La construction du contemporain
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La construction du contemporain

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La construction du contemporain

À propos de ce livre

Être contemporain c'est, au premier chef, ĂȘtre de son temps (ou en avance sur lui) et produire une Ɠuvre qui puisse ĂȘtre reçue parmi celles qui constituent le cƓur vivant de la pĂ©riode la plus actuelle. Cet ouvrage se penche sur la question du contemporain, aussi bien du point de vue du discours critique qui le dĂ©finit que des pratiques littĂ©raires qui s'y rattachent, en prenant pour objet le discours narratif tel qu'il s'est dĂ©ployĂ© au QuĂ©bec et en France depuis le tournant des annĂ©es 1980.Les auteurs rendent d'abord compte des thĂšmes et des mĂ©canismes de valorisation qui marquent la critique littĂ©raire, puis prĂ©sentent des Ɠuvres qui exemplifient certaines concrĂ©tisations esthĂ©tiques et poĂ©tiques d'un nouvel art narratif. En se situant au confluent des rĂ©flexions françaises et quĂ©bĂ©coises, ils font dialoguer ces deux corpus et tentent de rĂ©pondre aux questions suivantes: la notion de contemporain dĂ©signe-t-elle un mĂȘme phĂ©nomĂšne en France et au QuĂ©bec? Recoupe-t-elle la mĂȘme rĂ©alitĂ© lĂ -bas et ici? Ces acceptions « nationales » se contaminent-elles, s'influencent-elles? Entre vision panoramique et attention aux particularitĂ©s des Ɠuvres, cet ouvrage soulĂšve des points de contact et de divergence entre les deux littĂ©ratures.

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Informations

Année
2020
ISBN de l'eBook
9782760639386

DeuxiĂšme partie

CHAPITRE 6

Des fictions en mal d’autoritĂ©

La fiction littĂ©raire contemporaine propose un vaste Ă©ventail de modĂ©lisations de l’autoritĂ© narrative. Qu’il s’agisse de la reconduire ironiquement dans toutes ses outrances, d’en dĂ©construire les prĂ©tentions hermĂ©neutiques ou de la neutraliser Ă  mĂȘme des postures contradictoires, l’autoritĂ© se voit remise en cause de diverses maniĂšres. DĂšs lors, pourrait-on voir dans ces problĂ©matisations un Ă©cho, une reprise, une appropriation, voire une contestation du discours de la perte et du dĂ©senchantement qui sature le discours critique, comme si la fiction reprenait Ă  son compte les rĂ©flexions sur la prĂ©caritĂ© du fait littĂ©raire et la perte de prestige de l’écrivain? EntremĂȘlĂ©e Ă  l’image de l’auteur en raison de son Ă©tymologie – le terme latin auctoritas dĂ©signait Ă  l’origine le pouvoir de l’auctor, c’est-Ă -dire de celui qui se porte garant de l’Ɠuvre –, la notion d’autoritĂ© apparaĂźt comme une fonction textuelle redevable Ă  des procĂ©dĂ©s qui sont susceptibles tout autant de l’instaurer que de la dĂ©construire et qui induisent, pour reprendre la formulation d’Emmanuel Bouju en ouverture de l’AutoritĂ© en littĂ©rature, «des formes singuliĂšres de fonction-autoritĂ© ou d’effet-autorité» (2010: 9)1.
La dimension critique de tels effets d’autoritĂ© ressortit sans doute Ă  l’inventivitĂ© du genre romanesque et s’inscrit dans la foulĂ©e de modulations qui ont dĂ©boulonnĂ© le personnage, sa psychologie, les rĂšgles canoniques de la narrativitĂ©, acquiescĂ© Ă  la mort thĂ©orique de l’auteur et repensĂ© le rapport au rĂ©el. Que le questionnement de l’autoritĂ© narrative jaillisse au moment de la «dĂ©sacralisation» du littĂ©raire pourrait en outre laisser croire que le rĂ©cit contemporain tente d’inscrire, dans sa facture mĂȘme – pour la reconduire, la contrer ou l’invalider –, la crise Ă©pistĂ©mologique de notre temps. C’est du moins la posture que dĂ©fend Alexandre Gefen, pour qui «la littĂ©rature pense Ă  sa maniĂšre, et souvent par la mise en crise des conventions narratives, stylistiques ou Ă©nonciatives, la crise Ă©pistĂ©mologique, sociale et politique de l’autoritĂ© sociopolitique du monde qui l’entoure» (2010: 151). Sur le plan strictement poĂ©tique, on pourrait y lire l’inscription dĂ©libĂ©rĂ©e d’un rĂ©gime de lecture inhĂ©rent Ă  la postmodernitĂ© qui rĂ©cuse toute position surplombante «autoritaire» au profit d’une connivence qui suppose chez le lecteur non pas une adhĂ©sion aveugle, mais une relative distanciation, opĂ©rant de la sorte un transfert d’autoritĂ©. Dans cette perspective, on prĂȘtera attention ici Ă  des fictions qui remettent dĂ©libĂ©rĂ©ment en cause les vecteurs majeurs de l’autoritĂ© littĂ©raire – l’écrivain, sa fonction, sa langue – en variant les angles de saisie. Sur un mode figural, on s’attardera Ă  diverses reprĂ©sentations de l’auteur ou de l’écrivain; une saisie plus spĂ©cifiquement Ă©nonciative mettra au jour les narrations problĂ©matiques de narrateurs retors, perturbĂ©s, indignes de confiance ou Ă  l’origine inassignable; un troisiĂšme moment, stylistique, traitera des «maniĂšres» du langage littĂ©raire contemporain, qui dĂ©fend son autoritĂ© fragilisĂ©e sous les assauts de pratiques discursives moins normĂ©es.
Si le statut prĂ©caire de la littĂ©rature contemporaine semble une caractĂ©ristique transnationale, il nous semble pouvoir nĂ©anmoins dĂ©gager des configurations spĂ©cifiques en ce qui concerne le QuĂ©bec et la France sous l’angle plus attendu du rapport Ă  l’institution ou Ă  la langue, notamment. Cependant, il s’agira moins ici de conclure Ă  un clivage net entre les deux territoires que de donner Ă  voir un ensemble de postures et de stratĂ©gies qui traduisent la conscience troublĂ©e des romanciers d’aujourd’hui.

