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Démocratie, Technoscience et Ecologie
Champs pragmatiques de la rationalité pluraliste
- 296 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
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Démocratie, Technoscience et Ecologie
Champs pragmatiques de la rationalité pluraliste
À propos de ce livre
La rationalité pluraliste est une exigence de la raison critique qui se développe à partir de la conscience de la finitude et de la condition humaine. Elle consacre la reconnaissance de la pluralité de modes de pensée et des visions du monde, et porte au respect des différences, de la diversité des opinions, au dialogue et au souci écologique. Ces valeurs sont posées comme facteurs de résolution des dissensions sociales, des défis politiques et écologiques qui contrarient notre époque.
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Informations
VII DE L’ORDRE ÉCOLOGIQUE TRADITIONNEL AFRICAIN À L’HUMANISME COSMOPHILE
En 1992, Luc Ferry publia un livre sur ce qu’il a, à juste titre, intitulé Le nouvel ordre écologique191. Un ordre écologique qui semble inverser la hiérarchie des êtres en plaçant l’homme au bas d’une échelle axiologique qui hisse l’arbre et l’animal au sommet, tous deux au-dessus de l’homme. Cet ouvrage entendait circonscrire le problème écologique tel qu’il se pose dans le monde moderne. Il formule les interrogations, relève les enjeux majeurs que la problématique écologique soulève et oriente vers une éthique de l’environnement qui fait alliance avec la démocratie. Le sous-titre de l’ouvrage met en lumière le renversement de l’ordre écologique ancien, résolument anthropocentrique, au profit du nouvel ordre moderne qui place l’arbre et l’animal avant l’homme. Cet ordre, qui secondarise non seulement le règne animal par rapport au végétal, mais aussi l’homme par rapport aux autres animaux, pose toute la problématique écologique moderne. C’est notamment à Serres, penseur du contrat naturel et partisan de ce nouvel ordre écologique, que Ferry adresse les réflexions critiques formulées dans ce livre. Face au nouvel ordre écologique, nous voudrions cerner ce qui, dans le contexte traditionnel africain, constitue un ancien ordre écologique, sans verser dans l’anthropocentrisme caractéristique de l’ordre écologique moderne qui, chez Ferry, est qualifié d’ancien. L’attention porte sur la tradition africaine, mieux sur les règles qui, à l’époque, régissaient les rapports entre l’homme et la nature afin de comprendre les mécanismes qui ont permis à l’Afrique de préserver la biodiversité. Il s’agira de voir comment la rationalité traditionnelle africaine a pu préserver ce que le rationalisme cartésien aura finalement conduit à détruire. Ce qui nous permettra d’établir un parallélisme entre l’ancien ordre écologique traditionnel africain et le nouvel ordre écologique. Mais, au-delà de tout, il faudra s’interroger sur les capacités de l’Afrique contemporaine à relever le défi écologique et à œuvrer en faveur d’un développement durable. Il n’est pas tant question de vénérer un passé révolu que de reposer la question écologique à partir de la tradition africaine afin de pouvoir évaluer nos aptitudes et mieux nous armer à faire face tant au défi écologique porté par la civilisation technoscientifique qu’à l’exigence humaine d’un développement durable.
Ce chapitre se veut bipartite : d’une part, il indique, très brièvement, les traits majeurs du nouvel ordre écologique, c’est-à-dire du problème écologique tel qu’il se pose dans la tradition postcartésienne et, d’autre part, il part de la rationalité traditionnelle africaine pour penser l’ordre écologique en contexte proprement congolais, voire africain. Le tout se donne comme une réflexion sur les modalités possibilisantes d’un développement durable en contexte africain.
VII.1. Le problème écologique moderne192
L’approche philosophique du problème écologique tel qu’il se pose aujourd’hui trouve chez les modernes les fondements théoriques d’une pratique qui aura consacré, dans les rapports homme/nature, une domination, plutôt une exploitation indisciplinée et démesurée de la nature par l’homme. Un modèle théorique qui plaçait la fierté et la grandeur de l’homme, mieux d’une civilisation, dans le degré des performances de ses moyens d’exploitation finalement dévastateurs de la nature. L’ampleur de cette exploitation est telle que la nature se trouve dévastée au point que sa destruction rebondit sur l’homme et le menace lui-même de disparition.
