Sorties de crise en Afrique (Tome 2)
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Sorties de crise en Afrique (Tome 2)

Le jeu politique des acteurs

  1. 462 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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Sorties de crise en Afrique (Tome 2)

Le jeu politique des acteurs

À propos de ce livre

La réflexion sur la sortie de crise n'a pas souvent pris en considération le rôle des institutions qui exercent une contrainte sur les manières de faire, de penser et d'agir pour les rendre prévisibles et durables. Cette réflexion éclaire les processus institutionnels de sortie de crise. Qu'est-ce qui explique la sortie de crise par les institutions en Côte d'Ivoire et en RDC? Cet ouvrage y répond à partir d'une étude comparée des processus institutionnels de sortie de crise dans les deux pays.

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DEUXIÈME PARTIE
Le jeu politique des acteurs dans les institutions de sortie de crise

De manière générale, on peut définir le jeu comme un affrontement au cours duquel chacun fait de son mieux pour « gagner » : le comportement des adversaires est alors décrit à l’aide de termes tels que « lucide », « judicieux », « raffiné »…, et se « ramène en fin de compte à la recherche des règles permettant de s’assurer les meilleures chances de succès »8. La sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC s’insère dans la catégorie des « jeux mixtes » dans lesquels, bien que l’élément de conflit soit à l’origine de l’intérêt dramatique, l’interdépendance des protagonistes est partie intégrante de la structure logique du jeu et impose une certaine forme de coopération ou de tolérance, implicite ou explicite, même s’il faut le souligner, cette coopération se limite en fin de compte à parer au risque de destruction mutuelle. La particularité et la complexité de la sortie de crise tiennent au fait qu’il s’agit d’un jeu où s’associent conflit et interdépendance, mieux coopération pacifique et coopération conflictuelle. En cela, elle abrite un « jeu de stratégie », compris ici comme un jeu de comportement dans une situation où la meilleure décision de chacun des acteurs de la transition dépend de l’idée qu’il se fait du choix éventuel de son vis-à-vis9 ; un « jeu de coordination », qui d’un point de vue technique est un jeu de stratégie, mais qui dans le cas d’espèce signifie une situation correspondant à une mise en commun des intérêts10 ; mais également un « jeu à somme non nulle »11 constituant un cas limite et pouvant aller jusqu’au pur conflit, étant donné que la violence est l’« autre moyen » de la politique12. En nous inspirant de Thomas Schelling, on pourrait valablement assimiler la sortie de crise à « un jeu à motivation mixte »13. L’expression « motivation mixte » souligne l’ambivalence des relations entre les acteurs de la transition, le mélange de dépendance réciproque et de conflit, et la complexité du comportement des rivaux associés.
La sortie de crise est un effort de collaboration entre les acteurs du conflit au sein des formules institutionnelles, duquel ces derniers entendent tirer des gains. C’est dire que la décision de chaque acteur du conflit de s’engager dans un processus institutionnel de sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC est fondée sur le postulat de maximisation. Les institutions de transition sont alors des « formes institutionnelles utiles et avantageuses ». Elles sont utiles également parce qu’elles produisent des « mécanismes de coordination »14 qui dans la sortie de crise, sont construits afin de corriger une faiblesse institutionnelle et systémique (Côte d’Ivoire) ou une obsolescence institutionnelle et systémique (RDC). Le jeu des acteurs et leurs préférences sont indissociables de la marche des institutions au cours de la sortie de crise. Les institutions de transition sont une ressource pour les acteurs en vue d’atteindre leurs fins qui sont soit la fin de la sortie de crise, soit la perpétuation d’une situation de neutralisation bénéfique pour eux, soit enfin la victoire militaire au terme d’une concurrence guerrière née de l’échec de la concurrence pacifique.
Deux idées fortes émergent de cet argument : la première est que les institutions s’adaptent au gré des objectifs des acteurs ou de l’évolution du rapport de force entre eux. Dans cet ordre d’idées, les différentes transformations dont sont l’objet les institutions de transition dans la sortie de crise sont liées à la volonté des acteurs du conflit d’amener ces dernières à produire les résultats qu’ils leur avaient assignés lors de leur création15 ; à titre d’illustration, les gouvernements de transition successifs en Côte d’Ivoire participent du souci des acteurs politiques d’arriver à une institution de transition qui encadre efficacement les intérêts des acteurs dans la sortie de crise dans ce pays. D’autre part, les acteurs qui sont conscients du basculement du rapport de force en leur faveur à un moment donné de la sortie de crise, se lancent très souvent dans l’adaptation des institutions de transition afin que ces dernières reflètent l’évolution de l’environnement politique de ce moment16. À titre d’illustration, les accords de Ouagadougou sont le fait de l’évolution de l’environnement politique de la sortie de crise en Côte d’Ivoire17, la sortie de crise était demandeuse d’une nouvelle adaptation pour tenir compte du rapport de force en Côte d’Ivoire, c’est-à-dire entre les deux forces détentrices des moyens de puissance dans ce pays. Les dynamiques d’interactions stratégiques entre les acteurs dans la sortie de crise, permettent de penser le pouvoir dans les ordres politiques en voie de sortie de crise comme un attribut fluctuant ou dynamique entre les différents groupes et acteurs qui participent au conflit de transition. Cela dit, la notion d’équilibre comme principe directeur des institutions18 est épisodique et en perpétuelle renégociation au cours de la sortie de crise.
Les institutions de transition en Côte d’Ivoire et en RDC sont le lieu des rapports de forces décisifs à la fois en tant qu’éléments de mobilité ou de dynamique sociale et politique, mais aussi en tant que cadres de luttes pour la définition de la forme, du sens et de la hiérarchie pendant ou après la transition. Le rapport de force se rapportant lui-même à des luttes desquelles se dégagent ou non des consensus qui apportent des réponses à la sortie de crise. Conçue comme un processus institutionnel de pacification politique marqué par une dynamique d’économisation de la violence, la sortie de crise n’a que peu de liens avec l’activité stratégico-tactique des acteurs du conflit ; ces derniers y sont le plus souvent poussés par la conjoncture, et même les processus institutionnels de pacification politique par les accords de paix sont parfois générateurs et constituants de crise. Dès lors, la sortie de crise par les institutions de transition est caractérisée, en gros, par une séquence historique du type « intégration-désintégration-réintégration »19 qui parfois voit les engagements politiques et psychologiques s’effriter ou s’effondrer, diluant ainsi le compromis des accords précédents, et rendant de ce fait, les acteurs du conflit à nouveau disponibles à la pratique de la discrimination ami-ennemi.
Ainsi, saisir les processus de sortie de crise à partir du jeu politique des acteurs, c’est éviter de faire le bilan du déploiement des institutions de transition en Côte d’Ivoire et en RDC, c’est éviter de faire un récapitulatif qui permettrait de conclure à un succès relatif de la sortie de crise en RDC et à une sortie de crise par la concurrence guerrière en Côte d’Ivoire. Notre approche désenchantée de l’action des institutions de transition au cours de la sortie de crise, permet de comprendre ce qui se joue au sein de celles-ci ; pourquoi la sortie de crise a non seulement traîné à parvenir à sa fin et s’est soldée sur un constat d’échec en Côte d’Ivoire et qu’est ce qui explique le succès relatif de la sortie de crise en RDC ? Pourquoi les processus institutionnels de sortie de crise apparaissent si laborieux, si incertains voire si alambiqués ? Appréhender les processus institutionnels de sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC sous le prisme du jeu politique des acteurs contribue davantage à éclairer ces processus. Il s’agit pour nous de dire en paraphrasant l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, qu’« on ne sort pas d’une guerre, comme on sort d’un dîner-gala ». Cette analyse est également partagée par André Guichaoua et Claudine Vidal qui soutiennent que : « Les logiques de guerre cèdent difficilement la place aux logiques de paix lorsque les leaders retirent leur autorité et leur légitimité des crises et des comportements sécuritaires qu’elles induisent »20.
Il en découle que les situations de sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC correspondent à des jeux d’intérêts ou à des motifs mixtes, c’est-à-dire des situations de coopération coexistant avec des situations conflictuelles. Ainsi, appréhender le jeu politique des acteurs dans les institutions de sortie de crise nous amènera à envisager la sortie de crise à la fois comme une conjoncture d’expression de la faiblesse relative des institutions (chapitre III), et une conjoncture de poursuite de la concurrence qualifiante entre acteurs (chapitre IV).

