
- 322 pages
- French
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Le vol de l'ange
À propos de ce livre
Au Canada, contrée hivernale s'il en est, on appelle le « vol de l'ange » cet instant où marcheurs ou patineurs, ayant tout à coup perdu pied sur la glace, se mettent à battre des bras pour recouvrer l'équilibre. Gigue involontaire qui suscite l'admiration si l'on arrive à reprendre pied ; risées humiliantes et injustes si l'on tombe. On me dira que l'expression n'est pas très répandue, et pour cause : c'est moi qui l'ai inventée. Tout comme l'essentiel de ce roman. Ce qu'il y a d'authentique ici, en revanche, c'est le rituel de la mise aux enchères des enfants et des âgés qui se pratiquait au Nouveau-Brunswick de 1875 à 1925, dans ces eaux-là. Cette tradition, inhumaine à première vue, avait du bon, paraît-il : les démunis, orphelins ou vieillards, évitaient ainsi l'orphelinat ou l'hospice, lieux peu recommandables à l'époque, et trouvaient un toit et du travail ; pour leur part, les fermiers y gagnaient une main-d'oeuvre bon marché. D. P.
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Literature GeneralCINQUIÈME PARTIE

Ce matin, quand l’huissier est passé pour dresser l’inventaire des biens meubles, le monsieur s’est enfui, et j’ai craint un moment que la dame s’évanouisse de honte. Elle a chassé les enfants hors de la maison à grands cris, sans doute pour leur épargner la vue de l’huissier exécutant son travail. Les enfants en étaient tout secoués, évidemment, alors je les ai emmenés au ruisseau pour leur montrer comment on pêche la truite avant que la saison commence. Eux aussi comprennent des choses maintenant, même si on ne leur dit rien. J’ai hâte pour eux que ça finisse.
Je suis allé me promener après, en vagabond que je suis un peu, et mes pas m’ont conduit à Cap-Pelé. Les quelques personnes que j’ai croisées sur ma route ont détourné les yeux en me voyant, nouvelle preuve de l’imminence de l’encan. Je me suis senti comme un homme condamné à l’échafaud ou atteint de quelque maladie contagieuse. Sur la porte de l’église, j’ai vu qu’on avait posé une nouvelle affiche. Je me suis assis sur un banc du petit jardin d’en face en attendant de trouver quelqu’un d’assez bon pour m’en faire la lecture.
Un homme jeune tout vêtu de propre est sorti de l’église, l’air préoccupé. Ce doit être le nouveau pasteur ; l’ancien va prendre sa retraite. Je me suis placé sur son chemin et je lui ai montré l’affiche. Il a secoué la tête et a marmonné quelque chose que j’ai traduit à peu près ainsi : « Tout à fait d’accord avec vous, monsieur ! C’est une coutume barbare… Bientôt, c’est moi qui vais commander ici, et il n’y aura plus de ces encans humains… » Je n’ai pas pu le retenir, il était pressé. Je me suis rassis et j’ai attendu que quelqu’un d’autre passe.
Tout à coup est apparue la gouvernante du docteur. Elle se dirigeait vers son automobile qu’elle avait garée dans la cour de l’église. Je me suis levé à son approche, et j’ai vu tout de suite qu’elle regrettait ce hasard que je trouvais si beau. Elle a essayé de m’éviter, mais je n’ai pas hésité une seconde : je l’ai prise par le bras délicatement et l’ai conduite à l’affiche. Il était évident qu’elle l’avait déjà lue et qu’elle aurait tout donné pour être ailleurs. J’ai insisté des yeux : « Lisez, madame, s’il vous plaît… À voix haute, ça sera mieux. »
Elle a lu, et son émotion m’a ému. Quand je l’ai remerciée d’un signe de tête, elle m’a longuement regardé de ses yeux mouillés, et je l’ai aussitôt rassurée en serrant sa main dans la mienne. Elle a retrouvé son calme, et elle est repartie de son pas digne, après m’avoir tapoté le bras.
