
- 186 pages
- French
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eBook - ePub
À propos de ce livre
Compte tenu du poids qu'occupent encore les États-Unis dans l'équilibre mondial, forts de leur économie, de leur armée, de leur prépondérance culturelle, l'élection du Chef de l'État est un moment déterminant de la politique mondiale et une année cruciale de la vie politique américaine. En effet, les États-Unis demeurent, malgré le polycentrisme croissant du monde, et la crise qui les a fragilisés, la pièce maîtresse de l'échiquier international. Ils représentent la moitié des dépenses militaires, le seul État capable d'intervenir militairement, et en autonomie totale, de l'autre côté du globe, ils sont - encore pour quelques années - la première puissance économique et financière, celle dont la diplomatie publique demeure la plus efficace. Pour accéder au pouvoir, le processus est long, ardu, exigeant, coûteux et toujours usant. Quatre années de préparation sont nécessaires pour rassembler une équipe de campagne, les fonds, les soutiens.
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Informations
TROISIÈME PARTIE
Devenir président aux États-Unis
Tous les quatre ans, début novembre, se tient l’élection du président des États-Unis. Ce même jour, tous les Américains désignent également leurs représentants, dans onze États et deux territoires (Samoa et Porto Rico) ils élisent leur gouverneur, dans 33 États leurs sénateurs. Et nombre d’entre eux participent à des élections locales, et répondent en plus à des questions référendaires qui vont des lois de finances à la destitution d’un élu en passant par des amendements constitutionnels. Certains sont d’ailleurs des référendums d’initiative populaire, qui abondent dans un État comme la Californie et leur préparation suppose un travail continu pour obtenir les signatures nécessaires afin d’amener, par voie de pétition, la question sur le bulletin de vote.
Pléthore de questions référendaires
Au nombre des questions qui figureront sur les bulletins de vote de novembre 2012, la proposition 502 dans l’État de Washington vise à décriminaliser la marijuana. La proposition SF 1308 au Minnesota veut définir le mariage comme une institution entre un homme et une femme seulement, tandis que la proposition TBD5 au Maine a la vocation inverse : permettre les mariages entre personnes de même sexe. L’amendement 6 en Floride vise à supprimer le financement public des avortements (sauf en cas de viol ou d’urgence pour la santé de la mère). La proposition 1512 en Californie vise à supprimer la peine de mort pour y substituer l’emprisonnement à perpétuité. Enfin, à l’heure actuelle, quatre États (Alabama, Floride, Montana, Wyoming) présentent des législations visant à prohiber la souscription obligatoire à un régime d’assurance maladie. Le rassemblement des législatures fédérées (Conference of State législatures) en recense pour l’instant 88. Il y en aura probablement plus.
Voir Conference of State Legislatures, [http://www.ncsl.org/legislatures-elections/elections/ballot-measures-database.aspx].
Pour autant, l’élection présidentielle est au cœur et constitue l’essentiel de l’actualité. On établit souvent, mais c’est discuté, une corrélation entre les indicateurs économiques et le taux de réélection du président.
Le taux de chômage défait-il le président sortant ?

Depuis 1945, les présidents battus au terme de leur premier mandat faisaient tous face à un taux de chômage record.
Bien sûr, le spectre de l’élection de 2000 plane toujours sur les scrutins présidentiels même si le résultat des élections de 2004 et 2008 a été moins ambigu qu’il ne l’avait été en 2000 puisque le président a obtenu non seulement la majorité des grands électeurs mais également celle des suffrages populaires. Toutefois, le processus électoral est long, l’élection présidentielle est le fruit de plusieurs années de travail pour les candidats et aucun cycle électoral n’est exempt de surprises.
1. Qui peut aspirer à la présidence des États-Unis ?
Pour se présenter à la Maison-Blanche, il faut être citoyen américain de naissance, âgé de 35 ans au moins et avoir vécu 14 ans aux États-Unis. Ces critères peuvent paraître surannés – et injustes pour les immigrants qui peuvent y voir une citoyenneté à deux vitesses puisqu’ils sont exclus de facto de la magistrature suprême –, même si ils étaient cruciaux en 1787, alors que « la nation était jeune et que les liens patriotiques étaient faibles[76] ».
Être né à l’étranger peut coûter la Maison-Blanche
La question a déjà été posée plusieurs fois, puisque la Constitution impose aux candidats d’être citoyen américain de naissance, autour de la possible candidature à la Maison-Blanche d’Henry Kissinger, de Madeleine Albright ou encore d’Arnold Schwarzenegger. Tous sont nés à l’étranger et ont acquis la citoyenneté américaine par la voie de la naturalisation : la présidence leur est donc interdite. Les projets d’amendement pour changer cet état de fait n’ont jamais abouti. La question de l’éligibilité du sénateur John McCain, né sur une base navale américaine au Panama, a été soulevée en 2008 : elle a rapidement été résolue par le Sénat (résolution 511), car il était politiquement inimaginable d’exclure de la course les enfants de citoyens servant à l’étranger. Il faut également avoir vécu 14 ans aux États-Unis : l’obligation de résidence ne signifie pas 14 années consécutives, puisque le président Edgar Hoover, qui avait mené une carrière d’ingénieur à l’étranger, ne vivait aux États-Unis que depuis 11 ans lorsqu’il a été élu en 1928. De ces exigences est né le mouvement des « birthers » qui affirment que Barack Obama est né à l’étranger et ne peut donc pas être constitutionnellement élu[77].
Un calendrier de plus en plus compressé :
plus de la moitié des États ont tenu caucus et primaires avant avril 2012

