Confidences africaines
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Confidences africaines

  1. 193 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Confidences africaines

À propos de ce livre

À 51 ans, André Hankar perd son emploi et part vendre des bateaux en Afrique alors qu'il ignore tout de l'une et des autres. L'apprentissage est difficile, mais il y parvient en surmontant de multiples obstacles. À travers des anecdotes sur les problèmes locaux résolus, les dessous de la grande exportation et ceux de la coopération au développement, il raconte comment il devient l'agent de plusieurs groupes industriels européens, qui l'entraînent dans de multiples aventures...

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Informations

Éditeur
Academia
Année
2013
ISBN de l'eBook
9782336684734

Chapitre II – Ce Congo qui fut le nôtre

Le Commandant du Boeing 707 de la Sabena venait d’annoncer que nous avions passé l’Équateur. Dans une heure, atterrissage à Kinshasa. Mais pourquoi ce voyage ? Je venais, je l’ai déjà dit, d’avoir cinquante ans. Un client de l’entreprise familiale que je n’avais pas réussi à sauver de la faillite, Émile D’Herte, avait remarqué l’énergie avec laquelle je m’étais battu et m’avait proposé de créer avec lui une entreprise de vente de bateaux. Mes connaissances maritimes étaient fort limitées mais je n’avais pas hésité. J’avais déjà vendu un peu de tout : pourquoi pas des bateaux ? La construction navale belge était en perte de vitesse. La concurrence moins chère des chantiers navals polonais et de l’Allemagne de l’Est, la RDA, était virulente. Un vrai challenge et je préférais cela à un chômage sans grand espoir.
En 1973, il y avait encore en Belgique une dizaine de petits chantiers spécialisés dans la construction d’unités destinées essentiellement à la navigation fluviale, lacustre ou côtière. L’idée de D’Herte avait été d’associer trois chantiers dans une entreprise commune appelée Belgian Shipbuilders Corporation (BSC). Elle avait été constituée en quelques jours et j’étais le seul employé. La rémunération proposée était quelconque mais je n’avais pu que l’accepter. Un meilleur salaire serait le résultat de mon travail. À Kinshasa, BSC allait tenter de tirer profit de l’ouverture d’une ligne de crédit d’un milliard de francs belges (vingt-cinq millions d’euros) ouvert par la Société Générale de Banque en faveur de l’Onatra (Office National des Transports). La navigation fluviale de notre ancienne colonie (quatre-vingts fois la surface de la Belgique) avait une très grande importance. Sans ses fleuves, son développement économique aurait encore été plus difficile à réaliser.
Malgré l’atmosphère « je t’aime moi non plus » des relations belgo-congolaises du moment, les courants commerciaux se poursuivaient cahin-caha. Quelques entreprises locales aux capitaux belges y fonctionnaient toujours. Elles n’avaient pas encore été nationalisées par le Maréchal Président Mobutu. La direction des parastataux efficaces n’avait pas non plus été déjà confiée aux amis ou aux membres de la famille. Le milliard était donc une marque de confiance et un signe de bonne volonté de la Belgique pour assister l’économie locale.
L’Onatra était divisé en deux départements : le rail et la navigation fluviale. Une association momentanée avait été créée entre BSC et trois chantiers supplémentaires. Ce groupe de six représentait la quasi-totalité de la petite construction navale belge. Les navires de gros tonnage étaient construits par Cockerill près d’Anvers et Boel à Tamise. C’était donc en force que ce groupe de six chantiers s’attaquait à ce pactole d’un milliard. Monsieur Verbraken, le représentant des trois autres chantiers, était mon voisin de siège. Nous allions essayer de nous approprier la plus grosse partie du crédit. Peut-être six ou sept cents millions de francs soit des dizaines de milliers d’heures de travail pour chacun des six chantiers. Une aubaine par rapport à la faiblesse actuelle des carnets de commandes.
Toute unité commandée par l’Onatra serait construite en éléments détachés, pré-assemblés pour contrôle en Belgique, puis envoyés par bateau jusqu’à Matadi. Ensuite le rail vers Kinshasa et finalement assemblés localement soit par le chantier naval de l’Onatra ou par celui de la Chanic (Chantier naval et industriel au Congo). Nous comptions beaucoup sur son appui car c’était la maison mère de Meuse et Sambre, un des trois chantiers associés de BSC.
