
- 666 pages
- French
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Histoire des Patriotes
À propos de ce livre
« Il faut mener à terme le procès de cette fournée de traîtres qui sont en prison, écrit Adam Thom dans le Montreal Herald de 1838. Il sera ridicule de les engraisser tout l'hiver pour les conduire plus tard à la potence ». Le journaliste jubile à la vue des flammes qui rougissent le ciel au dessus du village de Laprairie ; il souhaite le spectacle de la veuve et de l'orphelin devant leur ancienne demeure dorénavant entre les mains de nouveaux occupants.La double rébellion de 1837-1838 a été un échec. Les perdants ont tort, dit l'adage. Les premiers historiens se sont partagés en deux camps. Les uns blâmaient Papineau et les siens, dénonçaient les démagogues et les matamores de son parti; les autres expliquaient la juste exaspération des parlementaires, les abus de la clique au pouvoir et soulignaient avec emphase le courage des Patriotes.Quelles avaient été les causes de cette prise d'armes ? Comment expliquer l'attitude du clergé ? Y a-t-il eu provocation de la part des bureaucrates qui auraient souhaité réprimer par la force un mouvement qu'ils ne parvenaient pas à contrôler autrement ? Que dit la déclaration d'indépendance ? Des questions à l'infini qui trouvent leurs réponses dans cet ouvrage de Filteau qui s'intéresse autant aux acteurs qu'aux faits. Un Filteau d'abord animé d'un préjugé défavorable aux Patriotes et qui, peu à peu, s'est laissé gagner à leur cause.Plusieurs centaines d'essais et d'articles ont été consacrés aux Patriotes. Il n'existe toutefois qu'une seule véritable synthèse, « un seul récit complet et substantiel [] qui en outre a le mérite d'être efficace sur le plan de la forme et rigoureux sur celui de l'information » (Gilles Laporte).Bref, une histoire passionnante, un livre captivant.Introduction de Gilles Laporte.Texte établi par Marie-Frédérique Desbiens.
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Informations
Sujet
StoriaSujet
Storia nordamericanaCHAPITRE QUATRIÈME
Le sabotage de la vie nationale
1. La vie économique
LE SABOTAGE DES INSTITUTIONS POLITIQUES et des divers départements de l’administration ne fut pas le seul méfait de la Bureaucratie et le seul grief des Canadiens comme affectent de le croire certains historiens. Ce n’est pas seulement l’amour du pouvoir et l’appât des salaires dispensés par le gouvernement qui faisait se cramponner le parti anglais avec une énergie sans pareille à tous les leviers de commande. Son but était beaucoup plus sérieux : il ne visait à rien moins qu’à détruire le visage français du pays en dénationalisant les Canadiens, en les amenant à l’apostasie. Ainsi, les intérêts matériels se joignaient aux antipathies naturelles, au sectarisme religieux et au fanatisme ethnique.
Adam Thom se fut fort bien entendu avec un Lawrence pour vider les terres canadiennes et les donner en cadeau à ses amis. Mais on ne peut faire tous les jours une Pologne, une Irlande, un Transvaal ou une Acadie, et ces diables de Canadiens étaient décidément trop avertis et trop nombreux pour que l’on tentât de renouveler 1755222. Ce n’est pas l’envie qui manquait, mais bien la force. Il fallait donc se borner à comprimer la nation adverse, à l’empêcher de se développer normalement en lui faisant violence dans d’autres domaines. Et de plus, ces Canadiens étaient si prolifiques qu’il fallait, en premier lieu, leur couper les vivres pour les empêcher de prendre un essor bientôt irrésistible. Le domaine économique fut en conséquence accaparé par la minorité.
Par suite de la Conquête, le commerce du pays était tout entier tombé entre les mains des nouveaux venus et des exportateurs anglais. La Constitution de 1791, article 46, avait encore renforcé leur position en confiant à l’Angleterre la réglementation du commerce extérieur et de la navigation. Marchands et armateurs anglais possédaient ainsi le monopole exclusif du commerce223. Les Canadiens ne pouvaient faire d’échanges qu’avec l’Angleterre. Quand celle-ci ne pouvait fournir tous les produits désirés, il fallait malgré tout passer par son intermédiaire. Dans l’intérêt de ses propres manufacturiers, elle ne consentait à acheter du Canada que des matières brutes, et le transport ne pouvait se faire que par les navires anglais.

La déportation des Acadiens. « Ces diables de Canadiens étaient décidément trop avertis et trop nombreux pour que l’on tentât de renouveler 1755. » Pourtant, certains, comme le journaliste Adam Thom en rêvaient.
Les commerçants canadiens, incapables de faire face à pareille concurrence, furent rapidement écartés des commerces les plus lucratifs. Toutes les importations et les exportations, le gros, et la plus grande partie du détail tombèrent ainsi aux mains des Anglais, tout comme les banques et autres institutions financières.
Dans le domaine industriel, il en fut de même. Grâce à leurs capitaux et surtout à la protection du gouvernement, les Anglais accaparèrent les quelques industries du pays : Forges du Saint-Maurice224, chantiers de construction maritime de Québec, toutes deux établies par les Canadiens sous le régime français. Le favoritisme gouvernemental assura encore aux Anglais l’exploitation des forêts. La seule participation des Canadiens consistait dans la main-d’œuvre, en autant que l’on manquait d’ouvriers anglais. L’ouvrier canadien-français n’était jamais sûr du lendemain. Il avait beau être sobre, consciencieux, fidèle, adroit, il risquait toujours d’être jeté à la porte et de voir sa situation occupée par un immigrant débarqué de la veille.