«L’écrivain expulsĂ© du paysage»2

La fragilitĂ© du statut de l’écrivain, son cĂŽtĂ© vulnĂ©rable, instable, illustrĂ© par le biais des figures de l’écrivain nĂ©gatif Ă  la Enrique Vila-Matas ou d’autres versions marginales (scribe, faussaire, plagiaire), s’élabore dans des fictions construites autour d’auteurs rĂ©els ou fictifs. En regard de la sensibilitĂ© actuelle, trois types de figurations semblent canaliser les discours des romanciers quĂ©bĂ©cois et français: la mort de l’écrivain scĂ©narisĂ©e de façon extrĂȘme, les modulations figurales de son rĂŽle et les divers visages de son dĂ©paysement.

Figurations extrĂȘmes

Un livre ne devrait se terminer que par la mort de l’auteur. VoilĂ  une autre de ces consĂ©quences lyriques qui dĂ©coulent des lois esthĂ©tiques d’Aristote. Une catharsis exemplaire. Tuez-moi.
Yergeau, 2010: 261
Certains romans mettant en scĂšne un Ă©crivain fictif affichent une propension Ă  malmener le personnage jusqu’à en programmer la mort. Le caractĂšre radical de l’évĂ©nement, amplifiĂ© par le traitement excessif de sa reprĂ©sentation et de sa mise en discours, apporte un Ă©clairage particulier aux discours de la fin – mort de l’auteur, dĂ©classement de l’écrivain, fin de la littĂ©rature – qu’appellent ces fictions. Ainsi en est-il de l’invitation impĂ©rieuse Ă  sacrifier l’auteur que lance Pierre Yergeau dans ConsĂ©quences lyriques (2010), un roman composite qui relate par bribes les destins parallĂšles de plusieurs personnages vivant Ă  Los Angeles que le hasard fera parfois se croiser. La composition narrative dĂ©cousue, la juxtaposition de fragments de rĂ©cits divers ainsi que l’entremĂȘlement des discours narratif et rĂ©flexif concourent Ă  empĂȘcher une lecture fluide du roman. L’incitation Ă  tuer l’auteur citĂ©e ci-dessus s’inscrit d’ailleurs dans la longue sĂ©rie de brefs commentaires mĂ©tadiscursifs dispersĂ©s dans le texte et portant sur la fabrication d’une histoire – l’écriture d’une intrigue, la nature des personnages, le rĂŽle de l’auteur. Ces rĂ©flexions rĂ©duisent l’auteur Ă  ĂȘtre celui qui amorce le rĂ©cit et qui, aprĂšs cette impulsion, devient fatalement le prisonnier de son implacable logique: «Une personne met en branle un rĂ©cit. AprĂšs un temps elle ne peut plus s’en sĂ©parer. Ce rĂ©cit trace une Ă©quation, une loi qui n’a peut-ĂȘtre ni queue ni tĂȘte, mais qui se met Ă  agir avec la force implacable d’un conte de fĂ©es» (2010: 77).
L’intrigue fait Ă©cho Ă  la requĂȘte de tuer l’auteur, et sa mise Ă  mort est intĂ©grĂ©e Ă  la trame narrative Ă  travers des morts ou des menaces de mort d’écrivains. Par exemple, un personnage nommĂ© l’Auteur est invitĂ© Ă  Los Angeles pour scĂ©nariser le roman Lyrical Consequences de Kate Pratt. Il y aura meurtre de la romanciĂšre. Elle-mĂȘme avait inclus dans son roman le rĂ©cit du meurtre d’un Ă©crivain, ce dernier ressemblant Ă©trangement Ă  l’Auteur, qui se sent lui-mĂȘme pourchassĂ© et menacĂ©. La porositĂ© entre les univers de niveaux diĂ©gĂ©tiques diffĂ©rents – puisque les personnages du roman