Tout le monde parle de la pluie et du beau temps. Pas nous
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Tout le monde parle de la pluie et du beau temps. Pas nous

  1. 258 pages
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Tout le monde parle de la pluie et du beau temps. Pas nous

À propos de ce livre

OĂč est Ulrike Meinhof? Sur les avis de recherche, placardĂ©s dans toute l'Allemagne de 1970, on offrait 10 000 marks de rĂ©compense Ă  qui saurait la repĂ©rer. Introuvable pendant deux ans, partie s'entraĂźner aux techniques de guĂ©rilla, impliquĂ©e dans des vols de banques et de voitures, l'ancienne journaliste devenue insurgĂ©e clandestine est jetĂ©e en prison en 1972, puis retrouvĂ©e pendue dans sa cellule le 9 mai 1976. Le combat contre l'impĂ©rialisme, le fascisme et le capitalisme militarisĂ© Ă©tait la raison d'ĂȘtre de la Fraction armĂ©e rouge (RAF), dite la bande Ă  Baader, qui s'inspirait de certains mouvements insurrectionnels de l'Ă©poque comme les Black Panthers aux États-Unis, les Brigades rouges en Italie ou les Tupamaros en Uruguay.Qui est-elle, Ulrike Meinhof, au-delĂ  du mythe entourant sa vie spectaculaire et son implication au sein de la RAF? «L'Allemande la plus brillante depuis Rosa Luxemburg», rĂ©sumait le poĂšte Erich Fried lors de son Ă©loge funĂšbre. Immense figure de l'extrĂȘme-gauche, sorte de sorciĂšre rouge Ă  laquelle on a tristement accolĂ© l'image d'une terroriste diabolique, Ulrike Meinhof avait auparavant menĂ© une prolifique carriĂšre de journaliste, connue et respectĂ©e dans tout le pays. Pour embrasser la guĂ©rilla, elle a tirĂ© un trait sur sa vie de bourgeoise, d'Ă©pouse et de mĂšre.Les chroniques d'Ulrike Meinhof, publiĂ©es dans la cĂ©lĂšbre revue konkret de 1959 Ă  1969, jettent un vif Ă©clairage sur les conflits et les bouleversements qui ont marquĂ© cette dĂ©cennie. Elle analyse la guerre froide, la prĂ©sence d'anciens fascistes au pouvoir, la libertĂ© d'expression sur fond de guerre du Vietnam, la justice sociale et la subordination des femmes. Son Ă©criture s'y rĂ©vĂšle mordante et profondĂ©ment engagĂ©e.Protester, c'est dire «je n'accepte plus cela». RĂ©sister, c'est faire en sorte que plus personne ne l'accepte.Textes choisis et prĂ©sentĂ©s par Karin Bauer ‱ PrĂ©face de Elfriede Jelinek ‱ Traduit de l'anglais et de l'allemand par Isabelle Totikaev et Luise von Flotow