8 Schelling (Thomas C.), Stratégie du conflit, Paris, PUF, 1986, p. 15.
9 Idem, p. 115.
10 Ibidem, p. 119.
11 Le jeu à somme nulle est un jeu dans lequel les préférences des acteurs sont en parfaite corrélation « inverse », la victoire de l’un conditionnant la défaite de l’autre.
12 En cela la perspective schmittienne adoptée plus haut est aussi clausewitzienne. Pour une récente analyse des implications de la pensée schmittienne, lire Jouin (Céline), « Violence de l’universalisme ? Les internationalismes du XXe siècle au miroir de la pensée schmittienne », Université de Rennes I, Centre Marc Bloch, Berlin, 2009.
13 Schelling (Thomas C.), Stratégie du conflit, op. cit., p. 119.
14 Thelen (Kathleen), “Historical Institutionalism…, op. cit., p. 381.
15 Idem, p. 56. Pour plus de développements sur les problèmes de renégociation, voir Farrell (Joseph), Maskin (Eric), « Renegotiation in Repeated Games », Mimeo, Harvard University, 1986 ; voir également Pearce (David G.), « Renegotiation-Proof Equilibria : Collective Rationality and Inter-temporal Cooperation », Mimeo, Yale University, 1987.
16 Pierson (Paul), “The Path to European Integration : A Historical Institutionalist Perspective”, Comparative Political Studies 29, 1996, pp. 123-163.
17 La victimisation des peuples du Nord musulman face aux populations du Sud chrétien étant devenue moins pertinente avec le temps, la décision n° 2005/01/PR du 5 mai 2005 portant autorisation à titre exceptionnel des candidats à l’élection présidentielle de 2005 ayant résolu la question de la candidature contestée d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle.
18 Sur les théories du choix rationnel appliquées à la science politique et particulièrement à l’étude des transitions politiques, Shepsle (Kenneth A.), « Studying Institutions : Some Lessons from the Rational Choice Approach », Journal of Theoritical Politics, vol. 1, n° 2, 1989, pp. 131-147.
19 Dobry (Michel), Sociologie des crises politiques, op. cit., p. 18.
20 Guichaoua (André) et Vidal (Claudine), « Les politiques internationales dans la région des Grands Lacs africains », Politique africaine, n° 68, décembre 1997, Introduction, pp. 3-10, p. 7.

