Gagner la guerre du climat
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Gagner la guerre du climat

douze mythes à déboulonner

  1. 260 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Gagner la guerre du climat

douze mythes à déboulonner

À propos de ce livre

Dans cet essai choc, Normand Mousseau déboulonne systématiquement chacun de ces mythes et démontre de manière irréfutable la vérité suivante : la solution au problème des changements climatiques n'est pas de nature technologique ou scientifique, mais bel et bien politique.

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Mythe no 1

La réduction des émissions de gaz à effet de serre améliorera immanquablement notre qualité de vie
Pour la plupart des environnementalistes, de nombreux politiques et une bonne partie des citoyens qui souscrivent à l’urgence de lutter contre les bouleversements climatiques, la transition vers une société à faibles émissions de carbone mènera, sans faute, à un monde meilleur. L’avenir affiché par les promoteurs de cette transformation montre invariablement un air et une eau plus purs, un milieu de vie de qualité, des transports efficaces et accessibles et des aliments plus sains. La réduction de l’usage des hydrocarbures fossiles mènera, promet-on, à un monde plus vert, plus lumineux, plus égalitaire, plus axé sur les produits locaux.
À l’opposé, de nombreux sceptiques annoncent l’écrasement de notre économie si nous allons de l’avant avec les mesures contraignantes visant à atteindre les objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre énoncés un peu partout sur la planète.
Considérons les choses froidement. Il serait possible de réduire de 80 % les émissions de GES du Québec dès aujourd’hui : il suffirait d’interdire l’usage des véhicules à moteur à combustion, de fermer les usines, de cesser de chauffer les bâtiments et d’arrêter la coupe des forêts. C’est aussi simple que ça. De telles mesures, bien sûr, mèneraient à la destruction de l’économie québécoise et canadienne, ce qui compromettrait infailliblement notre qualité de vie, donnant raison aux sceptiques.
Le consensus sur la nécessité de réduire les émissions de GES rapidement afin d’éviter la catastrophe climatique est de plus en plus largement partagé, mais le débat persiste entre les deux camps. Ce n’est pas surprenant, car ce débat est insoluble : il porte sur une question mal posée. En effet, l’amélioration générale de la qualité de vie et la réduction des émissions sont largement indépendantes l’une de l’autre et chacune peut être accomplie ou ratée sans avoir un impact sur la deuxième.
La véritable question pourrait s’énoncer ainsi : comment réussir une transformation profonde de notre société en quelques décennies sans compromettre le développement économique ?
La réponse est beaucoup plus ouverte qu’on ne le croit en général ; les avenues qui permettront à la fois de réduire les émissions de GES et de s’adapter à l’augmentation mondiale de la température sont multiples et correspondent au spectre complet de sociétés qu’on peut concevoir, allant d’un monde où les écosystèmes continueraient de se dégrader et où les inégalités sociales exploseraient à un monde riche, pacifique et en bonne santé, frisant l’utopie sociale.
Le défi de la réduction des émissions de GES ne réside donc pas dans la cible elle-même, mais dans l’exigence minimale – et tout à fait raisonnable – suivant laquelle ces efforts devraient contribuer au développement économique, social et même environnemental de chaque société plutôt que de lui nuire.
Changer la planète :
la rupture nécessaire
En 2012, le gouvernement de Jean Charest présentait son plan d’action sur les changements climatiques 2013-2020. S’alignant sur les orientations européennes, celui-ci visait une réduction de 20 % des émissions de GES par rapport à 1990. Cette cible sera vraisemblablement atteinte, avec quelques années de retard, pour peu que nous changions légèrement nos habitudes de vie, que nous modifiions quelques technologies et que nous visions une meilleure efficacité énergétique, particulièrement dans le secteur des transports. Il suffira, pour parvenir à nos fins, de cibler certains secteurs sans bousculer le fonctionnement général de notre société. Devant cette tâche, un seul ministère est requis, celui du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), qui peut faire le travail sans trop empiéter sur les mandats des autres organes gouvernementaux.
