Hollywood et la politique
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Hollywood et la politique

  1. 188 pages
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Hollywood et la politique

À propos de ce livre

Hollywood règne sur les salles de cinéma, tant aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde. Bien qu’ils vendent du rêve et du divertissement, les films hollywoodiens traitent aussi de questions sociales et politiques. Comment décoder les messages politiques véhiculés par cet imaginaire? Hollywood et la politique est un guide critique du cinéma étatsunien des années 1980 à aujourd’hui, illustré par de nombreux exemples, de V for Vendetta aux documentaires de Michael Moore, en passant par les blockbusters les plus significatifs.

Forgé au cœur même de l’empire américain, le cinéma hollywoodien est une industrie puissante qui carbure au capitalisme et a tout intérêt à le défendre. Dans ce contexte, les artisans du septième art jouissent-ils de la liberté de créer des œuvres réellement critiques ou sont-ils condamnés à produire des films de propagande? Traitant du politique dans son sens large, Claude Vaillancourt classe les films en trois grandes catégories: le cinéma du statu quo, qui se contente de répéter les discours officiels; le cinéma du questionnement, qui dénonce certains problèmes, mais sans remettre en cause l’ordre social; et le cinéma subversif, où le documentaire occupe une place de premier plan.

L’auteur démontre en quoi le cinéma hollywoodien,  malgré la montée des Netflix et autres Amazon ainsi que  les répercussions de l’affaire Weinstein, demeure un instrument privilégié pour transmettre les valeurs américaines (individualisme, famille, respect des institutions, distinction entre le Bien et le Mal), contribuant à «fabriquer le consentement». Il reconnaît en même temps à certains films une grande liberté de ton. Une analyse tout en nuances qui assume pleinement la subjectivité du jugement sur l’art.

