Troisième partie
– Des évolutions et logiques territoriales différenciées
Photographie 13. La plaine du Cavaillon et le Luberon (Vaucluse)
Photographie : C. Ruggeri, 2016
Chapitre 6
– Une France urbaine devenue métropolitaine
Photographie 14. Marseille vue depuis la Cité radieuse de Le Corbusier
Photographie : C. Ruggeri, 2016
Quels sont les processus exogènes et endogènes aux espaces urbains qui redéfinissent
et recomposent ces espaces en France au XXI
e siècle ?
Selon l’Insee, la France compte 241 aires urbaines (Insee, 2011). Derrière cette expression et ce chiffre se cache une réalité protéiforme, l’aire urbaine française pouvant à la fois être Paris et ses 12 millions d’habitants et d’habitantes ou le Puy-en-Velay avec 75 000 personnes. Cet écart rappelle bien que le premier enjeu des espaces urbains est leur définition. Doit-on privilégier l’approche statistique, mise en œuvre par l’Insee, bien qu’elle n’apparaisse pas comme étant la plus opérante pour qualifier la réalité morphologique et fonctionnelle des espaces urbains ? Ou justement, faut-il préférer les approches morphologiques et fonctionnelles, permettant d’ouvrir la question sur des processus aussi variés que la périurbanisation et la métropolisation ? Les évolutions des formes urbaines obligent à repenser les définitions de l’urbain, s’interrogeant plus sur ce qui fait la ville et moins sur les seuils statistiques qui la définissent. Ces mutations donnent également à voir une géographie urbaine très différenciée entre des aires métropolitaines de plus en plus connectées entre elles et aux métropoles européennes et mondiales, sur le modèle d’un archipel urbain, questionnant la place et le rôle des villes moyennes dans l’armature urbaine française, voire des petites villes. Si le repositionnement des villes dans ce réseau urbain national pose la question de la pertinence et de l’adéquation des politiques publiques urbaines, l’échelle infra-urbaine ouvre un champ d’interrogations encore plus large. Les processus de fermeture, de ségrégation, de rénovation ou encore de gentrification donnent à voir des disparités urbaines croissantes, tandis que l’épidémie de la Covid-19 a bien montré la vulnérabilité des espaces urbains, principaux espaces touchés et où le virus circule aisément, mais aussi les difficultés à penser des formes et des pratiques urbaines autres dans ce contexte.
A. De la ville à la métropole
1. Une définition avant tout statistique ?
La particularité française est de s’appuyer avant tout sur des seuils statistiques pour définir la ville et déterminer les caractéristiques de l’urbain ou plutôt de la population urbaine. Dès 1831, le recensement introduit l’idée de population urbaine, mais se heurte rapidement à des populations très diffuses, en particulier dans l’Ouest du pays. De fait, la quantité de population est rapportée à la population agglomérée des communes, qui deviennent l’échelon statistique de base. Toutefois, l’inadéquation entre échelle communale et population urbaine n’est prise en compte qu’à partir de 1962, avec l’introduction de la notion de continuité du bâti (200 mètres maximum entre les constructions), appliquée à Paris et sa région qu’à la fin des années 1960. Les années 1960 ouvrent enfin la définition de la ville. Alors que l’approche statistique a longtemps dominé, les années 1960 permettent d’inclure officiellement l’approche morphologique, bien que l’approche par la polarisation, à savoir l’aire d’influence d’un espace urbain, ne soit pas encore prise en compte.
Mais alors, quels sont ces seuils ? L’Insee s’appuie toujours sur la limite des 2 000 habitants et habitantes pour distinguer commune urbaine et commune rurale, bien qu’il soit délicat de considérer une commune urbaine de 2 100 habitants et habitantes comme une ville. Conscient de la limite de ce seuil, l’Insee a introduit d’autres notions et seuils de définitions. Ainsi, on peut distinguer :
•L’unité urbaine, qui repose sur la continuité du bâti et le nombre d’habitants et d’habitantes. Il s’agit donc d’une commune ou un ensemble de communes avec une zone bâtie et au moins 2 000 habitants et habitantes, où aucune habitation n’est séparée de la plus proche de plus de 200 mètres.
•L’aire urbaine est, elle, un ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain (une unité urbaine) de plus de 10 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans les communes polarisées par celui-ci (communes multipolarisées). Pour introduire une idée de hiérarchie, l’Insee distingue de cette définition les moyennes aires, qui comprennent entre 5 000 et 10 000 emplois et les petites aires, entre 1 500 et 5 000 emplois.
Schéma 8. L’urbain selon l’Insee
L’aire urbaine est devenue l’échelon de référence de l’Insee depuis le milieu des années 1990. À la différence de l’unité urbaine, elle inclut les critères de l’emploi, donc des critères économiques, ainsi que l’idée de polarisation, donc d’influence et d’attractivité des espaces urbains. Depuis 2011, l’Insee distingue donc quatre catégories : l’espace des grandes aires urbaines, l’espace des autres aires urbaines, les communes multipolarisées et les communes isolées, qui ne sont pas sous l’influence des aires urbaines. Toutefois, parmi les aires urbaines, l’Insee introduit une hiérarchie avec la catégorie des aires métropolitaines, reconnaissant que le seul critère de concentration des emplois ne suffit pas. Les aires métropolitaines regroupent certes beaucoup d’emplois, mais offrent une part d’emplois qualifiés plus élevée, que l’Insee qualifie d’emplois de cadres des fonctions métropolitaines (conception-recherche, prestations intellectuelles, commerce inter-entreprises, gestion et culture-loisirs). Selon l’Insee, la France métropolitaine est donc composée de 241 aires urbaines (cf. carte 11 du chapitre 3), qui regroupent à la fois les grands pôles urbains, les couronnes de ces grands pôles et les communes multipolarisées des grandes aires urbaines.
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