Libérer la culotte
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Libérer la culotte

  1. 242 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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À propos de ce livre

Luxure, nom féminin: comportement de quelqu'un qui se livre sans retenue aux plaisirs sexuels.Les codirectrices de Libérer la colère poursuivent leur relecture libre et féministe des péchés capitaux en s'attaquant cette fois à une bête redoutable: le sexe. Qui a dit que la libération sexuelle des années 1970 avait vraiment «libéré» notre sexualité? Est-ce que le devoir conjugal n'appartient qu'à la génération de nos grands-mères? Comment se fait-il que le fossé orgasmique soit encore si profond? Peut-on repenser le sexe en dehors du modèle standard de couple? De l'asexualité au BDSM, du polyamour au consentement enthousiaste, ces textes culottés réclament haut et fort une nouvelle révolution sexuelle, une réinvention de nos rapports intimes. Si le privé est politique, la sexualité est la clé de voûte de véritables rapports égalitaires. Nous réclamons le droit à la jouissance complète de nos vies. Si dans Libérer la colère nous disions être des féministes frustré·e·s, nous constatons dans Libérer la culotte que nous sommes aussi mal baisé·e·s.Avec des textes de Stella Adjokê, Caroline Allard, Julie Artacho, Rose-Aimée Automne T. Morin, Sarah Beaudoin, Rachel Bergeron, Pascale Bérubé, Isabelle Bouchard-Veillette, Fanny Britt, Emilie Sarah Caravecchia, Zed Cézard, Maya Cousineau-Mollen, Caroline Dawson, Fannie Dionne, Catherine Darion, Laïma A. Gérald, Amélie Gillenn, Marie-Laure Landais, Leyla Lardja, Maude Ménard-Chicoine, Geneviève Morand, Mélodie Nelson, Maude Painchaud-Major, Léonie Pelletier, Véronique Pion, Shirley Rivet, Natalie-Ann Roy, Hélène Saint-Jacques et Catherine Voyer-Léger, et des entretiens avec Melissa Mollen Dupuis et France Castel.

Foire aux questions

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Informations

COLLABORATIONS
LUXURIANTESPERFORMER

FAKE NEWS

laïma a. gérald
Son souffle dans mon cou me donne des frissons de haut en bas. Ses doigts, sa langue, ses doigts, sa langue. Ça se passe bien, honnêtement. Il me demande s’il peut me prendre et je dis «oui vraiment». Ses hanches vont et viennent, c’est le fun tout ça. J’accélère mon souffle comme il faut et je gémis un peu, près de son oreille. Ça l’excite. Parfait. Ça commence à trembler le long de mes cuisses et ça remonte jusqu’à mon dos qui se courbe. Ah oui, c’est bon ça, courber le dos! Bonne idée. Continuer de respirer, de dire quelques mots bien choisis. Trembler encore un peu, gémir, trembler, gémir, les deux en même temps. Mes doigts agrippent ses fesses et je le tire vers moi. J’explose. Il me demande:
— Tu as eu un orgasme, right?
— Oui... oui!
Fake news. Ni vu ni connu. Une performance digne d’une actrice de cinéma. Que du feu.
The rest is history: on continue encore un peu sur le même beat, c’est le fun, il jouit, FIN.
Je remonte les draps sur mon corps. Comment ça se fait que j’ai passé plus de temps et mis plus d’énergie à fabriquer un faux orgasme plutôt qu’à essayer d’en avoir un vrai? Pourquoi est-ce que j’ai reproduit et imité les codes de la jouissance au lieu de l’atteindre réellement? J’aurais juste pu dire la vérité: «J’ai pas joui.» Ça n’aurait pas été la fin du monde, me semble.
Parce que jouer à jouir, c’est con, non?
On en parle régulièrement avec les femmes de mon entourage. Une amie m’a déjà confié qu’elle fake souvent, parce qu’elle est gênée d’admettre qu’elle a de la misère à avoir des orgasmes. En fait, c’est comme si elle ressentait la pression de DEVOIR jouir et ça la bloque encore plus. Puis, ça devient un cercle vicieux: elle a du mal à jouir, son partenaire ne s’en doute pas, elle ne sait pas trop comment communiquer ce qu’elle aimerait et son véritable plaisir passe au second plan. Encore une fois.
Une autre copine m’a déjà avoué que ça lui arrive de faker, parce qu’elle ne veut pas que les gars avec qui elle couche aient l’impression d’être des mauvais amants si elle ne jouit pas. C’est comme si elle voulait les rassurer dans leur masculinité, ou sur la qualité de leur performance, ou quelque chose comme ça.
Je comprends tellement ces feelings-là. Moi, j’ai déjà décidé de faker parce que je ne savais pas comment dire à un gars que, malgré sa bonne volonté, ça ne viendrait juste pas. Inventer un orgasme pour récompenser les efforts accomplis. Jouer la jouissance pour éviter d’assumer la charge émotionnelle d’expliquer comment faire mieux ou encore, ce qui n’allait pas juste pour... get it over with.
Appelons un chat un chat: beaucoup de femmes fakent de temps en temps. Je n’invente rien, c’est un fait. Il y a même une étude américaine récente qui démontre que 60% des femmes ont déjà eu recours à la célèbre technique de Meg Ryan dans When Harry Met Sally. Ça fait beaucoup d’orgasmes fabriqués de toute pièce.
Et ça soulève beaucoup de questions, toute ça. Si on a «besoin» de faker, c’est peut-être qu’on ne jouit pas assez. Ça aussi, c’est démontré: encore aujourd’hui, les femmes hétéros jouissent moins régulièrement que les hommes pendant une relation sexuelle. Mais au lieu d’affronter cette disparité et de trouver des solutions tou·te·s ensemble, on partage des fake news.
Ça engendre aussi une réflexion sur la crisse de pression de performance. Comme si la finalité était nécessairement plus importante que le processus. Comme si le paraître l’emportait sur le plaisir.
Fuck ça.
Depuis un certain temps, je proteste doucement contre le théâtre de l’orgasme pour faire face à la musique.
Finies les fakes news: plus de dos qui se courbe artificiellement pour rassurer X dans sa masculinité. Plus de soupirs performés, parce que j’ai peur de dire à Y que j’aime mieux arrêter même si je n’ai pas eu d’orgasme. Plus de «Tu as joui? / oui!» à Z, si c’est faux.
Avec le temps, j’ai appris qu’affirmer mes désirs et communiquer mes envies, c’est bien souvent la promesse d’un plaisir décuplé. Prétendre moins, affirmer plus. Faker moins, jouir plus? J’ose y croire.
Et c’est sans doute là que ça devient intéressant. Au-delà de la mascarade et des faux-semblants.
Parce que les fakes news, si c’est pas constructif de les partager sur Twitter, ça l’est certainement pas plus au lit.