et du «roman dans le roman» de Kate Pratt se cĂŽtoient –, les ressemblances et les coĂŻncidences entre les histoires des multiples personnages d’écrivains, la similitude entre les titres du roman de la journaliste-romanciĂšre (Lyrical Consequences), du roman du personnage nommĂ© l’Auteur (ConsĂ©quences lyriques) et du roman de Yergeau, tous ces Ă©lĂ©ments induisent la confusion entre les histoires et les personnages, et entre la rĂ©alitĂ© et la fiction. «Qui est la fiction de qui?, demandera un critique qui interviewe l’Auteur. Est-ce Kate Pratt, qui Ă©crit un roman oĂč l’auteur est poursuivi par une organisation, ou est-ce l’auteur qui Ă©crit sur Kate Pratt, qui est tuĂ©e par un de ses personnages?» (2010: 301). Tous ces redoublements Ă©tayent l’idĂ©e d’une mort dĂ©jĂ  Ă©dictĂ©e et entravent la constitution d’une identitĂ© stable que l’on pourrait attribuer Ă  la figure de l’écrivain. Ainsi, dans ce roman oĂč les personnages appuient par l’exemple l’argument mis de l’avant dans les commentaires mĂ©tadiscursifs, la mise Ă  mort rĂ©clamĂ©e semble surtout concerner l’auteur en tant qu’instance thĂ©orique, façon d’attester l’effacement de son autoritĂ© sur la construction d’un rĂ©cit.
L’injonction de Yergeau se rĂ©alise spectaculairement dans la Carte et le Territoire (2010), roman dans lequel Michel Houellebecq, qui a habituĂ© son lectorat Ă  des rapprochements biographiques, met en fiction sa propre mort: l’écrivain a Ă©tĂ© assassinĂ© dans sa maison, son corps dĂ©chiquetĂ©, les lambeaux de chair Ă©parpillĂ©s partout sur la moquette du salon, sa tĂȘte tranchĂ©e posĂ©e sur le fauteuil. Le meurtre fait de l’écrivain renommĂ© une victime au corps scandaleusement profanĂ©3 et, dĂšs lors, son cas n’intĂ©ressera plus que les enquĂȘteurs. On ne peut ĂȘtre plus Ă©loignĂ© du topos des derniers jours vouĂ© Ă  la consĂ©cration de la figure de l’écrivain et Ă  la perpĂ©tuation de sa mĂ©moire! Il en va de mĂȘme du rĂ©cit de l’enterrement, autre moment gĂ©nĂ©ralement propice Ă  la mise en relief du prestige de la figure d’écrivain: dans ce cas-ci, le seul vĂ©ritable Ă©moi provient de la malencontreuse dĂ©cision des employĂ©s des pompes funĂšbres qui ont choisi un cercueil d’enfants pour y dĂ©poser les restes du mort; ce n’est que la prĂ©sence d’hypothĂ©tiques lecteurs dans l’assistance qui rappelle que ce mort Ă©tait un Ă©crivain. Ces scĂšnes, en refusant d’accorder quelque importance symbolique Ă  la figure de l’écrivain dans des moments qui commandent cette reconnaissance, exploitent, sur un mode radical, la dĂ©sacralisation de la littĂ©rature et la perte de prestige de la figure de l’auteur. De plus, avant que soit perpĂ©trĂ© le meurtre, d’autres exercices de dĂ©valuation avaient dĂ©jĂ  Ă©corchĂ© le personnage Houellebecq: campĂ© dans un rĂŽle secondaire, il est prĂ©sentĂ© sous un jour peu flatteur, en homme reclus, misanthrope et vaguement dĂ©pressif, «un vieux dĂ©cadent fatigué» (2010: 173). Ses propos sur la logique du marchĂ© de la consommation engagĂ©e dans une quĂȘte incessante de nouveaux produits qui, considĂšre-t-il, s’applique aussi Ă  l’artiste, mettent Ă©galement Ă  l’avant-plan la dĂ©valorisation de l’écrivain, et aussi celle de tout le champ littĂ©raire:
