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Sociologie de la musique
La construction sociale du son des "tribus" au numérique
- 364 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
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Ă propos de ce livre
Les individus sont immergés dans le son, ils l'alimentent, le consomment, dans un processus continu de redéfinition de leurs propres identités. A l'Úre du numérique, l'interactivité et la connectivité participent à la définition de nouveaux langages et de modalités inédites de communication. Cet ouvrage est un guide indispensable pour ceux qui cherchent à s'orienter dans le monde de la musique et à comprendre le rapport complexe qui se joue entre les langages musicaux et notre réalité sociale.
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Informations
Sujet
MusicSECONDE PARTIE
MUSIQUE, MĂDIAS ET CULTURE DE MASSE
CHAPITRE 5
Mondes artistiques et distinction sociale : Becker et Bourdieu
5.1 Préambule
La premiĂšre partie de cet ouvrage est centrĂ©e sur les thĂ©ories de certains des principaux auteurs de la sociologie â considĂ©rĂ©s parmi les auteurs classiques de la discipline â qui, au cours de leurs travaux, ont Ă©galement analysĂ© les phĂ©nomĂšnes musicaux, engageant les premiĂšres rĂ©flexions sur la sociologie de la musique. Cette seconde partie, quant Ă elle, approfondie la popular music, les mĂ©dias, la culture de masse et la culture juvĂ©nile, en particulier sur le rapport entre les langages musicaux et le dĂ©veloppement technologique suite aux transformations sociales et culturelles advenues au siĂšcle dernier.
Comme indiquĂ© prĂ©cĂ©demment, la relation entre musique et sociĂ©tĂ© a fait lâobjet de rĂ©flexions importantes chez les auteurs classiques de la sociologie. Toutefois, ce nâest que rĂ©cemment que les formes de production, de distribution et de rĂ©ception de la musique sont devenues des objets dâenquĂȘte plus Ă©laborĂ©s. Lâart world approach de Becker (1982) en sociologie, la sĂ©miotique du discours musical en musicologie, lâĂ©tude de la music making en ethnographie et les contributions microsociologiques de Tia DeNora (2000 ; 2003), pour ne citer que quelques exemples, ont enrichi de maniĂšre significative le dĂ©bat scientifique sur la sociologie de lâart et de la musique (Sparti, 2005). Tel que soulignĂ© auparavant, les facteurs sociaux qui interviennent dans chaque forme de production culturelle sont multiples et imputent des champs divers. Les phĂ©nomĂšnes musicaux, et de maniĂšre plus globale, lâart, sont Ă©troitement liĂ©s aux diffĂ©rentes dynamiques et relations sociales qui caractĂ©risent les contextes dans lesquels ils sâexpriment.
Au siĂšcle dernier, le dĂ©veloppement des communications, des technologies, des transports et des mĂ©dias a abattu des barriĂšres, supprimĂ© des frontiĂšres, dĂ©placĂ© les marges et les limites, provoquant une accĂ©lĂ©ration des processus dâhybridation qui ont traversĂ© toutes les formes de langage. En outre, le dĂ©veloppement des moyens de communication va de pair avec les principales transformations culturelles et institutionnelles du monde moderne. Les mĂ©dias, comme le rappelle John B. Thompson (1995), crĂ©ent de nouvelles modalitĂ©s dâaction et dâinteraction sociales dĂ©connectĂ©es des relations interpersonnelles et du partage dâun mĂȘme environnement. De plus, ils transforment la structure spatiale et temporelle Ă lâintĂ©rieur de laquelle se constituent et se diffusent les diffĂ©rentes formes symboliques et de pouvoir. Les changements significatifs qui ont touchĂ© la sociĂ©tĂ© contemporaine contribuent ainsi Ă la construction de systĂšmes sociaux, culturels, Ă©conomiques et productifs de plus en plus complexes. La pluralitĂ© des formes culturelles et la multiplicitĂ© des contextes sociaux mettent la sociologie de la musique et de lâart face Ă la nĂ©cessitĂ© dâutiliser de nouvelles catĂ©gories interprĂ©tatives pour pouvoir dĂ©chiffrer ces transformations. Les produits artistiques sâinscrivent Ă lâintĂ©rieur de dynamiques Ă©conomiques et de pouvoir qui orientent les processus culturels et qui sont Ă leur tour influencĂ©s selon une relation de rĂ©ciprocitĂ©. La musique, parmi toutes les formes de communication, endosse un rĂŽle de plus en plus dĂ©terminant en tant quâĂ©lĂ©ment actif et source de sens dans les processus de construction symbolique et sociale. Comprendre et interprĂ©ter les langages musicaux et les diffĂ©rentes formes expressives qui caractĂ©risent la simultanĂ©itĂ© nâest possible quâĂ lâintĂ©rieur dâune rĂ©flexion plus large sur les dynamiques sociales et culturelles. Lâart et la musique sont le rĂ©sultat de processus collectifs construits socialement, et en tant que tels, sâexpriment de plus en plus en concordance avec les diffĂ©rents facteurs qui investissent le rapport entre moyens de communication, culture, pouvoir et Ă©conomie.
