Je le dis comme je le pense
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Je le dis comme je le pense

souveraineté, vie politique, religion

  1. 226 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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Je le dis comme je le pense

souveraineté, vie politique, religion

À propos de ce livre

Avec la libertĂ© de parole que lui confĂšrent les annĂ©es Ă©coulĂ©es depuis sa retraite de la politique active, Claude Morin livre ici une sorte de « testament » intellectuel. L'ouvrage se divise en trois parties. La premiĂšre veut rĂ©pondre Ă  une interrogation capitale pour les souverainistes et tous ceux qui ont Ă  coeur l'avenir du QuĂ©bec : vu la situation actuelle, on fait quoi ? Claude Morin l'a Ă©crite en pensant au Parti quĂ©bĂ©cois, mais pas seulement Ă  son intention. Il y pose quelques questions essentielles : la souverainetĂ© doit-elle ĂȘtre un objectif ou un moyen ? Comment surmonter la morositĂ© actuelle touchant la souverainetĂ© ? Morin propose Ă  cet Ă©gard une approche nouvelle fondĂ©e sur une analyse rigoureuse et sans concession de la rĂ©alitĂ© prĂ©sente. Dans la deuxiĂšme, l'auteur explique l'origine et le sens de son engagement politique et revient, avec certaines prĂ©cisions inĂ©dites, sur des situations qu'il a vĂ©cues. Il rĂ©flĂ©chit sur le rĂŽle de conseiller, rĂ©affirme son adhĂ©sion Ă  la social-dĂ©mocratie et tente de cerner les causes de la mĂ©fiance actuelle envers les politiciens.Enfin, dans la troisiĂšme partie, la plus personnelle et la plus inattendue, Claude Morin dĂ©crit son cheminement en matiĂšre religieuse.