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Informations

Année
2018
ISBN de l'eBook
9782890916432
Les chroniques
Ulrike Meinhof
Les ombres du sommet pointent vers l’ouest
[1960]
1960 promet d’ĂȘtre une annĂ©e charniĂšre de ce XXe siĂšcle tant critiquĂ©, tant cĂ©lĂ©brĂ© et sans cesse rĂ©exorcisĂ© : siĂšcle de la thĂ©orie de la relativitĂ© d’Einstein et de deux terribles guerres, celui du fascisme et celui des rĂ©volutions des peuples, des camps de concentration et des luttes d’indĂ©pendance. Le troisiĂšme sommet d’aprĂšs-guerre se tiendra Ă  Paris en mai 1960. C’est le troisiĂšme sommet depuis la partition du monde en deux blocs et le premier depuis que la politique de la guerre froide a perdu toute sagesse et qu’elle n’est plus qu’un instrument de dĂ©nonciation.
Potsdam, GenĂšve, Paris. Truman, Attlee et Staline se sont rencontrĂ©s Ă  Potsdam ; Eisenhower, Eden, Boulganine et Faure, Ă  GenĂšve ; Eisenhower, Macmillan, Khrouchtchev et de Gaulle se retrouveront Ă  Paris. Aux changements de noms correspondent des changements d’orientations politiques envisagĂ©s ou dĂ©jĂ  appliquĂ©s. À Potsdam, ils ont dĂ©cidĂ© de diviser l’Allemagne en quatre zones d’occupation ; il fallait instaurer un nouvel ordre Ă©conomique, interdire le Parti national-socialiste et rĂ©voquer tous les nazis occupant encore des postes dans la fonction publique. MĂȘme si l’alliance contre Hitler avait commencĂ© Ă  se lĂ©zarder, un certain consensus perdurait sur ces questions. Les Accords de Paris108, signĂ©s juste avant la ConfĂ©rence de GenĂšve, ont consacrĂ© l’intĂ©gration militaire de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale dans le bloc de l’Ouest. À GenĂšve donc, tous affichaient des sourires, mais rien n’a Ă©tĂ© accompli. La ConfĂ©rence de Paris aura pour toile de fond une OTAN qui s’effrite, les propositions de Khrouchtchev sur la rĂ©duction de l’armement et les nĂ©gociations de Camp David, qui ont rĂ©vĂ©lĂ© la sincĂ©ritĂ© des intentions des États-Unis et de l’Union soviĂ©tique en matiĂšre de dĂ©tente. Mais elle aura aussi pour toile de fond la guerre d’AlgĂ©rie, la bombe atomique française et les tensions germano-amĂ©ricaines109.
Le sommet dĂ©butera le 16 mai. Mais d’ici cette date et jusqu’à l’ouverture de la rĂ©union du Conseil de l’OTAN au printemps, Ă  Istanbul, tous les dirigeants des puissances internationales vont sillonner la planĂšte. Le tourisme politique auquel se livreront nos hommes d’État n’a pas pour unique objet la prĂ©paration de la ConfĂ©rence de Paris. Il doit leur permettre de cerner la situation que le sommet est censĂ© instaurer : on sait bien qu’il est devenu impossible de niveler les rĂ©cessions Ă©conomiques par la poursuite forcenĂ©e des politiques d’armement ; on va donc essayer de crĂ©er des liens commerciaux, d’ouvrir des marchĂ©s et de trouver de nouveaux amis et clients.
Si nous nous penchons sur ces deux derniĂšres annĂ©es, qui ont abouti Ă  la situation actuelle, nous observons que l’Union soviĂ©tique a engagĂ© une offensive diplomatique en 1958 avec son « message » Ă  « tous les gouvernements du monde » dans lequel elle proposait Ă  l’ensemble des hommes d’État des grands pays de se rĂ©unir pour rĂ©gler les conflits. Puis il y a eu le mĂ©morandum du 19 mars 1958, que Smirnov, ambassadeur de l’Union soviĂ©tique, a remis Ă  Bonn six jours avant la dĂ©cision du gouvernement CDU de doter la Bundeswehr d’armes de destruction massive. Ensuite, le 9 juillet 1958, il y a eu la proposition du gouvernement soviĂ©tique de convoquer une confĂ©rence d’experts pour discuter d’un moratoire sur les essais nuclĂ©aires. Pendant ce temps, en RĂ©publique fĂ©dĂ©rale, le mouvement antinuclĂ©aire avait Ă©tĂ© Ă©crasĂ© par la dĂ©cision de Karlsruhe rejetant la tenue d’un rĂ©fĂ©rendum110. Quant au projet de faire de l’Europe centrale une zone dĂ©nuclĂ©arisĂ©e, il avait Ă©tĂ© exclu du dĂ©bat politique (Strauss111 qualifiait les partisans du plan Rapacki112 de « criminels de guerre en puissance »). En octobre, les États-Unis mettaient fin Ă  leurs essais nuclĂ©aires de leur propre initiative, tandis que le ministre de la DĂ©fense de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale commençait Ă  acheter des missiles Honest-John113 et Ă  envoyer des soldats de la Bundeswehr aux États-Unis et en Afrique du Nord pour leur faire suivre une formation sur les canons nuclĂ©aires. Tout cela a abouti Ă  la note de Berlin envoyĂ©e par les SoviĂ©tiques le 27 novembre 1958114.
