Louis XV et le Canada, 1743-1763
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Louis XV et le Canada, 1743-1763

1743-1763

  1. 186 pages
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Louis XV et le Canada, 1743-1763

1743-1763

À propos de ce livre

Quel sort connaßtra le Canada sous le rÚgne de Louis XV ? Timide, peu sûr de lui, Louis XV n'assumera les pleins pouvoirs, à l'image de son arriÚre-grand-pÚre Louis XIV, qu'à l'ùge de 33 ans. Homme de paix par conviction et éducation, il est entouré de ministres puissants dont il se méfie.

Lorsque la guerre contre l'Angleterre éclate en 1756, cela fait déjà deux ans que les colonies s'affrontent en Amérique. Louis XV sera le roi qui cédera la Nouvelle-France à l'Angleterre en ratifiant le traité de Paris de 1763.

AprĂšs son premier essai, Louis XIV et le Canada, Louis Gagnon tente de comprendre pourquoi le roi en arrive Ă  se dĂ©partir du Canada. Était-il sous l'influence des Choiseul, de Voltaire et de la Pompadour ?

Louis Gagnon a obtenu une licence en pĂ©dagogie Ă  l'UniversitĂ© de MontrĂ©al. Son intĂ©rĂȘt pour la didactique de l'histoire l'a amenĂ© Ă  Ă©tudier les rapports entre la monarchie française et le Canada sous Louis XIV et Louis XV. Louis XIV et le Canada (1658-1674) a Ă©tĂ© publiĂ© en 2011.

