Chapitre 1
Le courant réaliste
I. Les grands principes de la théorie réaliste
Ce courant doctrinal met l’accent sur le rôle essentiel de l’État dans les relations internationales et insiste sur le fait que les relations internationales sont par essence conflictuelles. Il postule l’existence d’un système international anarchique au sein duquel les États cherchent à maximiser leurs puissances. La société internationale n’est stable que lorsqu’elle parvient à constituer un système de forces qui s’équilibrent.
Le courant réaliste défend une vision des relations internationales fondée sur la puissance de l’État qu’il place au centre de la scène internationale.
On reproche du reste à l’école réaliste de ne pas suffisamment prendre en considération les nouveaux acteurs de la vie internationale, les acteurs non étatiques. On lui reproche aussi de ne pas être adaptée aux petites et moyennes puissances.
La vision réaliste des relations internationales a été défendue par des auteurs comme Thucydide, Machiavel ou Hobbes, l’auteur du fameux Léviathan (1651), qui a mis en avant le caractère anarchique et la dimension conflictuelle de la société internationale.
Apparue aux États-Unis au lendemain du premier conflit mondial, cette conception des relations internationales incarne le rejet du projet idéaliste, le rejet de l’idéalisme wilsonien.
Parmi les auteurs se rattachant au courant réaliste, qui est le plus ancien, on peut citer par exemple Hans Morgenthau, Henry Kissinger, George Kennan ou encore Raymond Aron qui fut en France le principal représentant de la théorie réaliste.
Selon Hans Morgenthau, qui est souvent présenté comme le père fondateur de l’étude des relations internationales, « la politique internationale peut être définie […] comme un effort continuel pour maintenir et accroître la puissance de sa propre nation et pour restreindre ou réduire la puissance des autres nations ». « À l’instar de toute politique, la politique internationale est une lutte pour le pouvoir. Quelles que soient ses finalités ultimes, le but immédiat est toujours la puissance ».
Dans un article paru en octobre 1967 à la Revue française de science politique (« Qu’est-ce qu’une théorie des relations internationales ? »), Raymond Aron s’interroge sur la spécificité des relations internationales :
« J’ai cherché ce qui constituait la spécificité des relations internationales ou inter-étatiques et j’ai cru trouver ce trait spécifique dans la légitimité et la légalité du recours à la force armée de la part des acteurs. Dans les civilisations supérieures, ces relations sont les seules, parmi toutes les relations sociales, qui admettent la violence comme normale […] Max Weber, on le sait, définissait l’État par le “monopole de la violence légitime”. Disons que la société internationale est caractérisée par “l’absence d’une instance qui détienne le monopole de la violence légitime” ».
Dans son ouvrage Paix et guerre entre les nations paru en 1962, Raymond Aron souligne que les relations internationales reposent sur la dialectique de la paix et de la guerre :
« Le centre des relations internationales, ce sont les relations […] interétatiques, celles qui mettent aux prises les unités (politiques) en tant que telles. Les relations interétatiques s’expriment dans et par des conduites spécifiques, celles des personnages que j’appellerai symboliques, le diplomate et le soldat […] L’ambassadeur et le soldat vivent et symbolisent les relations internationales qui […] se ramènent à la diplomatie et à la guerre. […] les relations entre États comportent, par essence, l’alternative de la guerre et de la paix ».
Comme Hans Morgenthau, Raymond Aron a nié l’existence même du droit international. On trouve dans son ouvrage Paix et guerre entre les nations des développements relatifs à ce qu’il appelle « l’imperfection essentielle du droit international ».
« Les États n’ont jamais consenti et ne consentent pas à s’engager inconditionnellement à soumettre à un arbitre ou à un tribunal des questions qu’ils considèrent comme d’intérêt vital. […] Pas davantage les États n’acceptent d’être liés inconditionnellement par le droit existant. […] Ce double refus est l’expression d’une volonté d’autonomie ; il implique un élément d’anarchie internationale » (R. Aron).
II. Le courant néoréaliste
Un courant néoréaliste avec des auteurs comme Robert Gilpin, Kenneth Waltz est venu, à la fin des années 1970, enrichir la théorie réaliste en prenant en compte certaines des critiques dont elle a fait l’objet.
Le paradigme réaliste
intègre par exemple de plus en plus une compréhension multidimensionnelle de la puissance des États, intégrant les flux et réseaux communicationnels, l’économie et les opinions publiques.
Il ne renonce cependant pas à l’idée que, en dernière analyse, le système international se résume à un champ de forces d’unités politiques d’action dont les États sont les acteurs essentiels.
Le courant réaliste, qui est souvent mal compris, demeure l’un des plus dynamiques et des plus actuels dans l’étude des...