Ce monopole de la faction anglaise sur le commerce et l’industrie n’était pas malgré tout intolérable à la population canadienne. Celle-ci avait conservé ses habitudes frugales du siècle précédent et n’achetait guère de marchandises importées. La famille du cultivateur continuait d’être une coopérative de travail produisant à peu près tout ce qu’elle consommait. Près de 90 % des Canadiens étaient encore des ruraux, et plus des trois quarts vivaient de l’agriculture, et, ainsi, ne souffraient pas trop des effets de la dictature commerciale et industrielle de la minorité. Si les Bureaucrates s’en étaient tenus à cela, la vie matérielle du pays eût été assez peu entravée, mais leur accaparement des terres colonisables prenait les caractères d’une tyrannie insupportable.

Vue de la « Grande maison », au cœur des forges établies sur la rivière Saint-Maurice
On n’avait laissé aux Canadiens qu’un champ d’activité : l’agriculture. Avec l’accroissement étonnant de la population, il eût été nécessaire d’accroître le domaine cultivé ou tout au moins d’améliorer les méthodes de culture. Cela eût nécessité de la part du gouvernement un plan d’action bien conçu et exécuté avec intelligence. Le parti anglais en était totalement incapable : les marchands ne se souciaient pas de cet aspect de la vie économique, les fonctionnaires encore moins ; il eût fallu du travail, du dévouement, du désintéressement, toutes qualités qui brillaient surtout par leur absence chez les ronds-de-cuir225 d’alors. Bien plus, on avait tout intérêt à ne rien faire, car améliorer l’agriculture, favoriser la colonisation, c’était, par le fait même, augmenter la force des Canadiens, et cela allait à l’encontre des vues du parti officiel. C’est l’un des plus néfastes effets du sabotage gouvernemental depuis la Conquête, car aucun effort ne fut tenté en ce sens, aucune attention ne fut accordée au colon ou au cultivateur par le gouvernement. Par suite de cette incurie, la situation dès 1831 en était arrivée à un point critique.
Laissé à lui-même, sans guide, sans enseignement agricole, sans politique rurale, le cultivateur canadien s’était depuis longtemps enlisé dans la routine. Il ne pouvait profiter des progrès réalisés à l’extérieur puisqu’il entretenait peu de rapports avec l’étranger. Vivant replié sur lui-même, il n’avait personne pour le conseiller, lui enseigner des procédés nouveaux, lui donner des moyens d’améliorer ses méthodes. La terre mal cultivée, mal engraissée, ne donnait plus le rendement espéré. Dans Le Canadien, le Dr Meilleur faisait cette constatation pénible : « Nos habitants possèdent encore un assez grand nombre de terres cultivables, mais dont le fonds est épuisé par une mauvaise culture226. » En dépit de tous les efforts de l’habitant, la terre rapportait peu. Telle terre qui, il y a 100 ans, donnait du 15 pour un en blé, ne produisait plus que du cinq, du quatre pour un, et souvent moins. Il arrivait même, dans les mauvaises années, que l’on ne récoltait pas l’équivalent de la semence, et il en était ainsi non seulement du blé, mais de toutes les autres cultures. Des champs autrefois plantureux devenaient des friches. Sur la rive nord du fleuve, à la Pointe-du-Lac, à Lanoraie, à Berthier, l’humus disparaissait des champs pour faire place à un sable léger que le vent soulevait en tourbillons. Le cultivateur ignorait, en plus, presque tout de l’assolement, des amendements, de l’égouttement des terres. Il faisait un usage défectueux des engrais, ses machines étaient démodées, sa charrue ne faisait guère qu’égratigner la surface du sol.
L’élevage était en décadence complète. Une dégénérescence générale s’était emparée d...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Crédits
- Note de l’éditeur
- Préface
- Introduction
- Introduction
- PREMIÈRE PARTIE
- Le sabotage de la constitution L’action métropolitaine
- Le sabotage du gouvernement colonial L’action de la bureaucratie
- Le sabotage de l’administration
- Le sabotage de la vie nationale 1. La vie économique
- Le sabotage de la vie nationale II. La vie spirituelle
- La collision des nationalitÉs
- DEUXIÈME PARTIE
- Le parti patriote, les origines, les hommes et les chefs
- Le programme national
- L’acceptation et la mise en œuvre du programme patriote
- TROISIÈME PARTIE
- La réponse anglaise I. Les 92 à Londres. La commission d’enquête
- La réponse anglaise II. La grève parlementaire et les résolutions russell
- QUATRIÈME PARTIE
- La « sombre garde des agitateurs »
- La déclaration de saint-ours
- Les assemblées de protestation
- Les concessions patriotes
- CINQUIÈME PARTIE
- L’anarchie politique L’angleterre se prépare à céder
- Une erreur : la convention des six-comtés L’intervention du clergé
- Le complot bureaucrate
- L’offensive bureaucrate
- SIXIÈME PARTIE
- Saint-Denis
- Saint-Charles
- Voe victis
- Saint-Eustache
- Les nuits rouges
- Lord Durham et les exilés
- SEPTIÈME PARTIE
- Le soulèvement
- La répression
- La terreur
- La terreur
- HUITIÈME PARTIE
- L’écroulement des rêves patriotes
- La victoire du nationalisme
- épilogue
- Bibliographie
- source des illustrations
- Notes
Foire aux questions
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