La chute de la Nouvelle-France
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La chute de la Nouvelle-France

de l'affaire Jumonville au traité de Paris

  1. 592 pages
  2. French
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La chute de la Nouvelle-France

de l'affaire Jumonville au traité de Paris

À propos de ce livre

Le traité de Paris signé en 1763 met un terme à la guerre de Sept Ans. En Amérique du Nord, le Canada est cédé à la Grande-Bretagne. Les relations complexes et souvent passionnées entretenues entre Français et Québécois puisent leurs racines dans l'événement tout à la fois dramatique et fondateur que fut la chute de la Nouvelle-France. Des problématiques sont maintenant éclairées par le renouveau de l'histoire de cette guerre et de ses acteurs, dont le dynamisme est aussi soutenu et remarquable des deux cÎtés de l'Atlantique. Quelle société fut plus marquée par la guerre au milieu du XVIIIe siÚcle que la société canadienne-française? Cet ouvrage propose de dresser un bilan de ce conflit au moment de la signature du traité de Paris et de présenter le monde qui en est issu.

Avec des textes d'Arnaud Balvay, Jean-Pierre Bois, Denys DelĂąge, AndrĂ© De Visme, Alexandre DubĂ©, Edmond Dziembowski, Bertrand Fonck, Lorraine Gadoury, Caroline Galland, StĂ©phane GenĂȘt, Louis-Georges Harvey, Alain Laberge, RĂ©nald Lessard, Boris Lesueur, Jean-Claude MassĂ©, CĂ©line Melisson, Jean-François Mouhot, Jean-François Palomino, François Pernot, Jean-Pierre Poussou, François-Joseph Ruggiu, Jean-Pierre Sawaya, François Ternat, Denis Vaugeois et Laurent VeyssiĂšre.

Bertrand Fonck est conservateur du patrimoine au Service historique de la Défense en France et docteur en histoire. Il a notamment dirigé avec Laurent VeyssiÚre La guerre de Sept Ans en Nouvelle-France (Septentrion, 2012) et La fin de la Nouvelle-France (Armand Colin, 2013). Il a codirigé d'autres ouvrages collectifs, dont Combattre et gouverner. Dynamiques de l'histoire militaire de l'époque moderne, XVIIe-XVIIIe siÚcles (Presses universitaires de Rennes, 2015).

Laurent VeyssiÚre est conservateur général du patrimoine au ministÚre de la Défense en France. Il a dirigé La Nouvelle-France en héritage (Armand Colin, 2013) et avec Bertrand Fonck deux essais : La guerre de Sept Ans en Nouvelle-France (Septentrion, 2012) et La fin de la Nouvelle-France (Armand Colin, 2013). Avec Sophie Imbeault et Denis Vaugeois, il a dirigé 1763. Le traité de Paris bouleverse l'Amérique (Septentrion, 2013).