Je savais que nous allions devoir nous battre mais au moins, les fonds étaient disponibles. Optimiste donc, même si un peu inquiet au sujet de la partie technique, mes connaissances navales étant encore nulles. Je ne savais pas non plus que cette toute nouvelle responsabilité allait déboucher sur des expériences nouvelles plus passionnantes les unes que les autres pendant plus de trente années africaines.
Dans une heure j’allais donc être à Kinshasa, la capitale du Congo/Zaire. En 1935, les Pères Blancs comptaient sur moi pour collectionner le papier d’argent des barres de chocolat achetées un franc. La vente des tonnes collectées par les élèves des écoles catholiques servait à financer une partie de leurs efforts missionnaires. J’étais donc sur le point de découvrir cet ex-Congo Belge dont l’indépendance ne remontait qu’à quelques années et je me souvenais d’une image de mes livres d’histoire ; un officier belge pointant son arme vers les trafiquants d’esclaves de l’autre côté d’un cours d’eau. En classe, on nous avait appris que la Belgique avait colonisé le Congo pour christianiser et éduquer une population noire. Nous étions donc les bons puisque nous protégions nos colonisés de ces horribles trafiquants ne respectant pas l’interdiction du monde civilisé.
Cet incident avait eu lieu au début du siècle mais cette image des Belges généreux se battant pour protéger les pauvres noirs de la méchanceté des négriers, ne correspondait pas tout à fait à la réalité. Les colons de Léopold II ne s’étaient pas toujours comportés comme des anges. Et si le christianisme prétendait sauver les âmes, ses écoles formaient surtout les colonisés pour les tâches inférieures dont la nouvelle colonie avait un urgent besoin : ouvriers, serviteurs, soldats, chauffeurs, cuisiniers, gardes et employés de bas niveau. Les écoles supérieures étaient rares et les universités inexistantes.
Il n’était plus question de rêver. Il fallait maintenant penser aux efforts que j’allais devoir déployer pour vendre des bateaux. C’est pour cette raison que j’avais été engagé quelques jours auparavant et pendant les préparatifs du voyage, je n’avais eu que quelques heures pour visiter une péniche motorisée de mille trois cents tonnes, pour essayer de comprendre les plans d’un pousseur fluvial équipé de trois moteurs de six cents chevaux chacun, pour lire une courte documentation sur l’Onatra et pour me remémorer les noms du ministre des communications, du directeur des voies fluviales et bien entendu de l’ambassadeur de Belgique et de ses principaux collaborateurs.
Nous avions atterri et je constatais que l’arrivée d’un avion d’Europe semblait être un des grands moments de la journée car il y avait foule. Le chauffeur d’un homme d’affaires ami de Verbraken nous attendait pour nous conduire à l’hôtel Memlinc où deux chambres avaient été réservées. L’aéroport de N’Djili est à une trentaine de kilomètres du centre de Kinshasa et y est relié par une autoroute. J’étais enfin en Afrique et par les fenêtres ouvertes, je la respirais, je la regardais et je l’écoutais. Certes je ne m’attendais pas à découvrir la végétation d’une forêt tropicale à seulement quelques kilomètres de la capitale mais à part des palmiers, des buissons rabougris et quelques arbustes, il n’y avait rien de très spectaculaire à voir. L’atmosphère était humide alors qu’on m’avait dit qu’en juin, la saison était sèche et froide. Je n’avais pas encore aperçu le fleuve. J’étais un peu déçu. Je m’attendais à mieux.
Mais tout à coup, à quelques kilomètres de l’aéroport, le choc qu’inconsciemment peut-être j’escomptais. La musique : une tonitruante avalanche de sons rythmés par des trompettes, saxophones, accordéons, clarinettes, tambours, le tout projeté par les voix des deux sexes s’exprimant dans une langue inconnue : le lingala probablement. J’étais sur le sol congolais depuis à peine une heure et j’étais déjà envoûté. À l’âge de douze ans, j’étais devenu un inconditionnel du jazz, du blues, de ces sons créés par les noirs de la Louisiane esclavagiste pour crier leurs joies et leurs souffrances et dans cette musique je retrouvais une partie de leurs sonorités. Je n’en étais pas encore à essayer de comprendre le sens de ce qui était chanté mais la musique me suffisait. Elle était vivante, gaie, engendreuse de plaisir, de danse, de guindailles et d’amour. C’était électrique et je pensais déjà aux disques que j’allais ramener à la fin d’un voyage plein de succès. J’avais envie de me trémousser par réaction à cette musique sensuelle. La présence sérieuse de mon collègue Verbraken me l’interdisait.
