Chapitre 1
La République
de Platon
Platon (428-348 av. J.-C.)
Il est impossible de parler de Platon sans commencer par présenter Socrate. Socrate était le maître de Platon. Il est né en 470 avant J.-C. à Athènes. Il est réputé pour son courage, sa force de caractère, visible notamment à son comportement pendant la guerre du Péloponnèse. Il aurait, alors que l’armée sonnait la retraite et que les soldats quittaient le champ de bataille avec précipitation, reculé tranquillement, les armes à la main, faisant face à l’ennemi. Il a aussi eu le courage de s’opposer à des décisions juridiques illégales, lors du jugement des généraux de la bataille des Arginuses, ou encore sous le régime des Trente Tyrans.
Il accompagne un jour un de ses amis à Delphes, au temple d’Apollon, pour interroger la Pythie. Son ami demande à la Pythie : « Y a-t-il un homme plus sage que Socrate ? » Et celle-ci répond : « Il n’y a pas d’homme plus sage que Socrate ». Socrate, étonné par cette réponse, se met à questionner les hommes réputés sages et intelligents : hommes politiques, hommes vertueux, hommes justes, pieux, sophistes… À chaque fois, il se rend compte que ces hommes passent pour sages aux yeux de tous, surtout aux leurs, mais qu’ils ne le sont pas. Ils n’ont qu’une prétendue sagesse, ils ne savent pas de quoi ils parlent, et par un jeu de questions-réponses habilement tournées, Socrate parvient toujours à les confondre en les amenant à se contredire. C’est pourquoi, Socrate peut dire que s’il est plus sage qu’eux, c’est qu’au moins il est conscient qu’il ne sait rien.
Il pense qu’Apollon lui donne pour mission de réveiller ses concitoyens pour les amener à la sagesse et la vertu, en les poussant à se préoccuper plus de leurs âmes que de leurs richesses ou de leurs postes. Il accomplit cette mission en discutant librement avec les uns et les autres. Rapidement, il se taille une réputation, et un certain nombre de jeunes gens deviennent ses disciples. Parmi eux : Platon. Mais Socrate provoque des jalousies et des rancunes : en 399, on l’accuse de corrompre la jeunesse et de ne pas honorer les dieux. Socrate perd son procès et est condamné à boire la ciguë.
Les années passées aux côtés de Socrate et sa mort ont profondément marqué Platon. Alors qu’il visait une carrière politique, il abandonne tout et devient philosophe. Il rédige des dialogues où, la plupart du temps, il met en scène les discussions entre Socrate et différents adversaires. Comme Socrate n’a personnellement rien écrit, il est difficile de savoir si Platon rapporte fidèlement les propos de Socrate, ou s’il place dans la bouche de son personnage ses propres idées.
Platon fut introduit auprès du tyran Denys de Syracuse, en Sicile, par Dion, beau-frère du tyran, qui voulait influencer son gouvernement. Ce fut un échec cuisant : Denys réduisit Platon en esclavage, et ce furent ses amis qui le rachetèrent pour lui rendre sa liberté.
En 387, il fonde son école, l’Académie : on y apprend la philosophie à travers les débats d’idées, les mathématiques, la gymnastique et la médecine. Aristote sera l’un de ses élèves. Platon tentera à nouveau de convaincre le fils de Denys, Denys le Jeune, mais ce sera deux échecs en 366 et 360. Il meurt en 348, et l’Académie lui survivra jusqu’en 529.
La République
~ La République au sein des œuvres de Platon
Les dialogues de Platon, au nombre de trente-cinq, portent souvent le titre de l’interlocuteur de Socrate. Les traducteurs ont ajouté un sous-titre qui en précise l’objet. Il est délicat d’en connaître l’ordre chronologique, car la tradition préférait les ranger par type de raisonnement ou par thèmes. On peut cependant distinguer des ouvrages écrits après la mort de Socrate, dans lesquels Platon reste fidèle à la pensée de son maître. Ces dialogues s’attachent à définir les idées morales, comme le courage (Lachès), la sagesse (Charmide), l’amitié (Lysis), la piété (Euthyphron), la beauté (Hippias majeur), la vertu (Ménon).
Puis il y a les dialogues plus tardifs, dans lesquels Platon prend plus de liberté et commence à affirmer sa propre pensée. Celle-ci trouve son originalité et son fondement dans la théorie des Idées. Il existerait, dans un monde intelligible accessible uniquement par la pensée, des modèles parfaits, uniques et immuables de toutes les choses matérielles, imparfaites, changeantes et périssables existant dans notre monde. C’est le but de la philosophie que de connaître ces Idées. On retrouve cette théorie développée dans de multiples dialogues, comme Le Banquet, ou dans La République.
Il s’agit sans doute de l’œuvre la plus connue de Platon, la plus imposante aussi, la plus foisonnante. Elle trouve des échos dans de multiples autres dialogues. On y parle certes de justice, mais également de politique, d’éducation, de musique, de philosophie, de la théorie des Idées. C’est une de ces œuvres qui refont le monde, et à l’intérieur de laquelle Platon semble avoir ramassé toute sa pensée. Platon y présente notamment une idée forte : les philosophes doivent gouverner la Cité. C’est cette idée qui l’a mené à faire ces nombreux allers-retours à Syracuse pour tenter de convaincre les tyrans de se convertir à la philosophie. Platon tentait en fait de réaliser sa philosophie, de faire passer sa République de la théorie à la pratique.
~ La République au sein de l’histoire de la philosophie
La théorie des Idées a été rejetée par Aristote, disciple de Platon. Il lui reproche d’avoir prêté une existence réelle à des conceptions qui n’existent que dans notre esprit. Cependant, cela n’enlève rien à l’intérêt et à l’importance de cette œuvre. Œuvre de référence concernant les réflexions sur la conceptualisation, puisque les Idées de Platon sont des concepts ; concernant les réflexions en politique (Rousseau par exemple y fait allusion dans son Contrat social) ; concernant l’éthique et la place de l’âme, essence de l’homme, distincte du corps (pensons aux Méditations métaphysiques de Descartes ou à la Critique de la raison pratique de Kant). Platon a marqué son temps, celui qui a suivi (néoplatonisme avec Plotin, IIIe-VIe siècles) et le nôtre.
~ L’objet de La République
Le sous-titre de La République, donné par les traducteurs, est « la justice ». Et en effet, une double question court tout au long de l’œuvre : qu’est-ce que la justice ? et : vaut-il mieux se conduire de façon juste ou injuste ? Cependant, il ne s’agit pas de la justice au sens juridique (qu’est-ce qu’une loi juste ? une peine juste ?). Le titre de La République en grec est pol...