JE COMPRENDS LA DIFFICULTÉ
DE MON ENFANT
Souvent l’enfant en crise désarçonne son entourage car il est difficile de comprendre ce qui est en jeu : pourquoi se mettre dans un tel état pour quelque chose d’aussi insignifiant ?
C’est ce décalage qui déstabilise les parents qui saisissent bien le caractère disproportionné de la réaction de leur enfant. Il n’y a pas de réponse rationnelle à cette question « Pourquoi ? » car on comprend vite que l’enfant n’a rien à gagner à se mettre dans cet état et que justement il ne contrôle pas.
1. LA COLÈRE : UNE ÉMOTION UTILE
11Une émotion parmi les autres
L’émotion est au cœur du développement de l’enfant. Ce que nous entendons ici par « émotion » est une réponse extrêmement rapide de l’organisme accompagnée de changements physiologiques divers, cela peut-être : des battements du cœur accélérés, des pleurs, une modification de la respiration, un changement de regard… Elle est générée par des événements, ou par la perception qui est faite de l’événement : le même événement peut déclencher des émotions différentes en fonction des personnes.
On décrit six émotions fondamentales qui sont universelles :
■ peur,
■ tristesse,
■ colère,
■ surprise,
■ dégoût,
■ joie.
Il faut bien différencier l’émotion qui n’est pas une humeur (qui a une durée plus longue) ni un sentiment (état affectif plus durable). Néanmoins, le sentiment fait partie de l’expérience émotionnelle, puisqu’il est secondaire aux émotions. Il est donc essentiel pour la famille de comprendre comment les émotions de l’enfant fonctionnent et parfois dysfonctionnent, quelle est leur utilité, afin d’accompagner l’enfant au mieux pour qu’il arrive à bien vivre avec elles, qu’elles soient « régulées ». En effet, lorsque l’enfant ne parvient pas à les gérer, cela va lui poser problème, ainsi qu’à sa famille.
11Physiologie des émotions
Darwin, dans son ouvrage « L’expression des émotions chez l’homme et les animaux » décrit que quand nous sommes en situation de colère, le cerveau va envoyer des signaux au corps pour « l’aider à se préparer au combat ». Plus précisément, si on regarde comment tout cela se passe, le système limbique « prévient » l’hypothalamus, qui stimule à son tour l’hypophyse, qui agira quant à elle sur le système endocrinien. Le corps se prépare alors à l’attaque, des neurotransmetteurs et hormones de stress sont sécrétées, comme l’adrénaline, la noradrénaline, la dopamine, la testostérone…
Cette cascade biologique va se traduire par des réactions physiologiques de préparation au combat :
■ La fréquence cardiaque augmente, et le rythme respiratoire s’accélère afin d’augmenter le débit sanguin vers l’organisme : les réserves d’énergies sont mobilisées.
■ Les poils se hérissent.
■ Les sourcils se plissent grâce au muscle corrugateur, on observe une des lignes verticales entre les sourcils.
■ La bouche se ferme et les lèvres se serrent, laissant apparaître ce que l’on appelle les « lèvres blanches » (la bouche crispée fait partir le sang des lèvres et donne une couleur plus claire), ou bien au contraire, la bouche laisse apparaître les dents, notamment celles de la mâchoire supérieure.
■ Les poings se serrent, les muscles se tendent.
Pourquoi de telles manifestations corporelles ? On pense que le froncement de sourcils permet de réduire l’ouverture des yeux et de les protéger en cas de combat. L’autre utilité est visible dans le règne animal : montrer son agressivité. Il n’est pas rare d’observer des animaux être particulièrement expressifs : sans pour autant se montrer particulièrement violent, on signifie à l’autre « attention, je suis prêt à en découdre ». Voir de la colère, c’est le signal pour dire que tout ne va pas bien dans la relation et inciter au changement.
Si la colère est particulièrement utile pour se faire respecter dans le monde animal, cela n’est pas exactement le cas dans l’évolution de l’espèce humaine : exprimer la colère est un signal qui reste important dans certaines situations mais qui peut vite se révéler contre-productif s’il est trop fréquent : la société actuelle valorise le self-control, les réactions colériques, l’emportement excessif sont souvent montrées du doigt pour causer du tort à leurs auteurs et les décrédibiliser.
Les enfants font-ils tous des colères ?
Les colères font partie du développement normal de l’enfant, particulièrement à l’âge où celui-ci commence à développer son autonomie, soit à partir de 18 mois. La phase du « non » est une phase d’autonomisation. Plus les parents vont chercher à garder le pouvoir, plus cette phase risque d’être longue. Certains épisodes ne durent que quelques minutes, mais d’autres peuvent se prolonger pendant plus d’une heure… il est alors important de décrypter ce qui a pu renforcer cette colère et qui explique sa durée.
Certains enfants ont plus tendance à faire des crises de colère que d’autres. Cela peut être dû au fait qu’ils ont un tempérament plus difficile ou encore une moins grande tolérance à la frustration et une plus forte réactivité au stress. Il est également observé que les crises de colère sont plus fréquentes chez les enfants qui sont moins à l’aise pour exprimer verbalement leurs émotions. Leur colère se manifestera alors de façon plus intense, souvent associée à des comportements inadaptés. Il est classique de dire que les colères développementales diminuent quand l’enfant acquiert un bon niveau de langage, qui lui permet de décrire ses besoins et son ressenti, c’est-à-dire autour de quatre ans, avec une grande variabilité en fonction des enfants.
Comme nous l’avons vu, il faut préciser que la colère n’est pas non plus une émotion « à bannir ». En effet, certaines familles, usées par les colères répétitives de leur enfant viennent en consultation avec la demande que leur enfant ne se mette plus en colère… ce qui est physiologiquement impossible ! Mais c’est le comportement associé à la colère qui pose problème, pas l’émotion elle-même !
L’enfant a besoin de l’accompagnement de ses parents pour ne pas être envahi et débordé par ses émotions, pour canaliser son énergie, pour apprendre à exprimer ses besoins de manière acceptable, pour savoir qu’il ne court pas de danger en se laissant aller à ce qu’il ressent et ne pas devenir « allergique » à cette émotion. Pas question donc de le laisser seul avec ses émotions quand il n’a pas encore les stratégies pour gérer efficacement ce qu’il vit.
Plutôt que de laisser les enfants seuls aux prises avec leurs émotions, le parent doit manifester sa présence et essayer de mettre en mots ce qui se passe afin d’augmenter le niveau de sécurité de son enfant. L’enfant a besoin de sentir que ses parents ne sont pas déstabilisés lorsqu’il traverse une émotion, sinon cela peut augmenter son niveau de détresse. Il est essentiel de ne pas réagir en miroir et ce dès le plus jeune âge : ne pa...