SUR MON CORPS

ISABELLE BOUCHARD-VEILLETTE
Mon corps sert de base, d’exutoire.
Un ancrage pour celui d’un homme.
Sur mon corps aussi les traces de son abandon.
Un repère pour célébrer ma féminité.
Je voudrais me sentir belle.
Le voir dans ses yeux.
Désirer. Dévorer.
Qu’on m’apprécie, qu’on me convoite.
Je suis faite pour ça.
Séduire un corps.
L’explorer avec envie.
Laisser-aller, laisser-venir.
Ça manque.
Les frissons d’un corps.
Comme un trou béant dans le cœur.
Une passoire.
Une cour à scrap.
Mon corps laissé pour compte.
Un champ de mines qui m’a trouée de bord en bord.
Des trous à combler.
Des vides. Entassés les uns sur les autres.
Retrouver les corps pour amorcer une fuite plus douce.
Une envie d’hurler ce qui implose.
Une libération sexuelle qui n’arrive jamais.
L’obstacle interne de la jouissance emprisonnée.
Une mère ne devrait pas fourrer.
Elle devrait faire l’amour. Avec volupté.
Avec discrétion.
En silence ou presque.
Ma libération détonne.
Je veux pourtant qu’elle soit grandiose.
Pourquoi en espérer moins?
J’aspire à plus d’expression au lit le matin.
À vivre l’érotisme au lieu de le rêver.
Je fais ce que je veux.
Sur mon corps, il y a aussi les marques du temps.
De la violence, de la maternité, de l’amour, du rejet.
Mon corps a une mémoire.
Mon corps a du vécu.
Mon corps est un cœur meurtri par l’insatisfaction, la soumission.
Un véhicule de plaisir et d’insécurité.
Je désire, plus que jamais, sortir de ma coquille vide.
Célébrer ce nouvel état.
Me dénuder.
Devenir cette femme entre deux âges.
À la recherche d’un véritable partage d’intimité.
Même quand je ne suis pas la première au fil d’arrivée.
Le voir jouir avant moi.
Ravaler mon amour pour l’autre.
Me montrer désirable.
Faut être faite forte y paraît.
Courir plus vite que le temps qui passe pour me préserver.
Tout est si beau quand une femme sourit.
Enjamber et sourire. Criss.
Me servir de mon corps comme barrière, avec mes limites.
Célébrer ce corps pour entrevoir la possibilité d’y ouvrir mon cœur.
Ne pas me laisser atteindre.
Me rhabiller.
Performer.
Malgré ce qui ronge.
Piétiner l’amour-propre et jouir plus fort.
Performer, mieux aimer.
Être une femme.
Avec une sexualité qui devrait être comme ça.
Et pas désincarnée, comme la mienne.
Sur mon corps, les traces laissées par ses mains.
Ancrées dans ma chair.
Un point de comparaison parmi tant d’autres.
Où les souffles se succèdent pour en effacer les traces.
Éviter de ternir, de mourir.
Ressentir mon propre plaisir.
Ne plus donner, mais pourtant, tout recevoir.
Être avide de bouches sur mon corps.
De gémissements.
Calmer les envies.
Brûler les étapes.
Reprendre ce pouvoir.
Me mettre en danger.
Perdre pied, perdre le nord.
Puis, me retrouver en linge mou sur le sofa.
Seule, un soir de printemps.
Swipe à gauche.
Swipe à gauche.
Swipe à droite.
Les rencontres au hasard.
Être une femme de son temps.
Où les souffles se succèdent pour en effacer les traces.
Mon corps comme une arme.
Politisée. Camouflée. Maquillée. Séductrice.
Je voudrais normaliser les corps.
Mon plaisir est souvent passé par le regard de l’autre.
L’envie de l’autre.
La jouissance de l’autre.
La tendresse de l’autre.
La brutalité de l’autre.
Les fantasmes de l’autre.
Et je pensais m’en satisfaire. Vraiment.
Mais non.
Je redécouvre ce corps, lui laisse une chance.
Je sors de la pénombre et respire enfin.
J’aime jouir et je l’assume.