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Informations

Année
2020
ISBN de l'eBook
9782897195816
TROISIÈME PARTIE

Le cinéma du questionnement

7

La critique détournée

AINSI QU’ON L’A VU, Hollywood puise abondamment dans l’histoire rĂ©cente des États-Unis. Cela offre l’avantage de fournir au public des sujets qui sont Ă  la fois relativement familiers et qui abordent des questions sensibles Ă  propos desquelles toute la vĂ©ritĂ© n’a pas Ă©tĂ© dite. Ce genre de films, que ce soit par le biais de la fiction ou par celui d’une histoire qui passionne d’autant plus qu’elle est prĂ©sentĂ©e comme «vraie», emportera le spectateur dans les coulisses du pouvoir et permettra de saisir des enjeux complexes qui lui avaient Ă©chappĂ© au moment de l’évĂ©nement en question. Par ailleurs, les films inspirĂ©s de faits rĂ©els se comparent d’une certaine maniĂšre aux suites d’un grand succĂšs: leur mise en marchĂ© est facilitĂ©e puisqu’ils racontent une histoire dĂ©jĂ  connue du public. Ils Ă©liminent ainsi certains risques liĂ©s au fait de se lancer dans un rĂ©cit entiĂšrement nouveau qui dĂ©plaira peut-ĂȘtre. Ils flattent le besoin d’ĂȘtre rassurĂ©, d’avancer en territoire connu, de ne pas se confronter Ă  une matiĂšre trop nouvelle exigeant davantage d’efforts de comprĂ©hension. Un peu comme le personnage principal du film Les enfants (1984) de Marguerite Duras, le public n’aime pas toujours «qu’on lui apprenne ce qu’il ne sait pas». Mais Ă  partir d’un sujet familier, toutes les explorations sont possibles et la dĂ©couverte d’une vĂ©ritĂ© cachĂ©e devient nĂ©cessairement captivante. Ces films donnent aussi l’impression aux gens occupĂ©s et Ă  ceux qui se mĂ©fient des piĂšges de la pure fiction de ne pas perdre leur temps avec de purs produits de l’imagination, de s’adonner Ă  une activitĂ© utile, qui consiste Ă  s’instruire, Ă  recevoir une leçon de politique et d’histoire contemporaine.
D’autres films, trĂšs nombreux, se contentent d’une certaine assise dans la rĂ©alitĂ©, qui sert d’inspiration Ă  un rĂ©cit en gĂ©nĂ©ral rĂ©aliste, mais dont l’évolution et les personnages principaux relĂšvent de la fiction. L’histoire s’appuie sur de nombreuses balises reconnaissables, accentue certains traits des personnages, concentre l’action, se prĂȘte Ă  quelques exagĂ©rations, mais dans l’ensemble, reste vraisemblable; elle raconte ce qui aurait pu se produire et Ă©labore des hypothĂšses sur lesquelles il est pertinent de rĂ©flĂ©chir. La rĂ©alitĂ© contemporaine ne se comprend pas uniquement Ă  partir des choses qui se sont rĂ©ellement passĂ©es, mais aussi Ă  partir de toutes les autres directions qui ont Ă©tĂ© Ă©vitĂ©es et dans lesquelles l’histoire contemporaine aurait pu s’engager, si mille hasards ne l’avaient pas menĂ©e dans une voie dĂ©sormais familiĂšre.
Ces histoires vraies ou inspirĂ©es de la rĂ©alitĂ© ont pour dĂ©nominateur commun de rendre quasiment impossible le rĂ©cit neutre et objectif. DĂ©jĂ , la prĂ©tention des historiens Ă  l’objectivitĂ© est largement contestĂ©e: chacun raconte et interprĂšte l’histoire avec le bagage accumulĂ© dans sa vie, ses convictions, ses prĂ©jugĂ©s, son hĂ©ritage culturel – son «habitus», selon Pierre Bourdieu –, dont il est impossible de se dĂ©barrasser totalement. Au cinĂ©ma, la vision personnelle des auteurs est accentuĂ©e par le fait que tout rĂ©cit fait largement appel Ă  l’émotion. Cette subjectivitĂ©, que met en scĂšne plus ou moins habilement le rĂ©alisateur, s’ajoute Ă  celle des personnages principaux, qui servent de guides Ă  l’histoire – une histoire vĂ©cue selon leur point de vue. Les Ă©motions du spectateur s’accordent Ă  celles du personnage principal, auquel il s’identifie, personnage lui-mĂȘme interprĂ©tĂ© par un acteur et, en amont, par un rĂ©alisateur – et parfois aussi par un producteur –, qui ne rĂ©sistent pas toujours Ă  l’envie de faire part de leurs prĂ©occupations. Tout cela, ne l’oublions pas, s’instaure dans le contexte particulier d’Hollywood, qui demeure une industrie culturelle avec une forte exigence de rentabilitĂ©, soumise aux intĂ©rĂȘts de l’entreprise capitaliste et qui cherche Ă  plaire Ă  un public Ă©clectique dans diffĂ©rents pays.
Certes, quelques rĂ©alisateurs restent prĂ©occupĂ©s par une volontĂ© de ne pas grossir le trait, de prĂ©senter une vision non partisane des faits, avec des personnages qui dĂ©fendent divers points de vue et des situations qui provoquent le questionnement. Certains films dĂ©clenchent des dĂ©bats qui soulĂšvent des problĂšmes d’ordre Ă©thique et entraĂźnent d’importantes remises en cause d’idĂ©es reçues. Mais dans un nombre Ă©levĂ© de films, les cinĂ©astes transmettent bel et bien, peut-ĂȘtre mĂȘme au-delĂ  de leurs intentions, des messages qui ont d’autant plus de portĂ©e que le sujet est social ou politique, et que les personnages de l’histoire sont familiers aux spectateurs.

