Les archives ont changé. Les gestionnaires de celles-ci doivent relever les défis de cette évolution. Trente-cinq d'entre eux issus de tous les milieux professionnels ont accepté de partager leurs réflexions, en fonction de leur(s) expérience(s) ou de leur angle d'observation, sur l'évolution de leur métier dans quinze ans.

- 430 pages
- French
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Histoire du mondeLes archives en 2030
De la donnĂ©e (signifiant) Ă lâinformation sur la donnĂ©e (signifiĂ©) au service des documentalistes et autres publics
Roger ROBERTS
1. Introduction : Vers de nouveaux fondements
Sous la pression omniprĂ©sente des technologies de numĂ©risation, la production documentaire ne cesse dâĂ©voluer ! Un document numĂ©rique est un ensemble de donnĂ©es informatiques (autre quâun programme informatique ou fichier systĂšme) qui est visualisĂ©, sans ĂȘtre matĂ©rialisĂ©. Le document numĂ©rique permet de sĂ©parer lâaspect prĂ©sentation (mise en forme, mise en pageâŠ) de lâaspect contenu (donnĂ©esâŠ), offrant Ă la fois lâintĂ©gration de diffĂ©rents modes dâexpression (audio, vidĂ©o, photo, texte, ainsi que la possibilitĂ© dâune exploitation combinĂ©e).
Le dĂ©veloppement de rĂ©seaux informatiques a permis de distribuer et dâĂ©changer ces documents Ă©lectroniques sans pouvoir rĂ©soudre le problĂšme de multiples incompatibilitĂ©s de formats de fichiers (traitements de texte, tableurs et Ă©diteurs graphiquesâŠ)
Les documents numĂ©riques audiovisuels ajoutent une dimension complĂ©mentaire : la time-line. Lâaudiovisuel est un tout temporel qui aujourdâhui est fragmentĂ© par le numĂ©rique510. En effet, les technologies numĂ©riques dĂ©ploient Ă la fois deux logiques :
- Une logique de fragmentation. Un document audiovisuel numĂ©risĂ© est un objet audiovisuel explosĂ©, en unitĂ©s de calcul de maniĂšre Ă pouvoir interagir avec chaque fragment constitutif du document. Ce qui compte, ce nâest pas tant la notion de fragment que celle de fragmentation. Dans le numĂ©rique, il y a toujours une fragmentation (supĂ©rieure ou infĂ©rieure) quâil est possible de faire en fonction de la granularitĂ© de lâobjet (Ă©lĂ©ment signifiant ultime).
- Une logique de recomposition libĂ©rĂ©e des contraintes du support physique. La libertĂ© que permet le calcul numĂ©rique, permet de recomposer des contenus, des programmes qui vont pouvoir ĂȘtre consultĂ©s, abordĂ©s, prĂ©levĂ©s et reconstruits diffĂ©remment selon la multiplicitĂ© des utilisateurs. Dans le processus de reconstruction, il nây a pas seulement une logique de fragmentation/recomposition, il y a aussi in fine :
- Une logique de reprĂ©sentation. Lors dâun codage et conformĂ©ment au rich-media, il est dĂ©sormais possible dâintĂ©grer des contenus et des Ă©lĂ©ments hĂ©tĂ©rogĂšnes comme la vidĂ©o, lâimage, le son, la photo, le texte, les graphiquesâŠ, dans un environnement numĂ©rique. Le terme consacrĂ© est « virtualisation ». Lâanalogique disposait dâune unitĂ© de support qui gĂ©nĂ©rait un contexte, une globalitĂ©. Avec les technologies numĂ©riques, câest exactement lâinverse ; la fragmentation est spontanĂ©e. Câest un principe de fonctionnement de base du numĂ©rique.
Ă partir de fragments, il faut donc reconstruire lâunitĂ© sur une base sĂ©mantique.
Ă partir dâun code donnĂ©, de fragments donnĂ©s, il devient alors possible dâeffectuer des reconstructions Ă©ditoriales variĂ©es. Il est possible de rĂ©-interprĂ©ter, de re-contextualiserâŠ
Cette reconstruction Ă©tant variable, quel rapport, quelle intĂ©gritĂ© et identitĂ© du contenu allons-nous pouvoir avoir entre ces diffĂ©rents fragments, reconstituĂ©s Ă partir des fragments dĂ©construits par la numĂ©risation des documents, et des contenus audiovisuels sinon celle offerte par les technologies nouvelles gĂ©rant des mĂ©tadonnĂ©es explicites et des modĂ©lisation sĂ©mantiques susceptibles dâĂ©changer entre des systĂšmes fermĂ©s, basĂ©s sur des modĂšles plats (exportation de listes dâattributs).
