Pink Floyd, en première au Québec
Nous sommes sur le point de réaliser notre rêve et normalement ça devrait nous suffire. Mais, transportés par une confiance inébranlable, pourquoi diable ne pas doubler la mise ? Le rêve n’en sera que plus merveilleux.
Mention du nombre de billets sur l’affiche du spectacle de Pink Floyd à Montréal et à Québec de même que « son produit par Pink Floyd ». Affiche réalisée par Michel Maltais.
La réorganisation de l’équipe
Nous avons moins de deux mois pour planifier et organiser ce qui sera notre plus grosse production à vie. D’abord, comme pour le spectacle d’Eric Burdon and War, Jean, Yves et moi y allons de nouveaux prêts personnels permettant de garantir les dépôts exigés pour le groupe et la location de la salle. La date retenue pour le spectacle est le 10 novembre et nous avons ciblé le Pavillon de la jeunesse, une salle de dimension intermédiaire entre le Colisée et le Palais Montcalm.
Depuis la confirmation de la venue de Pink Floyd, l’ambiance à la maison de Saint-Isidore est fébrile. Il ne faut pas rater notre coup et notre première réunion nous fait réaliser l’ampleur de la tâche à accomplir et la vision plutôt téméraire de Jean.
— Que diriez-vous si on présentait Pink Floyd à Montréal ? nous lance-t-il, le plus sérieusement du monde.
— Montréal ? Es-tu sérieux ? répond Belleau.
— Oui, en réalité j’ai fait une offre pour deux concerts, dont un à Montréal.
— Et on fait ça où à Montréal ? demande Yves.
— Au Centre sportif de l’Université de Montréal, là où Gary Albert devait présenter Eric Burdon and War le printemps dernier. Rufus de Galaxy Records et Alain pensent que ça pourrait marcher.
Page intérieure du programme-souvenir identifiant toutes les personnes ayant participé à la réalisation du projet.
Aller jouer dans les platebandes de l’agence DKD qui est le seul promoteur de musique rock à Montréal pour y présenter un spectacle rock d’envergure, c’est plutôt baveux. Nous trouvons l’idée séduisante, mais fort risquée compte tenu de nos capacités financières limitées et de notre méconnaissance du marché montréalais. Par contre, il y a les opinions de Rufus et d’Alain qui pèsent dans la balance. Ils sont très engagés dans leurs milieux respectifs et leurs perceptions du monde du spectacle rejoignent la nôtre. Les jours suivants, ça discute fort entre nous et les opinions sont divergentes.
— C’est pas fou. Mais on va manquer d’argent pour financer ce spectacle-là. Et on a étiré la marge de crédit au maximum.
— On pourrait intégrer de nouvelles personnes dans Kosmos, des personnes qui financeraient une partie de ce spectacle, suggère Jean.
— Il me semble que nous sommes déjà nombreux dans Kosmos, non ?
— Je connais deux personnes intéressées, conclut Jean.
Finalement le goût du risque et le désir de nous dépasser l’emportent. Nous décidons de produire Pink Floyd à Montréal aussi. Tant qu’à rêver, rêvons au boutt !
Créé sur la table de la cuisine, le programme-souvenir du spectacle de Pink Floyd a été imprimé à 3000 exemplaires et distribué lors du spectacle de Québec. Conception Michel Maltais, collection Michel Maltais et Yves Savoie.
Septembre, Kosmos grossit
À la deuxième réunion, nous rencontrons nos deux nouveaux membres, Jacques Marois et Roger Labadie. Jacques est un passionné de musique, batteur à ses heures et intéressé à la production; Roger n’est pas musicien, mais il travaille en électronique et, tout comme Jacques, il désire s’engager en production. C’est à cette réunion que les tâches sont réparties de façon plus ou moins officielle : Jacques s’occupe de la sonorisation, Roger de l’éclairage, Mado tient les livres, Jean fait le lien avec l’agence, Yves est à la régie de la scène, et Belleau et moi à la promotion. C’est aussi Jacques qui est chargé de superviser avec Jean la promotion et la production à Montréal. Notre structure est un peu boite...