La « guerre des notes » a Ă©tĂ© suivie de la visite de Mikoyan115 aux États-Unis, du voyage de Macmillan116 Ă  Moscou, de l’apparition de Khrouchtchev Ă  Washington et de la tournĂ©e mondiale du prĂ©sident des États-Unis. Suivront encore des consultations complĂ©mentaires entre nos hommes d’État, puis arrivera enfin la confĂ©rence au sommet.
Eisenhower, Macmillan, de Gaulle et Khrouchtchev se rencontreront Ă  Paris en mai. Ils y arriveront avec quatre projets distincts et les attentes innombrables et diverses des populations, des hommes d’État et des partis. Pendant la campagne Ă©lectorale, l’annĂ©e derniĂšre en Grande-Bretagne, le chef des conservateurs a donnĂ© l’impression que son parti Ă©tait le mieux placĂ© pour entamer des pourparlers de paix. Les travaillistes, avec un programme Ă©lectoral bien meilleur, n’ont pas Ă©tĂ© en mesure de se dĂ©marquer clairement du programme du gouvernement. Les conservateurs se sont emparĂ©s de tout ce qui leur semblait intĂ©ressant en matiĂšre de rĂ©duction d’armes et que l’opinion anglaise souhaitait ardemment. Macmillan est allĂ© trĂšs loin : il a pleinement adhĂ©rĂ© Ă  la proposition de Khrouchtchev, qui prĂŽnait une suppression totale des armes, et a soutenu ce dernier dans les moindres dĂ©tails. Cette manƓuvre, apparemment conçue pour capter des voix, Ă©tait suffisamment rĂ©aliste pour que ses idĂ©es maĂźtresses soient conservĂ©es jusqu’à aujourd’hui : une politique de dĂ©tente, le refus des essais nuclĂ©aires et la volontĂ© de supprimer les armes. La politique Ă©conomique anglaise est principalement axĂ©e sur le Commonwealth, non sur le territoire ratatinĂ© de l’Europe. Les tentatives intĂ©grationnistes de l’Europe de l’Ouest ne peuvent qu’affaiblir l’influence dont jouit encore l’Angleterre dans ce qui reste de son empire. En outre, dans cette lutte pour sauvegarder ce monde prĂ©tendument libre, l’Angleterre, siĂšge traditionnel de la dĂ©mocratie parlementaire, ne peut que se sentir menacĂ©e par des partenaires comme la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale, la France ou mĂȘme l’Espagne. Et enfin, comme la France et la Belgique, la Grande-Bretagne est encore engagĂ©e en Afrique ; si elle veut rĂ©ussir Ă  neutraliser l’attrait qu’exerce le bloc de l’Est sur les Africains partisans de l’indĂ©pendance – tant sur le plan des idĂ©es que sur le plan des amĂ©liorations matĂ©rielles –, elle doit se rĂ©server une marge de manƓuvre pour ses investissements et poursuivre une politique de bonne volontĂ© en Afrique du Sud, mĂȘme feinte. Ces intĂ©rĂȘts internationaux de la Grande-Bretagne auront une influence dĂ©terminante sur la position qu’adoptera Macmillan Ă  Paris et l’inciteront Ă  tenir, dans une certaine mesure, sa promesse d’établir un Ă©quilibre avec l’Est, Ă©quilibre qui non seulement est nĂ©cessaire, mais Ă©galement devenu possible.
Depuis Camp David, l’évolution de la politique Ă©trangĂšre des États-Unis a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Au cours de sa tournĂ©e mondiale, Eisenhower entendait vanter au monde entier la politique amĂ©ricaine de rĂ©conciliation. Cette nouvelle politique a aussi Ă©tĂ© mise en Ɠuvre pour produire les bĂ©nĂ©fices que la « doctrine Dulles » Ă©tait incapable d’apporter117.
