1. Introduction et état des lieux
1 Transformation digitale : de quoi parle-t-on ?
Mathilde Aubry
La « transformation digitale » est évoquée dans des contextes de plus en plus nombreux et elle est souvent associée à des termes aussi barbares que vagues, généralement des anglicismes : blog, e-learning, analytics, hashtag, MOOC, Natives, Crowdfunding, Cloud, Big Data, Blockchain, Dataviz, Fintech… Par conséquent, l’expression est aujourd’hui parfois galvaudée et il est difficile de comprendre exactement à quoi l’on se réfère. Il nous a donc semblé important, dès la première question de cet ouvrage, de clarifier ce point et de donner une définition claire de ce que nous entendons par « Transformation digitale ».
Un concept diversiforme
Pour cela nous nous sommes appuyés sur la définition de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). En effet, celle-ci nous semble être, parmi la multitude de définitions proposées dans la littérature académique ou professionnelle, la plus précise et englobante tout en restant accessible. Cet organisme nous explique que la « transformation digitale » fait référence aux effets économiques et sociétaux de la numérisation et de la digitalisation. La numérisation correspond à la conversion de données et de processus analogiques dans un format lisible par la machine. La digitalisation désigne, quant à elle, l’utilisation des technologies et données numériques, ainsi que les interconnexions qui donnent lieu à la naissance d’activités nouvelles ou à l’évolution d’activités existantes.
Cette définition et sa traduction permettent d’ores et déjà de souligner qu’en français les termes « numérique » et « digital » ne sont pas de parfaits synonymes et de comprendre pourquoi nous privilégions le second dans cet ouvrage. Ce point est plus largement traité dans la question suivante.
De plus, elles nous permettent de clairement délimiter le domaine d’intérêt de cet ouvrage. Celui-ci est rédigé très majoritairement par des enseignants-chercheurs en sciences de gestion. L’ensemble des questions tournent donc plus spécifiquement autour de la digitalisation et de ses conséquences pour les entreprises même si cela nous amène à parfois nous concentrer sur des points plus techniques (comme, par exemple, dans le chapitre 4) ou à évoquer d’autres types d’organisations (marchandes ou non marchandes). La question 3 a pour but de définir cette digitalisation.
Un concept évolutif
La caractéristique principale du digital est une capacité à générer des changements à un rythme très rapide. Cela oblige en permanence à analyser les évolutions passées pour les intégrer tout en essayant de se projeter au mieux sur ce qui adviendra ensuite. Ainsi, la signification réelle de ces termes est en constante évolution en fonction des avancées technologiques et surtout de la manière dont les organisations se les approprient. Nous avons donc choisi de vous proposer une présentation synthétique de la situation dans les pays de l’OCDE via 10 chiffres clefs (question 4) et en France (question 5). Celle-ci est complétée par un rapide historique offrant une vision dynamique du concept de « transformation digitale ».
Finalement, nous nous confrontons dans cet ouvrage, à un phénomène protéiforme, difficile à maîtriser dans son entièreté. Le but n’est alors pas de proposer une présentation exhaustive des enjeux de la transformation digitale mais de revenir sur différents aspects de celle-ci pour les décortiquer un à un. Il vous permettra de mieux appréhender les technologies à l’œuvre aujourd’hui et de vous initier aux concepts et au vocabulaire spécifiques qui y sont attachés. Vous aurez alors la capacité de mieux comprendre en quoi les outils digitaux transforment nos entreprises et ce qu’il est possible de faire pour ne pas subir ces changements mais les accompagner voire d’en bénéficier.
Référence
· OCDE, (2019), Going Digital: Shaping Policies, Improving Lives, Éditions OCDE, https://doi.org/10.1787/9789264312012-en.
2 Entreprise numérique ou digitale ?
Vincent Meyer
Depuis l’apparition des premiers ordinateurs dans les années 50 et leur développement massif dans les entreprises au cours des années 70 et 80, les nouvelles technologies de l’information et de la communication n’ont cessé d’envahir notre quotidien professionnel. Internet, Big Data, Impression 3D, Intelligence Artificiel, Blockchain, il ne se passe pas une année ou presque sans qu’une nouvelle révolution technologique ne vienne « disrupter » les entreprises. À tel point qu’on en arrive parfois à se demander dans quel type d’entreprise on vit. Peut-être même, vous êtes-vous déjà posé cette question existentielle au milieu de la nuit dans votre lit : doit-on parler d’entreprise numérique ou digitale ?
Une question de mode ? Oui…
Pour tout vous avouer, nous nous sommes nous-même posés cette question et cet ouvrage qui devait à l’origine s’appeler « La transformation numérique en entreprises » a changé de titre en cours de route pour s’intituler finalement « La transformation digitale en entreprises ». Beaucoup d’ouvrages académiques, rédigés par de fins connaisseurs du domaine, utilisent les termes de digital et de numérique sans véritable distinction. Il n’y a donc pas de crime, soyons honnêtes, à parler d’entreprise numérique à la place d’entreprise digitale. Mais nous vous conseillons quand même, de privilégier le terme d’entreprise digitale autant que possible. Tout d’abord c’est une question de mode et les modes sont essentielles en management. Loin de nous l’idée de penser que le management est superficiel. Non, le concept de mode managériale traduit l’idée que les sciences de gestion sont régies par des forces « sociopsychologiques » et « technoéconomiques » (Abrahamson, 1996) et qu’il est important de suivre les évolutions des entreprises plutôt que d’avoir des conceptions figées ou essentialistes de celles-ci. Les organisations évoluent au gré des mutations économiques et technologiques et si vous ne souhaitez pas avoir l’air démodé, parlez donc de préférence d’entreprise digitale.
…mais pas seulement ?
Étymologiquement le numérique fait référence « au nombre », « au calcul » à la con...