CHAPITRE 1
Le milieu géographique et les premiers habitants
Formé au cours des siècles, au gré des changements climatiques et des mouvements sismiques, le relief actuel du Cœur des Laurentides date du retrait des glaciers il y a plusieurs millions d’années. On retrouve aujourd’hui une chaîne de montagnes aux sommets arrondis formant un vaste labyrinthe de collines et de vallées parsemé de très nombreux lacs et de rivières dont les principales coulent du nord-est au sud-ouest et qui se jettent toutes dans la rivière des Outaouais.
Carte du réseau hydrographique des Laurentides. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, 2006.
Le réseau hydrographique
L’appartenance des principales rivières des Laurentides (la Gatineau, la Lièvre, la Rouge et la Nord) au bassin de la rivière des Outaouais explique partiellement le retard de la colonisation des Laurentides. En effet, pour circuler du bassin d’une rivière à une autre, il faudra ouvrir des routes terrestres souvent à partir des sentiers tracés par les Amérindiens à travers forêts et montagnes tout en contournant les lacs et les marécages. La situation se complexifie par le fait que la ville de Montréal, située dans le bassin du fleuve Saint-Laurent, constitue le cœur du développement démographique et économique du sud du Québec. D’où l’importance de tracer des voies routières et ferroviaires reliant les Laurentides au sud de la province. Le réseau hydrographique des Laurentides facilitera malgré tout le transport du bois et des autres marchandises, actionnera les moulins et les centrales électriques, de même qu’il favorisera la pratique de la pêche et des sports nautiques.
Une terre de roches, Saint-Sauveur vers 1900. Société d’histoire et de généalogie des Pays-d’en-Haut.
Le sol
Géologiquement, le sol des Laurentides est formé de pierres remontant jusqu’à la période précambrienne (première période de l’histoire de la terre) qui remonte à quatre milliards d’années. Ces pierres sont recouvertes d’une mince couche de terre arable. Seules les terres situées dans les vallées, en particulier dans celles de la Rouge, du Nord et de la Lièvre, sont propices à l’agriculture. Tant et si bien que les premiers colons aux prises avec ce sol pauvre prétendaient, dans leur langage populaire, « qu’ils cultivaient des roches ».
La forêt
La forêt qui recouvre le territoire des Laurentides est riche en conifères (pin, épinette, mélèze et sapin) auxquels se mêlent des feuillus, en particulier le chêne, le bouleau, le tremble, la plaine et l’érable. Cette variété d’essences transforme à l’automne le paysage des Laurentides en tableaux multicolores évoluant au gré de la lumière et des variations climatiques. Il n’est pas étonnant que, dès la fin du xixe siècle, les Laurentides soient devenues pour plusieurs artistes, en particulier les peintres et les poètes, un lieu propice à la création et une source inépuisable d’inspiration.
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Extrait de La légende d’un peuple de Louis Fréchette :
Chênes au front pensif, grands pins mystérieux,
Vieux troncs penchés au bord de torrents furieux,
Dans votre rêverie éternelle et hautaine
Songez-vous quelques fois à l’époque lointaine
Où le sauvage écho des déserts canadiens
Ne connaissait encore que la voix des Indiens.
Source : Fréchette, Louis, La légende d’un peuple, Montréal, Librairie Beauchemin, 1908, p. 59.
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Au début du xixe siècle, l’empereur français Napoléon Bonaparte organise le blocus des côtes de la Grande-Bretagne. Coupée des pays scandinaves, ses sources traditionnelles d’approvisionnement en bois pour la construction des navires de sa flotte, la Grande-Bretagne se tourne vers la forêt laurentienne qui regorge de résineux, en particulier de pins blancs plus que centenaires. Ces derniers étaient particulièrement recherchés comme mâts des navires, car ils résistaient aux forces du vent et à la tension de la voilure.
Le climat
Situées dans une zone dite tempérée, les Laurentides jouissent en général d’un climat froid et humide. La température connaît des écarts prononcés. La saison d’été relativement courte connaît toutefois des périodes de chaleur. Dès la fin de septembre, la période de gel peut apparaître. Habituellement, après quelques nuits où le thermomètre descend sous le point de congélation, la température s’élève pendant quelques jours, c’est l’été indien, appelé aussi l’été des Indiens. Puis le gel reprend et se poursuit parfois jusqu’à la fin du mois de mai. La neige est abondante, mais la saison d’hiver est entrecoupée de redoux plus ou moins fréquents. Toutefois, aux dires de certains, l’air des Laurentides, d’une pureté à nulle autre pareille, est très sain et curatif.
Les premiers habitants
Depuis des millénaires, les Amérindiens ont fréquenté le nord et l’ouest de la région des Laurentides. C’était à la fois leur lieu de résidence et leur garde-manger. Ils ont exploité la forêt en fonction de leurs besoins tout en la préservant. Des artefacts remontant à plus de 4 000 ans témoignent de leur présence un peu partout, en particulier dans la région du mont Tremblant. Selon la tradition, les Amérindiens auraient désigné cette montagne sous le vocable de la Manitonga Soutana, qui signifie « la montagne des Esprits ou du Diable ». Ils croyaient que le Manitou faisait trembler la montagne située dans une région sujette aux secousses sismiques lorsqu’ils enfreignaient les lois sacrées de la nature.
À l’arrivée des premiers Blancs, les Weskarinis – qui signifie « vrais hommes issus de cette terre » ou « peuple du chevreuil » –, appartenant à la grande famille algonquine, occupaient le territoire actuel des Laurentides. En 1613, alors qu’il remontait la rivière des Outaouais (alors appelée rivière des Algoumequins), Champlain souligne : « […] en trouvâmes une autre [rivière] fort belle et spacieuse qui vient d’une nation appelée Ouescharini, lesquels [sic] se tiennent au nord d’icelle et à 4 journées de l’entrée. » Quelques années plus tard, les Français les surnommèrent la « Petite-Na...