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Informations

Année
2014
ISBN de l'eBook
9782764643532

Pour s’en sortir
En regardant Ă©voluer le QuĂ©bec, j’ai parfois Ă©tĂ© dĂ©primĂ©, mais je n’ai jamais perdu confiance. Sans cette confiance, je n’aurais pas prononcĂ© autant de confĂ©rences ni publiĂ© autant sur la question nationale aprĂšs avoir quittĂ© la vie publique, en 1982. Je me serais occupĂ© d’autres choses et, aujourd’hui, la prĂ©sente partie de ce livre n’existerait pas.
Je pense qu’un jour les QuĂ©bĂ©cois voudront assumer la maĂźtrise de leur avenir, mais je n’ai jamais cru qu’ils y parviendraient aussi rapidement que certains l’escomptaient dans les annĂ©es 1970 ni su sous quelle forme au juste et dans quelle mesure cet aboutissement se concrĂ©tiserait le temps venu.
Nos tentatives et projets collectifs ont rencontrĂ© des Ă©cueils et nous avons subi des revers. Nous avons nĂ©anmoins accompli beaucoup de progrĂšs. Les conditions que nous avons affrontĂ©es le long de notre route sont, comme chez tout peuple, Ă  l’origine de comportements et de rĂ©flexes dont les manifestations, pas toutes positives, persistent encore aujourd’hui.
Pendant des gĂ©nĂ©rations, et ceci jusqu’à la RĂ©volution tranquille, nous n’avons pas disposĂ© d’outils puissants en matiĂšre Ă©conomique et financiĂšre, et en Ă©tions venus Ă  nous estimer incompĂ©tents dans ces domaines. Le gouvernement fĂ©dĂ©ral et le Canada anglais ont toujours souhaitĂ© notre adhĂ©sion soumise Ă  leur vision du pays. Et nul besoin d’attribuer Ă  un regrettable sentiment d’insĂ©curitĂ© la conscience, largement partagĂ©e chez nous, du fait que la situation minoritaire des francophones au Canada et en AmĂ©rique du Nord est et demeure inquiĂ©tante, problĂšme insoluble qui colore tout le reste.
Personne ne devrait en consĂ©quence s’étonner que notre volontĂ© de survivance et d’affirmation – notre rĂ©silience – ait toujours Ă©tĂ© guidĂ©e par une circonspection naturelle quant aux Ă©tapes Ă  franchir et aux moyens Ă  utiliser.
Me concentrant sur la question nationale quĂ©bĂ©coise, je propose ici des analyses et des orientations qui, je me permets de l’espĂ©rer, pourraient ĂȘtre utiles.
I. Y voir plus clair
D’abord, une clarification, qui, pour certains, aura l’air d’une hĂ©rĂ©sie. Elle concerne un sujet qui semble a priori abstrait, acadĂ©mique, mais elle facilitera les choix auxquels le Parti quĂ©bĂ©cois devra procĂ©der pour ajuster sa dĂ©marche Ă  la conjoncture prĂ©visible.
Il s’agit de savoir si, pour ce parti, la souverainetĂ© est un objectif ou un moyen.
La souveraineté : objectif ou moyen ?
Au long des annĂ©es, les porte-parole du parti ont de bonne foi expliquĂ© que la souverainetĂ© Ă©tait en mĂȘme temps un objectif et un moyen. C’est-Ă -dire le but Ă  atteindre aussi bien que la clĂ© qui permettrait aux QuĂ©bĂ©cois d’accĂ©der Ă  la maĂźtrise des instruments politiques et autres dont ils sont actuellement privĂ©s.
Cette façon de dĂ©crire les choses s’est Ă  terme rĂ©vĂ©lĂ©e piĂ©gĂ©e. UtilisĂ©s comme synonymes, les mots objectif et moyen ont entretenu la confusion relativement Ă  la vĂ©ritable raison d’ĂȘtre du Parti quĂ©bĂ©cois et, de lĂ , Ă  l’égard du sens de son action et des modalitĂ©s de sa dĂ©marche. Confusion exploitĂ©e par les adversaires (« Pour le PQ, c’est la “sĂ©paration” et rien d’autre ! ») et Ă  l’origine de dĂ©bats entre souverainistes (« purs et durs » versus « Ă©lectoralistes »).
Si la souverainetĂ© est prĂ©sentĂ©e et perçue comme Ă©tant Ă  la fois objectif et moyen, il devient en effet trĂšs inconfortable pour le PQ de tracer sa ligne de conduite quand cette souverainetĂ© se trouve hors de portĂ©e. Par exemple, lorsque la population la rejette par rĂ©fĂ©rendum ou, comme ce fut le cas en avril 2014, lorsque l’idĂ©e mĂȘme d’un (possible, bien qu’improbable) nouveau rĂ©fĂ©rendum Ă  ce sujet devient une cause d’échec Ă©lectoral. Le parti perd-il du coup sa justification ? De quels arguments dispose-t-il pour s’autoriser Ă  poursuivre son action si la rĂ©alisation de ce que l’électorat et les militants considĂšrent comme sa raison d’ĂȘtre n’est pas discernable Ă  l’horizon ?