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Informations

Année
2014
ISBN de l'eBook
9782896648702
CHAPITRE 1
Un roi en devenir
Louis XV assume les pleins pouvoirs en 1743. « Je veux suivre en tout l’exemple du feu roi mon bisaĂŻeul21. » Le roi avait passĂ© la trentaine. Il avait partagĂ© jusque-lĂ  le pouvoir effectif d’abord avec le rĂ©gent, son grand-oncle, puis Ă  sa majoritĂ© avec des ministres dont le plus influent Ă©tait le cardinal de Fleury.
Peut-on parler de tutelle ? En quelque sorte, puisque la rĂ©gence du duc d’OrlĂ©ans et le mentorat de Fleury en ont les caractĂ©ristiques. Quoique roi, il ne prend pas d’initiative ; il est mĂȘme difficile de lui attribuer une seule prise de dĂ©cision personnelle. Le roi et l’homme ne sont pas encore superposables. De 1723 Ă  1743, Louis XV abandonne Ă  ses tuteurs l’administration du royaume ; cette dĂ©mission coĂŻncide avec le dĂ©clin de la marine, du commerce et des colonies. AprĂšs 1743, le roi prend les affaires en main. C’est durant cette pĂ©riode qu’il donne Ă  la France une orientation personnelle, contrariĂ©e toutefois par les ambitions de la Grande-Bretagne lors des guerres de la Succession d’Autriche et de Sept Ans. En 1763, il aura perdu sa marine, son empire et une bonne part de son crĂ©dit. Double versant d’un rĂšgne qui s’annonçait heureux et se termine dans la honte au traitĂ© de Paris.
La régence
La rĂ©gence dure sept annĂ©es au cours desquelles il apprend son mĂ©tier de roi. Les historiens s’entendent pour affirmer qu’il est prĂ©coce, et qu’il est servi par une intelligence vive et une mĂ©moire supĂ©rieure.
Son couronnement Ă  treize ans changera peu les affaires de l’État puisqu’il cĂšde la gouvernance du royaume Ă  des premiers ministres : le cardinal Dubois, puis l’ex-rĂ©gent, le duc d’OrlĂ©ans, et enfin le prince de Bourbon-CondĂ©. Avec la disgrĂące de ce dernier commence une longue pĂ©riode oĂč le roi donne l’illusion de gouverner alors que, au vu et au su de tous, le cardinal de Fleury22, son mentor, exerce les fonctions de premier ministre sans en porter le titre.
Louis XV est considĂ©rĂ© comme le successeur du Grand Roi. Personne, pas mĂȘme le rĂ©gent, ne conteste ce droit de succession. Mais l’enfant-roi n’a que cinq ans au moment de son avĂšnement. Sur ses frĂȘles Ă©paules repose le poids de l’hĂ©ritage bourbon singuliĂšrement absolutiste.
Un ambassadeur perse en visite Ă  Paris au temps du Grand Roi dĂ©crit le jeune Louis, le futur Louis XV, comme le prince nĂ©cessaire. L’expression souligne la position extraordinaire d’un jeune garçon condamnĂ© Ă  rĂ©gner sans qu’il puisse Ă©chapper Ă  cette condition. À la mort de Louis XIV, il est roi absolu avec tout ce que ce titre comporte de devoirs et de privilĂšges.
Un premier obstacle Ă  l’exercice absolu de la royautĂ© vient du fait mĂȘme de sa minoritĂ©. Le rĂ©gent, son grand-oncle, neveu de Louis XIV, exerce le pouvoir sans partage. Il gouverne au nom du roi, empĂȘchĂ© d’agir Ă  cause de son jeune Ăąge.
Il n’est pas empĂȘchĂ© de rĂ©gner pour autant. Le rĂ©gent met tout en Ɠuvre pour que le roi soit bien en vue. Il le ramĂšne Ă  Paris, d’abord au chĂąteau de Vincennes, puis aux Tuileries. La propagande monarchique le veut ainsi. Le peuple de Paris apprĂ©cie la prĂ©sence de ce petit roi trĂšs beau, trĂšs intelligent, s’amuse de ses facĂ©ties, l’adopte si bien que, selon certains, Louis XV aurait mieux fait de rester Ă  Paris plutĂŽt que de retourner Ă  Versailles. HĂ©las ! Il s’ennuyait du grand air.
Une autre restriction viendra gĂȘner l’action du roi, sans trop de consĂ©quences pour le moment. Philippe d’OrlĂ©ans, afin d’obtenir la rĂ©gence pleine et entiĂšre avec la facultĂ© de nommer qui il entendait au conseil de rĂ©gence, avait promis de redonner aux Parlements le droit de remontrance si Ă©troitement encadrĂ© par Louis XIV pour qui il fallait d’abord « sanctionner » avant de « rĂ©primander ». Les Parlements l’entendaient autrement, la rĂ©primande devant prĂ©cĂ©der la sanction.
Le premier obstacle n’en Ă©tait pas un puisque la rĂ©gence prenait fin Ă  la majoritĂ© du roi. Par ailleurs, la clause rĂ©tablissant le droit de rĂ©primande empoisonnera l’atmosphĂšre politique du rĂšgne Ă  la suite de la prĂ©tention des Parlements Ă  reprĂ©senter le peuple. Il faudra la patience du roi et, in extremis, l’appui de Voltaire pour rappeler aux parlementaires qu’ayant achetĂ© leurs charges, ils ne pouvaient prĂ©tendre parler ou agir au nom du peuple23. Rien ne les dĂ©signait comme Ă©lus. Ces querelles d’autoritĂ© mineront le pouvoir royal et auront indirectement un effet nĂ©faste sur la conduite de la guerre, comme nous le verrons par la suite.