Toutefois, les objectifs de réduction de 37,5 % adoptés par le gouvernement Couillard en 2015 et dont l’échéance est en 2030, presque demain, représentent un défi nettement plus considérable : les réductions les plus faciles auront été faites, et il faudra alors s’attaquer à la transformation en profondeur de secteurs énergétiques importants.
Surtout, cette transformation devra être compatible avec les réductions supplémentaires qui se poursuivront inévitablement au-delà de 2030. S’ils veulent permettre aux pays en voie de développement d’atteindre un niveau de vie comparable au leur, les pays développés devront viser une réduction totale de 80 % des émissions de GES en 2050 par rapport au niveau de 1992. Pour le Québec, cela signifie que les émissions annuelles devront passer de dix tonnes de GES par personne à moins de deux tonnes. Puisque certains procédés et pratiques des secteurs agricole et industriel, qui sont essentiels à notre survie, sont difficiles à transformer, le reste de la société devra vraisemblablement présenter un bilan net nul d’émissions.
Malheureusement, les gouvernements sont souvent incapables de se projeter ainsi. Dans le but d’atteindre la cible de 2030, par exemple, la nouvelle politique énergétique du Québec prévoit soutenir le remplacement du pétrole par le gaz naturel dans l’industrie et les transports lourds, ce qui exigera des investissements considérables dans des technologies et des infrastructures qu’il faudra commencer à remplacer à leur tour à partir de 2030 afin de satisfaire aux objectifs de 2050. Cette approche sera à la fois coûteuse et déstabilisante, car les orientations promues quelques années auparavant deviendront inacceptables. Qu’adviendra-t-il alors des sociétés à peine créées et des travailleurs tout juste formés ? Et comment justifier, pour les contribuables et les investisseurs, le gaspillage de ressources qu’une telle politique sous-entend ?
Afin de réduire ces pertes, il faut dès à présent préparer la fracture attendue, l’élimination presque complète des combustiles fossiles. Quel aspect prendra celle-ci ? Bien malin celui ou celle qui peut l’affirmer aujourd’hui. C’est pourquoi on ne peut s’engager dans une voie trop balisée qui imposerait dès maintenant des solutions techniques pour les vingt-cinq prochaines années. Au lieu de promouvoir des techniques ciblées qui seront rapidement dépassées, il est nécessaire d’adopter des politiques plus générales qui acceptent, favorisent et orientent les ruptures sous toutes leurs formes tout en protégeant les citoyens les plus faibles.
Les divers chemins de l’évolution
Notre société se transforme constamment. Les changements, toutefois, ne se produisent pas tous de la même façon. Ils sont parfois linéaires, prévisibles. C’est le cas, par exemple, de l’efficacité énergétique des électroménagers1. Au cours des trente-cinq dernières années, l’efficacité de ceux-ci – réfrigérateurs, cuisinières, laveuses, sécheuses, etc. – a fait un bond de plus de 50 % en moyenne. L’évolution de la consommation d’énergie de ces appareils suit une courbe discontinue, faite de longs plateaux interrompus par des variations brutales. Ce phénomène étrange n’est pas lié aux exigences des consommateurs ou aux cycles de développement des produits. Il s’explique par l’immobilisme de l’industrie, qui se contente d’appliquer les normes d’efficacité énergétique imposées par les gouvernements, normes mises à jour à intervalles plus ou moins réguliers. Cette approche en mode réactif, où chacun se contente de faire le minimum pour respecter les cibles imposées, limite singulièrement les véritables transformations technologiques. Voilà pourquoi on se retrouve aujourd’hui avec des appareils qui diffèrent très peu de ceux qu’utilisaient nos parents, voire nos grands-parents. Les réfrigérateurs sont plus gros et les laveuses sont à chargement frontal, mais les ruptures réelles sont rares. À l’exception de l’induction, qui commence à poindre en Amérique du Nord, et de quelques autres technologies, rien ne perturbe vraiment l’industrie, qui s’adapte doucement, voyant venir les changements grâce à son dialogue constant avec les organismes normatifs.
