Pratiques et langages du genre et du sexe :
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Pratiques et langages du genre et du sexe :

Déconstruire l'idéologie sexiste du binarisme

  1. 260 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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Pratiques et langages du genre et du sexe :

Déconstruire l'idéologie sexiste du binarisme

À propos de ce livre

« Nous ne sommes qu'au commencement d'une révolution dans le monde de la science des genres » (Rothblatt, 1995, 89). Ce volume entend apporter sa contribution à ce qui apparait en effet comme une véritable révolution copernicienne qui nous invite à dépasser l'appréhension binaire du sexe et du genre et à déconstruire les mécanismes par lesquels l'idéologie binaire s'insinue...

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Informations

Éditeur
EME Editions
Année
2016
ISBN de l'eBook
9782806657725

Partie 1

Féminin/masculin
dans les pratiques sociales

Pour une mise en mots des identités de sexe et de genre à l’occasion de la journée internationale de la femme

Agnès MENOUNA-JUCHS

Modyco
Université Paris Descartes
Ce travail repose sur une analyse discursive de la journée internationale des droits des femmes (désormais JIF), laquelle apparaît comme une journée d’exception. Ceci dans la mesure où elle met en valeur des femmes dites d’exception aux professions ou métiers d’exception, notamment dans la presse. À ce propos, ces métiers d’exception concernent ceux dits majoritairement masculins. Notre contribution cherche à mettre l’accent sur un paradoxe discursif établi entre le sexe et le genre, autrement dit entre le sexe biologique des individus et des représentations ou des identités sociales qui leur sont assignées à travers des affiches féministes1. Ce paradoxe part de deux hypothèses. La première consiste à mettre en cause la JIF comme une journée centrée sur l’homme. En effet, certains énoncés rendent compte d’une surestimation masculine. Ce qui revient à dire que la JIF met l’accent non sur la promotion des femmes mais sur celle des hommes et de la domination masculine. C’est en particulier dans certaines affiches féministes qu’est perçue l’accentuation de cette promotion des hommes. La seconde hypothèse, complémentaire à la première, réside dans une mise en évidence de la masculinité des femmes comme un élément valorisant pour les femmes. Ces deux hypothèses nous amènent, à travers une analyse des énoncés de cette JIF, à constater davantage une sorte de fixité ou de figement des représentations sociales et leur hiérarchisation. De ce fait, se profile dans les énoncés étudiés une communion sexe biologique et sexe social, comme si ce dernier était le fondement de la différence sexuelle anatomique. Cette fusion – que l’on pourrait par ailleurs rapprocher à une fusion entre le naturel et le culturel voire entre l’inné et l’acquis, comme s’il en existait un lien de cause à effet – apparaît dans les discours de mobilisation et de lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes comme une norme, un fait naturel.
Après un bref rappel sur l’articulation des notions de sexe et de genre, nous essayons de mettre au jour quelques paradoxes et ambiguïtés discursifs de la JIF et le discours émergent en essayant de montrer que des identités sociales de genre (ou le genre en tant que sexe social) ne constituent pas des catégories figées. Pour mener cette analyse, un corpus des Unes des journaux et des affiches de mobilisation de cette journée a été constitué.
1. Corpus
Des affiches féministes et des Unes des journaux locaux ont été sélectionnées suivant deux critères. Le premier, considéré comme principal, a été de prendre en compte celles portant les mentions JIF ou JF ou 8 mars sur des affiches et des Unes de journaux. Pour le second critère, une attention particulière a été portée aux titres privilégiant les rapports de hiérarchie entre les hommes et les femmes. On note par exemple ceux qui mettent en avant les expressions telles que pouvoir, combat, inégalités, parité, etc. Le corpus est composé de 14 premières de couvertures des journaux locaux et de 7 affiches d’organismes féministes parmi lesquels Marche Mondiale des femmes, Care France, Public service international (PSI).
2. Articulation des notions de sexe et de genre
La distinction de ces deux notions est à rapprocher de l’opposition entre le naturel et culturel, voire le construit. Nous considérons le sexe comme une donnée biologique, naturelle, classificatoire, permettant de distinguer les êtres humains, une donnée qui considère le fait d’être une femme ou un homme, qui impose la différenciation sexuée. Nous employons de temps à autre les termes de différenciation sexuelle ou sexuée pour parler des identités de sexe socialement et culturellement construites, sexées (Bailly 2008) pour parler de genre.