CHAPITRE III
La sortie de crise, conjoncture d’expression de la faiblesse relative des institutions

Dans les ordres politiques en voie de sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC, les institutions n’ont pas brillé par leur capacité à façonner le procès politique ou à produire les résultats politiques comme en témoignent leur inscription laborieuse dans le processus de pacification politique et leur renégociation permanente et constante au cours des processus de paix dans les deux pays. La sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC est une conjoncture qui permet de relativiser les travaux des tenants de l’institutionnalisme historique qui insistent sur la force des institutions, sur leur capacité à orienter le comportement et les actions des acteurs et à transformer les normes sociales21. Elle est donc une conjoncture spécifique qui s’inscrit en faux contre le fétichisme institutionnel de ces auteurs pour qui, les institutions ont la capacité de modeler les contextes dans lesquels elles prennent place et d’imposer des configurations politiques spécifiques22. Certes la perspective développée par ces auteurs n’occulte pas les acteurs, leur subjectivité et leur impact, cependant, elle ne met pas suffisamment l’accent sur le jeu des acteurs, mieux elle sous-estime les rapports de forces décisifs en tant qu’éléments de dynamique sociale et cadres de définition de sens.
Aborder la sortie de crise comme conjoncture d’expression de la faiblesse relative des institutions, veut dire que nous restons fidèle à notre postulat de départ, celui du déterminisme relatif des institutions dans les processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC. Cette perspective ne prétend pas que les institutions seraient devenues inutiles au cours de ces processus. Elle insiste sur l’importance de l’environnement dans lequel se déroule le processus et du jeu politique des acteurs dans la définition ou non des consensus qui apportent des réponses à la sortie de crise. Elle souligne que la sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC ne se produit pas dans un vide institutionnel, mais que le contexte généré par les institutions de transition tout en posant des contraintes, offre des possibilités d’action qui sont déterminantes pour ce processus. De plus, la nature intrinsèque des institutions de transition explique en partie la faiblesse relative de ces dernières au cours de la sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC.
Ainsi, la sortie de crise comme conjoncture d’expression de la faiblesse relative des institutions est révélée par la difficile affirmation des institutions comme réalité objective et subjective en Côte d’Ivoire et en RDC (Section I). Par ailleurs, cette faiblesse relative des institutions au cours de la sortie de crise dans les deux pays est rendue possible grâce aux influences de l’environnement interne et externe (Section II).

SECTION I : La difficile affirmation des institutions comme réalité objective et subjective

Selon Jacques Chevallier, tout processus d’institutionnalisation se déroule en trois temps : l’intériorisation par lequel les institutions se détachent des individus qui les ont fait naître ; l’objectivation, par lequel elles acquièrent l’apparence d’une réalité objective et l’extériorisation, au terme duquel elles sont incorporées au vécu de chacun23. Cependant, la sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC se révèle comme une expérience particulière d’institutionnalisation. En effet, la conjoncture politique particulière (le conflit) qui a présidé à leur mise en place et les rapports de forces particuliers qui ont caractérisé le processus de cristallisation des institutions de sortie de crise expliquent en partie leur faible capacité à rendre la sortie de crise effective.
Ainsi, contrairement à ce qu’écrit Paul Pierson24, une fois que les processus institutionnels de sortie de crise se sont extériori...

Table des matières

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Copyright
  4. Titre
  5. Parus dans la même collection
  6. INTRODUCTION – Ce que les acteurs font de la sortie de crise
  7. DEUXIÈME PARTIE – Le jeu politique des acteurs dans les institutions de sortie de crise
  8. CONCLUSION GÉNÉRALE – Les issues multiples de la sortie de crise
  9. Bibliographie
  10. Table des matières