2. Les principes de lâinteropĂ©rabilitĂ©
LâinteropĂ©rabilitĂ© est la capacitĂ© que possĂšde un systĂšme, dont les interfaces sont intĂ©gralement connues, Ă fonctionner avec dâautres systĂšmes existants ou futurs sans restriction dâaccĂšs ou de mise en Ćuvre.
Il convient de distinguer « interopĂ©rabilitĂ© » et « compatibilitĂ© ». Pour ĂȘtre simple, on peut dire que la compatibilitĂ© est une notion verticale qui fait quâun outil peut fonctionner dans un environnement donnĂ© en respectant toutes les caractĂ©ristiques ; et lâinteropĂ©rabilitĂ© est une notion transversale qui permet Ă divers outils de pouvoir communiquer Ă partir du moment oĂč leurs fonctionnements sont connus. Les diffĂ©rents systĂšmes et applications diverses doivent pouvoir interagir de façon continue dans un processus.
Compte tenu du fait que lâunivers audiovisuel est composĂ© dâĂ©lĂ©ments hĂ©tĂ©rogĂšnes (donnĂ©es, bases de donnĂ©es, sĂ©mantiqueâŠ) produits par des constructeurs divers, avec des mĂ©thodes variĂ©es, qui rĂ©pondent Ă des besoins spĂ©cifiques⊠lâinteropĂ©rabilitĂ© consiste Ă dĂ©finir une base explicite, une norme ou un ensemble de normes, que chaque Ă©lĂ©ment dâun systĂšme va « implanter » dans son propre fonctionnement.
Un exemple de systĂšmes interopĂ©rables est le tĂ©lĂ©phone. Toutes les interfaces sont des normes gĂ©rĂ©es par lâUIT-T. Cette norme joue un double rĂŽle : dâabord un indicateur de la façon dont le dialogue entre les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments doit sâopĂ©rer ; et ensuite une passerelle de communication qui doit sâadapter aux besoins changeants des Ă©lĂ©ments. De ce fait, il existe un vĂ©ritable marchĂ© des pĂ©riphĂ©riques, des outils de tĂ©lĂ©communication, des logicielsâŠ
LâinteropĂ©rabilitĂ© est un concept fondateur pour les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communication mondiaux comme le tĂ©lĂ©phone et lâInternet. Par essence, des matĂ©riels divers et variĂ©s sont mis en Ćuvre dans ces rĂ©seaux hĂ©tĂ©rogĂšnes aux cĂŽtĂ©s dâune panoplie encore plus vaste de matĂ©riels informatiques et de logiciels.
Du point de vue de lâingĂ©nierie des systĂšmes (vision universitaire), lâinteropĂ©rabilitĂ© informatique pilote lâinteropĂ©rabilitĂ© globale de lâensemble de lâĂ©conomie. Dans presque tous les domaines dâactivitĂ©, des systĂšmes informatiques gĂ©nĂšrent des donnĂ©es, pilotent des systĂšmes de contrĂŽle, des systĂšmes de gestion, interconnectent des citoyens, des entreprises, des ĂtatsâŠ
Dans le domaine des tĂ©lĂ©communications lâEuropean Telecommunications Standards Institute (ETSI) distingue quatre couches dâinteropĂ©rabilitĂ© :
1. Interopérabilité technique : associée aux composants hardware/software, aux systÚmes et aux plate-formes qui permettent la communication machine/machine. Cette couche est centrée sur les protocoles de communication et les infrastructures nécessaires pour opérer ces protocoles.
2. Interopérabilité syntactique : associée aux formats et aux modÚles de représentation des données.
3. InteropĂ©rabilitĂ© sĂ©mantique : associĂ©e Ă la signification du contenu, et donc concerne lâinterprĂ©tation humaine du contenu et non celle des machines. LâinteropĂ©rabilitĂ© Ă ce niveau implique quâil y ait une comprĂ©hension commune de la signification du contenu Ă©changĂ©.