Quant au genre, précisons tout d’abord sa polysémie. En effet, au plan linguistique, le genre peut renvoyer à une catégorie, un type – par exemple type de discours. L’emploi de ce terme dans le cadre des études féministes – en tant que sexe social, le gender – se confond avec le genre grammatical, catégorie reposant sur la classification des noms. Ce qui crée la sexui-semblance (Damourette et Pichon 1927 : 189), c’est-à-dire un alignement « de la valeur sexuée sur la valeur du genre morphologique » (Houdebine 2006). Pris dans une perspective de la différenciation sexuée, le genre nous apparaît comme une donnée culturellement construite. C’est la raison pour laquelle il est généralement défini comme sexe social, lié aux représentations ou aux rapports sociaux de sexe. De ce fait, le genre ne peut créer le sexe de la même manière qu’il ne peut fusionner avec lui. Ainsi que l’affirme Bourdieu, le sexe biologique c’est-à-dire « la différence anatomique […] peut apparaître comme la justification naturelle de la différence socialement construite entre les genres, en particulier de la division sexuelle du travail » (Bourdieu 1998 : 23-24). Les identités de genre, en tant que données construites socialement ou culturellement, sont souvent assimilées au sexe biologique, comme s’il existait un lien de cause à effet entre le sexe et le genre. En effet, ce dernier ne saurait être, ce nous semble, une mise en application voire une concrétisation du sexe biologique. Selon Françoise Héritier, le genre désigne « la manière de penser, les comportements, les attitudes, les représentations ; c’est une façon de classer les individus ou les choses dans des boîtes mentales qui ont été créées avant nous. En plus du sexe apparent, nous sommes définis par un genre qui est attendu de nous… » (Héritier 2009 : 11). Il « caractérise alors tout ce qui n’est pas biologique, à savoir notamment les attributs psychologiques, […], les rôles sociaux de chaque sexe, aujourd’hui souvent dénommés rôles de sexes » (Vinet 2008). On peut par exemple considérer que rien dans la distinction anatomique des êtres humains ne permet d’attribuer à la femme le rang de dominée et à l’homme celui de dominant. Autrement dit le sexe biologique ne peut être décrit non pas comme le fondement mais la conséquence d’une hiérarchisation des rapports sociaux de sexe. On relève donc une inadéquation entre le sexe des individus – donc leur corps – et le figement des identités genrées, socialement construites.
Contrairement au sexe, considéré comme invariant, le genre apparaît, ainsi que l’indique Marlène Coulomb-Gully, comme « sujet à variations et à évolutions » (Coulomb-Gully 2010 : 172). Précisons qu’on naît naturellement de sexe masculin ou féminin, d’où cette invariance. Sachant par ailleurs que l’idée de variabilité du sexe biologique pourrait être liée à des situations d’exception comme la transsexualité, laquelle n’est plus, ce nous semble, un phénomène naturel mais un choix, un “besoin ou une envie d’être”, et l’intersexualité.
En outre, on peut penser que le sexe est concret – en raison de la différence anatomique et que rien dans cette anatomie n’impose une quelconque hiérarchisation naturelle entre les femmes et les hommes. Par contre, le genre peut être considéré comme une abstraction, une donnée psychique, construite et constituée par le discours ou le langage, une somme de représentations, d’identités matérialisées dans/par des discours. « Ce sont le langage et le discours qui font le genre » (Jami 2008 : 214). Ceci revient à dire que les identités de genre existent parce qu’elles sont réactivées dans les interactions (Biscarrat).2
Dans certains énoncés tirés des affiches féministes liées à la célébration de la journée internationale des droits des femmes, on remarque une sorte de légitimation et de pérennité des rapports de hiérarchisation entre les sexes. Ceci nous amène à les considérer comme des paradoxes discursifs, et idéologiques, de cette journée de mobilisation. Comme nous allons le voir dans les paragraphes qui suivent, le discours construit autour de la JIF tend à montrer que le genre – en tant que identités sociales des sexes, représentations, rapports de hiérarchisation entre les hommes et les femmes – fonde le sexe. En d’autres termes, une sorte de fusion entre le sexe biologique – le naturel donc – et les représentations sociales paraît s’établir.
3. Affiches de la JIF : quelques paradoxes et ambiguïtés discursifs
De nombreux énoncés portant sur l’égalité homme femme ainsi que des grands titres de journaux locaux français à l’occasion de la JIF mettent en évidence une domination persistante des hommes. Ils tendent à (ré) affirmer plus ou moins inconsciemment le pouvoir masculin. Pourtant, cette journée qui apparaît comme la seule journée de mobilisation mondiale3 pour l’égalité entre les sexes – puisque la femme occupe différentes Unes – présente quelques ambiguïtés ou paradoxes. En effet, les discours féminins de mobilisation pour l’égalité – particulièrement dans des affiches – semblent rendre compte d’une forme de contradiction entre la valorisation de la femme et sa mise en mots, ainsi que nous le remarquons dans les exemples ci dessous.
« Donne du pou...

Table des matières

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Copyright
  4. Titre
  5. Pratiques et langages du genre et du sexe : déconstruire l’idéologie sexiste du binarisme
  6. Partie 1 : Féminin/masculin dans les pratiques sociales
  7. Partie 2 : Déconstruire le dualisme
  8. Partie 3 : Supports de l’expression du genre
  9. Table des matières
  10. Dans la collection « Proximités – Sciences du langage »

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