Double peine
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Double peine

Itinéraire d'un étranger en son pays

  1. 208 pages
  2. French
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Double peine

Itinéraire d'un étranger en son pays

À propos de ce livre

« La double peine n'est pas une mesure de justice. C'est une mesure d'humiliation qui vise Ă  faire perdre sa dignitĂ© et son identitĂ© Ă  un individu. Elle touche aussi directement aux familles, provoquant de profondes failles dans la vie privĂ©e et des cassures inĂ©vitables. C'est enfin une sanction collective: l'entourage de la personne faisant l'objet d'une mesure d'interdiction du territoire, souvent de nationalitĂ© française, est entraĂźnĂ© dans cette tragĂ©die humaine. L'Ă©crasante vague de la double peine dĂ©truit tout sur son passage, jusqu'Ă  la noyade. »Entre 1996 et 2009, Ahmed Zaki a vĂ©cu l'expĂ©rience difficile de la « double peine ». NĂ© au Maroc, arrivĂ© en France Ă  l'Ăąge de 12 ans, condamnĂ© pour trafic de stupĂ©fiants, il sera reconduit Ă  la frontiĂšre Ă  sa sortie de prison. Pour un mĂȘme crime ou dĂ©lit, une personne de nationalitĂ© Ă©trangĂšre subit une condamnation plus lourde qu'une personne de nationalitĂ© française. Que rĂ©pondre Ă  ces prises de position justifiĂ©es par la peur du terrorisme? PortĂ© par l'analyse de Yann Galut, avocat engagĂ© dans ses jeunes annĂ©es auprĂšs de SOS Racisme, et d'Étienne Pinte, prĂ©sident du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvretĂ© et l'exclusion sociale, ce tĂ©moignage pose la nĂ©cessaire question de l'Ă©galitĂ© devant la loi pĂ©nale.

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Informations

ISBN de l'eBook
9782347016296
Année
2017

Annexes


ENTRETIEN AVEC TOUFIK DRIF
Collaborateur des élus communistes / Front de Gauche
au Conseil départemental du Cher