L’encan se tiendra samedi à trois heures, soit après-demain. Il aura lieu dehors, derrière l’église, après le marché. Nous serons quatre. Une dame, deux messieurs un peu plus vieux et moi. Il y aura aussi à cinq heures un encan d’enfants, ce qui est rare car on ne fait pas souvent deux mises aux enchères le même jour. Il est sûr, donc, qu’il y aura beaucoup de monde, d’autant qu’il est censé faire beau, m’a dit la gouvernante.
Je connais un peu la dame qui sera avec nous. Elle habite un rang voisin du mien, et sa famille d’adoption parle depuis longtemps de l’éloigner parce qu’elle est capricieuse. Elle essaie de régenter tout le monde, elle crie après les enfants, elle refuse de manger la même chose que les autres à table et, parfois, elle ne quitte pas sa chambre pendant des jours, même pour faire ses besoins. La famille n’en peut plus. C’est ce qu’on dit : c’est donc sûrement faux.
Je connais bien un des deux vieux. Jusqu’à récemment, c’était un fermier prospère qu’on saluait bien bas quand il venait faire son tour à Cap-Pelé. Je ne sais pas ce qui a bien pu lui arriver pour qu’il se retrouve abandonné par ses enfants. J’ai hâte d’apprendre son histoire ; sûrement qu’il nous la racontera avec les enjolivements et les omissions d’usage. Le dernier est un monsieur d’un autre canton. Sans le connaître, je le crains déjà. C’est peut-être un beau vieillard qui se tient bien, qui ne sera ici que par malchance, un homme encore plus vigoureux que moi qui a l’avantage de parler et qui saura raconter aux enfants des anecdotes du temps passé pour qu’ils soient sages. Dans un tel cas, il va partir avec la meilleure famille, c’est certain.
L’inquiétude m’envahit comme une nausée. Est-ce qu’on va me prendre ? Ou va-t-on préférer ce monsieur ? Aussi bien l’avouer, j’espère secrètement depuis un moment que la gouvernante viendra me réclamer, et c’est ce vœu qui provoque mon angoisse, car je le sens impossible à exaucer. On n’imagine pas cette dame si distinguée ramenant chez elle un vieillard, habillé comme feu le docteur en plus. Ça ferait jaser, on dirait que ça ne se fait pas, sa famille fera sûrement des objections, on me renverra tout de suite à l’encan et je vais faire rire de moi. Donc, elle préférera l’autre vieux, celui que je ne connais pas, pour masquer les apparences, ou alors la petite vieille, par charité. Je serai peut-être le dernier pris, ou je ne serai pas pris du tout, ce qui veut dire l’hospice. Ou la fuite.
Il y a tout de même une chose qui m’a plu dans l’affiche : pour une des rares fois dans ma vie, j’étais nommé par mon vrai nom, celui que ma mère m’a donné à ma naissance.
J’ai honte de l’avouer : je suis le seul dans ma famille à être passé par l’encan. La première fois, je n’y pouvais rien ; la deuxième fois, j’y étais de mon plein gré. Cette fois-ci, je suis un peu entre les deux.
Ma mère se serait fait tuer plutôt que d’y aller. Elle était d’une nation indépendante depuis la nuit des temps. Elle n’était pas orpheline, comme certains l’ont prétendu. Au contraire, elle avait connu ses vrais parents, et à sa naissance son clan habitait la côte de la baie de Fundy, du côté de Port-aux-Roches, et vivait du poisson qu’il tirait de la mer et des rivières à marées. Ces gens cultivaient la terre aussi, mais distraitement : la pomme de terre, la betterave ; ils se nourrissaient également de baies sauvages, abondantes dans toute la région. Auparavant, son clan avait beaucoup voyagé, à l’intérieur des terres, dans les collines et les marais, et sur toutes les côtes connues de la région. Nombre des siens avaient été dans les villes aussi, ils connaissaient les ports, les havres, et avaient même séjourné dans d’autres pays. Ces gens-là ne restaient pas en place ; moi-même je compte bien ne jamais rester plus de quatre ou cinq cents ans au même endroit. Dans ma famille, on chassait et on piégeait partout où la terre le permettait. Ma mère savait tout ce que savaient les membres de son clan et m’a transmis son savoir. J’ai hérité d’elle des siècles de mémoire muette.