Informations

Année
2015
ISBN de l'eBook
9782896649310
Une relation tombĂ©e dans l’oubli ? Le Canada et la monarchie française entre 1759 et 1783
FRANÇOIS-JOSEPH RUGGIU
AVEC LE TRAITÉ DE PARIS DE 1763, la France cĂ©da la Nouvelle-France, avec ses presque soixante-dix mille habitants catholiques, Ă  la Grande-Bretagne1297. En fĂ©vrier 1778, par l’article 6 de son traitĂ© d’alliance avec les États-Unis, la France renonça officiellement Ă  la possibilitĂ© de recouvrer le Canada. Ces deux faits bien connus ont donnĂ© lieu Ă  une longue sĂ©rie d’interprĂ©tations, dans des contextes acadĂ©miques trĂšs diffĂ©rents. Tout naturellement, les historiens quĂ©bĂ©cois ont analysĂ© Ă  la loupe les choix faits par les hommes politiques français pour expliquer ces Ă©vĂ©nements, qui ont Ă©tĂ© vĂ©cus comme un vĂ©ritable abandon1298. Les historiens britanniques canadiens-anglais ont consacrĂ© de nombreuses Ă©tudes Ă  l’établissement de la domination anglaise sur le Canada dans les annĂ©es 1760 et au rĂŽle de la France dans la guerre de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine1299. Les historiens amĂ©ricains de la diplomatie se sont concentrĂ©s sur le rĂŽle jouĂ© par la France dans la guerre de l’IndĂ©pendance jusqu’à la signature du traitĂ© de Versailles en 17831300. Les historiens français ont finalement Ă©tĂ© les plus indiffĂ©rents Ă  ce sujet. Les spĂ©cialistes les plus rĂ©cents du rĂšgne de Louis XV et de Louis XVI se sont intĂ©ressĂ©s principalement Ă  la lutte des factions politiques Ă  la Cour de Versailles, en insistant tout particuliĂšrement sur le rĂŽle qu’auraient prĂ©tendument jouĂ© les maĂźtresses de Louis XV ou encore Marie-Antoinette, sur l’opposition de nature Ă  la fois politique et religieuse du Parlement de Paris vis-Ă -vis de la politique royale, sur les tentatives de libĂ©ralisation de l’économie française et, naturellement, sur l’avĂšnement de la RĂ©volution française. Cela explique le fait qu’aucun rĂ©cit gĂ©nĂ©ral sur la politique coloniale française au cours des derniĂšres dĂ©cennies de l’Ancien RĂ©gime n’ait Ă©tĂ© publiĂ© en France depuis le dĂ©but des annĂ©es 19901301.
Pendant l’Ancien RĂ©gime, la politique Ă©trangĂšre française Ă©tait placĂ©e sous la direction du secrĂ©taire d’État des Affaires Ă©trangĂšres, tandis que les colonies Ă©taient dirigĂ©es par le secrĂ©taire d’État de la Marine. Étienne-François, duc de Choiseul, fut secrĂ©taire d’État des Affaires Ă©trangĂšres du 13 dĂ©cembre 1758 au 13 octobre 1761, puis Ă  nouveau du 10 avril 1766, Ă  sa rĂ©vocation par Louis XV le 24 dĂ©cembre 1770. Entre 1761 et 1766, il occupa le poste de secrĂ©taire d’État de la Marine, tout en continuant Ă  superviser la politique Ă©trangĂšre de la France par l’intermĂ©diaire de son cousin, CĂ©sar-Gabriel de Choiseul-Praslin, officiellement secrĂ©taire d’État des Affaires Ă©trangĂšres. Le 10 avril 1766, CĂ©sar-Gabriel devint secrĂ©taire d’État de la Marine, jusqu’à ce que son cousin tombe en disgrĂące en 1770. Ainsi, Étienne-François, qui fut Ă©galement secrĂ©taire d’État de la Guerre entre 1761 et 1770 et premier ministre sans en avoir officiellement le titre, exerça une influence tout Ă  fait extraordinaire sur toutes les affaires Ă©trangĂšres de la France. Ses principaux successeurs au poste de secrĂ©taire d’État des Affaires Ă©trangĂšres furent le duc d’Aiguillon, de 1771 Ă  1774, et Charles Gravier, comte de Vergennes, du 6 juin 1774 jusqu’à sa mort, le 13 fĂ©vrier 17871302.
Bien que l’activitĂ© diplomatique du duc de Choiseul et du comte de Vergennes ait Ă©tĂ© souvent Ă©tudiĂ©e, il est difficile d’établir avec prĂ©cision les principes essentiels qui ont guidĂ© leurs actions dans le domaine colonial : en effet, ce sujet a Ă©tĂ© plutĂŽt nĂ©gligĂ© par les historiens depuis un certain temps1303. Je vais donc essayer de replacer ici le comportement de Choiseul et de Vergennes vis-Ă -vis du Canada entre la guerre de Sept Ans et la guerre de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine dans un plus vaste contexte, Ă  savoir par rapport Ă  la conception que ces deux hommes avaient de ce qu’une mĂ©tropole comme la France aurait pu et dĂ» faire dans et pour ses colonies et de ce qu’elle aurait pu et dĂ» attendre d’elles. Pour comprendre l’attitude de ces deux Ă©minents hommes politiques, je vais me concentrer non seulement sur leur action en ce qui concerne le Canada1304, mais aussi sur leur conception gĂ©nĂ©rale d’un empire colonial. Je vais Ă©galement essayer de replacer l’histoire impĂ©riale et coloniale de la France dans la sphĂšre politique nationale. Les spĂ©cialistes de l’AmĂ©rique coloniale ont rĂ©cemment consacrĂ©, avec beaucoup de succĂšs, une grande attention aux colonies en tant que théùtre de nĂ©gociations incessantes entre les Ă©lites locales et le centre politique concernant leur statut, leur pouvoir et la dĂ©finition des politiques. Cependant, seuls les acteurs placĂ©s au sommet de l’État Ă©taient en mesure d’avoir une vision globale de la dĂ©finition des stratĂ©gies et du modelage des espaces coloniaux.