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Ahmed ?
La premiĂšre fois que j’ai rencontrĂ© Ahmed, c’était dans le cadre de mon travail au Conseil gĂ©nĂ©ral du Cher (devenu Conseil dĂ©partemental) oĂč j’étais collaborateur des Ă©lus communistes / Front de Gauche. Ahmed avait sollicitĂ© un rendez-vous avec notre prĂ©sident de groupe, M. Jean-Michel GuĂ©rineau. Celui-ci m’a demandĂ© de le recevoir et de l’aider dans ses dĂ©marches. C’était en 2009, il Ă©tait sur Vierzon et avait dĂ©jĂ  sollicitĂ© l’aide de Nicolas Sansu (actuellement dĂ©putĂ©-maire de Vierzon) avec qui je travaillais Ă©galement. Depuis, je n’ai jamais cessĂ© de suivre Ahmed dans ses dĂ©marches qui Ă©taient assez compliquĂ©es. Il y a eu des hauts et des bas. J’ai toujours essayĂ© de le guider au mieux, d’abord au niveau administratif. Mon rĂŽle a Ă©tĂ© aussi d’ĂȘtre le relais entre Ahmed et les diffĂ©rents Ă©lus de l’époque, notamment le dĂ©putĂ© Jean-Claude Sandrier puis Nicolas Sansu. Je faisais aussi le lien avec diffĂ©rentes structures comme la Maison des solidaritĂ©s de Vierzon et les assistantes sociales qui suivaient son dossier. Au fur et Ă  mesure des Ă©changes, nous avons aussi sympathisĂ©. L’aide est allĂ©e logiquement au-delĂ  d’un simple rapport « administratif » : je lui donnais des conseils et surtout un soutien moral et psychologique. Ahmed est passĂ© par des phases de grande dĂ©tresse. En venant me voir, je pense que c’était aussi pour lui un moyen d’exprimer ce qu’il avait sur le cƓur. C’est une longue relation de confiance et d’amitiĂ© qui s’est installĂ©e.
Vous aviez dĂ©jĂ  l’expĂ©rience de ce type de situation ?
Pas vraiment. Ahmed, c’est la seule personne que nous ayons eue Ă  Vierzon, confrontĂ©e Ă  la problĂ©matique de la double peine. Nous avons connu des situations voisines, avec des personnes sans-papiers, venant en France en situation irrĂ©guliĂšre, souvent pour des raisons justes : une guerre civile dans leur pays, des familles voulant Ă©chapper Ă  une extrĂȘme pauvretĂ© dans leur pays d’origine et qui venaient en France dans l’espoir de mieux vivre. Nous avons toujours Ă©tĂ© prĂ©sents auprĂšs de ces personnes. La situation d’Ahmed Ă©tait donc trĂšs particuliĂšre. C’était d’autant plus triste et rĂ©voltant qu’Ahmed vivait en France depuis l’ñge de 12 ans, avait toute sa famille ici. Bien que nĂ© au Maroc, il avait passĂ© la plus grande partie de sa vie en France. Il a fait des bĂȘtises qu’il reconnaĂźt et pour lesquelles il a payĂ©. Il a fait de la prison. Et depuis, il a montrĂ© qu’il avait pu se rĂ©insĂ©rer. AprĂšs toutes ces annĂ©es de prison, l’expulsion ne se justifiait pas. Cette double peine avait Ă©tĂ© « abolie » sous la prĂ©sidence de la RĂ©publique de M. Nicolas Sarkozy. Il nous paraissait normal qu’Ahmed puisse obtenir lĂ©galement le droit de rester vivre en France auprĂšs des siens.
Connaissiez-vous les problématiques de la double peine ?
Bien sĂ»r, nous Ă©tions sensibilisĂ©s. Le dĂ©putĂ© Jean-Claude Sandrier s’était depuis longtemps prononcĂ© en faveur de l’abrogation de la double peine. C’était un sujet que l’on connaissait, mais uniquement Ă  travers des textes de lois. La situation d’Ahmed nous a confrontĂ©s Ă  la rĂ©alitĂ©. Tant que l’on n’y est pas confrontĂ©, cela reste trĂšs thĂ©orique, on ne peut mesurer rĂ©ellement toute la dimension du drame humain que cela implique. On se rend compte que dans un pays comme le nĂŽtre, certaines choses qui ne devraient pas exister sont toujours d’actualitĂ©.
Lors de son retour en France, Ahmed raconte n’avoir trouvĂ© dans un premier temps aucun soutien Ă  Bourges. Ce n’est qu’en arrivant Ă  Vierzon qu’il s’est retrouvĂ© moins dĂ©muni. Comment expliquez-vous cela ?