Nous aussi, nous sommes des produits
 poursuivit-il, des produits culturels. Nous aussi, nous serons frappĂ©s d’obsolescence. Le fonctionnement du dispositif est identique – Ă  ceci prĂšs qu’il n’y a pas, en gĂ©nĂ©ral, d’amĂ©lioration technique ou fonctionnelle Ă©vidente; seule demeure l’exigence de nouveautĂ© Ă  l’état pur (2010: 172).
Ainsi, ce roman, qui dĂ©veloppe une longue mĂ©ditation sur le processus de dĂ©gradation touchant autant la sociĂ©tĂ© que l’homme et ses productions, offre-t-il une figure de l’écrivain en perte d’autoritĂ© et de prestige: la saisissante scĂ©narisation de sa mort traduit l’intensitĂ© et la virulence de la condamnation.
D’autant plus remarquable qu’elle en constitue l’élĂ©ment central, la mise Ă  mort de l’écrivain dans Veuves au maquillage (2000) de Pierre Senges se dĂ©ploie quant Ă  elle en un long cĂ©rĂ©monial sophistiquĂ© oĂč l’écrivain, aidĂ© de ses six «veuves homicides», procĂ©dera au lotissement de son corps, travail de dĂ©pouillement, d’épure qu’il pousse Ă  l’extrĂȘme: «Faire tomber le superflu Ă  commencer par les marges» (2000: 144) jusqu’à n’ĂȘtre plus que «ce pĂ©pin d’une taille si rĂ©duite qu’il sera impossible d’en faire deux moitiĂ©s» (2000: 146). Mais, ne nous mĂ©prenons pas, ce commis aux Ă©critures, faussaire de surcroĂźt (ses activitĂ©s incluent la contrefaçon de billets de banque comme la production d’un journal intime apocryphe), ne dĂ©cide pas tant de mourir que de «retirer son corps de ce monde» (2000: 84). Chaque ablation sera ainsi l’objet d’une attention Ă©rudite menant Ă  l’exploration de vieux traitĂ©s d’anatomie, d’écrits de la Chine ancienne, de lĂ©gendes, d’ouvrages de sciences, de philosophie, d’histoire, faisant correspondre au dĂ©pouillement graduel de son corps un luxe de vocabulaire et de rĂ©cits. En plus de se consacrer Ă  ses activitĂ©s d’autovivisection, de s’occuper du destin de ses morceaux amputĂ©s expĂ©diĂ©s en guise de mauvaises farces Ă  divers destinataires, le clerc – comme les veuves le surnomment – consigne par Ă©crit le contenu de ses jours, et c’est ce journal qui est donnĂ© en lecture. Lorsque le clerc ne peut plus tenir le crayon, ni dicter ses propos aux veuves ni relire les Ă©preuves, il leur confie le soin de raconter sa fin. Ainsi, mĂȘme s’il soupçonne ses «veuves bienveillantes» de dĂ©former la rĂ©alitĂ© Ă  leur avantage et de falsifier les Ă©preuves – lui qui pourtant revendique toujours son titre de faussaire –, il accepte la tromperie:
De mĂȘme, je les sais capables d’écrire en mon nom et user de mon je aussi bien que moi, de mĂȘme il m’a Ă©tĂ© facile parfois d’écrire le clerc et m’exprimer sans orgueil ni honte Ă  la troisiĂšme personne pour feindre d’ĂȘtre des leurs; je sais avec quel tact, avant la fin elles me feront parler, moi qui n’aurai de voix que celle du vent dans la poussiĂšre et d’existence que rĂ©siduelle; elles me feront parler, feront durer jusqu’au bout l’imposture [