Source : d’après Josh Putman, « Presidential Primaries and Caucuses Calendar », Frontloading HQ, en ligne : [http://frontloading.blogspot.ca/p/2012-presidential-primary-calendar.html], et compilation 2012.
Mais, au-delà de ces critères formels, pour pouvoir – de façon réaliste – aspirer à la Maison-Blanche, les candidats doivent commencer tôt, accumuler soutiens et financements, parfois jusqu’à quatre années avant l’année électorale proprement dite. C’est ce que l’on appelle la « primaire invisible » : il s’agit en quelque sorte du premier processus de sélection officieux puisqu’il s’opère avant le déclenchement officiel de l’année électorale. Cette primaire invisible est d’autant plus importante que le calendrier électoral est compressé : la majorité des primaires se déroulent dans les premiers mois de l’année électorale (ce qui n’était pas le cas auparavant puisqu’elles s’étalaient jusqu’en juin) et l’impact du Super Tuesday est déterminant pour les candidats : par exemple à la mi-février 2012, près de la moitié des États s’étaient déjà prononcés.
La compression du calendrier électoral : la place privilégiée de l’Iowa et du New Hampshire
L’année électorale débute, conformément à la tradition, avec le caucus de l’Iowa, suivi, comme toujours, par la primaire du New Hampshire. Si ces deux petits États sont attachés à cet usage, ce n’est pas en raison du nombre de délégués qu’ils amènent à la Convention nationale de chaque parti – car il est très faible –, mais en raison de leur rôle clé dans la campagne, qui leur donne une visibilité médiatique et des retombées économiques considérables : cela propulse même l’État du New Hampshire, pourtant petit, au 8e rang des bénéficiaires des dépenses électoralistes . Les retombées économiques directes et indirectes sont substantielles et les dépenses des cinq candidats arrivés en tête ont été multipliées par huit en 25 ans en Iowa. Cette étape est en effet importante, mais pas toujours décisive : la première primaire et le premier caucus constituent pour les candidats un tremplin ou un handicap. Si ces deux votations ne permettent pas de tirer de conclusions définitives quant à l’issue du cycle de primaires, elles peuvent cependant modifier considérablement les pronostics : c’est ainsi qu’en 2004, au soir du caucus en Iowa, le fameux cri de Howard Dean (le fameux Dean Scream abondamment diffusé sur YouTube) a consacré sa défaite, tandis que le moment d’émotion montré par Hillary Clinton à la veille du scrutin au New Hampshire lui aurait valu, selon les conseillers de campagne des deux candidats démocrates, le rebond qu’elle a connu le lendemain. Dans le même esprit, la victoire, dans ce même État et contre toute attente, de Jimmy Carter (si méconnu alors que les commentateurs demandaient : « Jimmy qui ? »), le 19 janvier 1976, a été le point de départ d’une dynamique irréversible qui l’a mené à la Maison-Blanche dix mois plus tard. La primaire qui se tient en Caroline du Sud appartient désormais à cette catégorie des États précurseurs, qui paraissent donner le sens du vent et prédire – à défaut de déterminer – l’issue du scrutin, et les noms des candidats à la présidence. En effet, il semble que lorsque l’Iowa et le New Hampshire désignent différents favoris, la Caroline du Sud est l’État qui tranche, celui qui en venant ajouter sa voix à l’un des deux, indique qui figurera au final sur le bulletin de l’automne.
D’après : Élisabeth Vallet, « Coup d’envoi de l’année électorale aux États-Unis – Première étape l’Iowa », Le Devoir, 31 décembre 2011 ; Ross Gittell et autres, First in Nation, The New Hampshire Primary : What it Means to the State and the Nation, Library and Archives of New Hampshire’s Political Tradition, 2001, p. 4 ; William G. Mayer, The Making of the Presidential Candidates, Rowman & Littelfield, 2012, p. 1-22.
L’Iowa et le New Hampshire déterminent-ils les gagnants ?

Les lignes grisées correspondent aux primaires et aux caucus républicains.
En gras : lorsque le candidat désigné par la primaire/caucus a été au final le candidat investi par le parti.
* Défiant toute l’histoire récente, Clinton est le seul à être parvenu à remonter la côte après avoir perdu les deux premiers scrutins ce qui lui a valu le célèbre surnom de « Come Back Kid ».
La compression du calendrier des primaires permet en principe de faire émerger très rapid...
Table des matières
- Comprendre les élections américaines
- DE LA MÊME AUTEURE
- INTRODUCTION • Le jour le plus long
- PREMIÈRE PARTIE • Au cœur de la Maison-Blanche
- DEUXIÈME PARTIE • Le système électoral est-il vraiment démocratique ?
- TROISIÈME PARTIE • Devenir président aux États-Unis
- EN GUISE DE CONCLUSION • L’élection de 2012
- POUR EN SAVOIR PLUS
- PETIT LEXIQUE DES ÉLECTIONS AMÉRICAINES
- 220 ANS D’HISTOIRE, 44 PRÉSIDENTS
- POSTFACE
- À PROPOS DE L’AUTEURE
- LA CHAIRE RAOUL-DANDURAND EN ÉTUDES STRATÉGIQUES ET DIPLOMATIQUES
- CRÉDIT
Foire aux questions
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