Tout comme d’autres textes consacrĂ©s Ă  ces questions, cette contribution puise intensĂ©ment dans la correspondance diplomatique et les documents publics du secrĂ©tariat d’État des Affaires Ă©trangĂšres. Ces documents se rapportent gĂ©nĂ©ralement Ă  des questions particuliĂšres, sans s’attaquer Ă  des problĂšmes d’ordre gĂ©nĂ©ral. Il faut admettre que leur contenu est souvent biaisĂ© par les normes rigides de la correspondance administrative, par le niveau de confiance existant entre le ministre et ses reprĂ©sentants et par les tactiques Ă  court terme mises en place par tous ces acteurs pour assurer l’évolution de leurs carriĂšres respectives1305. Cependant, le message que nous transmettent ces documents souvent rĂ©pĂ©titifs en dit long sur la vision gĂ©nĂ©rale des correspondants. Certains principes de base, rĂ©pĂ©tĂ©s mille fois dans diffĂ©rents contextes, devinrent, au fil du temps, de vĂ©ritables doctrines sur lesquelles se fondĂšrent des politiques prĂ©cisĂ©ment dĂ©finies et qui offrirent aux acteurs des moyens pour parer Ă  n’importe quelle situation. L’attitude des hommes politiques français vis-Ă -vis du Canada, en particulier, gĂ©nĂ©ra une importante thĂ©orie, trĂšs tenace, en matiĂšre de colonies, basĂ©e sur le principe du refus de l’acquisition de territoires (no territory policy)1306.
Aux origines de la Cession
L’abandon du Canada par la France en 1763 est souvent prĂ©sentĂ© comme inĂ©vitable en raison des terribles dĂ©faites subies pendant la guerre de Sept Ans et de l’indiffĂ©rence des hommes politiques et de la population française dans son ensemble Ă  l’égard des destinĂ©es de la Nouvelle-France. Ce mĂ©pris, symbolisĂ© par les cĂ©lĂšbres paroles souvent rĂ©pĂ©tĂ©es de Voltaire concernant « les arpents de neige », semble ĂȘtre nĂ© de la croyance des Ă©lites administratives françaises selon laquelle le futur de la colonie Ă©tait peu prometteur. RĂ©cemment, Françoise Lejeune a remarquĂ© que la cession de la colonie fit suite Ă  des dĂ©cennies de nĂ©gligence, et elle semble considĂ©rer le dĂ©sengagement comme un fait inĂ©vitable1307. Ce point reste cependant discutable car les hommes politiques français ne semblaient pas prĂȘts Ă  laisser de bon cƓur le Canada aux Anglais. Et la politique de la France sur cette question, tout au long de la guerre de Sept Ans, semble avoir Ă©tĂ© dĂ©connectĂ©e de la situation locale1308. La chute de Louisbourg (juillet 1758) et la bataille des plaines d’Abraham (septembre 1759) ne semblent pas avoir modifiĂ© la position de l’administration française, du moins d’aprĂšs ce que l’on peut lire dans les rapports conservĂ©s dans les archives du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres. Par consĂ©quent, la proposition de paix la plus pessimiste parmi les cinq qui furent prĂ©sentĂ©es en dĂ©cembre 1759 prĂ©voyait seulement un certain nombre de concessions importantes de territoires en Acadie, la perte de la rive gauche du fleuve Ohio et la destruction des fortifications de Louisbourg, ainsi que de certains forts canadiens1309. En septembre 1759, et mĂȘme en janvier 1760, Choiseul pensait encore que la « guerre de mer » contre l’Angleterre pourrait se conclure par la dĂ©limitation des frontiĂšres entre les possessions françaises et les possessions britanniques en Acadie et dans l’Ohio1310. Dans une lettre adressĂ©e Ă  Voltaire pendant l’étĂ© 1760, Choiseul semble encore croire que l’Angleterre ne conservera pas le Canada1311. Ce n’est qu’en mars 1761 qu’une proposition adressĂ©e par le roi de France au monarque anglais montre que la dĂ©cision de sacrifier la Nouvelle-France Ă©tait devenue irrĂ©versible face Ă  l’intransigeance de William Pitt1312. Quelles que furent ses vĂ©ritables intentions pendant cette phase des nĂ©gociations (Ă  savoir conclure la paix ou attendre l’intervention espagnole)1313, Choiseul adopta le principe d’uti possidetis (qui permettait de conserver ce qui avait Ă©tĂ© conquis avant la conclusion de la paix) plutĂŽt que celui du status quo ante (qui faisait revenir aux frontiĂšres antĂ©rieures Ă  la dĂ©claration de guerre), en acceptant donc la perte du Canada.
Une deuxiĂšme raison souvent invoquĂ©e pour expliquer la dĂ©cision de la France de conserver la Guadeloupe et la Martinique plutĂŽt que la Nouvelle-France est celle du poids des groupes d’intĂ©rĂȘts (lobbies) commerciaux et les liens qu’entretenaient les aristocrates français (et le duc de Choiseul en ...