En effet, la pensée moderne, essentiellement anthropocentrique, considère le monde comme une donnée disponible, manipulable, exploitable pour la satisfaction des besoins de l’homme. La nature y est perçue comme une machine régie par des lois dont la connaissance permet à l’homme de s’en servir à souhait. C’est en ce sens déjà que, comme l’a si bien relevé Dominique Dron193, Galilée affirmait que « le livre de la nature est écrit en langage mathématique », alors que Bacon comme Rabelais orientaient vers une exploitation de la nature au bénéfice de l’homme. Ainsi, Bacon assigne à la science la mission « de dominer la nature pour accroître le bien-être de la société ». On comprend pourquoi Novum Oganum reproche à Aristote de développer une science qui ne contribue pas à améliorer les conditions de vie de l’homme, une science somme toute dépourvue d’efficacité instrumentale. De son côté, Rabelais demande que « la forêt hostile laisse place à une campagne accueillante ». Cette vision appréhende la nature comme un obstacle que l’homme doit vaincre pour sa réalisation. Ici, la nature est perçue comme adversaire de l’homme. Les deux sont dans une relation d’opposition appelée à déboucher sur la victoire de l’homme. L’homme moderne est marqué par une conscience belliqueuse expansive. Non seulement, avec Hobbes, il voit en chacun un loup pour un autre homme, mais il considère la nature comme un obstacle à vaincre pour sa réalisation. Radicalisant à ce propos les points de vue de ses prédécesseurs, Newton considère que la nature est strictement explicable grâce aux mathématiques et à l’observation. Toutes ces idées philosophiques concourent à asseoir la conquête de la nature et la prédominance de l’homme sur elle. Mais c’est avec Descartes que l’affirmation de cette ascendance semble recevoir ses lettres de noblesse dans la distinction établie entre la res cogitans et la res extensa, qui consacre l’autorité, la préséance ou la supériorité de la substance pensante (sur l’étendue) appelée à se rendre, grâce à la science, maître et possesseur de la nature : « Car elles (connaissances des notions générales touchant la physique) m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature »194.
L’anthropocentrisme qui se formule ainsi chez Descartes sonne en même temps comme un mot d’ordre donné par le père du rationalisme moderne. Ce mot d’ordre aura une portée paradigmatique pour l’esprit de la modernité. En effet, grâce au perfectionnement des moyens techniques rendu possible par la science, la modernité a développé une rationalité qui s’évalue par rapport à son efficacité, à sa capacité d’atteindre des fins techniques. C’est l’essor de la rationalité instrumentale grâce à laquelle, on peut le dire, le projet cartésien s’est accompli. En effet, l’homme, par une sorte d’exploitation sans merci, a réussi à dompter la nature sauvage et ses forces hostiles, à vaincre l’agression des besoins biologiques et est devenu véritablement maître et possesseur de la nature. Maître, il domine la nature, en maîtrise les lois, la manipule et la dompte ; possesseur, il la réduit au rang d’objet et de bien de propriété dont le droit définit les règles de partage, et l’économie évalue la hauteur de la richesse à la mesure de la quantité des biens accumulés.
On pourrait ici se demander si cette libido dominandi qui revêt chez Descartes la force d’un projet de société ne trouve pas ses fondements dans l’impératif biblique fait à l’homme de dominer la terre et de la soumettre. Seulement voilà, l’ordre divin intimé à l’homme s’interprète bien comme un devoir de responsabilité chargeant l’homme de dompter la nature et d’y instaurer un ordre qui rende simplement la vie agréable195. Il convient d’indiquer, à ce propos, que l’Église apprécie la justesse du Cantique du soleil attribuée à Saint François d’Assise qui, en fait, est une célébration de la fraternité universelle des créatures divines et constitue véritablement l’hymne des écologistes : « Loué sois-tu, mon seigneur, en toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil ; (…) loué sois-tu, mon Seigneur, par et pour Sœur lune et les étoiles…, par et pour frère vent, par et pour l’air et par et pour les nuages, et l’azur calme et tous les temps, par lesquels tu donnes soutien à tes créatures… par et pour sœur eau, (…) par et pour frère feu,… par et pour sœur terre notre mère qui nous porte et nous nourrit »196.