UNE BONNE FEMME

PASCALE BÉRUBÉ
au commencement, il n’y avait que le ventre rond de ma mère et l’air qui ne me connaissait pas, ne me contenait pas
je ne pensais pas encore: moi aussi, on peut me baiser, je peux être un objet, être une excuse pour ne plus aimer l’autre femme
j’aimerais revenir à cet état d’avant la naissance, même si j’ai travaillé fort pour être une vraie femme adulte qui peut donner du plaisir et repartir, les cheveux droits étalés sur le dos, scintillante comme un long ongle de cristal
*
la première fois que j’embrasse un homme dans un bar, ce n’est pas parce qu’il m’intéresse, c’est parce que je veux une validation de sa part
je veux réussir à imprimer quelque chose dans le mouvement flou et étrange de la nuit
je tiens à peu de paramètres
je me construis avec les bouches et les mains qu’on m’offre
*
j’attends mon père sur le coin d’une rue après une soirée où la vie ne semblait plus avoir aucun contrôle sur mon corps
un homme à vélo me demande: «Mademoiselle, vous chargez combien?»
je porte des jeans et une chemise, je ne suis pas maquillée du tout
je ressemble à tout ce qu’un homme peut s’imaginer d’une très jeune femme qui ne connaît rien du sexe ou du danger de dire oui à un inconnu qui veut fourrer sa tête entre ses cuisses
mon père arrive, j’entre dans son auto aux bancs de cuir rassurants et je pense aux hommes
je pense à comment je suis en train de devenir une fille normale à qui on offre de l’argent pour avoir la chance de la toucher
*
un homme me fait l’amour – je n’implique pas mon action là-dedans parce que j’étais nerveuse et que je suis juste restée étendue dans son lit toute habillée comme une poupée en silicone
il entre, se retire, puis me demande la permission de se réinsérer une autre fois et je m’endors
le fait qu’il veuille me pénétrer deux fois me fait croire que je suis bonne et méritante, qu’il m’est possible, seulement par mon corps dans son lit, d’annuler tout ce qui existe dans sa vie présentement
le lendemain, je ne sais pas si ma présence est douloureuse ou fébrile, mais je peux maintenant dire que j’ai couché avec un homme
je peux écrire sur ça, je peux en parler à des amies, je peux y penser et m’imaginer que je suis un peu plus mature et femme
je fais des choses, je pose des actions quotidiennes et il y a encore un peu de sa queue qui se contracte et se brise en moi
je me maquille et sa respiration scintille autour de mon cou
je la porte comme un collier que je n’ai pas envie de ranger tout de suite même s’il ne m’appartient pas
je me sens obscène avec l’arrivée du sexe dans ma vie
peu importe ce que je fais, j’ai l’impression que tout de moi est visible, que l’intérieur de mon corps est retourné vers l’extérieur
une femme qui porte sa peau d’après le sexe dans les mains, comme une preuve
le jour où il me dit que c’est assez, je deviens une trace de mascara mouillé dans le reflet d’une vitre de taxi
je suis en train de me faire laisser pour vrai, je suis en train de vivre le deuil d’un visage, d’une voix, de ma propre présence dans l’appartement d’un garçon
*
le jour se dégrafe le...

Table des matières

  1. CORRESPONDANCES JOUISSIVES
  2. COLLABORATIONS LUXURIANTES
  3. LES CODIRECTRICES
  4. LES AUTEURICES
  5. REMERCIEMENTS