Voyages aux Amériques
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Voyages aux Amériques

journaux de voyage des campagnes de 1696 aux Antilles et de 1706 à Plaisance et en Acadie

  1. 288 pages
  2. French
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Voyages aux Amériques

journaux de voyage des campagnes de 1696 aux Antilles et de 1706 à Plaisance et en Acadie

À propos de ce livre

Dans la bibliothèque d'une vieille demeure périgourdine sont soigneusement conservés par la famille de La Serve deux récits manuscrits totalement inédits de l'un de leurs ancêtres, officier de la Royale sous Louis XIV et Louis XV. Cet officier, Gédéon Nicolas de Voutron, y narre avec franc-parler, verve, sens du pittoresque, poésie même, deux de ses campagnes. L'une le conduit aux Caraïbes en 1696, dans l'escadre que commande Renau d'Élissagaray. Il s'agit de l'un des épisodes de la guerre de course dans laquelle se lance Louis XIV pour renflouer des finances royales bien éprouvées par la guerre de la ligue d'Augsbourg. L'autre lui fait découvrir en 1706 des régions de l'Amérique septentrionale qu'il ne connaissait pas encore. Il commande le vaisseau qui apporte à Plaisance (Terre-Neuve) et à l'Acadie les effets du roi, dépêches officielles et ravitaillements indispensables à la survie de ces petites colonies pendant une année.

Dans sa préface, l'historienne Raymonde Litalien, archiviste honoraire du Canada, en résume tout l'intérêt: "Jamais auparavant, jusqu'à ces journaux de Gédéon Nicolas de Voutron, l'activité à bord d'un navire de la marine royale française, en guerre de course puis en campagne de ravitaillement colonial, n'était apparue de façon aussi charnellement vivante, animée par la personnalité d'un capitaine se révélant lui-même sous un jour inédit."

Frédéric Laux, ancien élève de l'École nationale des chartes, archiviste paléographe, diplômé d'études approfondies en histoire de l'Université de Paris IV-Sorbonne, lauréat de l'Académie des sciences morales et politiques, a été archiviste à la Chambre de commerce de Nantes, avant d'être nommé conservateur aux Archives diplomatiques au Quai d'Orsay. Après avoir été chef de service aux Archives départementales de la Gironde, il est actuellement directeur des Archives départementales de l'Eure. Il a notamment édité les récits du naufrage d'un navire bordelais au XVIIIe siècle.