Nous étions arrivés en ville à l’Hôtel Memlinc et il s’adressa à l’employé de la réception.
Bonjour mon ami. Nous avons une réservation pour deux chambres. Voici d’ailleurs la copie du télex de confirmation.
L’employé, jeune, de petite taille, pas tout à fait aussi noir que les autres Congolais que j’avais déjà vu de loin, se plonge dans une épaisse liasse de papier, ouvre un tiroir puis un second, ne trouve manifestement pas ce qu’il y cherche, revient à la liasse ou là non plus l’objet de ses fouilles ne se trouve pas.
Je regrette, Monsieur, mais je ne trouve pas votre réservation et l’hôtel est absolument complet. Je n’ai donc pas de chambres pour vous ni pour l’autre Monsieur.
Mais ce n’est pas possible. Vous devez certainement faire erreur. Regardez. Le télex de confirmation est clair.
Hélas non… je veux dire oui Monsieur
Ah mais ça ne se passera pas comme ça. Appelez-moi le chef de réception
Je suis désolé Monsieur mais il n’est pas là.
Où est-il ?
Il est parti faire des courses.
Alors appelez-moi le directeur de l’hôtel.
Je suis navré Monsieur mais il est absent
Où est-il ?
Il est en voyage.
Mais ceci est inadmissible. Je connais beaucoup de monde à Kinshasa et, je vous le répète, ça ne se passera pas comme ça. Vous pouvez en être sûr. Alors pour nous aider, vous allez appeler l’Intercontinental et leur demander s’ils peuvent faire quelque chose pour nous.
Je suis désolé Monsieur, mais le central téléphonique de l’hôtel est en panne.
C’est inimaginable. Qu’est-ce qui arrive dans ce pays. Alors écoutez, je vais à l’Ambassade de Belgique qui n’est pas loin pour y téléphoner à l’Inter. M. Hankar reste ici avec nos valises et je reviens dans un quart d’heure.
Verbraken m’expliqua qu’effectivement l’ambassade était à deux pas, qu’il y connaissait plusieurs diplomates et que de là il pourra appeler l’autre hôtel. Je prenais déjà conscience que nous n’étions plus en Europe et comme je ne quittais pas le comptoir de la réception et que l’employé était inoccupé, je m’adressai à lui.
C’est mon premier voyage en Afrique et je ne pensais pas qu’il y aurait autant de visiteurs. L’hôtel est souvent complet ?
Oh oui. Vous savez, à Kinshasa il n’y a pas beaucoup de bons hôtels. Vous n’êtes jamais venu ici ?
Non, c’est la première fois et je suis curieux de tout surtout pour la musique.
Vous aimez la musique. Vous êtes musicien ?
Plus maintenant. Quand j’étais étudiant je jouais de la clarinette et vous ?
Moi pas, mais j’ai un frère qui joue de la trompette. (Je ne savais pas encore que le frère n’était pas nécessairement né de la même mère mais peut-être un lointain cousin, un simple copain ou encore un membre de la même tribu).
Ah, c’est peut-être lui qui jouait dans l’orchestre que j’ai entendu sur l’autoroute de N’Djili : formidable.
Quoi, vous aimez notre musique ?
Ah oui. J’adore le jazz, surtout le blues et j’ai trouvé des similitudes.
Et bien dites donc, si vous aimez notre musique vous serez comblé surtout le soir dans les quartiers. Mais faites quand même attention où vous mettez les pieds car certains quartiers peuvent être dangereux.
Vous pourriez peut-être me dire où je devrai aller.
Je ferai mieux, si vous voulez. Nous sommes demain vendredi et je termine à 19 heures. Je pourrai vous prendre avec moi et aller dans une boîte où il y a un très bon orchestre. Ça vous irait ?
Ce serait magnifique mais je ne sais pas où je serai demain soir puisque mon camarade et moi n’avons pas de chambres ici.
Et c’est ainsi que deux ou trois minutes plus tard, le réceptionniste me trouvait une chambre double au prix normal. Là dessus Verbraken revint. À sa mine sombre, je me rendis compte que les choses ne s’étaient guère arrangées de son côté et avec la satisfaction du petit nouveau qui avait déjà réussi quelque chose, je lui dis :
Ne vous en faites pas. Si cela vous va, j’ai pu me débrouiller pour avoir une chambre à deux lits pour au moins une nuit.
Quoi ? Comment avez-vous fait ? Vous ne lui avez tout de même pas donné un matabiche ?
Ignorant encore ce qu’était un matabiche, je le regardai étonné mais je crus comprendre de quoi il s’agissait.
Non, non, le Monsieur de la réception a réussi à trouver quelque chose pour nous. Il est vraiment très gentil et je l’ai remercié en notre nom
Malheureusement, je n’eus pas l’occasion de profiter de l’offre du réceptionniste car le lendemain, Chanic nous obtenait deux chambres à l’Inter. Cela ne m’empêcha pas, quelques jours plus tard, quand je commençais à découvrir Kinshasa et à saisir de plus près les problèmes relatifs aux commandes espérées d’unités fluviales, de trouver le moyen d’aller dans une boîte fréquentée par les Européens.
