
- 122 pages
- French
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eBook - ePub
À propos de ce livre
Que se passera-t-il lorsque la bulle obligataire mondiale éclatera?? On peut craindre, entre mille maux, des explosions sociales massives et un délitement instantané des tissus économiques. Ni l'inflation ni la croissance ne réduiront l'endettement mondial.
Notre seule planche de salut est de mettre en place un nouveau système dès maintenant?: il faut saigner la finance avant qu'elle ne nous saigne?!
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Business GeneralPremière partie
La finance va nous saigner
ON CONNAÎT BIEN les raisons qui, à l’orée des années 1970, ont poussé économistes et hommes politiques libéraux à engager les processus de libéralisation économique, notamment par voie réglementaire. Les critiques contre l’État pleuvaient alors. C’est un très mauvais acteur économique, disait-on, il est incapable de maîtriser réellement ses finances publiques, il fait fonctionner à tour de bras la planche à billets, et l’inflation qui en résulte rend impossible le fonctionnement normal des marchés financiers. Plus encore, en contrôlant des crédits et en jouant de son pouvoir sur le banquier central, il exerce une répression inadmissible sur les taux d’intérêt et, par conséquent, sur le financement optimal de l’économie.
LA DÉMISSION DES ÉTATS FACE À LA FINANCE :
LA GRANDE INVERSION
Après 40 ans de déréglementation, puis de gestion néolibérale de la monnaie, le bilan apparaît accablant. Par une curieuse inversion de l’histoire, les reproches que l’on pouvait formuler autrefois à l’encontre des États sont ceux qu’on adresse aujourd’hui aux banques.
Les marchés financiers, par les taux d’intérêt qu’ils imposent, ne soumettent-ils pas les États à leur propre discipline, voire à leur répression ? Les banques, qui disposent pourtant du pouvoir de créer la monnaie, n’ont-elles pas accès à la monnaie de la Banque centrale dans des conditions extrêmement favorables ? Grâce à cette facilité de financement et de refinancement, les banques ne sont-elles pas à l’origine de la dernière crise financière ?
On le voit bien, ce n’est plus la hausse du prix des biens et des services qui déclenche une inflation, c’est une hausse du prix des actifs (immobilier, actions, obligations, produits financiers dérivés). Ce qui provoque une éclosion de bulles spéculatives.
Depuis une quinzaine d’années, les plus grandes banques ont aussi été à l’origine de scandales retentissants, dont le dernier, celui du Libor[8], s’avère être la plus grande manipulation de tous les temps. Où est la gestion vertueuse qu’on attendait d’elles ?
C’est le moment de tirer les leçons de ces 70 dernières années. En matière monétaire, qui défend le mieux l’intérêt général ? Les banques ? L’État ? Et pour demain, comment mettre en place un système de financement de l’économie qui soit stable et, si possible, efficace et vertueux ?
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Les accords de Bretton Woods signés en 1944 ont mis en place un système de taux de change fixes entre les grandes monnaies. Grâce à l’encadrement du crédit et au pouvoir qu’ils exercent sur leur banquier central, les États vont ainsi contrôler l’autre grande variable de la finance que sont les taux d’intérêt. Pendant cette période dite des Trente Glorieuses, la croissance économique est forte. Et surtout, aucune crise financière ne sévit dans le monde.
Ces années-là correspondent certes aux grands chantiers de reconstruction de l’après-guerre. Le redémarrage de la croissance économique leur doit beaucoup. C’est également le moment où les processus de décolonisation provoquent des chocs énormes dans les circuits mondiaux d’échange et de production. Et l’époque où l’Europe cherche à unifier ses forces pour finalement signer le traité de Rome en 1958.
Aux États-Unis, la fin de la guerre du Vietnam qui clôt cette même période sera très largement à l’origine de la rupture du lien entre le dollar et l’or. Décidée le 15 août 1971 par le président Nixon, cette rupture préfigure la libéralisation complète des taux de change qui sera instaurée deux ans plus tard. Elle correspond au premier abandon de la souveraineté monétaire.