Table des matiĂšres

  1. La Chute de la Nouvelle-France. De l'affaire Jumonville au Traité de Paris
  2. UNE HISTOIRE EN HÉRITAGE ‱ Nouvelles perspectives sur la fin de la Nouvelle-France [BERTRAND FONCK et LAURENT VEYSSIÈRE]
  3. L’expĂ©dition de Terre-Neuve en 1762 [ANDRÉ DE VISME]
  4. Les Antilles dans la guerre de Sept Ans : l’irruption de la guerre atlantique dans la prospĂ©ritĂ© coloniale [BORIS LESUEUR]
  5. Les soldats des compagnies franches de la Marine au Canada et Ă  l’üle Royale : le prix de la dĂ©faite (1750-1763) [RÉNALD LESSARD]
  6. Procurer la paix, le repos et l’abondance : les officiers civils de la Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans [CÉLINE MELISSON]
  7. Le renseignement militaire sur les théùtres coloniaux : les enseignements de la guerre de la ConquĂȘte [STÉPHANE GENÊT]
  8. SiĂšges et fortifications durant la guerre de la ConquĂȘte [BERTRAND FONCK]
  9. L’honneur de Montcalm (1759-1761) [LAURENT VEYSSIÈRE]
  10. Transparence ou désinformation ? La perte du Canada dans la presse gouvernementale française [EDMOND DZIEMBOWSKI]
  11. « En guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada » ? L’accueil du traitĂ© de Paris en France [FRANÇOIS PERNOT]
  12. La connaissance du continent nord-amĂ©ricain par les Français au moment de la guerre de Sept Ans [JEAN-FRANÇOIS PALOMINO]
  13. Les enjeux gĂ©opolitiques intercontinentaux dans les nĂ©gociations franco-britanniques entre 1760 et 1763 [FRANÇOIS TERNAT]
  14. Le traité de Paris de 1763 [JEAN-PIERRE BOIS]
  15. Les conséquences économiques de la guerre de Sept Ans [JEAN-PIERRE POUSSOU]
  16. Naissance et fin des alliances franco-indiennes [DENIS VAUGEOIS]
  17. L’alliance et l’amitiĂ©. Les AmĂ©rindiens domiciliĂ©s, du traitĂ© de Kahnawake Ă  la rĂ©volte de Pontiac (1760-1762) [JEAN-PIERRE SAWAYA]
  18. Pontiac, une guerre d’indĂ©pendance [DENYS DELÂGE]
  19. La fin de la société des forts en Louisiane [ARNAUD BALVAY]
  20. La Louisiane face au traitĂ© de Paris [ALEXANDRE DUBÉ]
  21. Le monde rural canadien et la guerre de la ConquĂȘte : l’épreuve d’une dĂ©cennie perdue [ALAIN LABERGE]
  22. In tempore tribulationis. L’Église canadienne de la capitulation de QuĂ©bec (1759) Ă  la Proclamation royale (1763) [CAROLINE GALLAND]
  23. Les rĂ©percussions de la ConquĂȘte sur la noblesse canadienne [LORRAINE GADOURY]
  24. Les Canadiens en Touraine aprĂšs le traitĂ© de Paris [JEAN-FRANÇOIS MOUHOT]
  25. Les rĂ©fugiĂ©s d’Acadie en France au XVIIIe siĂšcle [JEAN-FRANÇOIS MOUHOT]
  26. L’intĂ©gration des soldats britanniques au Canada : le cas des Écossais [JEAN-CLAUDE MASSÉ]
  27. L’intĂ©gration de l’ancienne Nouvelle-France Ă  l’Empire britannique (1760-1774) [LOUIS-GEORGES HARVEY]
  28. Une relation tombĂ©e dans l’oubli ? Le Canada et la monarchie française entre 1759 et 1783 [FRANÇOIS-JOSEPH RUGGIU]
  29. Liste des abréviations
  30. Les auteurs
  31. Crédit

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