Questions riches en matĂ©riel pour les dĂ©fenseurs de l’establish­ment fĂ©dĂ©raliste. Ainsi, et Ă  titre d’illustration, ils ont soutenu que la prĂ©sence du Bloc quĂ©bĂ©cois Ă  Ottawa n’était plus de mise, Ă©tant donnĂ© que la souverainetĂ© n’était pas rĂ©alisable dans un avenir prochain. D’oĂč il s’ensuivrait, selon cette mĂȘme logique, que le militantisme souverainiste et le PQ seraient eux aussi dĂ©passĂ©s, dĂ©sormais hors de l’Histoire, parce qu’ils auraient failli Ă  leur mission.
Pendant quelque temps, le PQ a pu rĂ©pliquer que la route vers le succĂšs est plus longue que prĂ©vu et que l’avenir dure longtemps. Il a pu inviter ses militants Ă  continuer le combat, Ă  persĂ©vĂ©rer, parce que les conditions d’un rĂ©fĂ©rendum, gagnant celui-lĂ , finiront d’une maniĂšre ou d’une autre par se mettre en place. Parfait. Mais que faire si le « quelque temps » n’en finit plus de se prolonger ?
En revanche, les contradictions se rĂ©solvent si l’on considĂšre que 1) l’objectif du PQ est la sauvegarde et l’épanouissement de l’identitĂ© quĂ©bĂ©coise et que 2) la souverainetĂ© est le moyen qu’il privilĂ©gie Ă  cette fin.
Cette clarification signifie en pratique ceci : si les circonstances empĂȘchent le recours au moyen privilĂ©giĂ© qu’est la souverainetĂ©, l’objectif liĂ© Ă  l’identitĂ© demeure et, par rapport Ă  lui, d’autres moyens restent applicables.
J’examinerai plus loin les possibilitĂ©s qu’ouvre cet Ă©claircissement.
L’identitĂ© quĂ©bĂ©coise
D’oĂč vient cette idĂ©e selon laquelle l’objectif du Parti quĂ©bĂ©cois est la sauvegarde et l’épanouissement de l’identitĂ© quĂ©bĂ©coise ? Est-ce vraiment une hĂ©rĂ©sie ?
RĂ©ponse : personne n’aurait songĂ© Ă  fonder un parti comme le PQ n’eĂ»t Ă©tĂ© au dĂ©part l’existence au QuĂ©bec d’un Nous fondateur persistant Ă  travers les gĂ©nĂ©rations. Car il n’y aurait pas eu chez nous de volontĂ© autonomiste encore moins d’aspiration souverainiste sans cette identitĂ© quĂ©bĂ©coise, Ă  la fois cause et consĂ©quence du fait que les QuĂ©bĂ©cois forment une nation construite sur une histoire, une langue, un hĂ©ritage religieux, une culture, un territoire et des institutions qui lui sont propres.
Sans le Nous initial de langue française et ces citoyens de toutes origines qui s’y sont dĂ©jĂ  joints et s’y intĂšgrent encore, le QuĂ©bec serait une province ordinaire. Il n’y aurait pas et n’y aurait jamais eu de « problĂšme QuĂ©bec-Canada ». On ne se serait pas interrogĂ© sur la place faite au QuĂ©bec dans l’ensemble fĂ©dĂ©ral. Et, par la force des choses, tant et aussi longtemps que le Nous fera partie de cet ensemble, la question nationale continuera de se poser.
Qui plus est, le QuĂ©bec est le seul de tous les États de l’AmĂ©rique du Nord Ă  devoir assumer, par ses lois, ses actions et ses organismes, la responsabilitĂ© de prĂ©server et de promouvoir la spĂ©cificitĂ© d’une sociĂ©tĂ© Ă  80 % francophone qui, pour cette raison notamment, se distingue de la population nord-amĂ©ricaine, quarante-quatre fois plus nombreuse et presque totalement anglophone, qui l’entoure.
Comme peuple, nous nous sommes toujours souciĂ©s de la sauvegarde et de l’affirmation de notre personnalitĂ© nationale. L’une et l’autre ont pris, chez nous, figure de valeurs essentielles. Elles ont fait et font encore consensus dans la population. Comme le disait RenĂ© LĂ©vesque :
Nous sommes des QuĂ©bĂ©cois. Ce que cela veut dire d’abord et avant tout, et au besoin exclusivement, c’est que nous sommes attachĂ©s Ă  ce seul coin du monde oĂč nous puissions ĂȘtre pleinement nous-mĂȘmes, ce QuĂ©bec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit oĂč il nous soit possible d’ĂȘtre vraiment chez nous. Être nous-mĂȘmes, c’est essentiellement de maintenir et de dĂ©velopper une personnalitĂ© qui dure depuis trois siĂšcles et demi. Au cƓur de cette personnalitĂ© se trouve le fait que nous parlons français. Tout le reste est accrochĂ© Ă  cet Ă©lĂ©ment essentiel, en dĂ©coule ou nous y ramĂšne infailliblement1.
Dans tout cela, il n’y a rien qui soit excessif ou outrageant. Comme n’importe quelle identitĂ© nationale ailleurs et ainsi que le prescrit le sens commun, la nĂŽtre a le droit de se manifester et de se dĂ©velopper. Et ceux qui la partagent – « pure laine » ou non, nĂ©s ici ou pas – ont tout Ă  fait raison de voir Ă  ce qu’elle soit respectĂ©e et Ă  ce qu’elle se donne les moyens de s’épanouir. C’est mĂȘme un devoir Ă©lĂ©mentaire.
