Troisième partie
Devenir président aux États-Unis
Le 4 novembre 2008, aura lieu la 56e élection du président des États-Unis. Le même jour, tous les Américains désigneront également leurs représentants : dans onze États ils éliront leur gouverneur, dans 33 États, leurs sénateurs. Et nombre d’entre eux répondront en plus à des questions référendaires et participeront à des élections locales.
Référendums d’initiative populaire
Photographie : Élisabeth Vallet, 2008.
Les référendums d’initiative populaire abondent dans un État comme la Californie et leur préparation suppose un travail continu pour obtenir les signatures nécessaires afin d’amener, par voie de pétition, la question sur le bulletin de vote. Ici dans une rue de San Francisco, en mars 2008.
Pour autant, l’élection présidentielle sera au cœur et constituera l’essentiel de l’actualité. Car ce sera là un scrutin sans précédent depuis 1928 : aucun candidat de l’administration en place n’aspire à la fonction présidentielle. Dans les derniers cycles électoraux, en effet, il était d’usage, lorsque le président ne se représentait pas, que le vice-président en exercice (ou, à défaut, un membre du gouvernement) se lance dans la course. Tel n’est pas le cas cette année : du côté démocrate comme du côté républicain, le siège officiel de « candidat à la Maison-Blanche » est à pourvoir. En effet, George W. Bush n’est plus éligible et Dick Cheney a choisi de ne pas se présenter. Bien sûr, le spectre de l’élection de 2000 plane toujours sur les scrutins présidentiels. Le résultat des élections de 2004 a été moins ambigu qu’il ne l’avait été en 2000 puisque le président Bush a obtenu, non seulement la majorité des grands électeurs, mais également celle des suffrages populaires. Toutefois, le processus électoral est long, l’élection présidentielle est le fruit de plusieurs années de travail pour les candidats et aucun cycle électoral n’est exempt de surprises.
1. Qui peut aspirer à la présidence des États-Unis?
Pour se présenter à la Maison-Blanche, il faut être citoyen américain de naissance, âgé de 35 ans au moins et avoir vécu 14 ans aux États-Unis. Ces critères, pour surannés qu’ils puissent paraître – et injustes pour les immigrants qui peuvent y voir une citoyenneté à deux vitesses –, étaient cruciaux en 1787, alors que « la nation était jeune et que les liens patriotiques étaient faibles[] ». Mais, au-delà de ces critères formels, pour pouvoir – de façon réaliste – aspirer à la Maison-Blanche, les candidats doivent commencer tôt, accumuler soutiens et financements, parfois jusqu’à quatre années avant l’année électorale proprement dite.
Être né à l’étranger peut coûter la Maison-Blanche
La question a déjà été posée plusieurs fois, puisque la Constitution impose aux candidats d’être citoyen américain de naissance, notamment autour de la possible candidature à la Maison-Blanche d’Henry Kissinger, de Madeleine Albright ou encore d’Arnold Schwarzenegger. Tous sont nés à l’étranger et ont acquis la citoyenneté américaine par la voie de la naturalisation. C’est d’ailleurs en pensant à ce dernier que le sénateur Orrin G. Hatch de l’Utah a – en vain – déposé un amendement destiné à permettre à une personne naturalisée d’être éligible. Pour ce qui est de l’obligation de résidence pendant 14 années aux États-Unis, il ne s’agit pas, dans ce dernier cas, de 14 années consécutives, puisque le président Edgar Hoover, qui avait mené une carrière d’ingénieur à l’étranger, ne vivait aux États-Unis que depuis 11 ans lorsqu’il a été élu en 1928. Par contre, la question de l’éligibilité du sénateur John McCain, né sur une base navale américaine au Panama, a été soulevée. Elle fut assez rapidement résolue par le Sénat (résolution 511), car il s’avérait difficile d’exclure les enfants de citoyens servant à l’étranger. Dès lors, s’il était élu en novembre 2008, il serait le premier président né hors des 50 États de l’Union.
D’après : Marie-France Toinet, La présidence américaine, Paris, Montchrestien, coll. « Clefs », 1991, p. 13.
C’est ce que l’on appelle la primaire invisible (invisible primary) puisque c’est une sorte de primaire, une sélection officieuse qui s’opère avant le déclenchement officiel de l’année électorale. Elle est d’autant plus importante que le calendrier électoral est de plus en plus compressé : la majorité des primaires se déroulent dans les premiers mois de l’année électorale et l’effet du Super Tuesday est déterminant pour les candidats (mi-février 2008, près des deux tiers des États s’étaient déjà prononcés).
La compression du calendrier électoral : la place privilégiée de l’Iowa et du New Hampshire
L’année électorale débute, conformément à la tradition avec le caucus de l’Iowa, suivie, comme toujours, par la primaire du New Hampshire. Si ces deux petits États sont attachés à cet usage, c’est en raison de leur rôle clé dans la campagne, qui leur confère une visibilité médiatique et des retombées économiques considérables : cela propulse même l’État du New Hampshire au huitième rang des bénéficiaires des dépenses électoralistes (pork barrel spending) tandis que les retombées économiques directes et indirectes sont substantielles. Cette première étape est en effet importante, mais pas toujours décisive : la première primaire et le premier caucus constituent pour les candidats un tremplin ou un handicap. Si ces deux votations ne permettent pas de tirer de conclusions définitives quant à l’issue du cycle de primaires, elles peuvent cependant modifier considérablement les pronostics : c’est ainsi qu’en 2004, au soir du caucus en Iowa, le fameux cri de Howard Dean (le Dean Scream que l’on retrouve aisément sur YouTube[]) a consacré sa défaite. À l’inverse, la victoire, dans ce même État et contre toute attente, de Jimmy Carter (si méconnu alors que les commentateurs demandaient : « Jimmy who? »), le 19 janvier 1976, a été le point de départ d’une dynamique irréversible qui l’a mené à la Maison-Blanche dix mois plus tard.
En 1988, pour contrer cette surreprésentation du Nord-Est, des États du Sud orchestrent leurs primaires simultanément. Ce premier Super Tuesday ne leur permettra pourtant pas d’attirer les candidats. Mais le processus est en marche et, depuis, les Super Tuesdays sont organisés de plus en plus tôt et comportent de plus en plus d’États participants (25 pour le Super Tuesday du 5 février 2008). Chacun y trouve son compte : les États qui pèsent alors plus lourd dans la campagne électorale et les candidats pour lesquels le marathon initial se transforme en blitz électoral.
D’après : Élisabe...