J’habite sur Vierzon et je travaille sur Bourges. Ce que vous exprimez peut s’expliquer par le fait que Vierzon est une ville trĂšs politisĂ©e avec un Parti communiste trĂšs fort, une majoritĂ© municipale avec un maire communiste qui est aussi dĂ©putĂ© de la deuxiĂšme circonscription du Cher. Il y a toujours eu au sein du Parti communiste cette volontĂ© d’aider les personnes en difficultĂ© lorsque l’on trouve la cause juste. Le combat que menait Ahmed correspondait Ă  notre idĂ©al de justice. Il a eu le soutien des communistes et des Ă©lus socialistes Ă  Vierzon. Il a eu aussi le soutien du Secours Populaire. Il y a cette « culture » Ă  Vierzon qui fait qu’Ahmed a pu trouver ici davantage de soutien et d’écoute.
Les élus locaux se tenaient-ils au courant des difficultés que traversait Ahmed ?
Nous avons beaucoup discutĂ© de la situation d’Ahmed avec les Ă©lus du groupe communiste. À chaque fois que je l’aidais, que ce soit pour un courrier ou des mises en relation avec des tiers, je rendais des comptes Ă  mes Ă©lus : Jean-Michel GuĂ©rineau, Nicolas Sansu, Jean-Claude Sandrier
 Eux-mĂȘmes me donnaient des consignes, car ils trouvaient que sa situation ne pouvait pas durer.
L’administration n’était-elle pas Ă©crasante ? MalgrĂ© les changements de la loi, il a fallu de nombreuses Ă©tapes Ă  Ahmed pour obtenir justice.
Il a fallu ĂȘtre trĂšs patient. Ahmed Ă©tait sur le coup d’un arrĂȘtĂ© ministĂ©riel dont il fallait obtenir l’abrogation. Il fallait dont agir dans les hautes sphĂšres de l’État oĂč tout est plus compliquĂ© et plus long. Entre une demande et une rĂ©ponse, il peut s’écouler plusieurs mois qui reprĂ©sentent autant de temps de douleur. Il y a aussi une question de volontĂ© politique Ă  ce niveau. De plus, ce qui Ă©tait compliquĂ©, c’était Ă  la fois d’entamer les procĂ©dures pour qu’il puisse rester en France, mais en mĂȘme temps, il fallait aussi trouver des solutions pour qu’il puisse vivre dignement, c’est-Ă -dire qu’il ait un soutien alimentaire, des possibilitĂ©s de soin et d’hĂ©bergement alors qu’il n’avait droit Ă  rien. Ahmed a subi un traumatisme important durant toutes ces annĂ©es. Je me remĂ©more par exemple un jour oĂč il est venu me voir avec une terrible rage de dent. Dans une situation normale, il suffit de regarder les Pages jaunes et de prendre rendez-vous avec un dentiste. Et encore, lorsque l’on connaĂźt le coĂ»t des soins dentaires, mĂȘme avec une mutuelle, ce n’est pas toujours Ă©vident. Dans la situation d’Ahmed, c’était Ă©videmment encore plus compliquĂ©. Il y a eu de nombreux obstacles que nous n’imaginions pas et que nous avons dĂ©couverts au quotidien. À chaque problĂšme qui apparaissait, il fallait trouver une solution.
Pourquoi le gouvernement actuel n’a-t-il pas abrogĂ© dĂ©finitivement cette loi ?
Aujourd’hui, avec la montĂ©e du Front national, on se rend compte que si l’on posait aux gens la question de la double peine, beaucoup rĂ©pondraient qu’ils y sont favorables sans prendre conscience que cela dĂ©roge aux principes des droits de l’Homme. Il est difficile dans le contexte actuel de faire comprendre aux gens qu’il ne faut pas tomber dans l’excĂšs. La double peine est une mesure discriminatoire et inĂ©galitaire. Pour un mĂȘme crime ou dĂ©lit, une personne de nationalitĂ© Ă©trangĂšre subit une condamnation plus lourde qu’une personne de nationalitĂ© française. Il y a derriĂšre cette mesure l’idĂ©e pernicieuse qu’une personne d’origine Ă©trangĂšre devrait ĂȘtre un citoyen encore plus exemplaire qu’une personne nĂ©e en France, et que la sociĂ©tĂ© serait en droit d’ĂȘtre plus exigeante vis-Ă -vis d’elle. Ahmed est un homme qui a payĂ© pour ses erreurs. Aujourd’hui, il a 58 ans, il travaille, il se reconstruit et il aspire juste Ă  une vie sereine. Voir aujourd’hui Ahm...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. 4e de couverture
  3. Préface Un éclairage sur la double peine Par Yann Galut*
  4. I
  5. II
  6. III
  7. IV
  8. V
  9. VI
  10. VII
  11. VIII
  12. IX
  13. X
  14. XI
  15. XII
  16. Postface
  17. RepĂšres chronologiques
  18. Annexes ENTRETIEN AVEC TOUFIK DRIF Collaborateur des élus communistes / Front de Gauche au Conseil départemental du Cher