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Une seconde libéralisation, celle des taux d’intérêt, intervient à la fin des années 1970 et durant les années 1980. Les banques vont ainsi se substituer définitivement aux États pour émettre et gérer l’essentiel de la monnaie aux côtés des banques centrales qui, de leur côté, deviennent progressivement indépendantes (des États, bien sûr !). Les banques, dans leurs activités de marché, vont alors devoir assurer la stabilité du système monétaire. Taux de change et taux d’intérêt sont en effet des prix fixés par le marché dont les niveaux fluctuent dorénavant à chaque milliseconde.
Mais alors, comment donner à l’économie réelle, aux entreprises et aux consommateurs la stabilité dont ils ont besoin lorsqu’on finance des investissements, qu’on contracte des crédits à la consommation ou bien encore quand les entreprises effectuent des échanges internationaux, en important ou en exportant ? Les plus grandes banques vont réagir rapidement. Elles vont proposer des « produits financiers dérivés » qui permettent aux acteurs de l’économie réelle d’être assurés contre les risques liés aux variations des prix de marché, et principalement aux évolutions incessantes des taux de change et des taux d’intérêt.
L’apparition de ces produits dérivés est à l’origine d’une immense industrie financière de couverture des risques dont l’extension se poursuit durant les années 1980 et les suivantes. Le développement de cette industrie s’accélère brutalement à partir du milieu des années 1990, moment où la globalisation des marchés monétaires et financiers se met en place sous l’effet, notamment, de la dernière grande libéralisation, celle des mouvements de capitaux.
Mais ces processus de libéralisation ne font pas disparaître le risque lié aux variations de prix. Ils le disséminent, certes, mais parfois aussi le concentrent. Et c’est précisément là le point aveugle de cette dérégulation. Les produits financiers dérivés sont assurément des produits de couverture, mais ils sont en même temps des produits risqués pour ceux qui les émettent (à savoir, les grandes banques). Or, il s’est avéré qu’il n’existe ni mutualisation réelle du risque pour ces titres, ni efficacité financière permettant un équilibre de prix. La preuve ? Des bulles systémiques de plus en plus graves se forment à partir du milieu des années 1990. Quand les plus grandes banques s’adaptent alors à ces marchés, elles deviennent des acteurs de très grande importance, pour ne pas dire des « colosses financiers ». Mais ces colosses, nous le verrons aussi, ont des pieds d’argile.
LES GRANDES BANQUES, DES COLOSSES FINANCIERS
Depuis le G20 de Cannes, les 3 et 4 novembre 2011, on définit les banques systémiques à partir de deux critères : leur grande taille et les interconnexions complexes qui les lient à d’autres banques. En raison de ce caractère systémique, la faillite de l’une d’elles peut entraîner un cataclysme mondial, à l’image de ce qui s’est passé le 15 septembre 2008, avec la chute de Lehman Brothers. L’annexe publiée à l’issue de la réunion de Cannes présentait une liste de 29 banques à dimension systémique[9]. Une première ! On montrait enfin du doigt des fauteurs de troubles potentiels. Le G20 s’était également engagé à ce que, l’année suivante, une liste de compagnies d’assurances soit également publiée. Mais une année, c’est long ! Le lobby des assurances a donc eu le temps de s’organiser. Bien évidemment, aucune liste n’a été publiée à ce jour...
Pour donner une idée de la puissance des grands groupes bancaires, on se sert d’un indicateur classique : la taille de leur bilan. On peut ainsi mesurer leur capacité à mobiliser des ressources monétaires et financières (le passif de leur bilan) et à les affecter à des emplois déterminés sous forme notamment d’octroi de crédits ou d’achats de titres financiers (l’actif de leur bilan). Ainsi, le total des bilans des 29 banques systémiques s’élevait, au 31 décembre 2011, à 46 115 milliards de dollars. Pour donner un ordre de grandeur, on peut comparer ce chiffre à une autre donnée, le total de l’endettement public mondial[10]. À la même date, ce montant s’élevait à 46 197 milliards de dollars, soit un chiffre très proche du total des bilans des banques systémiques !