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Informations

Année
2013
ISBN de l'eBook
9782896648238
Seizième campagne du sieur de Voutron en 1706, commandant la flûte du roi le Profond de 32 canons et 135 hommes[235], pour Plaisance et l’Acadie par Gédéon Nicolas de Voutron
Quoique monsieur le comte de Pontchartrain[236] n’eût rien répliqué à ma réponse sur sa réprimande sur le déradement du Héros[237] la précédente campagne, il la sentit si bien qu’il la cita au comte d’Arquian[238] lorsqu’il fut le remercier de son avancement[239]. Je crois même qu’elle contribua au commandement qu’il me donna presque aussitôt. Je dis qu’elle contribua parce que je me doute que deux lettres qui prouvaient que je n’avais pas fait mes campagnes en aveugle comme le plupart des jeunes gens l’avaient frappé.
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Seixesme campagne du sieur de Voutron en 1706
Commendant la flute du roy le profond de 32 canons et 135 hommes pour plaisance et la Cadie
« Qu’oy que monsieur le comte de pontchartrain nût rien repliqué a ma response sur sa reprimende, sur le desradement du heros la presedente campagne, il la sentit si bien qu’il la cita au comte darquian lors qu’il fut le remersier de son avansement. Je croi même qu’elle contribua au commendement qu’il me donna presque aussitôt ; je dis qu’elle […] »
En effet, je ne saurais attribuer à d’autres principes la distinction qu’il commença alors à faire de moi, n’ayant d’autre protection que mes continuels services[240], ce qui est autant qu’il en faut sous un ministre juste et éclairé, pourvu qu’on ne trouve point dans son chemin quelque ennemi caché, qui vous rende de mauvais offices d’autant plus dangereux que l’on ne les peut prévoir ni parer, car alors les services ne tiennent guère et il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’en tirer le fruit. C’est mon histoire, mais sans anticiper la matière, il est temps de venir à l’armement.
Je fus donc nommé[241] pour monter le Profond[242] destiné à porter les effets du roi à Plaisance[243] et à l’Acadie[244]. Les officiers furent les sieurs de Torcy[245] et de Jourdanie, enseigne ; j’obtins le sieur de Fénis[246], sous-­brigadier des gardes de la Marine. Après avoir mouillé le 24 mai à la Mature[247] et à Soubise[248] le 25, nous nous mîmes à l’île d’Aix le 26 auprès du Héros qui marchait devant nous. M. de Saujon[249], ancien[250] capitaine, le montait pour Québec et, sur ma représentation, il avait reçu ordre de me conduire jusqu’à la vue de la rade de Plaisance[251], ce qui ne parut pas lui faire plaisir.
Malgré les ordres pressants qu’il y avait de partir et la saison qui s’avançait, les effets que l’on devait porter aux colonies arrivèrent si lentement que tout le mois de juin se passa en rade[252]. La Mutine[253], la Gaillarde[254] et la Loire[255] étaient destinées pour les îles[256] et quoique la saison ne les pressât pas, la crainte que les ennemis ne les vinssent surprendre en rade[257] avait fait ordonner qu’elles s’en iraient sans attendre les vaisseaux du Canada, quoique la sûreté des uns et des autres demandât qu’ils se convoyassent mutuellement jusques au-delà des caps. Les vents n’approuvèrent pas ce plan qui était contre le service : ils retardèrent si bien l’armement des îles que lorsqu’il mit à la voile le 13 juillet, celui du Canada l’accompagna. Tous ensemble ne purent gagner ce jour-là que Chef-de-Baie[258], mais le lendemain au point du jour, 14 juillet, une petite fraîcheur du nord-est les fit sortir du pertuis avec assez de peine à cause du calme de huit heures à midi et du vent contraire qu’on eut le reste du jour. La flotte était plus de deux heures en mer lorsque je la suivis, ayant fallu attendre mon maître d’hôtel qui était à terre avec la chaloupe et mes dernières provisions.
Je ne la joignis même pas de tout le jour, parce qu’au flot elle se trouva hors des grands courants des pertuis auxquels je fus exposé. Il y en eut peut-être bien qui crurent que c’était ma femme et mes sœurs qui me retenaient, mais je les avais mis dès le matin dans le canot de monsieur le maréchal de Chamilly[259] que monsieur le comte Duquesne[260] m’avait exprès amené dès le soir durant. On sera surpris d’entendre dire ma femme n’en ayant point parlé dans mes relations précédentes : il n’en était pas alors question et ce fut un impromptu que je trouve à propos de discuter ici.
Mariage
Je travaillais tranquillement à mon armement et le Profond était déjà en rade lorsqu’à La Rochelle je me trouvai à table avec un gentilhomme de mes amis nommé monsieur de Saint-Hilaire[261] qu’il y avait longtemps que je n’avais vu.
Après les premiers compliments interrompus par plusieurs verres de vin, il vînt aux reproches de ce que je n’allais plus chez lui. Je m’excusai sur mes fréquentes campagnes. La conclusion fut de lier une partie à trois jours de là, ce qui m’était d’autant plus aisé qu’il demeure entre Rochefort et Soubise à une portée de fusil de la rivière[262]. Je tins parole. Je le trouvai avec ses deux filles[263], l’une de 18, l’autre de 19 ans. L’aînée me plut. Elle est grande, bien faite, blanche, blonde, beaux yeux, belle bouche, belle gorge, beaux bras. Ce n’est pourtant pas une beauté, mais s’il n’y avait que celles-là qui eussent la vogue, le sexe[264] serait bien à plaindre.
Elle est gracieuse, il règne chez elle un air de douceur que ses manières, ses paroles et son humeur ne démentent point, parlant peu, mais toujours à propos, chose rare chez les femmes et qui est d’un grand prix chez moi.
Je ne la dépeindrai pas davantage : il suffit qu’en la voyant je sentis naître dans mon cœur un certain désir… Je le dis tout haut, sans façon, et, étant à table, le vin qu’elle nous versait elle-même me donnant de la hardiesse, je l’appelai ma femme et monsieur de Saint-Hilaire mon beau-père. Il est à remarquer qu’il y avait quatre ans que l’ayant trouvée à un baptême, je lui avais tenu le même discours. Je l’en fis ressouvenir. Elle me répondit que je reviendrais en quatre ans renouveler mes prétentions. Je répartis que c’était différent, qu’elle était dans ce temps-là bien jeune, mais que présentement ses appâts étant augmentés comme son âge, je sentais sérieusement ce que j’avançais. Pourvu, ajoutai-je en badinant, que le beau-père ne se marie point, car il faut fonder la cuisine[265] pour vivre agréablement.
La raillerie fut bien reçue et les verres de vin marchant toujours (car par parenthèse le beau-père aime la joie), je me trouvai avoir à faire à Bacchus et à l’amour, l’un sortant des yeux, l’autre des mains de ma maîtresse, ce que j’expliquai par ce couplet de chanson sur l’air Prends, mon Iris, prends ton verre :
L’amour dans vos yeux habite.
Bacchus est dans votre main.
L’un et l’autre nous excitent
À brûler d’un feu divin ;
On aurait beau se défendre,
Il faudrait toujo...

Table des matières

  1. Voyages aux Amériques
  2. Préface
  3. Remerciements
  4. Abréviations
  5. Présentation générale de l’édition
  6. Gédéon Nicolas de Voutron (1670-1733) par Frédéric Laux
  7. VOYAGE DE 1696 AUX CARAÏBES
  8. Présentation de la campagne de 1696 par Christian Huetz de Lemps
  9. Campagne du sieur de Voutron pour la course en 1696 par Gédéon Nicolas Voutron[]
  10. VOYAGE DE 1706 EN AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE
  11. La campagne de 1706 à Plaisance et en Acadie
  12. Instructions royales
  13. Seizième campagne du sieur de Voutron en 1706, commandant la flûte du roi le Profond de 32 canons et 135 hommes[], pour Plaisance et l’Acadie par Gédéon Nicolas de Voutron
  14. Rapport au ministre sur sa campagne à Plaisance et en Acadie par Gédéon Nicolas de Voutron
  15. Sources
  16. Bibliographie
  17. Crédit

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