Dans ce chapitre, nous rapportons certaines des principales thĂ©ories des sociologues Howard S. Becker, Diana Crane et Pierre Bourdieu (1930-2002) qui, mĂȘme lorsquâils ne traitent pas directement de musique ou dâart, offrent des points de vue relevants et des catĂ©gories interprĂ©tatives utiles pour comprendre les diverses relations qui prennent place dans la sociĂ©tĂ© et les formes de production et de rĂ©ception musicales qui sây expriment. Nous avons choisi de prĂ©senter les thĂ©ories de ces trois chercheurs contemporains dans lâoptique dâune rĂ©flexion qui cherche Ă comprendre les phĂ©nomĂšnes artistiques et musicaux par le biais de lâanalyse plus complexe des diffĂ©rents facteurs qui contribuent Ă la construction des processus culturels.
Avant dâentrer dans le vif des thĂ©ories en question et pour mieux contextualiser les thĂšmes prĂ©sentĂ©s dans cette seconde partie du volume, il est nĂ©cessaire dâĂ©tablir quelques observations gĂ©nĂ©rales de nature sociologique sur le concept de culture et plus prĂ©cisĂ©ment sur les diffĂ©rentes formes de culture urbaine. Les discussions et lâĂ©tendue de la littĂ©rature autour de la sociologie de la culture mĂ©riteraient un dĂ©veloppement adĂ©quat ; cependant, dans le cadre de cet essai, nous nous limiterons Ă ne reporter que quelques brĂšves considĂ©rations Ă ce sujet.
La culture, comme le rappelle Franco Crespi (2006, trad. it., p. 20), sâexprime Ă travers « un ensemble polyvalent, diversifiĂ© et souvent hĂ©tĂ©rogĂšne de reprĂ©sentations, codes, textes, rituels, modĂšles de comportement, valeurs, qui constituent, dans chaque contexte social spĂ©cifique, un ensemble de ressources, dont la fonction spĂ©cifique se dĂ©finit de maniĂšre variĂ©e suivant les moments ». Le sociologue relĂšve que la culture peut alors ĂȘtre dĂ©finie comme « lâensemble des formes symboliques publiquement disponibles Ă travers lesquelles les individus expĂ©rimentent et expriment des significations, ou bien comme une boĂźte Ă outils (tool kit) ou encore comme un rĂ©pertoire, contenant des symboles, des rĂ©cits, des rituels et des conceptions du monde, que les individus [âŠ] peuvent utiliser dans des contextes particuliers variant avec le temps » (Ibid.). Le terme global de culture, poursuit Crespi, ne doit donc pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme « un systĂšme cohĂ©rent de significations, mais plutĂŽt comme un ensemble complexe de ressources, Ă partir duquel, au fur et Ă mesure, les acteurs de la sociĂ©tĂ© tirent des Ă©lĂ©ments utiles Ă la dĂ©finition de la rĂ©alitĂ© naturelle et sociale tout comme Ă celle de leur propre identitĂ©, ainsi que les modalitĂ©s stratĂ©giques et les orientations de leur façon dâagir » (Ibid., p. 97). On peut, par ailleurs, distinguer « culture dominante » et formes de « contre-culture », de « sous-culture » ou de « culture des minoritĂ©s » ; « culture dâĂ©lite » et « culture populaire » ou « de masse », ainsi que « culture de classe », « culture des mouvements », media culture, « culture juvĂ©nile », et ainsi de suite. Toutefois, les processus de contamination entre les diffĂ©rentes formes culturelles qui, Ă travers le dĂ©veloppement des moyens de communication ont subi une importante accĂ©lĂ©ration, donnent vie Ă une culture toujours plus hybride dans des sociĂ©tĂ©s toujours plus complexes, au sein desquelles il est difficile de dĂ©finir les frontiĂšres.
