
- 122 pages
- French
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- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
À propos de ce livre
L'hiver nous tue. Quand ce ne sont pas des sinusites et pharyngites qui nous emportent, c'est la glace noire, le verglas ou l'infractus qui suit une séance de pelletage intensif. Dans ce brillant opuscule, Bernard Arcand propose une solution qui, moyennant le bon vouloir de nos gouvernements, pourrait mettre un terme à nos souffrances hivernales.
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Scienze socialiSujet
AntropologiaCHAPITRE TROISIÈMELa solution

Où l’on trouvera une proposition pratique pour transformer l’hiver en saison agréable et délicieuse si seulement les habitants du pays acceptaient de modifier leur façon de vivre les saisons et cessaient de faire exactement le contraire du bon sens.Corriger une déviance et essayer de retrouver le droit chemin n’est jamais facile. Toutefois, face à l’absurde, le chemin paraît tracé d’avance : il suffit d’inverser la situation pour retrouver le bon sens.
Donc, la solution est simple, il faut désormais traiter l’hiver à la manière de l’été, c’est-à-dire rétablir son statut de véritable saison morte. En retour, il faudra nécessairement se comporter en été un peu comme on le fait, de nos jours, en hiver.
Une telle proposition est synonyme de bonnes et de mauvaises nouvelles. Commençons par les mauvaises.
Finies les vacances en étéIl sera dorénavant nécessaire de travailler davantage en été. On ne pourra plus garder intacte cette belle saison des vacances et de tous les congés. Cela ne plaira pas à tout le monde et il y aura assurément des résistances. En particulier de la part de l’énorme secteur de l’éducation qui jouit actuellement de très longues vacances estivales. Il faudra donc convaincre des milliers d’enseignants et d’étudiants que, désormais, il ne saurait être question de fermer nos écoles et autres institutions de savoir pendant les deux ou trois beaux mois de l’été.
La nouvelle année scolaire débuterait en mars et se terminerait en décembre. Soit une année de dix mois, comme maintenant. Détail important, les écoles profiteraient d’une semaine de relâche en mai et d’une autre en octobre. En plus de deux semaines de congé en juillet (à peu près aux mêmes dates que les actuelles « vacances de la construction ») de manière à offrir un répit intermédiaire et pour tenir compte des quinze jours de canicule annuelle. Ces deux semaines de vacances en pleine année scolaire correspondraient à l’actuel congé de Noël.
La fin de novembre et la première partie de décembre seraient consacrées aux examens de fin d’année. C’est dire que les étudiants seraient appelés à travailler fort quand le temps est particulièrement sombre, gris et misérable. Le sinistre mois des morts. Si l’on prenait le temps d’enquêter sur le thème, les recherches démontreraient que cette courte transition entre le bel automne et l’hiver véritable constitue, sans faute, la plus détestable de toutes les saisons. Ce qui nous permet aujourd’hui de lui résister et de survivre nous vient de ce que la culture a inventé une saison de toutes pièces : la préparation des Fêtes, le magasinage, les partys, les décorations de Noël. Les gens s’affairent et s’occupent avec passion aux œuvres de charité ou à la débauche passagère, de sorte qu’ils en oublient le temps qu’il fait.
En novembre et en décembre, il y a rien à faire sauf étudier, alors qu’en mai ou en juin il est tellement plus facile d’avoir la tête ailleurs. Ce serait rendre service aux étudiants que de leur permettre de travailler davantage, précisément en cette période difficile de l’année.
La semaine précédant Noël serait celle des résultats scolaires. Toutes les maisons d’enseignement y tiendraient leur collation des grades et leurs bals de finissants. Cette semaine marquerait le début de la grande saison des Fêtes.
Un autre exemple, la saison du hockey professionnel. De nos jours, la plupart des amateurs s’entendent pour décrier un calendrier qui a repoussé toujours davantage la fin des compétitions. Jouer au hockey pour la coupe en plein mois de juin semble parfaitement grotesque. En juin, il fait souvent beau, les jours sont toujours longs. Et comment peut-on jouer au hockey en Floride ou au Texas ? Voilà un autre cas net d’inversion des saisons et de pratique qui fait entorse au bon sens.