On a donc, d’un côté, la force inouïe de 29 banques (sur les 46 000 banques présentes dans le monde) et, de l’autre, la faiblesse extrême de 198 États, dont le surendettement tient pour l’essentiel, nous allons le voir, à la crise financière provoquée par... ces mêmes banques. Dans le groupe des 29 banques systémiques, on recense 8 banques américaines, 17 européennes, 3 japonaises et 1 chinoise. Dans le monde financier, on est encore loin du basculement vers l’Asie !
En seconde position, juste derrière les États-Unis, la France compte à elle seule cinq banques à dimension systémique. On peut se faire une idée de la taille du secteur bancaire français en ne retenant, par exemple, que le seul groupe BNP Paribas. Son bilan au 31 décembre 2011 s’élevait à 1 965 milliards d’euros, auxquels il faut ajouter 577 milliards de hors bilan, incluant les contrats de produits dérivés[11]. La dette publique française, elle, était de 1 717 milliards d’euros à la même date.
Qu’il s’agisse des États-Unis, de la France ou des autres pays de cette liste, un constat s’impose. On nous rebat sans fin les oreilles sur l’importance des dettes publiques et des efforts à accomplir pour réduire les déficits et diminuer la dette. Mais évoque-t-on avec la même force médiatique l’hyperpuissance des plus grandes banques et le rôle qu’elles ont joué durant la crise financière, notamment en « surendettant », directement ou indirectement, les États ? Il y aurait là toute une réflexion à renouveler sur les rapports qu’entretiennent les pouvoirs médiatiques et les pouvoirs capitalistiques.
Cette réflexion est d’autant plus urgente qu’à l’échelle mondiale, les grandes banques sont parfaitement organisées et ne manquent pas de ressources pour, en cas de besoin, coordonner leurs actions. Depuis longtemps, on constate l’existence d’un oligopole bancaire, c’est-à-dire d’un petit groupe de banques susceptibles d’exercer des pouvoirs de marché et parfois même d’en abuser[12]. Cet oligopole s’est forgé progressivement, à la suite de la globalisation définitive des marchés monétaires et financiers intervenue au milieu des années 1990.
L’organisation de cet oligopole apparaît très clairement à travers la gouvernance que ces banques mettent en place et les postes clés qu’elles occupent au sein de l’Institut de finance internationale (IFI), qui regroupe environ 400 banques de la planète. La création de comités spéciaux à la minute où des questions se posent au monde bancaire, ou simplement lorsque leurs intérêts sont en jeu, témoigne bien de la coordination de ces banques entre elles. Ainsi, l’IFI a créé un comité Grèce habilité à négocier pleinement avec la « troïka » (BCE, FMI et Commission européenne) et le gouvernement grec pendant toute la période où il a été question de restructurer la dette de ce pays pour, finalement, acter un effacement – tout à fait limité comme nous le verrons – de la dette détenue par des investisseurs privés.
On mesure ainsi la façon dont les pouvoirs politiques et financiers se confrontent à l’échelle mondiale depuis que les processus de libéralisation ont produit pleinement leurs effets. D’un côté, des États qui ont progressivement abandonné leur souveraineté en matière monétaire ; de l’autre, des acteurs bancaires organisés en un puissant oligopole à l’échelle mondiale. D’un côté encore, des États démunis face à un monde bancaire où les plus grandes banques sont devenues « trop grandes pour faire faillite ». De l’autre, d...
Table des matières
- Couverture
- Faux-titre
- Page de titre
- Crédits
- Introduction
- PREMIÈRE PARTIE - La finance va nous saigner
- DEUXIÈME PARTIE - Saignons la finance
- Remerciements
- Bibliographie
- Table des matières
- Quatrième de couverture
Foire aux questions
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