Cette hymne typique de la vision chrétienne de la nature met en exergue le concours de différentes créatures à la vie. Elle est loin du sentiment de mépris à la base de l’arrogance anthropocentrique et de l’exploitation sauvage dont souffre la nature. Elle ordonne toutes les créatures au projet bienfaisant de Celui qui, chaque fois, dût conclure à la bonté de l’œuvre de la création. Loin de toute volonté d’appropriation, de possession et de domination, la fraternité universelle ainsi célébrée entre toutes les créatures fonde plutôt un rapport d’amitié avec la nature, « une joie pure d’exister au milieu des choses,… une adhésion sans réserve, enthousiaste, au monde, (…) une communion avec toutes les créatures »197 qui ne cautionne pas la perspective anthropocentrique moderne. Quoi qu’il en soit, la libido dominandi, telle qu’elle prend forme avec les modernes, s’appuie sur la libido sciendi. Le souci de domination, l’ambition de puissance et de gloire sont soutenus par le désir de connaître, par l’essor de la science moderne dite objective, positive et qui consacre le triomphe et l’hégémonie de la rationalité calculatrice. L’évolution de la science moderne se répercute sur l’amélioration des moyens techniques qui assure la domination de l’ordre des choses, des biens, des êtres qui entourent l’homme, bref de la nature. Il y a ici comme une relation qui consacre le règne de l’homme et la servitude de la nature. Et, sans conteste, l’homme devient maître de la nature.
Cependant, la maîtrise de la nature par l’homme ne va pas sans poser des problèmes. L’homme moderne a perdu de vue l’existence d’une interaction vitale qui fait dépendre la vie des terriens de l’environnement pour ne pas dire de la nature, de telle sorte que l’action dominatrice, écrasante, exercée sur la nature se répercute sur l’ensemble des créatures et finit par menacer l’espèce humaine d’asphyxie et même d’extinction. C’est la dialectique de la raison qui, comme Adorno et Horkheimer l’avaient perçu à juste titre, engendre son contraire et dégénère dans la déraison. Le rationalisme cartésien semble ainsi culminer dans la promotion d’une société qui souffre d’une pathologie diagnostiquée dans ce que Taylor désigne comme Le malaise de la modernité198. Ce sentiment de menace et de malaise motive une forte dynamique de pensée en faveur d’une raison engagée à la protection de la nature comme condition de possibilité de la vie sur terre.
Aux États-Unis d’Amérique se fit entendre l’une des plus célèbres et stridentes voix contre le mépris cartésien de la nature et la colonisation moderne qui s’est ensuivie. On en vint à plaider la cause de la nature et de ses droits. Dans un article consacré à la défense des droits légaux pour les objets naturels, le juriste américain milite pour l’attribution, selon sa propre expression, « des droits légaux aux forêts, aux océans, aux rivières et, généralisa-t-il, à tous ces objets qu’on appelle “naturels” dans l’environnement, voire à l’environnement tout entier »199. Le combat mené aux USA recevra un écho favorable auprès des juristes français. Ceux-ci récusent le monopole de la personnalité juridique accordée par l’humanisme moderne à l’humanité au mépris de la nature. Bien entendu, avant Stone, c’est au régime nazi et à l’engagement personnel d’Hitler que nous devons « les deux législations les plus élaborées que l’humanité ait connues en matière de protection de la nature et des animaux », bien que, dans ce contexte, on peut faire sienne l’interrogation de Luc Ferry qui, parodiant l’heureuse formule de Marcel Gauchet, se demande si « l’amour de la nature » ne dissimulait pas mal « la haine des hommes »200.
La remise en question de l’humanisme moderne, et de l’utilitarisme qui l’accompagne, constitue la base, le lieu commun d’une pluralité des courants de pensée investis, bien qu’avec des tonalités différentes, dans la défense de la cause de la nature. Ces différents courants philosophiques se démarquent les uns des autres selon qu’ils radicalisent ou nuancent tel ou tel autre aspect de la question.
Quoi qu’il en soit, de tous les courants écologiques contempo...
Table des matières
- Couverture
- 4e de couverture
- Collection Science, éthique et société
- Titre
- Copyright
- Avant-propos
- INTRODUCTION
- I – LE DISCOURS ÉLECTORAL À L’AUNE DE LA RATIONALITÉ PLURALISTE
- II – … ET SI BARABBAS GAGNAIT LES ÉLECTIONS ?
- III – DE LA DÉMOCRATISATION À LA SOCIALISATION DÉMOCRATIQUE
- IV – TECHNOLOGIE ET CULTURE. ENJEUX POUR LE DEVENIR DE L’AFRIQUE
- V – MONDIALISATION, TECHNOLOGIE ET CULTURE
- VI – ALTÉRITÉ ET DÉVELOPPEMENT DURABLE
- VII – DE L’ORDRE ÉCOLOGIQUE TRADITIONNEL AFRICAIN À L’HUMANISME COSMOPHILE
- VIII – POUR LA SOCIALISATION ÉCOLOGIQUE
- IX – ÉCO-SOCIALISATION DES ENTREPRISES ET DU MONDE DU TRAVAIL
- CONCLUSION GÉNÉRALE
- BIBLIOGRAPHIE
- Table des matières