La critique et ses limites

Les drames qui inspirent certains films ont leurs responsables, et ces derniers ne sont pas toujours de sombres bandits ou des fous dangereux. Si bien qu’il devient naturel, voire sensĂ©, au cinĂ©ma, de blĂąmer ceux qui ont volontairement ou non provoquĂ© un malheur, mĂȘme s’ils se retrouvent aux Ă©chelons les plus Ă©levĂ©s de la sociĂ©tĂ©: un propriĂ©taire terrien, un directeur d’entreprise, un sĂ©nateur, un chef de police peuvent ĂȘtre eux aussi possĂ©dĂ©s par l’esprit du Mal et agir contre l’intĂ©rĂȘt collectif, motivĂ©s par leur Ă©goĂŻsme, leur soif de pouvoir et leur mĂ©chancetĂ© naturelle. Critiquer certains aspects dĂ©faillants du systĂšme, c’est aussi faire preuve de luciditĂ©: les citoyens des États-Unis, comme ceux de tous les autres pays, ne sont pas aveugles devant certaines faiblesses et erreurs des puissants; ils apprĂ©cient que les fautes soient dĂ©noncĂ©es, dans l’espoir qu’elles ne se reproduisent plus.
Les cinĂ©astes qui choisissent de s’engager dans cette voie doivent se poser des questions fondamentales: jusqu’oĂč peuvent-ils se lancer dans la dĂ©nonciation? Jusqu’oĂč dĂ©sirent-ils aller? Dans quelle mesure s’opposent-ils Ă  l’ordre et Ă  ceux qui le reprĂ©sentent? Et dans quelle mesure le cinĂ©ma – celui d’Hollywood en particulier, mais plus gĂ©nĂ©ralement le cinĂ©ma en tant que forme d’art – peut-il devenir un canal pour transmettre le mĂ©contentement? À ces questions, le systĂšme d’Hollywood n’offre pas de rĂ©ponses aussi claires qu’on pourrait le croire. On connaĂźt peu de cas de vĂ©ritable censure40. Les projets trop subversifs sont plutĂŽt Ă©touffĂ©s dans l’Ɠuf; le contrĂŽle s’effectue aussi par le biais d’une autocensure constante qui restreint les ardeurs des cinĂ©astes et scĂ©naristes et dĂ©tourne un propos de prime abord sĂ©ditieux vers une conclusion inoffensive et rassurante.
Mais le cinĂ©ma hollywoodien s’est aussi ingĂ©niĂ© Ă  faire reculer les tabous: titiller le public avec de l’interdit et de l’inĂ©dit peut s’avĂ©rer dans certains cas une recette rentable. L’élimination du code d’autocensure Hays (adoptĂ© en 1930 et mis en vigueur de 1934 Ă  1966), qui limitait dans les films les actes et propos grossiers, la reprĂ©sentation de la sexualitĂ©, la nuditĂ© et la violence, s’est faite petit Ă  petit, Ă  force d’offensives acharnĂ©es et toujours plus audacieuses, alors que la population devenait plus tolĂ©rante et en redemandait. Comme le disait le poĂšte Jean Cocteau, «il faut savoir jusqu’oĂč on peut aller trop loin». Et cela demande «du tact dans l’audace», ce qui restera toujours difficile Ă  mesurer pour un cinĂ©aste hollywoodien.