La mémoire de son clan me fait penser à une cicatrice qui traverserait le flanc d’une montagne, parfois à peine visible, parfois saillante. Contemplez-la ou ménagez-la, il n’arrivera rien. Mais insultez-la ou moquez-vous d’elle, ou pire, faites comme si elle n’existait plus, elle va aussitôt se mettre à suinter le venin et le sang, et de mauvais souvenirs en sortiront tout déformés, prêts à semer le mal.
Un jour, des agents du gouvernement sont arrivés dans le marais que le clan occupait depuis deux générations. Ils ont bâti un pavillon censé abriter un dispensaire et quelques bureaux, puis ils sont repartis. Des missionnaires ont suivi. Ils voulaient faire la classe aux enfants, disaient-ils, mais ils ne sont pas restés bien longtemps, eux non plus. Ils ont construit une église, qui a été frappée par la foudre et rasée par le feu. Comme il n’y avait plus d’agents ni de missionnaires, leurs constructions ont été démantelées et l’on s’est servi du bois pour se chauffer l’hiver. Il y avait alors des dissensions sans fin dans le clan, des querelles alimentées par diverses convoitises, la jalousie et l’alcool. Le clan a commencé à se disperser sous la conduite de ceux qui avaient des chevaux et pouvaient trouver du travail dans le Nord. Ces cavaliers avaient la réputation d’être âpres à l’ouvrage ; ils se contentaient de dormir sous leurs montures, enroulés dans leurs couvertures bariolées, et ils ne demandaient qu’à être nourris et payés. Ils aimaient boire aussi, les hommes comme les femmes. Il ne restait que deux ou trois familles dans le marais quand ma mère est née. Sa famille s’y plaisait encore même si la forêt s’était mise à réoccuper les lieux environnants. Il ne restait plus du clan que ses souvenirs et son nom. On dit les Gens du Marais ou les Gens de la Mer, ou bien les Gens, ou encore les Gens du Fleuve par association avec nos cousins du Nord, personne n’est sûr de leur vrai nom, même pas eux. Quand ma mère était petite, l’endroit était devenu moins hospitalier à cause des tempêtes hivernales qui avaient ravagé les dernières terres arables. On trouvait aisément dans la terre des pierres semi-précieuses au printemps, mais de moins en moins de navets et de patates.
Le père de ma mère était pêcheur et contrebandier ; surtout contrebandier. Il avait parfois des démêlés avec la justice, mais il n’a jamais fait de prison. Il était le meilleur câleur d’orignal du coin, celui qui imite le cri de la femelle en chaleur pour faire sortir le mâle du bois. Grâce à lui, on ne manquait jamais de viande dans le marais. Un jour, il a disparu sans laisser de traces. Il n’en pouvait plus de sa femme, paraît-il. Elle aussi pouvait tuer avec sa voix parce qu’elle savait deviner et asséner les vérités qui froissent l’âme pour la vie : le souvenir de ses malveillances conduisait parfois ses victimes au désespoir et à l’envie de se suicider. Elle n’avait jamais rien de bon à dire à personne, et tout le monde la détestait, elle qui avait pourtant été la plus aimée de toutes les filles du clan dans son jeune temps. Personne ne savait d’où lui venait son amertume, et ses enfants craignaient de lui ressembler. Elle mourut des fièvres une nuit d’hiver, abandonnée par tous. Elle ne fut même pas enterrée, on la jeta seulement quelque part dans le marais pour qu’elle s’enfonce et disparaisse. Ma mère et ses frères et sœurs furent pris en charge par des agents du gouvernement, car il ne restait personne pour s’occuper d’eux. Ils n’étaient pas mécontents de s’en aller ; ils ne voulaient plus être les enfants d’un homme et d’une femme qui pouvaient mutiler et tuer rien qu’avec leur voix.