4. InteropĂ©rabilitĂ© organisationnelle : associĂ©e Ă la capacitĂ© des organisations de communiquer de maniĂšre effective. Sâappuie sur les trois couches prĂ©cĂ©dentes. Peut dĂ©pendre de la culture de lâorganisation.

Figure 1 : European Telecommunications Standards Institute interoperability model
LâinteropĂ©rabilitĂ© dans lâespace implique que les diffĂ©rents clients puissent, aux Ă©tapes-clĂ©s fonctionnelles, extraire du systĂšme des donnĂ©es dans un format qui soit indĂ©pendant du format propriĂ©taire pour une exploitation propre ou en vue de les transmettre vers dâautres fournisseurs Ă©ventuels. Le producteur dâinformations est le propriĂ©taire des donnĂ©es.
Les mĂ©canismes qui assurent lâinteropĂ©rabilitĂ© (dans lâespace) sont assez proches des mĂ©canismes qui assurent la persistance (dans le temps). Si dâun point de vue conceptuel, lâinteropĂ©rabilitĂ© est conçue correctement, la persistance ne devrait poser aucun problĂšme. Cette Ă©quivalence implique donc que les propriĂ©tĂ©s sĂ©mantiques nĂ©cessaires Ă lâarchivage persistant sont de mĂȘme nature que les propriĂ©tĂ©s nĂ©cessaires Ă la construction de lâinteropĂ©rabilitĂ© entre des systĂšmes indĂ©pendants.
3. Les évolutions de la visualisation/manipulation des objets
3.1. à volution pharaonique de la résolution des images
La taille moyenne des tĂ©lĂ©viseurs vendus ne cesse dâaugmenter. AprĂšs trentesept pouces en 2012, on est passĂ© en 2013 Ă trente-neuf pouces. Cette donnĂ©e reflĂšte la masse des tĂ©lĂ©viseurs installĂ©s dans les foyers, confondant modĂšles principaux et secondaires⊠Manifestement, la technologie HD pĂ©nĂštre les foyers plus vite que les outils de production/exploitation des diffuseurs.

Figure 2 : La taille moyenne des tĂ©lĂ©viseurs vendus ne cesse dâaugmenter
Pour profiter pleinement de lâeffet waow, il faut que lâutilisateur puisse se placer Ă une distance idĂ©ale de lâĂ©cran. Celle-ci est fonction de la rĂ©solution de la dalle. Ainsi, considĂ©rant le marchĂ© actuel, on peut distinguer quatre cas de figure :
- RĂ©solution standard (720 x 576) : 4 Ă 6 fois la diagonale de lâĂ©cran ;
- HD Ready (1366 x 768) : 3 Ă 5 fois la diagonale de lâĂ©cran ;
- Full HD (1920 x 1080) : 2,5 Ă 3 fois la diagonale de lâĂ©cran ;
- Ultra HD (3840 x 2160) : 1 Ă 1,5 fois la diagonale de lâĂ©cran.
Dans le domaine du cinĂ©ma, câest lâIMAX qui a donnĂ© le ton en termes de qualitĂ© dâexpĂ©rience du spectateur (QoE : mesure subjective de lâadĂ©quation dâun service par rapport Ă ce quâen attend un usager). IMAX (Image Maximum) est un format de pellicule créé par lâIMAX Corporation, au Canada, qui a la capacitĂ© dâexposer des images dâune plus grande taille et dâune meilleure rĂ©solution que les pellicules conventionnelles.
Du seul fait quâil soit composĂ© de photogrammes qui sâapparentent Ă des photographies, le cinĂ©ma offre une certaine tridimensionnalitĂ©. Comme la photo, il reproduit une reprĂ©sentation codĂ©e de la troisiĂšme dimension (la perspective) sur une surface plane (deux dimensions). De plus, par le mouvement, les effigies immobiles se voient arrachĂ©es Ă la surface plane : le mouvement apporte le relief. « En somme, le secret du cinĂ©ma â dit Christian Metz511 â, câest dâarriver Ă mettre beaucoup dâindices de rĂ©alitĂ© dans des images, qui, ainsi enrichies, restent nĂ©anmoins perçues comme images. »
Lâaugmentation de la rĂ©solution des images sâeffectue sous le signe dâune accentuation des indices de rĂ©alitĂ©, par lâapport de nouveaux Ă©lĂ©ments Ă cette relation images analogiques/mouvement/relief qui constitue la base mĂȘme du cinĂ©ma, autrement dit la tridimensionnalitĂ©. Ă cet Ă©gard le cinĂ©ma Imax, Ă©tant donnĂ© la dimension gigantesque de son Ă©cran (dont les extrĂ©mitĂ©s correspondent aux limites de la vision pĂ©riphĂ©rique du spectateur) et sa grande qualitĂ© dâimage (en ce qui a trait notamment Ă sa luminositĂ©), engendre un pas en avant dans le dĂ©veloppement du relief, intensifiant de la sorte le caractĂšre tridimensionnel des images. Cela sâaccompagne gĂ©nĂ©ralement dâune multiplication des sources sonores.