Mais ce n’était pas pour les boîtes de nuit que j’étais à Kinshasa et le lendemain, Verbraken et moi nous nous étions mis au travail. Première visite à la Belgolaise, banque coordonnatrice locale de l’aspect financier du crédit d’un milliard. Premier aperçu du fleuve en nous y rendant. Gigantesque et pendant son passage à Kin, on l’appelle le Pool. Avant l’indépendance c’était le Stanley Pool. Il sépare en fait deux capitales, Kinshasa et Brazzaville, celle de l’autre Congo, ancienne colonie française. Il fait une largeur de plus ou moins 10 kilomètres et pour la première fois, j’aperçus de loin un de ces fameux pousseurs de mille huit cents chevaux dont j’espérais vendre plusieurs exemplaires.
Après la banque, première visite au directeur de la section voies navigables de l’Onatra. À ma grande surprise, un Européen, belge de surcroît. Je compris rapidement que la lutte allait être dure car s’il voulait bien acquérir les unités fluviales dont le Congo/Zaire avait le plus grand besoin pour l’entièreté du milliard, il devait aussi tenir compte des souhaits de la section rail qui voulait exactement la même chose, surtout des locomotives. Au cours des échanges entre lui et Verbraken, (c’était surtout écouter que je devais encore faire) je commençais à comprendre que la répartition du milliard dépendrait surtout des relations politiques des différents chefs de département. Cela n’allait certainement pas être simple et le lobbying s’annonçait costaud.
En Juin 1973, j’étais membre du Rotary en Belgique et quelques jours après mon arrivée j’assistais au déjeuner hebdomadaire du Club de Kinshasa. L’histoire du crédit d’un milliard avait déjà fait le tour de la ville et donc du Club. La tradition rotarienne veut que les visiteurs du jour soient présentés. Comme j’étais là, comme représentant d’une association de chantiers navals, tous les membres du Club connaissaient maintenant la raison de ma présence à Kin et c’est pendant ce déjeuner que je commis une énorme gaffe.
Questionné dans un français parfait par un jeune congolais qui voulait en savoir plus et aussi impressionné par sa connaissance apparente du climat d’affaires local, je m’étais longuement étendu sur l’objet de ma mission et sur cette Société BSC qui venait d’être créée. Je lui avais aussi indiqué le détail des unités que j’espérais recevoir en commande. Deux jours plus tard, au petit-déjeuner, Verbraken, furieux, me montra l’article d’un quotidien qu’il tenait en main et dans lequel tout ce que j’avais raconté était repris en détail. Sa fureur était peut-être un peu exagérée (revanche peut être de ma « victoire » de l’hôtel Memlinc) mais je devais reconnaître qu’il avait parfaitement raison. Rien de plus stupide que de faire des confidences pour informer les concurrents. J’apprenais déjà la nécessité de la discrétion et du silence lorsqu’un milliard était en jeux.
Des amis rotariens me donnèrent l’occasion de découvrir quelques aspects de la capitale et de ses environs. Le dimanche, un bon chrétien m’entraînait pour une visite à sa paroisse du quartier de Ngombe et j’y admirais la patience vertueuse de quelques bonnes sœurs encourageant une trentaine de jeunes filles à chanter. Elles étaient toutes habillées de l’uniforme de leur pensionnat : jupes à mi mollet, chemisier à longues manches et cols sévèrement boutonnés. Il était facile de noter que l’aspect vestimentaire puritain était artificiel. Les yeux n’étaient pas rigidement fixés en direction de l’autel et de l’officiant. Tout en chantant, ils dardaient au contraire dans toutes les directions et les sourires fugitifs échangés en...

Table des matières

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Titre
  4. Copyright
  5. Chapitre I – Introduction
  6. Chapitre II – Ce Congo qui fut le nôtre
  7. Chapitre III – Pétrole, richesse et désordre
  8. Chapitre IV – Le Tanganyika de l’Allemagne
  9. Chapitre V – Les femmes et mes deux épouses
  10. Chapitre VI – Les Nil Blanc et Bleu de Khartoum
  11. Chapitre VII – Les Seychelles – l’Éden ?
  12. Chapitre VIII – Idi Ami Dada – Journalisme douteux
  13. Chapitre IX – Le Ruanda-Urundi du Kaiser
  14. Chapitre X – Celinico flowers de Céline et Nicole
  15. Chapitre XI – Le Kenya mon second pays
  16. Chapitre XII – Coopération et développement
  17. Chapitre XIII – Encore des problèmes à résoudre
  18. Chapitre XIV – Conclusions
  19. Remerciements