La sociologue amĂ©ricaine Diana Crane (1994) Ă©galement, souligne la pluralitĂ© des modĂšles culturels, faisant une distinction entre culture enregistrĂ©e (recorded), qui comprend toutes les formes documentĂ©es de culture (textes Ă©crits, films, disques, produits Ă©laborĂ©s par lâhomme, mĂ©dias Ă©lectroniques, etc.), et culture non enregistrĂ©e (unrecorded) qui se rĂ©fĂšre aux comportements, aux croyances, aux valeurs partagĂ©es, pouvant ou non trouver une expression dans les formes enregistrĂ©es de culture. Crane (1992) sâexprime par ailleurs sur le concept de cultures urbaines quâelle dĂ©finit comme des « cultures de classe » dans la mesure oĂč elles reflĂštent les valeurs, les comportements et les ressources des groupes sociaux qui les consomment. Ces derniĂšres contribuent Ă dĂ©finir les frontiĂšres politiques et sociales et Ă consolider le prestige et le statut social de lâĂ©lite (Baltzell, 1979 ; DiMaggio, 1982). Les grandes mĂ©tropoles internationales montrent une incroyable variĂ©tĂ© de cultures urbaines, qui va de la production de graffitis Ă la mise en scĂšne dâimposantes Ćuvres lyriques. Pour comparer les contextes dans lesquels ces cultures Ă©mergent ainsi que leurs consĂ©quences sur les structures urbaines, il est dâabord nĂ©cessaire de trouver un moyen de les classer (Ibid.). Nous reportons ci-dessous les principales rĂ©flexions au sujet des « mondes culturels » formulĂ©es Ă partir des thĂ©ories de Becker et de Crane.
5.2 Howard S. Becker et Diana Crane : les mondes de lâart
Howard S. Becker (1982), reprĂ©sentant de renom de la Nouvelle Ăcole de Chicago, nomme les cultures urbaines « mondes de lâart » (art worlds) ou « mondes culturels », que ceux-ci se rattachent Ă la culture savante ou Ă la culture populaire. Il distingue plusieurs mondes artistiques, qui peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des systĂšmes sous-culturels, chacun ayant leur physionomie propre. Ă partir de lĂ , le sociologue opĂšre une distinction entre diffĂ©rents types dâartistes : les « rebelles », les « professionnels intĂ©grĂ©s », les « naĂŻfs » et les « artistes folks ou populaires ». Cette typologie montre comment lâart peut ĂȘtre Ă la fois intĂ©grĂ© Ă la sociĂ©tĂ©, avec les professionnels ou donner naissance Ă des mouvements de critique et dâopposition Ă lâordre en place en introduisant une dimension innovante, avec les rebelles (Ibid.).
Un monde de lâart â soutient, par ailleurs, Becker (1982, trad. fr., pp. 58-59) â se compose de toutes les personnes dont les activitĂ©s sont nĂ©cessaires Ă la production des Ćuvres bien particuliĂšres que ce monde-lĂ (et dâautres Ă©ventuellement) dĂ©finit comme de lâart. Des membres dâun monde de lâart coordonnent les activitĂ©s axĂ©es sur la production de lâĆuvre en sâen rapportant Ă un ensemble de schĂ©mas conventionnels incorporĂ©s Ă la pratique courante et aux objets les plus usuels. Les mĂȘmes personnes coopĂšrent souvent de maniĂšre rĂ©guliĂšre, voire routiniĂšre, de sorte quâun monde de lâart se prĂ©sente comme un rĂ©seau de chaĂźnes de coopĂ©ration qui relient les participants selon un ordre Ă©tabli. Si ce ne sont pas exactement les mĂȘmes personnes qui interviennent ensemble chaque fois, leurs remplaçants ont une aussi bonne connaissance des conventions applicables en lâespĂšce, si bien que la coopĂ©ration peut se poursuivre sans heurt. Les conventions facilitent lâactivitĂ© collective et permettent des Ă©conomies de temps, dâĂ©nergie et dâautres ressources.