La saison de hockey devrait débuter en mars. Plus tard, après trois mois d’activités, en début d’été, la compétition serait interrompue pour une pause estivale de huit semaines qui permettrait aux propriétaires d’évaluer leur personnel et d’échanger quelques joueurs ou, plus vraisemblablement, de congédier l’instructeur. Les activités reprendraient en septembre et, ensuite, les matchs d’après-saison débuteraient tôt en novembre. Ce qui mènerait à la remise du trophée suprême quelques jours avant Noël. À l’instar de celui des écoles, ce nouveau calendrier créerait l’occasion de célébrer une victoire ou de noyer une défaite par une parade ou une émeute festive tout au début de la grande saison des Fêtes.
En somme, il s’agit simplement de mieux répartir au cours de l’année le même nombre de matchs que ceux prévus au calendrier actuel. De façon à éviter la situation absurde où il faut convaincre un public sceptique de l’intérêt de regarder un sport d’hiver au moment précis où on retrouve enfin ses sandales et son maillot de bain. Il est déjà suffisamment pervers de s’obstiner à fabriquer de la glace à l’intérieur en pays froid. Inutile d’insulter la nature davantage. Il est temps de remettre le hockey en hiver et de lui redonner une certaine crédibilité.
Sans multiplier les exemples, disons seulement qu’il faudrait provoquer une révolution des mœurs similaire dans tous les autres secteurs d’activités : revoir les calendriers et réorganiser le travail dans l’industrie et dans le commerce comme au sein des institutions et de toutes les bureaucraties. Dans le but essentiel de les rendre de nouveau compatibles avec les variations saisonnières.
Il suffirait de convaincre les autorités et l’ensemble de la population que l’été ne doit plus être la saison des vacances. La chose ne sera pas nécessairement facile, on sait à quelle profondeur les habitudes sont ancrées. Il y aura certainement des résistances, mais le bon sens devrait prévaloir. Selon l’humeur politique du moment, le gouvernement aurait recours soit à un programme complet d’incitation, soit à l’imposition brutale de la révolution par décret. Le recours au référendum ne serait souhaitable que si des conditions gagnantes étaient réunies.
Au chapitre des incitations, si l’on espère encourager les gens à travailler durant l’été, il faudra nécessairement ajuster l’horaire du travail à la saison douce. Car la formule traditionnelle du 9 à 5 ne convient vraiment qu’aux zones froides ou tempérées. Là où les travailleurs n’ont souvent pas d’autre choix que de prendre leurs vacances de manière à profiter un peu de l’été. Alors que dans un pays où l’été est parfois quasiment tropical, nous pourrions à l’avenir réorganiser le temps de travail en tenant compte du fait que les jours d’été sont longs et chauds.
Il est bien sûr un peu tôt pour prédire quelle décision finale sera prise à la suite de négociations d’ententes collectives, mais on peut déjà proposer, à titre d’exemple, une journée de travail estival qui irait de 7 à 13 heures. Le début de la journée paraîtra sans doute matinal et hâtif, mais on sait qu’il n’est pas du tout désagréable de se rendre à l’école à pied ou à bicyclette par un beau matin d’été. Par contre, obtenir le droit de quitter le travail ou l’école dès le début de l’après-midi devrait séduire une majorité (claire et élargie) de la population. Et la formule permettra aussi aux gens de profiter de l’été sans pour autant prendre de véritables vacances.
Certains passeront la moitié de la journée dans leur piscine, d’autres joueront au golf ou prendront soin de leur parterre. D’autres encore adopteront un rythme de vie bien connu dans les régions chaudes et feront une longue sieste dans l’après-midi avant de sortir tard dans la nuit. La sieste leur permettra de reprendre le travail tôt le lendemain.
L’horaire traditionnel impose huit heures de travail quotidien. Le nouvel horaire réduirait ce total à six heures. Dans un premier temps, le Conseil du patronat protestera violemment. Mais une enquête sérieuse démontrera que, en remplaçant la longue pause repas-du-midi par une brève collation matinale et en misant sur l’ardeur et la diligence de travailleurs qui savent que leur après-midi sera libre, la productivité globale des entreprises sera maintenue et même, dans certains cas, améliorée.
Dans ce remaniement de l’horaire quotidien, on pourrait cependant opter pour un autre modèle bien connu dans certains pays chauds : la division de la journée de travail en deux périodes, de 9 à 12 heures et de 16 à 20 heures, séparées par une longue sieste durant les heures les plus chaudes. Le modèle fonctionne, bien sûr, en Espagne et ailleurs, mais semble de moins en moins recommandable du fait qu’il convient plutôt mal au transport automobile et ne ferait que doubler la congestion urbaine.