Comme les AmĂ©ricains ne sont plus en mesure d’assumer leurs obligations au sein de l’OTAN sur le plan matĂ©riel mais qu’ils n’osent pas encore y renoncer, ils essaient de se dĂ©gager de leurs responsabilitĂ©s sur leurs partenaires europĂ©ens dans l’espoir que ces obligations s’éteindront d’elles-mĂȘmes dans le flou de la politique europĂ©enne. Il s’agit lĂ  d’un point important de la politique allemande des AmĂ©ricains. La RĂ©publique fĂ©dĂ©rale, qu’ils ont choyĂ©e pendant dix ans avec largesse, risque momentanĂ©ment de se rebiffer contre leurs politiques et d’essayer de revenir sur certaines positions arrĂȘtĂ©es (dans sa dĂ©claration de Berlin, Adenauer a eu le front de remettre en cause le concept de l’Occident dĂ©fini l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente Ă  la ConfĂ©rence des ministres des Affaires Ă©trangĂšres de GenĂšve et donc de dĂ©tricoter une annĂ©e entiĂšre de politique mondiale). Mais aussi certainement que la libertĂ© de Berlin n’a jamais Ă©tĂ© sĂ©rieusement menacĂ©e, il est Ă©vident que le statut actuel de cette ville sert de monnaie d’échange dans les nĂ©gociations Est-Ouest. L’AmĂ©rique ne veut pas d’une guerre, et surtout pas pour Berlin. L’AmĂ©rique a besoin de la paix. Berlin aussi !
Par son retour, de Gaulle, partenaire français Ă  la confĂ©rence de cette annĂ©e, a non seulement rĂ©ussi Ă  dĂ©samorcer des crises gouvernementales, il a Ă©galement rĂ©ussi Ă  abolir la rĂ©publique, sans toutefois parvenir Ă  obtenir un solide soutien dans son pays. La guerre en AlgĂ©rie s’éternise. L’Europe n’est plus intĂ©ressante sur le plan politique ; elle l’est uniquement sur le plan Ă©conomique, et sur le plan militaire parce qu’elle pourrait devenir une quatriĂšme puissance nuclĂ©aire conduite par la France – ce qui lui confĂ©rerait une suprĂ©matie, dont l’Europe serait le vecteur, non le but. Les Français veulent des droits, non des obligations.
L’un des objectifs de de Gaulle Ă  ce sommet est d’obtenir l’ajout d’un paragraphe internationalement contraignant, rĂ©affirmant le droit des peuples et interdisant l’ingĂ©rence dans les affaires des autres pays. Cela lui permettra de cantonner la guerre d’AlgĂ©rie Ă  une affaire de famille française. Pour l’obtenir, il a besoin du soutien de Khrouchtchev, lequel veut invoquer ce mĂȘme droit pour protĂ©ger les États du bloc de l’Est, notamment la RDA, d’éventuelles interventions de l’Ouest. À l’Est on parle mĂȘme d’« agressions ». Ni Khrouchtchev ni de Gaulle n’approuvent la façon dont la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale Ă©volue, mĂȘme si ce n’est probablement pas pour les mĂȘmes raisons. De Gaulle, le nationaliste, craint les ambitions hĂ©gĂ©moniques de Bonn. Khrouchtchev, le chef du bloc de l’Est, craint une volontĂ© expansionniste de l’Allemagne de l’Ouest. Par ailleurs, il y a ce prĂ©tendu axe Bonn-Paris – les deux États font front commun face aux États-Unis –, mais ce qui agace particuliĂšrement de Gaulle c’est le refus de l’Allemagne de le soutenir dans sa guerre d’AlgĂ©rie et le fait qu’elle demande Ă  la France d’augmenter sa contribution Ă  l’OTAN afin d’allĂ©ger sa propre participation financiĂšre Ă  cette organisation, et qu’elle souhaite, contrairement au plan annoncĂ© par Adenauer, un changement de statut de Berlin afin de pacifier l’Europe centrale. L’alliance Bonn-Paris est donc par nature totalement nĂ©faste dans la mesure oĂč on ne peut pas se fier Ă  de Gaulle, mĂȘme s’il ne cesse de dĂ©clarer que « Berlin doit rester libre ». La France, et son nationalisme inflexible, semble portĂ©e Ă  employer presque tous les moyens pour arriver Ă  ses fins, mais elle est divisĂ©e quant Ă  ses ambitions internes et externes ; c’est pourquoi, malgrĂ© l’affaiblissement de son systĂšme dĂ©mocratique, elle peut quand mĂȘme se poser en partenaire pour la dĂ©tente.
Khrouchtchev, le communiste, le conteur paysan, le dirigeant ...

Table des matiĂšres

  1. Page couverture
  2. Faux-titre
  3. Titre
  4. Crédits
  5. Préface
  6. Introduction
  7. Les chroniques
  8. Postface
  9. Chronologie
  10. Lexique
  11. RĂ©flexions des traductrices et de l’auteure de l’anthologie
  12. Remerciements
  13. Table des matiĂšres
  14. Fin
  15. QuatriĂšme de couverture

Foire aux questions

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