Si bien que la voie la plus facile devient la suivante: se permettre certaines critiques, certaines dĂ©nonciations, mais ne pas dĂ©noncer le systĂšme lui-mĂȘme, ne pas remettre en question les valeurs collectives largement partagĂ©es. Les films qui correspondent Ă  cette approche s’amorcent le plus souvent sur un constat dĂ©solant: un mal en provenance d’un vice rĂ©el de sociĂ©tĂ© et d’abus d’individus haut placĂ©s, ou d’actions injustifiables tolĂ©rĂ©es par le pouvoir en place, affecte une partie importante de la population. Quelques exemples: un grand propriĂ©taire qui se comporte en tyran, une multinationale malhonnĂȘte qui pollue ou exploite les gens, des Ă©lites corrompues et complaisantes envers le crime organisĂ©, des mĂ©dias sensationnalistes et obsĂ©dĂ©s par les cotes d’écoute. Ces phĂ©nomĂšnes dĂ©plorables occupent une place qui peut varier d’un film Ă  l’autre et, dans les cas qui nous intĂ©ressent, ils ne provoqueront pas de dĂ©nonciation forte et significative d’un problĂšme de sociĂ©tĂ©, mais permettront le chĂątiment cruel qui convient Ă  celui qui l’a bien mĂ©ritĂ©. Les cinĂ©astes acceptent de dĂ©tourner leurs propos en transformant un constat choquant en quelque chose d’acceptable. Parmi les façons de concevoir ces dĂ©tournements, les trois suivantes nous semblent les plus frĂ©quentes:
  • DĂ©samorcer sa propre critique afin de la rendre inopĂ©rante. On y parvient le plus souvent en offrant des arguments qui viennent contredire les critiques amorcĂ©es, en rendant les «mĂ©chants» sympathiques et inoffensifs, en se moquant des personnages offusquĂ©s, etc. La mĂ©diocritĂ© (souvent voulue) d’un film nuit aussi Ă  sa cause: une dĂ©monstration faible, maladroite, insignifiante, peu convaincante est forcĂ©ment inoffensive.
  • Changer de cible. On dĂ©couvre Ă  la fin du film que le vrai responsable du drame n’était pas la grande compagnie exploiteuse ou l’avocat vĂ©reux au service des puissants, mais un dĂ©traquĂ© quelconque, un amoureux fou ou mĂȘme un enfant, qui n’avait rien Ă  voir avec le problĂšme Ă©voquĂ© au dĂ©part et auquel on cesse de s’intĂ©resser. Ou encore, le problĂšme social s’efface derriĂšre une histoire d’amour ou de rĂ©conciliation familiale.
  • RĂ©duire le problĂšme Ă  un phĂ©nomĂšne conjoncturel. Le Mal dĂ©noncĂ© dans le film relĂšve de l’exception et non pas de la norme. AprĂšs sa dĂ©nonciation et la condamnation des coupables, il existe peu de chance qu’il se reproduise – du moins d’une maniĂšre semblable.
Les deux premiĂšres façons restent les plus efficaces pour se dĂ©barrasser du problĂšme dĂ©noncĂ©. Elles ramĂšnent le film hollywoodien Ă  sa pure fonction de divertissement: on ne doit pas ennuyer trop longtemps avec des questions sĂ©rieuses. Le Mal dĂ©peint au dĂ©part est un appĂąt, stimule l’intĂ©rĂȘt du spectateur qui y voit une dĂ©nonciation Ă  laquelle il est vaguement sensible. Le reste de l’histoire lui rappellera qu’il a tort de s’intĂ©resser Ă  de pareils sujets, que tout n’est pas si grave, que le vĂ©ritable problĂšme relĂšve surtout de passions humaines – parfois nobles, dans le fond – sur lesquelles il n’existe aucun contrĂŽle efficace. La troisiĂšme maniĂšre permet d’aller plus loin dans la dĂ©nonciation et soulĂšve le plus souvent d’intĂ©ressantes rĂ©flexions. Mais la conclusion de tels films laisse le spectateur satisfait et l’incite Ă  se dĂ©sintĂ©resser de problĂšmes dĂ©sormais rĂ©glĂ©s.