C’est à ce rythme allégé que tous travailleraient durant l’été. On peut donc espérer qu’au fil des ans se développera une attitude nouvelle face au travail estival. Pour peu que l’on soit un tantinet idéaliste, il est permis de croire que les gens feront dès lors un effort pour mieux accomplir leur tâche, sachant qu’ils profiteront de tout l’après-midi pour se reposer.
Cette transformation de l’été permettrait de redonner à l’automne son rôle véritable. Puisque c’est en automne que se font les récoltes, cette saison deviendrait celle de toutes les récompenses. En plus de couronner les champions sportifs et de récompenser les étudiants studieux, l’automne serait désormais la saison des galas et des remises de trophées. Une vraie saison propice aux actions de grâce. Jour après jour, la télévision nous apprendrait qui a reçu le prix du meilleur disque, qui est le meilleur cinéaste, la meilleure entreprise, les lauréats du prix du Gouverneur général, qui a été élu Miss Louiseville ou Monsieur Sorel. L’automne, comme il se doit, redeviendra le point culminant des efforts de toute l’année.
Pendant ce temps, dans les foyers, il faudra songer à faire des provisions en vue de la saison qui vient. Les amateurs prépareront confitures, tartes et pâtés. Les bourgeois vérifieront l’état de leur réserve de bons vins. Les inquiets feront des achats de chandelles, de piles et de biscuits. Les gens se procureront des livres, des disques et des vidéos, tout ce qu’il faut pour passer un bon moment.
À la fin de l’automne, Noël restera Noël. Une tradition intouchable et immuable. Personne n’oserait proposer une altération de la célèbre fête. Au contraire, il paraît sage d’opter pour le conservatisme intégral et de respecter la volonté des familles, des commerçants et de tous ces gens qui aiment faire preuve de bonté et de générosité, au moins une fois l’an. Donc, non seulement le temps des Fêtes sera maintenu, mais on lui accordera désormais beaucoup plus d’importance. Puisque la période représentera désormais la véritable fin et le point culminant de l’année entière, tous les prétextes seront bons pour faire la fête et pour célébrer. Collations de grade, promotions ou élections, tout arrivera à l’automne et imposera naturellement quelques réjouissances. Partys de bureau, partys de famille, partys d’amis, toutes les occasions seront bonnes pour réunir amis et connaissances que l’on ne reverra plus pendant quelque temps. En gros, du 15 décembre au 2 janvier, le pays entier sera en fête. Il faudra songer à quintupler les services de Nez rouge.
Fini le travail en hiver !Maintenant, la bonne nouvelle. Le deuxième jour de janvier, traditionnel matin de mal de tête, de promesse de suivre un régime et de début de déprime hivernale, deviendrait date officielle du début des vacances universelles. Ce jour-là, à minuit, le pays entier entrerait en congé. De manière à souligner le nouveau millénaire, je propose que ce programme soit mis en place le deuxième jour de l’an 2000.
Jusqu’au début de mars, toutes les institutions feront relâche. Écoles et universités fermées, bureaux et commerces vidés, manufactures et usines paralysées. Aucune rénovation domiciliaire, pas de contrats d’édition, ni de changements d’huile ni sondages d’opinion politique. Chauffage minimal partout. Et vacances statutaires pour tous.
Les gens seraient libres de choisir leurs loisirs, mais néanmoins fortement encouragés à demeurer à la maison et, de préférence, couchés. La ligne officielle prônée par l’État, appuyée et nourrie à grand renfort de publicité, incitera l’ensemble de la population à demeurer bien tranquille sous une couette ou sous une couverture. Fruit du génie et de l’imagination fine de nos publicitaires, de nouveaux slogans apparaîtront : « En saison morte, faites le mort ! » ; « Bordées dehors, border dedans ! »
L’objectif premier de cette campagne d’éducation publique serait d’amener les gens à se reposer pleinement. D’où l’importance de garder le lit et ...
Table des matières
- Couverture
- Les Éditions du Boréal
- Faux-titre
- Du même auteur
- Titre
- Crédits
- Dédicace
- Préface
- Chapitre premier - L’hiver nous tue
- Chapitre deuxième - La belle saison imaginaire
- Chapitre troisième - La solution
- Chapitre quatrième - Morale de cette histoire
- Principales sources d’inspiration
- Notes
- Quatrième de couverture
Foire aux questions
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