Crane (1992), partant des thĂ©ories de Becker et citant Gilmore (1987), distingue trois mondes culturels diffĂ©rents en fonction de la classe sociale du public qui consomme habituellement les diverses productions culturelles et des caractĂ©ristiques dominantes des environnements de production : rĂ©seaux (network), petites entreprises de type profit et organisations de type non-profit. En dâautres termes, la sociologue amĂ©ricaine soutient que les cultures urbaines produites dans chacun de ces contextes organisationnels ont des caractĂ©ristiques spĂ©cifiques. En particulier, certaines dâentre elles sâinscrivent dans un contexte de rĂ©seaux sociaux informels composĂ©s de « crĂ©ateurs » et de « consommateurs ». Les organisations culturelles intĂ©grĂ©es (embedded) dans ces rĂ©seaux procurent les ressources nĂ©cessaires Ă la production, Ă la diffusion et Ă la mise en valeur de leurs produits. Selon Crane, ces network attirent des jeunes qui ont des idĂ©es culturelles innovantes et qui, dans le mĂȘme temps, cherchent Ă mettre en place des feedbacks continus entre les crĂ©ateurs et entre les crĂ©ateurs et leurs publics. La naissance de nouveaux styles culturels, rappelle Crane (1992, trad. it., p. 152), « est habituellement accompagnĂ©e de la formation de nouveaux rĂ©seaux sociaux, parfois en tant que sous-ensembles de rĂ©seaux existants. Quand ils se croisent, ces rĂ©seaux offrent des contacts avec des crĂ©ateurs dâautres types de culture, ce qui permet Ă de nouvelles idĂ©es et Ă de nouvelles approches de se diffuser rapidement dâun rĂ©seau Ă lâautre ». Ă ce sujet, on pense Ă la production culturelle des centri sociali12 des annĂ©es 1990 en Italie et Ă la diffusion des produits musicaux juvĂ©niles par le biais de circuits alternatifs, non officiels, facilitĂ©s par un riche rĂ©seau de relations sociales entre les diffĂ©rentes rĂ©alitĂ©s urbaines et extra-urbaines (Savonardo, 1999). Ă titre dâexemple, on peut Ă©galement interprĂ©ter dans ce sens la production intense de la chanson dite nĂ©o-mĂ©lodique typique de la rĂ©alitĂ© napolitaine qui doit sa diffusion Ă une utilisation particuliĂšrement significative des rĂ©seaux sociaux de ses « crĂ©ateurs » et de ses « consommateurs ». La combinaison dâun rĂ©seau social et de petites entreprises culturelles de type profit semble ĂȘtre particuliĂšrement favorable Ă une production culturelle esthĂ©tiquement originale et/ou idĂ©ologiquement provocatrice. Nous pouvons aussi citer comme exemple le phĂ©nomĂšne musical des Posse qui, en Italie, au-delĂ de lâautoproduction, repose sur la collaboration entre les artistes des centri sociali et les petits labels discographiques, ces derniers contribuant Ă la promotion et Ă la diffusion du produit non seulement dans des niches de marchĂ© mais aussi sur des marchĂ©s plus larges (Ibid.).
Un second genre de monde culturel sâorganise autour des petites entreprises de type profit dans lesquelles lâorganisation est centrale pour lâactivitĂ© des crĂ©ateurs plutĂŽt que le rĂ©seau. Lâobjectif est de produire des Ćuvres qui plaisent Ă un public ou Ă une clientĂšle en particulier au lieu de surprendre et de provoquer. Becker (1982) affirme que, dans ce cas, les crĂ©ateurs sâapprochent de la figure de lâartiste-artisan qui prĂ©fĂšre produire des objets qui sont beaux et harmonieux plutĂŽt que singuliers et « de rupture ». Cette catĂ©gorie accueille surtout les organisateurs issus des classes moyennes qui vendent des produits ou des manifestations culturelles.
Le troisiĂšme genre de monde culturel est celui qui tourne autour de lâorganisation non-profit dont lâobjectif propre est « la conservation des traditions artistiques et ethniques existantes plutĂŽt que la crĂ©ation de nouvelles traditions. En rĂ©alitĂ©, les crĂ©ateurs sont souvent des exĂ©cutants qui rĂ©interprĂštent les Ćuvres dâautres crĂ©ateurs, morts pour la plupart » (Crane, 1992, trad. it. p. 153). On pense, par exemple, aux activitĂ©s culturelles des maisons dâopĂ©ra les plus prestigieuses (le San Carlo de Naples, la Scala de Milan, etc.), des Conservatoires de musique, des fondations et des organismes de conservation des biens artistiques, historiques et culturels.