Lobbying et société du spectacle

Thank You for Smoking (2006) de Jason Reitman aborde un sujet particuliĂšrement pertinent: le lobbying. Il est dĂ©sormais reconnu que les lobbyistes des grandes compagnies s’affairent dans les grandes capitales, et plus particuliĂšrement Ă  Washington, pour influencer les Ă©lus afin qu’ils n’adoptent pas des rĂ©glementations qui nuiraient Ă  leurs clients ou Ă  l’obtention de contrats. Ces lobbyistes en surnombre et grassement payĂ©s s’activent derriĂšre des portes closes; leur activitĂ© constante, conjuguĂ©e avec le financement massif des partis politiques par les grandes entreprises, est sans doute l’un des plus grands obstacles au bon fonctionnement de la dĂ©mocratie. Dans Thank You for Smoking, on met de l’avant l’une des plus inexcusables entreprises de lobbying, celle des compagnies de cigarettes – dont le dĂ©fenseur se solidarise avec d’autres lobbyistes de «marchands de la mort», une collĂšgue reprĂ©sentant celui des alcools et un autre, celui des armes Ă  feu.
L’humour franc du film vient accentuer son aspect irrĂ©vĂ©rencieux. Mais tout n’est qu’apparence, et ce film s’avĂšre surtout trĂšs conformiste; son rĂ©alisateur refuse de s’engager dans un examen honnĂȘte et bien fait du mĂ©tier de lobbyiste. Dans le film, l’action politique du lobbyiste ne s’exerce pas de façon discrĂšte, par un contact personnel avec les Ă©lus, mais par le biais d’une consultation publique sur une Ă©ventuelle loi qui forcerait les compagnies de tabac Ă  afficher une tĂȘte de mort sur les paquets de cigarettes. En vĂ©ritĂ©, le combat est inĂ©gal: il oppose un vieux sĂ©nateur bigot, ridicule, extrĂ©miste et maladroit (en faveur de la loi) Ă  un lobbyiste jeune, sexy et dynamique qui, dans un vibrant plaidoyer, prĂ©tend qu’il n’appartient pas Ă  un gouvernement de prĂ©venir les populations des dangers qui les menacent – des dangers qui se trouvent associĂ©s aussi bien aux transports, par exemple, qu’à la cigarette. On le comprend: ce lobbyiste sympathique et plein d’esprit, dont le discours est acclamĂ©, se fait ainsi dĂ©fenseur de la dĂ©rĂ©glementation et du «moins d’État», discours doux Ă  l’oreille des patrons d’Hollywood. Le film aura aussi Ă©corchĂ© au passage le journalisme d’enquĂȘte – une jolie journaliste va jusqu’à coucher avec le pauvre homme pour lui soutirer de l’information – et les militants antitabac, qui ont recours Ă  l’enlĂšvement et Ă  la violence pour faire avancer leur cause. Pendant ce temps, le lobbying reste un mĂ©tier cool, drĂŽle, sympa, pas toujours au service de bonnes causes, mais qui est tout Ă  fait estimable s’il est exercĂ© avec talent.
Wag the Dog (Des hommes d’influence, 1997) de Barry Levinson est souvent citĂ© comme un film irrĂ©vĂ©rencieux qui fait une critique incisive du grand spectacle offert par les mĂ©dias au service de la classe politique. Le film a semblĂ© d’autant plus pertinent qu’il a anticipĂ© un Ă©vĂ©nement majeur: une guerre (celle en Irak) dĂ©clenchĂ©e sous un faux prĂ©texte de menace terroriste. Dans Wag the Dog, un habile conseiller du prĂ©sident invente de toutes piĂšces une guerre, avec une Albanie qui alimenterait le terrorisme, pour distraire l’attention du public d’un scandale qui affecte le prĂ©sident quelques jours avant les Ă©lections: celui-ci aurait eu des relations sexuelles avec une mineure – ce qui, Ă  l’époque, rappelait, en pire, le scandale de la liaison entre le prĂ©sident Clinton et la stagiaire Monica Lewinsky. Le film, habilement scĂ©narisĂ© entre autres par David Mamet, ne se prive pas de donner quelques coups de griffes: on y constate qu’une bonne guerre sert parfois Ă  distraire le public d’un Ă©vĂ©nement gĂȘnant; que les mĂ©dias reprennent en boucle les mĂȘmes nouvelles sensationnalistes sans en vĂ©rifier l’exactitude; que l’opinion et le consentement se fabriquent Ă  coup d’images fortes et en jouant sur les Ă©motions; que l’information tĂ©lĂ©visĂ©e est un spectacle qui se met en scĂšne comme un film hollywoodien. Mais peut-ĂȘtre le film se prend-il au piĂšge de son ton bon enfant? Une campagne Ă©lectorale est abordĂ©e sans soulever de questions sous-jacentes: son financement, la publicitĂ© nĂ©gative, l’influence des lobbies tant en politique intĂ©rieure qu’extĂ©rieure, etc. Certes, il est juste d’accorder une grande place Ă  la question de l’image pendant une Ă©lection. Mais ces images se fabriquent avec jubilation et avec une facilitĂ© dĂ©concertante, dans une joyeuse insouciance qui dilue un peu le propos. La fin du film, qui montre jusqu’oĂč on peut aller pour empĂȘcher la vĂ©ritĂ© d’éclater au grand jour, laisse cependant le spectateur dans un Ă©tat de malaise. Ce film curieux et inclassable, avec sa conclusion cynique, passe du propos juste et cinglant Ă  la caricature lĂ©gĂšre ...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Hollywood et la politique
  3. Crédits
  4. Introduction
  5. Premiùre partie – Au royaume d’Hollywood
  6. DeuxiĂšme partie – Le cinĂ©ma du statu quo
  7. TroisiĂšme partie – Le cinĂ©ma du questionnement
  8. QuatriĂšme partie – Le cinĂ©ma subversif
  9. Conclusion
  10. Remeciements
  11. Index des films
  12. Notes

Foire aux questions

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