Les transformations du marché ne sont pas toujours aussi prévisibles ou régulières que dans le secteur des électroménagers. L’industrie du disque, par exemple, a connu sa part de bouleversements. Apparue dans les années 1930, elle a passé les cinquante premières années de son existence à peaufiner ses supports matériels afin d’améliorer l’expérience des consommateurs, mais aussi de réduire ses coûts de fonctionnement. Côté technique, on est passé, en un demi-siècle, des cylindres de cire aux soixante-dix-huit tours, cassants et n’offrant que des plages de trois à cinq minutes de chaque côté, puis aux microsillons longue durée, aux cassettes et aux disques compacts, les fameux CD, qui ont rapidement été en concurrence avec les vidéodisques, les minicassettes, les minidisques et bien d’autres, chacun offrant une liberté accrue par rapport au support traditionnel. Aujourd’hui, moins de quarante ans après l’introduction de ces technologies, la fin de l’objet matériel porteur de musique est en vue.
Au fil de ces transformations, chaque nouveau support jouissait d’améliorations qualitatives, livrant un peu plus de musique et multipliant les occasions d’en écouter, sans toutefois perturber en profondeur les structures et les rapports de force de l’industrie. Durant un demi-siècle, les mêmes joueurs ont largement piloté ces transformations ou, à tout le moins, sont parvenus à maintenir leur position. La fracture s’est produite avec l’arrivée d’Internet. De nombreux producteurs et artistes se sont vus, en quelques années, obligés de revoir complètement leur modèle d’affaires sous la pression des sites de diffusion illégale.
La musique n’est pas le seul secteur dont le modèle d’affaires est perturbé par les avancées technologiques. L’arrivée du téléphone intelligent, que tous connaissent, est un autre exemple de bouleversement technologique où un joueur de l’extérieur parvient à mettre en pièces une industrie mondiale richissime. Avec son iPhone, Apple a repensé les fonctions mêmes de l’objet, faisant perdre des fortunes à des investisseurs qui n’ont pas su retirer leurs billes à temps et, plus important encore, portant préjudice à des milliers de travailleurs qui ont vu leur emploi disparaître presque du jour au lendemain alors que des industries qu’on croyait éternelles s’effondraient en quelques années.
Préparer la rupture : le faux dilemme
Par son ampleur même, la transition imposée par la lutte aux changements climatiques ne pourra s’accomplir selon une logique étapiste, où tous s’adaptent sans heurts. Repousser la rupture essentielle ne peut, à moyen terme, que nuire considérablement à l’économie et à la qualité de vie des citoyens. C’est, comme trop souvent, l’histoire de la grenouille placée dans un contenant d’eau qu’on met à bouillir : l’approche en douceur nous cuit lentement tout en nous faisant croire que nous nous adaptons.
Ce paradoxe est bien connu, mais il est toujours tentant de l’ignorer. Les transformations légères et prévisibles, comme celles qui dominent l’industrie des électroménagers, sont faciles à analyser et à modéliser. Il est possible d’en prédire les effets à moyen terme avec une précision remarquable. Les économistes et les planificateurs, ceux qui conseillent les décideurs, aiment donc beaucoup ce type de modifications et s’y accrochent parfois avec force, même lorsqu’elles ne mènent pas là où on le voudrait.
Personne, par contre, ne peut prédire ce que notre quotidien deviendra après les fractures sociales et technologiques nécessaires à l’atteinte des objectifs de réduction des GES. Malgré les prétentions de certains, nous sommes tout simplement incapables, aujourd’hui, de définir avec un tant soit peu de précision les technologies et les choix sociaux qui nous permettront de réduire de 80 % les émissions de GES des pays riches tout en continuant à améliorer notre qualité de vie.
Cette affirmation n’a pas de quoi rassurer ceux qui hésitent encore à s’embarquer dans cette transition, mais il s’agit là d’un faux dilemme. Qu’on le veuille ou non, le monde change constamment et brutalement. Qui peut prévoir le prix du pétrole ou des ressources naturelles ? Qui peut prédire la configuration de l’industrie pharmaceutique, du jeu vidéo ou de l’aéronautique à Montréal, ou de l’industrie automobile dans le sud de l’Ontario, dans cinq ans, dix ans, quinze ans ? Qui sait quelle catastrop...

Table des matières

  1. Page couverture
  2. Les Éditions du Boréal
  3. Faux-titre
  4. Du même auteur
  5. Titre
  6. Crédits
  7. Remerciements
  8. Avant-propos
  9. Mythe no 1
  10. Mythe no 2
  11. Mythe no 3
  12. Mythe no 4
  13. Mythe no 5
  14. Mythe no 6
  15. Mythe no 7
  16. Mythe no 8
  17. Mythe no 9
  18. Mythe no 10
  19. Mythe no 11
  20. Mythe no 12
  21. Conclusion
  22. Crédits et remerciements
  23. Fin
  24. Quatrième de couverture

Foire aux questions

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