Sous la rĂ©gence, nous l’avons entrevu, Philippe d’OrlĂ©ans et les membres du conseil dĂ©signĂ©s par lui administrent la France et le Canada. Le secrĂ©tariat d’État Ă  la Marine, jusqu’alors responsable des colonies, est mis en veilleuse au profit d’un conseil de la Marine.
Quelle est la part du roi ? Nulle, si l’on excepte le « devoir de reprĂ©sentation » liĂ© Ă  la majestĂ© du souverain, fĂ»t-ce un enfant. Il est de toutes les rĂ©ceptions officielles, accueille aux Tuileries Pierre le Grand fortement impressionnĂ© par ce roi « puissant et chargĂ© d’annĂ©es24 » – il n’en a que sept, prĂ©cise-t-il ironiquement –, ne se dĂ©robe ni Ă  ses devoirs d’État ni Ă  ses obligations de cour. S’il ne peut encore prĂ©tendre suivre en tout l’exemple de son bisaĂŻeul25, pour ne pas ĂȘtre en reste, il Ă©volue avec grĂące dans l’opĂ©ra-ballet Les ÉlĂ©ments26 comme l’avait fait son arriĂšre-grand-pĂšre, danseur Ă©mĂ©rite, dans Le Ballet de la Nuit. Sa participation dans la galerie des Tuileries, pour exceptionnelle qu’elle soit, n’a guĂšre amusĂ© Louis XV, mais lui a donnĂ© la satisfaction d’avoir rĂ©pondu aux exigences de la Cour.
Entretemps, l’apprenti-roi poursuit ses Ă©tudes. Il accroĂźt son savoir dans les sciences, ses matiĂšres de prĂ©dilection Ă©tant la gĂ©ographie et son corollaire, la cartographie. Le milieu se prĂȘtait Ă  des expĂ©riences concrĂštes dans ce domaine. Le Louvre accueillait dans ses galeries des compĂ©tences dans toutes les sciences. Louis n’avait qu’à choisir. Son savoir, nous le verrons, lui sera une aide prĂ©cieuse lorsque surviendra le contentieux opposant la France et la Grande-Bretagne en AmĂ©rique.
Son retour Ă  Versailles ne change rien Ă  ses habitudes d’études. MĂȘme quand il s’adonne furieusement Ă  son nouveau passe-temps, la chasse, il ne se prive pas de chercher la compagnie des savants de son temps. Louis XV est de son siĂšcle, le siĂšcle des LumiĂšres.
À la veille du sacre, on accĂ©lĂšre la formation du roi. FlanquĂ© de Philippe d’OrlĂ©ans, l’ex-rĂ©gent, et de l’évĂȘque de FrĂ©jus, le futur cardinal de Fleury, il Ă©coute les leçons de son premier ministre27, le cardinal Dubois. Ce sont de vĂ©ritables cours de sciences politiques sur les affaires de l’État sous une monarchie
 absolue. Ce gavage royal a pour but de parfaire les connaissances du jeune roi dĂ©jĂ  averti puisque, depuis l’ñge de dix ans, au grand Ă©tonnement de tous et du rĂ©gent qui n’en demande pas tant, il assiste silencieux (sans bouger, lui qui ne reste pas en place) au Conseil-d’en-Haut.
Les Ă©vĂ©nements de l’annĂ©e 1723 forcent la maturitĂ© du roi. Coup sur coup disparaissent les premiers ministres, le cardinal Dubois d’abord, et quelques mois plus tard Philippe d’OrlĂ©ans, frappĂ© d’apoplexie. Le duc de Bourbon-CondĂ© profite du dĂ©sarroi de Louis XV pour demander le jour mĂȘme sa succession. On connaĂźt la duplicitĂ© de Louis XIV et sa dissimulation quand il s’agissait de perdre quelqu’un. Son arriĂšre-petit-fils use du mĂȘme stratagĂšme pour se dĂ©faire du duc de Bourbon qui s’était servi de l’influence mal assurĂ©e de sa jeune Ă©pouse pour lui forcer la main. Bourbon voulait rencontrer le roi en l’absence de son mentor. Louis prend mal l’affaire ; il feint le lendemain de se rĂ©concilier avec son cousin Bourbon, l’invite Ă  Rambouillet pour jouer, selon son expression. Comme dans l’affaire du surintendant Fouquet au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, ce n’est pas d’Artagnan qui l’attend, mais le duc de Charost, capitaine des gardes. Celui-ci lui remet un billet du roi lui intimant l’ordre de se rendre Ă  son chĂąteau de Chantilly et de ne pas s’en Ă©loigner jusqu’à nouvel ordre. Il Ă©tait le premier d’une longue liste de collaborateurs Ă  prendre le chemin de l’exil pour lui avoir dĂ©plu. La remarque de Voltaire visant Louis XIV s’appliquait aussi bien Ă  Louis XV : « Je ne sais pourquoi la plupart des princes affectent d’ordinaire de tromper par de fausses bontĂ©s ceux de leurs sujets qu’ils veulent perdre28. » Le duc de Bourbon l’apprit Ă  ses dĂ©pens. En attendant le prochain

Le ministĂšre Fleury
La France est en attente du roi. Il rĂšgne, mais ne gouverne pas, tant l’emprise du cardinal est grande. Le roi assiste au Conseil-d’en-­Haut ou au Conseil des dĂ©pĂȘches. Il suit Ă  la lettre les directives de Fleury. On se croirait revenu au temps de R...

Table des matiĂšres

  1. Louis XV et le Canada. 1743-1763
  2. Remerciements
  3. Prologue
  4. CHAPITRE 1 ‱ Un roi en devenir
  5. CHAPITRE 2 ‱ La Royale
  6. CHAPITRE 3 ‱ Le pari de Louis XV
  7. CHAPITRE 4 ‱ Une guerre sans objet
  8. CHAPITRE 5 ‱ La conquĂȘte de la paix
  9. CHAPITRE 6 ‱ Le Secret du roi
  10. Épilogue
  11. SUPPLÉMENT D’HISTOIRE ‱ Rochefort
  12. Chronologie
  13. Bibliographie
  14. Crédit

Foire aux questions

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