La souverainetĂ© confĂ©rerait aux QuĂ©bĂ©cois le statut politique par excellence qui pourrait leur permettre d’exister comme nation Ă  part entiĂšre, Ă  l’instar de tant d’autres dans le monde. Mais, en ce qui concerne la promotion de l’identitĂ© nationale, ce moyen n’est pas le seul disponible.
D’autres arguments ?
On a recouru Ă  divers arguments pour prĂ©coniser la souverainetĂ©, je l’ai moi-mĂȘme fait Ă  l’occasion. Certains sont plus appropriĂ©s que d’autres, mais les plus probants sont ceux qui se rattachent Ă  l’identitĂ© nationale.
Si, par exemple, l’intention est de faire du QuĂ©bec une sociĂ©tĂ© plus juste, cela exige-t-il de sortir du Canada ? Tout dĂ©pend de l’ampleur des rĂ©formes envisagĂ©es et des obstacles qu’y opposerait son appartenance au rĂ©gime fĂ©dĂ©ral. S’il s’agit d’instaurer sur son territoire des mesures pour lesquelles les instruments lui manquent ou dont l’application serait impossible Ă  cause de ses liens prĂ©sents avec le Canada et des engagements internationaux conclus par celui-ci, la souverainetĂ© serait sans doute indiquĂ©e. Elle le serait encore davantage si l’objectif Ă©tait de crĂ©er au QuĂ©bec une civilisation inĂ©dite Ă  l’abri des influences extĂ©rieures susceptibles d’en empĂȘcher l’émergence, mais on s’éloignerait alors beaucoup du QuĂ©bec ouvert sur le monde souhaitĂ© par la majoritĂ© de ses citoyens, ce qui, dans les faits, exclut cette Ă©ventualitĂ©.
Au dĂ©but des annĂ©es 1970, on utilisait beaucoup l’argument selon lequel la souverainetĂ© mettrait fin aux nombreux et coĂ»teux dĂ©doublements et chevauchements de services, caractĂ©ristique inhĂ©rente au fĂ©dĂ©ralisme tel qu’Ottawa le pratiquait. Un examen plus poussĂ© montra toutefois qu’il y avait peu de vrais dĂ©doublements, c’est-Ă -dire des situations oĂč Ottawa et QuĂ©bec s’occupaient des mĂȘmes sujets dans les mĂȘmes domaines (le « dĂ©doublement » le plus considĂ©rable a en quelque sorte Ă©tĂ© provoquĂ© par le QuĂ©bec qui, sous Duplessis, dĂ©cida de percevoir lui-mĂȘme ses impĂŽts
).
Quant aux chevauchements qui se produisent lorsque les deux gouvernements sont prĂ©sents dans les mĂȘmes domaines (les transports, la santĂ© et l’agriculture, par exemple), quoique les services offerts soient diffĂ©rents, ils sont certes une source frĂ©quente de disputes et se rĂ©vĂšlent effectivement coĂ»teux. Mais la solution Ă  ces difficultĂ©s suppose-t-elle la souverainetĂ© ? On peut toujours rĂ©pondre que, dans un rĂ©gime fĂ©dĂ©ral qui respecterait les compĂ©tences de chaque ordre de gouvernement, rien n’empĂȘcherait une coordination plus intelligente entre les intervenants.
Autres critiques. On disait qu’Ottawa se servait de son pouvoir de dĂ©penser (programmes conjoints ou subventions) pour inflĂ©chir, conformĂ©ment aux prioritĂ©s fĂ©dĂ©rales, les dĂ©cisions du QuĂ©bec dans les domaines de sa compĂ©tence. Que les stratĂ©gies du gouvernement central avaient traditionnellement dĂ©favorisĂ© et dĂ©favorisaient encore le QuĂ©bec. Que celui-ci versait plus Ă  Ottawa qu’il n’en recevait (les deux derniĂšres critiques donnĂšrent lieu Ă  des « chicanes de chiffres » peu concluantes parce que le rĂ©sultat des calculs dĂ©pendait des hypothĂšses de dĂ©part et des mĂ©thodes d’estimation).
De ces constatations touchant le fonctionnement du rĂ©gime actuel sur le plan administratif, on peut donc tirer des motifs valables de vouloir le transformer en profondeur, mais, au bout du compte, il est difficile d’y voir la confirmation de la nĂ©cessitĂ© de la souverainetĂ©. Les dĂ©fauts et contraintes du rĂ©gime ont encouragĂ© les aspirations souverainistes, aucun doute...

Table des matiĂšres

  1. Page couverture
  2. Les Éditions du BorĂ©al
  3. Faux-titre
  4. Du mĂȘme auteur
  5. Titre
  6. Crédits
  7. Préface
  8. Pour s’en sortir
  9. Je me souviens
  10. Y a-t-il Quelqu’un ?
  11. Crédits et Remerciements
  12. Fin
  13. QuatriĂšme de couverture

Foire aux questions

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