Seule ma mère aboutit à l’orphelinat de Grande-Digue ; les autres furent placés dans diverses familles. Aucun ne fut mis aux enchères, car personne ne voulait des Gens du Marais, qu’on disait prompts à fuir. Ma mère fut séparée de ses frères et sœurs longtemps ; quand elle les retrouva, plus tard dans sa vie, ils n’étaient plus parents. Leur mémoire commune s’était affaiblie et ne les soudait plus.
Ma mère détestait l’orphelinat, et elle a fait en sorte que j’hérite de sa méfiance à l’égard de toute institution entourée de murs. Sa famille lui manquait, même les mauvaises odeurs de la masure où elle avait grandi, les jeux innocents auxquels elle avait joué avec ses petits voisins, sa liberté bornée uniquement par les nécessités de l’existence : un toit, de quoi manger, boire. Et elle s’ennuyait du marais, où elle trouvait refuge chaque fois qu’elle faisait quelque mauvais coup, dans la lumière rose que le soleil aspirait de la terre rougeâtre. Moi aussi j’aime cette lumière, c’est la même qu’on a ici ; j’aurais du mal à m’en passer. C’est peut-être parce que j’aime vivre en étranger dans mon pays natal ; je ne me sentirais pas bien autrement.
Mais il y avait des choses qu’elle appréciait à l’orphelinat, même si elle n’en parlait jamais, bien sûr, parce qu’elle ne faisait de concessions à personne. Par exemple, le nouveau nom qu’elle avait pris : Salomé. Cela n’avait pas été sans difficulté, cependant. À son arrivée, on lui avait dit qu’elle allait être baptisée, et elle avait fait une sainte colère comme elle seule en était capable. Pour la calmer, la sœur cuisinière, qui était originaire du marais comme elle mais avait l’intelligence de le taire, l’avait emmenée dans le jardin de l’orphelinat. Il y avait un petit cimetière à côté, sur le bord de la rivière, et la fillette ayant remarqué que des mots étaient écrits sur les tombes – des noms, bien sûr –, la sœur s’était mise à les lui lire, par jeu. La fillette avait dit aimer le prénom Salomé. Alors la sœur avait dit : « Tu peux le prendre, si tu veux. Tu es assez grande pour choisir. Ce sera ton nom de baptême… » Cette promesse avait suffi à lui faire entendre raison : elle avait pris ce nom comme un enfant s’empare d’un jouet abandonné. Elle était rentrée avec la sœur et avait été baptisée séance tenante. Les religieuses avaient accepté son choix sans mot dire : les descendants des vaincus, par goût des sonorités exotiques, vengent la soumission de leurs ancêtres en s’appropriant inconsciemment le passé illustre de leurs maîtres, et c’est pourquoi ils vont affublés de noms d’empereurs déchus, de reines mortes et de savants glorieux. La voisine de gauche de la nouvelle Salomé au dortoir s’appelait Cléopâtre et celle de droite, Marie-Antoinette. Le jardinier et factotum de l’orphelinat se prénommait Euclide.
La nouvelle Salomé tenta de s’enfuir trois fois la première année ; par réflexe sans doute. Elle n’alla pas bien loin chaque fois. Jamais elle ne voulut apprendre à lire, à écrire ou à compter, malgré les punitions et les privations, mais elle aimait coudre et faire la cuisine. Après un certain temps, elle finit par s’habituer à l’orphelinat et comprendre qu’elle en sortirait plus vite si elle se tenait tranquille. Un jour, elle entendit une surveillante dire à son sujet qu’elle avait bon cœur et la tête bien vissée sur les épaules, et qu’elle saurait se débrouiller dans la vie. Elle vit alors que la porte de l’orphelinat finirait par s’entrouvrir si on lui donnait l’occasion de prouver sa valeur. Elle décida ainsi de saisir la première chance qui s’offrirait à elle. Elle apprit à être patiente.
...Table des matières
- Page couverture
- Les Éditions du Boréal
- Faux-titre
- Du même auteur
- Titre
- Crédits
- Dédicace
- Prélude
- Première partie
- Deuxième partie
- Troisième partie
- Quatrième partie
- Cinquième partie
- Sixième partie
- Septième partie
- Remerciements
- Crédits et Remerciements
- Fin
- Quatrième de couverture
Foire aux questions
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