Selon Crane (1992), si nous considĂ©rons la culture comme une source de pouvoir et un indice du statut social, la culture urbaine tend Ă ĂȘtre perçue comme une prĂ©rogative des classes moyennes et supĂ©rieures qui sont habituellement plus visibles par les classes infĂ©rieures et reçoivent plus frĂ©quemment des aides des institutions ou des sponsors. Il existe une tendance diffuse â poursuit la sociologue amĂ©ricaine â qui consiste Ă ignorer le fait que les classes moyennes infĂ©rieures et ouvriĂšres ont leurs propres formes de culture urbaine qui renforcent leur statut et leur identitĂ©, gĂ©nĂ©ralement en tant que membres de groupes ethniques ou de minoritĂ©s spĂ©cifiques. Les cultures urbaines dĂ©veloppent ainsi des fonctions similaires pour des classes diffĂ©rentes et cherchent Ă exprimer les diffĂ©rences qui existent entre les classes sociales et, au sein des classes, entre les diffĂ©rents groupes et identitĂ©s ethniques. Selon lâanalyse de Crane, qui se rĂ©fĂšre en particulier aux grandes villes amĂ©ricaines, chacun des trois secteurs organisationnels de la culture urbaine a un objectif principal propre : la crĂ©ation dâune culture originale, la vente de la culture et la conservation de la culture. Les ressources sont plutĂŽt consacrĂ©es Ă la vente et Ă la conservation quâĂ une crĂ©ation culturelle originale, mais câest ce dernier secteur qui est gĂ©nĂ©ralement Ă la source de nouvelles idĂ©es, des images et des sons qui se rĂ©pandent Ă dâautres contextes rĂ©gionaux et nationaux, surtout grĂące Ă la reproduction dans dâautres environnements urbains et, plus rarement, sous diverses formes de divertissement mĂ©dia.
Pour en revenir aux thĂ©ories de Becker, celui-ci souligne le fait que la production dâĆuvres dâart est le fruit dâun processus de coopĂ©ration qui implique lâutilisation de cette richesse relationnelle que Bourdieu (1980) dĂ©fini comme « capital social ». Selon Becker, en effet, les artistes et les musiciens ne sont pas des « gĂ©nies » qui travaillent dans un isolement total, ils dĂ©pendent au contraire de nombreux autres individus qui les assistent dans la production et la distribution de leurs Ćuvres auprĂšs du public. Becker, par consĂ©quent, considĂšre lâart tout comme la musique, comme un processus collectif dans lequel, outre la personnalitĂ© de lâartiste, les « professionnels du domaine artistique » Ă savoir les critiques dâart, les mĂ©cĂšnes, les collectionneurs et les institutions (Ă©coles dâart, universitĂ©s, galeries dâart, musĂ©es, public, marchands dâart), jouent un rĂŽle dĂ©terminant. Lâensemble des interactions entre ces divers acteurs de la sociĂ©tĂ© contribue Ă dĂ©finir le monde artistique en le distinguant des autres formes de production.
Jâai considĂ©rĂ© lâart â affirmer Becker (1982, trad. fr., pp. 21-23) â comme un travail, en mâintĂ©ressant plus aux formes de coopĂ©ration mises en jeu par ceux qui rĂ©alisent les Ćuvres quâaux Ćuvres elles-mĂȘmes ou Ă leurs crĂ©ateurs au sens traditionnel. [âŠ]
Cette démarche semble diamétralement opposée à la tradition dominante dans la so...
Table des matiĂšres
- Couverture
- 4e de couverture
- Copyright
- Titre
- Sommaire
- PRĂFACE Ă LâĂDITION FRANĂAISE
- Préface
- INTRODUCTION : Langages musicaux et sciences sociales
- Remerciements
- PREMIĂRE PARTIE : PERSPECTIVES THĂORIQUES
- SECONDE PARTIE : MUSIQUE, MĂDIAS ET CULTURE DE MASSE
- CONCLUSIONS : La construction sociale de lâexpĂ©rience sonore
- Postface
- Glossaire
- Bibliographie