] (2000: 262-263).
Sous les traits d’une instance dĂ©sencombrĂ©e de son corps, le faussaire impose une figure qui s’interdit tout prestige ou toute autoritĂ© rattachĂ©s Ă  la personne, qu’il s’agisse de la personnalitĂ© mĂ©diatique ou de l’individu privĂ©. Cette abdication ne signifie cependant pas la disparition totale de l’écrivain: rĂ©duit Ă  l’état de pĂ©pin insĂ©cable, «bavard par substitution» (2000: 264), l’écrivain-faussaire de Senges est plutĂŽt celui qui rĂ©ussit Ă  se libĂ©rer de son corps jugĂ© encombrant tout en conservant le droit de parole, transformant ainsi le renoncement en un affranchissement. L’imposture dont se rĂ©clame le faussaire est celle de la fiction littĂ©raire qui permet Ă  l’auteur de «maquiller» sa voix et d’assumer l’indĂ©termination Ă©nonciative comme la multiplication des versions de son rĂ©cit. Ainsi, par cette fable ironique et faussement cruelle, Senges en arrive Ă  proposer une figure d’auteur qui, refusant de se consacrer Ă  la valorisation du moi, se centrerait plus exclusivement sur la parole littĂ©raire.
Ces reprĂ©sentations d’écrivains pourchassĂ©s, assassinĂ©s ou se dĂ©pouillant de leur corps s’intĂšgrent aisĂ©ment au contexte ludique de la fiction4. Mais, tant pour l’auteur quĂ©bĂ©cois Yergeau que pour les deux auteurs français, revisiter la mort de l’écrivain permet aussi d’intĂ©grer de façon percutante un point de vue critique. Chez Houellebecq et Senges, la condamnation concerne l’écrivain en tant qu’ĂȘtre rĂ©el dans son rapport Ă  sa sociĂ©tĂ© et Ă  l’institution littĂ©raire. Chez Yergeau, les enjeux mĂ©diatiques et institutionnels de la scĂšne littĂ©raire sont peu dĂ©battus, et la mise en accusation cible plutĂŽt l’auteur thĂ©orique et sa responsabilitĂ© dans l’élaboration d’un rĂ©cit. DerriĂšre le caractĂšre excessif de ces trois mises Ă  mort fictives, on retrouve chaque fois la critique d’une figure d’autoritĂ©, soit celle de l’auteur conceptuel, par la restriction de son rĂŽle dans l’élaboration d’une fiction narrative, celle de l’auteur consacrĂ©, par le saccage de l’identitĂ© privĂ©e, mĂ©diatique et symbolique, et, enfin, celle de l’écrivain imbu de son moi, par le renoncement au corps et par l’indĂ©termination de la voix.

Modulations figurales: les changements de rĂŽle

Nombreuses sont les fictions qui proposent des figures de remplacement de l’écrivain: professeurs, traducteurs, biographes et lecteurs appartiennent Ă  la cohorte des avatars contemporains de l’auteur. Faut-il y voir l’expression d’une rĂ©ticence Ă  en porter le titre? Il est vrai que s’intĂ©resser Ă  l’identitĂ© de l’écrivain revient le plus souvent Ă  en soulever le caractĂšre problĂ©matique. L’écrivain est, pour reprendre une expression de...

Table des matiĂšres

  1. LES AUTEURS
  2. LES COLLABORATEURS
  3. INTRODUCTION
  4. PremiĂšre partie
  5. DeuxiĂšme partie
  6. CONCLUSION
  7. BIBLIOGRAPHIE

Foire aux questions

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