilitĂ© dâun sens commun qui serait au-delĂ des manifestations insensĂ©es de lâInconscient. Pourtant, il est intĂ©ressant de constater comment, en analyse, certains glissements linguistiques dâune langue Ă une autre peuvent susciter divers comportements symptomatiques : quâon se rappelle combien est instructif, dans le cas par exemple de LâHomme aux loups, le passage du signifiant allemand Glanz « brillant » Ă celui de Glance en anglais qui veut dire « regard »⊠On sait combien ce glissement productif a Ă©tĂ© largement commentĂ©. Il comporte toutefois un Ă©cueil : dans ce quâon appelle le parler mixte, le sujet peut fort bien entretenir lâespoir dâune rĂ©conciliation au-delĂ de toute division et nourrir la fascination pour une Autre langue, sans perte, dont la maĂźtrise comblerait lâĂ©cart entre le signifiant qui reprĂ©sente le Sujet et les autres Signifiants.
Pour Rachid, la langue française, avons-nous dit, lui sert de langue publique, mais il faut corriger en prĂ©cisant que le français nâest pas complĂštement Ă©tranger au domaine du privĂ©. Pourtant, il faut bien reconnaĂźtre que la langue française sâaffirme ici au dĂ©triment de la langue maternelle, laquelle se trouve relĂ©guĂ©e en arriĂšre-plan en devenant pour Rachid une langue en souffrance, clandestine, et ceci dâautant plus que le registre de lâAutre se confond pour lui avec le registre de lâĂ©tranger. DĂšs lors, dans son rapport de filiation Ă cet Autre comme Ă©tranger, Rachid se trouve engagĂ© dans un ravalement de la vie amoureuse, un ravalement qui jusquâalors lui convenait, mais qui commençait Ă devenir problĂ©matique avec lâĂąge, comme il dit, lâĂąge de se marier et de fonder un foyer Ă lâinstar des autres membres de la famille. Or, Rachid connaĂźt depuis quelques annĂ©es une femme avec laquelle il entretient une relation sexuelle ; il la dĂ©sire mais elle ne correspond pas Ă ce que doit ĂȘtre une bonne Ă©pouse, ni pour ses parents, ni pour lui-mĂȘme dâailleurs. Seulement voilĂ , il nâarrive pas, dans son projet de mariage, Ă trouver une femme Ă son goĂ»t, malgrĂ© les efforts dĂ©ployĂ©s par la famille et les multiples occasions qui lui sont offertes pour rencontrer une fille « comme il faut », « digne et respectable ».
Il vivait de plus en plus mal cette division jusquâau moment oĂč il sâest trouvĂ© amenĂ©, au cours de son analyse, Ă se demander si la crise dâidentitĂ© dont il se plaignait, quand il vint me voir au dĂ©but, nâĂ©tait pas en fin de compte liĂ©e Ă ce quâil nous faut bien appeler une crise de lâidentitĂ© sexuelle. Il y a lĂ un dĂ©placement dans le questionnement de Rachid qui marque un pas dans son analyse en amorçant un virage subjectif, une bascule dans son discours : dĂ©sormais, il nâapprĂ©hende plus la question de lâidentitĂ© comme Ă©tant liĂ©e Ă son appartenance Ă un groupe particulier, ethnique ou religieux. Il a pu saisir comment certains insignes communautaires, qui avaient pour lui une signification identitaire, se sont avĂ©rĂ©s nâĂȘtre quâemblĂšmes purement formels. Nous voyons alors comment ce qui nourrit cette revendication identitaire relĂšve de lâillusion de pouvoir restaurer le mythe dâune origine pure, une origine qui nâaurait connu lâeffet dâaucune division. Nous voyons aussi comment cette revendication se rĂ©active Ă chaque fois que Rachid se sent laissĂ© pour compte et quand surgissent pour lui et pour les siens les pratiques dâexclusion et dâintolĂ©rance, bref quand la langue ne lui ouvre plus les perspectives dâun enjeu et dâun sens nouveaux⊠Cela dit, il ne sâagit pas pour nous dâassimiler les manifestations culturelles Ă des mĂ©canismes de dĂ©fense, ni de nier les ravages que peuvent provoquer les pratiques de sĂ©grĂ©gation et les effets de la haine raciste. Seulement, nous nous fourvoyons si nous nâĂ©valuons pas Ă sa juste mesure le caractĂšre imaginaire de la cohĂ©sion et de lâidentitĂ© que peut confĂ©rer la culture au Sujet. LâexpĂ©rience nous montre, dâune part, comment les exigences identitaires sâĂ©rigent comme une fiction dâagencement totalitaire et se dressent en rempart contre toute manifestation de dĂ©liaison ou de division. Dâautre part, elle montre comment le Sujet auquel nous avons affaire en analyse vient pour ainsi dire parasiter ces exigences identitaires, de sorte que nous ne pouvons dâaucune maniĂšre le dĂ©finir â ce Sujet â comme Ă©tant identique Ă soi. DĂšs lors, on comprend pourquoi il ne sâagit pas, en analyse, de consoler le sujet de son mal dâexil, mais de lui permettre dâen analyser lâimpact et lâenjeu en lâarrachant au mythe de lâinnocence et Ă la revendication du droit sacrĂ© au sol. Est-il besoin de rappeler que le site de la parole est certes un lieu, mais un lieu sans territoire ?
Rachid croyait avoir trouvĂ© quelque rĂ©pit Ă son ravalement amoureux en dĂ©cidant de quitter la France, les parents et son analyste, pour partir avec sa maĂźtresse dans un pays francophone lointain avec comme bagage un contrat de travail raisonnable. Sâagit-il lĂ dâune fuite ? Disons quâil sâagit dâun compromis qui permet Ă Rachid de se dĂ©gager de lâemprise du pĂŽle familial et communautaire et qui, en mĂȘme temps, lui tĂ©moigne quâil est encore dans la tradition, bien quâil ait pu, comme nous lâavons soulignĂ© plus haut, consentir Ă cette perte de la fiction identitaire. Cependant, son arrachement Ă ladite fiction nâĂ©quivaut pas pour autant Ă une sĂ©paration. Ce fut plutĂŽt lâoccasion pour lui dâun dĂ©ploiement pulsionnel, oĂč il ne pouvait sâengager dans lâaffirmation de son dĂ©sir que sur le mode dâun Ă©garement. Cet arrachement serait sans fin, si une altĂ©ritĂ© ne venait pas tamponner cette errance et court-circuiter lâeffet dâun bilinguisme toujours apte Ă susciter chez le Sujet le mirage dâun mĂ©talangage susceptible dâescamoter le travail de toute division.
« COMMENT PEUT-ON ĂTRE PERSAN ? »
Il est Ă©tonnant que cette question de lâIdentitĂ© revienne sur la scĂšne analytique marocaine, alors que plusieurs congrĂšs lui ont Ă©tĂ© consacrĂ©s ces derniĂšres annĂ©es. Quâest-ce q...
Table des matiĂšres
- Couverture
- 4e de couverture
- Copyright
- Titre
- PRĂFACE
- 1. IDENTITĂ ET IDENTIFICATION
- 2. DE FREUD Ă LACAN
- 3. DE LâANALYSTE
- 4. LOGIQUE ET PSYCHANALYSE
- 5. LE GRAND AUTRE ET LE RĂEL
- TABLE DES MATIĂRES
- Parus dans la collection « Lire en psychanalyse »