LâĆil se dĂ©place dĂ©sormais dans un espace dont les contenus sont riches et bien dĂ©finis, le spectateur se retrouve en fait dans la position dâune personne assistant Ă un Ă©vĂ©nement dans un stade ou une salle de spectacles. Cela ouvre des perspectives Ă des captations mono-camĂ©ra en UltraHD avec une structuration de lâunivers sonore dans des configurations de type 22.1 (en comparaison au 5.1 dâaujourdâhui).
La trĂšs haute dĂ©finition ou Ultra Haute DĂ©finition, baptisĂ©e UHD-4K, 4K-8K ou bien encore UHD 2160p selon les fabricants, dĂ©barque dans nos foyers. Cette Ă©volution majeure dans lâunivers du cinĂ©ma sâapprĂȘte avec ses huit millions de pixels Ă dĂ©trĂŽner la rĂ©solution Full HD 1080p de la tĂ©lĂ©vision (HDTV 1080p) qui nâen affiche que deux millions ! LâUHD-4K concerne aussi bien les tĂ©lĂ©viseurs UHD-4K et les vidĂ©oprojecteurs UHD...
Table des matiĂšres
- Couverture
- 4e de couverture
- Dans la mĂȘme collection :
- Titre
- Copyright
- Table des auteurs
- Introduction
- De quelle sorte dâarchivistes aurons-nous besoin en 2030 ?
- Les transformations du mĂ©tier de lâarchiviste face aux nouveaux modes de production dans les administrations en France
- Ni tout Ă fait la mĂȘme, ni tout Ă fait une autre : la formation en archivistique en 2030
- Lâarchiviste de 2030 entre archives numĂ©riques et utilisateurs connectĂ©s
- Lâarchiviste de rĂ©fĂ©rence, de savant Ă mĂ©diateur
- Le directeur dâun service dâarchives, conservateur ou entrepreneur ?
- Lâarchivistique en 2015 ConsidĂ©rations sur son Ă©tat actuel et son avenir
- Les données au péril des archives
- Une conservation matĂ©rielle pour les archives dans lâavenir ?
- LâinterdisciplinaritĂ© dans la formation archivistique : un atout pour lâarchiviste de demain
- Fabriquer de lâarchive. Portrait de lâarchiviste du 21e siĂšcle entre pouvoir et citoyennetĂ© archivistiques
- Lâarchiviste Ă la croisĂ©e des chemins ? La profession dâarchiviste face Ă ses dĂ©fis : se rendre indispensable ?
- Looking for a new generation of archivists through a very cloudy horizon
- Lâimage de lâarchiviste dans la sociĂ©tĂ© hypermoderne : vers une autre communication sur les archives ?
- RĂ©flexions sur la place de lâarchiviste dans la convergence de la gestion de lâinformation
- Du devenir des associations professionnelles
- Les bĂątiments dâarchives
- Citoyen-né archiviste en 2030
- Vers une archivistique pragmatique et intégrée
- PrĂ©parer aujourdâhui les voix de lâavenir
- La gestion numérique des archives de militant-es
- Archives 2015-2030. Quel archiviste se cache derriĂšre cette icĂŽne ! ?
- Quel avenir pour les restaurateurs dans les services dâarchives français ?
- MusĂ©es, bibliothĂšques, archives : mĂȘme combat Ă lâĂšre Ă©lectronique
- Les archives en 2030 De la donnĂ©e (signifiant) Ă lâinformation sur la donnĂ©e (signifiĂ©) au service des documentalistes et autres publics
- Vers une sélection plus drastique et davantage de partenariats
- Faut-il des cyberarchivistes ? Dix ans aprĂšs, est-ce les mĂȘmes ?
- Dans la mĂȘme collection (suite) :
- Table des matiĂšres
Foire aux questions
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